En me connectant cet après-midi j'ai eu la joie de voir deux premières reviews. Avouons que ça fait chaud au coeur...
Petite précision sur mon rythme de post : je poste un chapitre quand le prochain est écrit. Donc après, ça dépendra de mes cours, mais je pense poster de façon quasi-quotidienne. Si mon adorable bêta-reader d'amour a le temps de corriger entre temps...
Le gobelet de café fumant de chez Granny était posé sur le bureau du shérif. Emma, les yeux rivés sur la vapeur s'en échappant, était en train de triturer ses doigts. Les pauvres étaient dans un piteux état : irrités par le froid, les ongles rongés, les phalanges violacées. Cela faisait un mois jour pour jour qu'elle avait les traits tirés, qu'elle négligeait son apparence. Voire même son existence. Un mois à ne plus prendre soin d'elle. Un mois à sursauter au moindre craquement d'allumette, la moindre étincelle d'un briquet. Oui, un mois. Cela faisait un mois que Regina Mills, la maire de Storybrooke, était plongée dans le coma suite à un incendie à la mairie. Traumatisme crânien. Le plafond s'était écroulé sur elle. Sur elles deux. Sauf qu'à la différence de Regina, Emma n'avait eu qu'un léger évanouissement sûrement dû à l'opaque fumée.
La jeune femme frémit. Chaque jour, elle repensait au corps inerte de sa rivale lorsqu'elle avait débarrassé les décombres. De l'absence de rythme cardiaque au creux de la poitrine du maire. Comment avait-elle réagit ? Elle s'en souvenait à peine. Peut-être avait-elle hurlé. Peut-être avait-elle pleuré. Le seul souvenir qu'elle gardait de l'Enfer comme elle nomme elle-même cet évènement c'est qu'elle avait réussi à ramener la mère adoptive de son fils à la vie, elle avait réussi à mettre sa rancœur de côté pour donner son souffle à Regina. Elle avait dépassé sa répulsion envers cet être exécrable pour lui faire un bouche-à-bouche. Elle se souvient encore des battements de son cœur si faibles lorsqu'ils se firent entendre, à peine audibles, noyés parmi le crépitement des flammes.
Mais ce n'était pas ça, le plus douloureux. C'était ce qui suivit. La ville entière s'était tournée contre elle. Cette ville terrorisée par Regina avait accusé Emma d'avoir planifié l'incendie de la mairie pour s'attirer la sympathie de la majorité et ainsi être élue shérif. Repenser aux regards accusateurs des passants lui donne la nausée. L'absence de témoin et le mobile faisait d'elle la parfaite coupable. Et même si Sidney Glass, son concurrent au poste de shérif, avait laisser tomber l'élection, il s'octroyait le plaisir de faire d'Emma le bouc-émissaire du journal. Cependant, peu à peu, l'ambiance électrique c'était apaisée. Les rumeurs s'étaient dissipées grâce à une poignée d'habitants défendant bec et ongles l'innocence de la nouvelle shérif. À leur tête, Henry, son fils biologique, ainsi que Mary-Margaret Blanchard. Sa colocataire, institutrice. Son amie la plus proche. Si elle n'avait pas sombré dans une dépression post-traumatique, elle le leur devait. Emma sourit à son café, s'empara du gobelet qu'elle porta à ses lèvres en jetant un coup d'œil à l'horloge murale. Il allait être quatre heure de l'après-midi, l'heure de la fin de l'école. Depuis un mois, c'était elle qui s'était occupée d'Henry. Personne ne s'y était opposé. Et c'était tant mieux pour tout le monde. Leur quotidien avait mis très peu de temps à s'installer. Chaque après-midi, elle allait chercher son fils à la sortie de l'école, l'emmener prendre son goûter chez Granny avant de l'accompagner à l'hôpital afin qu'il puisse voir Regina.
Elle finit donc son café avant de quitter le bureau et de marcher jusqu'à l'école.
L'auteur de l'incendie était Mr. Gold. Elle le savait. Mais comment incriminer un homme aussi puissant que lui ? Chaque fois qu'elle pensait à lui, elle sentait l'impuissance monter en elle. La frustration de ne pouvoir venger Regina en le traînant devant la justice. « Après tout, ils ont tout les deux la justice dans la poche », songea t-elle.
Emma arriva comme chaque jour au moment où la cloche se mit à retentir, suivie d'un flot d'enfants sortant précipitamment de l'établissement. Parmi cette foule, elle aperçut Henry, aussi souriant qu'à son habitude. Il salua Emma avec entrain, avant de lui raconter sa journée comme il lui raconterait un conte fantastique. Et Emma s'intéressait toujours à ces récits extatiques. Ils passèrent chez Granny, il prit une gaufre qu'il dévora avec avidité. Et ils se remirent en route jusqu'à l'hôpital où se trouvait Regina.
Emma venait à peine de sortir de l'ascenseur quand le Dr. Whale l'interpella, perplexe. Derechef, elle fronça les sourcils. Était il arrivé quelque chose à Regina ?
- Mademoiselle Swan, j'ai tenté de vous joindre tout l'après-midi.
- Oh je. Excusez-moi, j'ai perdu mon portable, bafouilla Emma.
- Regina est réveillée.
La nouvelle lui fit l'effet d'un coup de poing dans l'abdomen, lui coupa un instant la respiration. Henry arbora un sourire immense, quémandant le droit d'aller la voir.
- Il faut que tu saches qu'elle a des séquelles, bonhomme.
Le médecin s'était adressé au jeune garçon avec délicatesse, si bien que ce dernier leva un regard anxieux vers Emma. Le docteur Whale poursuivit.
- Elle a quelques pertes de mémoires. Et le traumatisme crânien cause également quelques incohérences.
Henry acquiesça avant d'être conduit auprès de sa mère par une infirmière sous le regard des deux adultes.
- Des pertes de mémoire ? demanda Emma avec crainte.
- En effet. Certains épisodes de sa vie ont disparu de son esprit. Et en particulier son enfance.
Le shérif allait rappliquer lorsque Whale la coupa dans son élan.
- Ce n'est pas tout. Il y a également des séquelles neuromotrices.
- Qu'entendez-vous par là, docteur ?
- Qu'il va falloir que quelqu'un reste près d'elle le temps qu'elle arrive à effectuer les gestes du quotidien, seule. Les repas, la toilette, l'habillage, les sorties, et j'en passe.
Emma tourna la tête vers le lit où Regina reposait, pâle mais souriante. Aussi souriante qu'Henry. Et cela rappela violemment à Emma que, dans le fond, Regina était la véritable mère de son propre fils.
- Je vais avoir besoin de vous.
Coupée dans ses pensées, elle posa à nouveau son regard sur l'homme en blouse blanche debout devant elle.
- Pardon ?
- Il va falloir que vous retrouviez sa famille afin qu'ils viennent la prendre en charge le temps nécessaire.
Elle accepta. Après tout, n'était-ce pas son job avant d'hériter du titre de shérif ? Leur conversation fût coupée court par Henry. Il tira sur la manche d'Emma pour attirer son attention.
- Elle veut te parler, dit-il avec joie. Emma prit donc congé du médecin et suivit Henry jusqu'au lit de Regina.
- Madame le maire. Vous semblez être en forme.
Regina émit un petit rire, plongeant son regard dans celui d'Emma.
- Oui. Sûrement le suis-je mieux que ces derniers jours.
Emma et Henry échangèrent un regard choqué. Madame Regina Mills, haïssable femme hautaine et suffisante, venait-elle de plaisanter avec la femme qui était source de bon nombre de dérèglements dans sa vie ?
- Effectivement, oui.
Emma répondit avec un ton plus froid qu'elle ne le voulu, mais Regina ne sembla pas relever.
- Je tenais à vous remercier. Pour vous être aussi bien occupé d'Henry. Et pour...
Son regard se perdit dans le vague quelques instants avant qu'elle ne continue sa phrase. -
Pour m'avoir sortie de là.
Un frisson s'empara d'Emma. L'Enfer. Elle réprima les souvenirs pour former une réponse cohérente. Et cette fois-ci, sur un ton plus doux.
- Pensiez-vous réellement que j'allais vous laisser inconsciente au milieu des flammes ?
Regina ne répondit pas. Elle ne répondit pas parce qu'elle l'avait pensé. Dès l'instant où l'explosion avait eu lieu, elle avait été persuadée qu'Emma la laisserait périr dans cet incendie.
- Regina, nous avons encore quelques examens à vous faire passer, déclara une infirmière qui venait de faire irruption.
La patiente embrassa Henry, et adressa un dernier sourire à Emma avant que ces deux derniers ne s'éloignent.
- Elle a été AIMABLE ? s'indigna Mary Margaret avant d'avaler sa bouchée de carottes.
- Oui, aimable, souriante. J'irais même jusqu'à dire agréable.
Emma et Mary Margaret rirent, Henry se joignit à elles avant d'interrompre leur fou-rire.
- Dis Emma, il t'a dit quoi le médecin pendant que j'étais avec Regina ?
- Henry, tu sais qu'elle a reçu un très gros choc, hein.
Le petit acquiesça, attentif, et sa mère biologique continua.
- Eh bien, suite à cela, il y a plein de trucs qu'elle ne peut plus faire seule. Du moins pour l'instant.
- Quel genre de trucs ?
Henry et Mary Margaret avait posé cette question en même temps, curieux. Devant tant d'intérêt, Emma se racla la gorge, attrapant sa serviette pour essuyer ses lèvres avant de leur répondre.
- Disons que... Qu'elle va avoir besoin de quelqu'un pour accomplir les taches de la vie quotidienne. Manger, se laver, faire les courses, ce genre de « trucs ».
Contre toute attente, Henry accueilli la nouvelle avec un immense sourire.
- Mais c'est super !
Emma et Mary Margaret échangèrent un regard perplexe tandis que le garçon continuait.
- On va pouvoir passer plus de temps ensemble comme ça ! Tu vas venir vivre à la maison ?
- Pardon ?! s'étrangla presque la blonde.
- Allez Emma, s'te plaît... C'est comme être baby-sitter, non ?
- Non. Il est hors de question que je m'immisce dans votre vie privé, tu m'entends ?
Henry se renfrogna.
- Et puis le docteur Whale va contacter sa famille pour que...
- Mais elle a pas de famille ! s'écria t-il. Elle a perdu contact avec eux. Elle est comme toi...
Emma sentit son sang se figer, la colère lui monter au crâne.
- Je t'interdis de la comparer à moi, Henry. C'est bien compris ? Il y a une très grande différence entre ce monstre d'égoïsme et moi. Je n'ai jamais connu ma famille, j'ai été élevée seule, de foyer en foyer !
Mary Margaret posa sa main sur le bras d'Emma pour lui faire comprendre qu'elle ne devait pas s'emporter. Celle-ci la regarda, avant de soupirer.
- Tu devrais aller dans la chambre, Henry..., proposa la brune.
Henry s'exécuta, se dirigeant vers la chambre d'Emma, qui était devenue la sienne ce dernier mois tandis qu'elle occupait le divan. Une fois qu'il eut quitté la pièce, la maîtresse de maison se leva afin d'attraper une bouteille de scotch et d'en servir dans deux verres, dont un qu'elle tendit à Emma.
Elles restèrent silencieuses un moment, et c'est Mary Margaret qui rompit ce silence.
- Penses-tu vraiment que ce soit une si mauvaise idée ?
Emma sirota son verre, puis répondit en plongeant un regard désolé dans les yeux de sa colocataire.
- Tu me vois vivre sous le même toit que mon ennemie ?
- Ne sois pas si catégorique. Elle te doit la vie.
- Eh bien justement, je trouve que c'est suffisant, répliqua Emma.
La brune soupira.
- Moi je trouve qu'Henry a eu une idée formidable.
Devant le regard perdu d'Emma, elle développa sa pensée.
- Henry et toi aimez passer du temps ensemble, et ça vous permettrait d'en passer autant que lorsque Regina était plongée dans le coma. Et puis... Qui sait. Peut-être que tu arriverais à l'apprécier.
Emma resta silencieuse, songeant amèrement à cette possibilité.
- Enfin, je ne veux pas me faire avocate du Diable, non plus ! ajouta Mary Margaret.
Emma ferma les yeux. Elle avait déjà réussi à sauver la vie de la maire. Devait-elle également la prendre en charge ? La « baby-sitter » comme l'avait si bien dit Henry ? Elle soupira.
- Je crois que tu as raison, Mary Margaret. L'intéressée sourit légèrement.
- Tu sais que je pense en priorité à ton bien-être et celui d'Henry. Que tu aies une relation saine avec sa mère adoptive ne peut vous être que bénéfique.
- Je sais bien. Merci... Merci pour tout.
Elle la prit brièvement dans ses bras avant de se lever et de se diriger vers la chambre qu'occupait Henry avec la ferme intention de s'excuser. Elle entra avec douceur et le trouva en train de lire une énième fois son livre de contes, Once Upon a Time.
- Henry ?
Il leva les yeux de sa lecture, regarda sa mère biologique.
- Je suis désolée, pour tout à l'heure. Je n'aurais pas dû m'emporter contre toi..., dit-elle en le couvant du regard.
Il lui sourit, posa le livre et s'assit au bord du lit pour écouter la suite de la phrase.
- Ton idée est très bonne. Je vais passer à l'hôpital pour en parler avec Regina.
Son sourire s'agrandit, provoquant ainsi celui d'Emma.
Elle marchait dans le froid, ses boucles blondes lui caressant la joue par l'effet du vent. Dans l'air, une fragrance mêlant l'odeur du bois à celle de la pluie. Elle avait conscience qu'elle s'apprêtait à faire une énorme bêtise. Elle avait conscience que lorsque Regina recouvrerait ses esprits et qu'elle redeviendrait une sale garce, elle serait à la première place pour subir ses fourberies. Qu'importe. Elle chassa cette idée d'un mouvement de tête. Elle devait faire cela, pour se rapprocher d'Henry. Parce que depuis qu'il avait sonné à sa porte, elle comprenait qu'une vie en solitaire était la pire des douleur, qu'elle avait passé ses vingt-huit première années à s'occulter la vérité. Elle savait bien que cela était lié à l'abandon de ses parents, et que ce traumatisme l'empêchait de vouloir se risquer à investir dans une relation amoureuse.
Elle entra dans le hall de l'hôpital, pris les escaliers jusqu'à l'étage où se trouvait Regina. Le docteur Whale était accoudé au bureau des infirmière. Sûrement en train de trouver une nouvelle conquête, pensa bêtement Emma. Elle avança jusqu'au lit qu'occupait madame le maire. La lumière de chevet était allumée, elle s'arrêta à quelques pas. Regina semblait en pleine lecture du journal, cela fit sourire la blonde.
- On révise ses leçons ? lança doucement Emma.
Regina leva les yeux du journal et reconnu le shérif. Cette dernière avança jusqu'au lit, adressant un signe de tête à la femme qui y était allongée.
- Exactement, je m'informe de ce que j'ai pu rater.
En souriant à son tour, elle désigna d'un signe de la tête une pile de vieux journaux posés sur la table de chevet.
- Oh, dit simplement Emma, impressionnée que Regina témoigne d'autant d'intérêt quant à l'actualité de Storybrooke.
La convalescente plia le journal pour le poser sur la couverture.
- Que me vaut cette visite tardive, mademoiselle Swan ?
Emma marqua une hésitation. Comment aborder le sujet ? Elle préféra opter pour la rapidité et la franchise.
- Henry a eu une idée intéressante.
- Oh oui, c'est à ça que l'on reconnaît mon éducation, plaisanta Regina en sachant qu'Emma pourrait trouver cette boutade déplacée.
Pourtant, contre tout attente, Emma leva les yeux au ciel en souriant.
- Bien évidemment, répondit-elle avant de reprendre son sérieux. Vous savez que le docteur Whale cherche quelqu'un pour s'occuper de vous durant votre rééducation...
Regina opina du chef, comprenant déjà l'idée qu'avait eu son fils.
- Eh bien Henry ma proposé de remplir ce rôle.
La brune acquiesça. Elle s'y attendait. Depuis qu'on lui avait annoncé la nouvelle, elle était sûre qu'Henry aurait une telle idée. Elle s'était fait à l'idée qu'elle serait assistée par Emma, ou par Sydney.
- Et je présume que si vous êtes ici c'est que vous voulez savoir si j'accepterais une telle chose. La réponse est oui.
Emma dissimula son étonnement derrière un visage nonchalant tandis que son interlocutrice continuait.
- Chaque personne m'ayant rendu visite, qu'elle vous soit hostile ou non, m'a vanté votre comportement envers Henry. Alors je ne peux que penser qu'entre vos mains mon état s'arrangerait.
Emma tressaillit. Voilà donc les séquelles de Regina : une gentillesse et une amabilité que personne n'avait pu admirer chez cette femme venimeuse.
- Oh. Alors si tout le monde est d'accord...
Emma fit un signe à Regina afin de la saluer, mais celle-ci la retint par le poignet.
- Emma attendez... Vous savez qui a fait ça, pas vrai ?
Emma se mordit la lèvre. Pourquoi se sentait-elle tout à coup si coupable ? C'était une culpabilité beaucoup plus puissante que ces dernières semaines, quelque chose de tellement viscéral qu'elle dû refouler ses larmes. Elle hocha simplement la tête, incapable d'en dire plus. Regina compris immédiatement ce qui avait causé l'embarras d'Emma.
- Vous n'avez pas pu l'arrêter, je me trompe ?
Regina ancra son regard à celui d'Emma, connaissant parfaitement la réponse.
- Gold, déduisit simplement madame le maire.
- Gold, acquiesça Emma.
Alors le regard de Regina se fit dur pour la première fois de la journée. Ce regard qu'Emma ne connaissait que trop bien pour la voir bien longtemps subi.
- Je vous jure qu'il paiera.
Regina avait prononcé ces mots avec une confiance qui fit frémir la jeune blonde.
