Je refermais pour la centième fois ce pauvre livre de Roméo et Juliette, les larmes aux yeux. Pour une fois, ce n'était pas l'histoire qui me mettait dans cet état là mais ma propre bêtise. Je vivais le plus beau début d'histoire d'amour. Draco était beau, intelligent, bosseur. Il aimait lire et pouvait m'écouter pendant des heures. Sa voix était grave et un peu prétentieuse mais je n'avais jamais eu l'impression qu'il me prenait de haut. Au contraire, il s'étonnait chaque fois que je lui expliquais mes cours, me demandant comment je pouvais retenir tout cela. Il me faisait sourire, rire. Il me faisait rêver.
J'avais l'impression d'être Jasmine, Draco m'emportant loin sur son tapis volant dans un rêve bleu. Pourtant quand celui-ci m'avait avoué ces sentiments, ce n'est pas un baisé que je lui avais donné. Je m'étais retournée et enfuie. Je ne sais pas ce qu'il m'a pris… Depuis j'ignorais ces appels et textos. Je l'avais même évité un soir alors qu'il m'attendait devant la faculté, en l'apercevant, j'avais fait un détour pour l'éviter. Je me maudissais chaque soir mais j'étais incapable de me retrouver en face de lui. Depuis 2 semaines, je rentrais directement après les cours, plus de café au Coin de la rue, plus de bibliothèque après les cours, je me réfugiais dans mon appartement, m'abrutissant de cours et de relecture de Roméo et Juliette. Je l'avais tellement lu que je pouvais me le réciter en entier pendant un cours trop ennuyant. Je me désespérais.
Draco ne savait plus quoi faire, il l'avait appelé une centaine de fois, saturé sa messagerie vocale, harceler de SMS, attendu des heures au Coin de la rue mais il n'avait pas réussi à la voir. Un soir il profita de finir plus tôt qu'elle (ayant enregistré son emploi du temps sur son téléphone) mais là encore elle lui avait échappé. Il pensa à aller directement chez elle, mais la perspective de se retrouver à parler de ces sentiments sur le pas de sa porte ne l'enchantait guère. Alors il laissa tomber, pas complètement, se limitant à un message par jour, toujours le même :
Bonjour Hermione, j'espère que tu vas bien. S'il te plaît réponds-moi, tu me manques.
Mais il ne reçut aucune réponse en 3 semaines. Il commençait à désespérer, se traitant d'idiot et se plongeant corps et âme dans son travail. Mais même cela n'arrivait pas à l'empêcher de penser à Hermione.
On était début novembre, les premiers partiels débutaient, m'offrant une distraction autre que penser à Draco. Je recevais chaque jour un message mais je n'avais pas la force de lui répondre. Mais en ce mardi matin, le message avait changé :
Salut Hermione, il faut absolument que tu m'aides, je n'arrive pas à me souvenir de la fin de Roméo et Juliette et j'ai un partiel demain. Aide-moi !
Je ne pus m'empêcher d'éclater de rire devant ce message désespéré de Draco, c'était la première fois que je riais depuis que je l'avais vu dans la forêt et mon Dieu ce que ça faisait du bien. Je ne pouvais pas le laisser dans un tel désespoir.
Salut Draco, alors à la fin Roméo pense que Juliette est morte et se suicide au côté de sa bien-aimée qui se réveille peu de temps après. Voyant son amant étendu mort à côté d'elle, elle se tue également.
La réponse ne mit pas longtemps à arriver, je fixais mon écran en souriant bêtement.
Tu me sauves la mise ! Qu'est-ce que je pourrais faire pour te remercier ?
Sans réfléchir, je lui renvoyai un message.
Un café, ce soir 17h au Coin de la rue.
Il accepta aussitôt et je sentis un poids énorme disparaître de mon ventre. J'allais le revoir, je lui avais donné rendez-vous.
De l'autre côté de la petite forêt, Draco remercia profondément Shakespeare, lui promit de lire chacune de ces œuvres et de le citer dans sa prochaine dissertation. Il allait enfin la revoir, après près d'un mois sans avoir de nouvelle, elle lui avait proposé un rendez-vous. Son humeur changea d'un côté et il sourit tout le reste de la journée. Eveillant les soupçons des commères.
Le changement d'humeur de Draco et surtout son sourire n'échappa à personne dans le campus, relançant de plus belles les rumeurs qui s'étaient peu à peu tues. Les commères n'avaient pourtant pas chômés pour trouver qui était cette mystérieuse jeune fille mais elles firent chou blanc. Elle n'était pas dans la même filière ni dans leur année, ni dans celle des autres années. Elle ne faisait pas partie des promos d'économie et ce n'étaient certainement pas une de ces filles coincées de biologie.
Au vue de leurs recherches infructueuses et de la mine souriante de Draco, elles décidèrent de le suivre à la sortie des cours. Peut-être allait-il les emmener directement à cette jeune fille envers qui elles éprouvaient tant de haine.
