Comme promis, je vous poste le premier chapitre aujourd'hui, mais d'abord et avant tout, j'ai quelque chose à vous dire. En un mot : MERCI.
Merci pour le très bon accueil fait à cette fanfic, merci pour votre enthousiasme et vos encouragements, merci d'être si nombreux et si merveilleux. J'ai bien failli ne pas revenir, et vous voir tous tellement gentils me réchauffe le coeur et me dit que j'ai pris la bonne décision en continuant d'écrire et de poster.
Merci à ceux qui me suivaient déjà sur mes histoires précédentes, c'est un véritable plaisir de vous retrouver. Merci à ceux que je ne connais pas encore, et que je connaîtrais peut-être avant la fin de cette fanfic. Merci à Grat, Lisa418, Sygui, lolo et Raphi5930, les adorables Guest qui m'ont laissé des reviews sur le Prologue. Et enfin merci à Rovarandom, ma meilleure amie et bêta, la personne la plus formidable du monde.
Maintenant, à propos de ce chapitre !
Il marque le début de la première partie, qui se déroulera à Boston en 2001. Vous allez en savoir un peu plus sur les événements évoqués dans le Prologue, et l'histoire là où elle s'est arrêtée dans ledit Prologue ne reprendra que plus tard, une fois que vous aurez connaissance de tout ce qui a précédé (sadique, moi ? Mais non, pas du tout).
Dans ce chapitre et le suivant, il s'agit surtout de poser le décor et de lancer l'histoire. Pardonnez-moi les clichés, les références peu subtiles à la série et tout ce qui sera susceptible de vous faire lever les yeux au ciel.
Bonne lecture, et on se retrouve en bas !
Disclaimer : Les personnages et l'univers de la série appartiennent à Edward Kitsis et Adam Horowitz.
PARTIE 1
AMOUR D'ÉTÉ
We fear rejection
Prize attention
Crave affection
Dream, dream
Dream of perfection
Salty sweet - Ms Mr
Chapitre 1 : L'inconnue
11 juillet 2001
Emma attendait.
Elle s'était installée sur la pelouse impeccablement tondue du Boston Common, prête à patienter aussi longtemps que nécessaire. Elle profitait du soleil, la tête posée sur sa sacoche noire, les jambes étendues sur l'herbe piquante. Lily allait arriver d'un instant à l'autre, si elle n'était pas en retard, comme c'était hélas son habitude. Mais Emma se sentait prête à attendre des heures s'il le fallait. Elle avait seulement envie de rester allongée ici, à ne rien faire d'autre que savourer le sentiment de liberté que lui procurait le ciel d'un bleu uni, qui s'étirait à l'infini sous son regard. Elle respirait avec délice ce petit quelque chose de nouveau dans l'air, ce parfum d'été qui lui rappelait qu'elle n'avait plus d'obligations scolaires et disposait de deux mois de répit bien mérité. Au bout de plusieurs minutes de contemplation silencieuse, la jeune femme se redressa lentement, jetant un coup d'œil à la foule qui l'environnait. Le parc était très apprécié des habitants de Boston, ainsi que des touristes, nombreux en cette période de l'année. Emma l'aimait beaucoup, elle aussi. Elle y venait aussi souvent que possible, pour réfléchir, pour observer, mais aussi pour échapper à l'atmosphère étouffante qui régnait chez elle.
Aujourd'hui ne faisait pas exception. Son rendez-vous avec Lily n'était qu'un prétexte pour sortir, s'éloigner. Emma ne cessait d'éprouver ce besoin de prendre de la distance, de tout laisser derrière elle. Pour ne plus penser à ce désir auquel elle refusait de céder, elle se concentra sur l'attroupement qui s'était formé dans le parc. Très vite, elle isola plusieurs catégories de personnes. Tout d'abord, il y avait les familles : les parents à l'air fatigué, les enfants qui se poursuivaient en hurlant, les bébés endormis dans leurs poussettes. Et puis il y avait les couples, qui se promenaient main dans la main ou se tenaient enlacés sur le gazon, oublieux du reste du monde. Et pour finir : les groupes d'amis, bruyants et inséparables, assis en cercles sur les pelouses ou marchant en une masse compacte le long des allées. Emma peinait à s'identifier à ces trois catégories, n'ayant pas eu un parcours familial classique, étant célibataire – et bien heureuse ainsi – et n'ayant en tout et pour tout qu'une seule amie – qui était d'ailleurs vraiment en retard maintenant.
Mais il y avait une dernière catégorie, à laquelle Emma s'identifiait plus facilement : les personnes qui étaient seules. Celles qui erraient, l'air d'avoir atterri là par hasard, avançant en traînant des pieds, mais aussi celles qui semblaient avoir un objectif précis, marchant avec assurance, le regard fixé droit devant elles. Beaucoup n'étaient seuls que le temps d'un trajet, le temps de rejoindre quelqu'un, mais d'autres semblaient n'avoir personne à retrouver. Emma était fascinée par ces gens-là, par leurs démarches, par leurs regards, par leurs comportements. Elle s'étonnait toujours de cette façon que l'on avait de pouvoir être entouré mais isolé, seul au milieu de la foule. A chaque fois qu'elle venait au Common, son regard était immédiatement attiré par ces personnes solitaires. Souvent, elle s'amusait à imaginer où elles allaient, qui les attendaient à la maison, à quoi pouvait bien ressembler leurs vies. Ces questionnements vains n'avaient peut-être aucune utilité, si ce n'était celle de lui faire oublier sa propre solitude. Et c'était une chose dont elle avait régulièrement besoin.
Alors ce jour-là, Emma joua le jeu, comme elle le faisait à chaque fois. Elle laissa son regard errer sur le parc, jusqu'à ce qu'un visage en particulier capte son attention, la rendant aveugle à tout le reste. Aujourd'hui, le visage était celui d'une femme, qui devait avoir entre dix-huit et vingt-cinq ans. Elle était assise sur un banc, les jambes croisées, un sac à main en cuir posé à côté d'elle. Soudain, le vent souleva ses longs cheveux bruns, les envoyant voler devant ses yeux. Elle les repoussa d'un geste gracieux, sans détacher son regard de papiers qu'elle tenait à la main, et sur lesquels elle concentrait toute son attention, les sourcils froncés. Intriguée, Emma détailla les vêtements de l'inconnue, qui lui donnèrent aussitôt deux renseignements à son sujet : elle prenait soin de son apparence et elle était riche, ou du moins aisée. Chaque petite geste qu'elle faisait confirmait son appartenance à une classe sociale privilégiée, et son bon goût vestimentaire ne faisait qu'accentuer une élégance naturelle évidente. Elle était ce genre de personnes sur lesquelles on se retournait dans la rue, que l'on admirait de loin à l'occasion, dont on osait rêver mais rarement s'approcher.
Emma, à qui peu de gens faisaient une telle première impression, se redressa avec curiosité, tendant le cou pour mieux voir la jeune femme. Son regard s'attarda sur le chemisier blanc qu'elle portait, et qui créait un plaisant contraste avec sa peau hâlée par le soleil. Elle se demanda qui était cette personne, ce qu'elle faisait ici, quels étaient ces papiers qu'elle ne quittait pas des yeux, à quoi elle pensait, quels étaient ses rêves et ses projets. Elle tenta d'imaginer sa vie, commençant par se demander où elle habitait. Était-elle de Boston ou seulement de passage ? Les touristes étaient facilement reconnaissables, en général, et cette femme ne semblait pas en faire partie. Emma hésitait à faire des théories, elle qui aimait pourtant particulièrement cette partie du jeu, celle qui consistait à faire fonctionner son imagination. Cette inconnue la troublait, peut-être à cause de cette solitude presque palpable qui se dégageait d'elle, comme si le banc sur lequel elle était assise était une île déserte, ou comme si une barrière invisible la séparait du reste du monde.
Se sentant ridicule dans ses propres réflexions, Emma allait se détourner, mais un geste de l'inconnue l'interrompit, captant de nouveau toute son attention. De la paume de la main, elle essuya ses joues, dans un mouvement rapide qui se voulait discret. Elle pleurait.
- Je sais, je sais, je suis en retard.
Emma sursauta. Elle se tourna vers Lily, qui s'était laissé tomber sur la pelouse à côté d'elle, deux cafés à emporter dans les mains.
- Tu es toujours en retard, répliqua-t-elle, sur un ton destiné à lui faire comprendre qu'elle ne lui en voulait pas.
- J'ai eu du mal à te retrouver, avec tous ces touristes ! Et puis je discutais avec cette fille qui bosse avec moi, elle est très sympa, on a pas vu le temps passer. Je lui ai proposé de venir déjeuner avec nous, mais un copain à elle est venu la chercher, alors ce sera pour une autre fois.
Emma acquiesça distraitement, n'ayant rien écouté. Une famille venait de s'installer devant elle, bloquant son champ de vision. Elle se leva pour tenter d'apercevoir l'inconnue, mais le banc était vide. Elle était partie.
- Tu m'écoutes ? s'énerva Lily, ramenant son amie à la réalité.
- Oui, oui. Désolée.
Emma se rassit et tenta de se concentrer sur la conversation, mais elle ne cessait de jeter des coups d'œil alentours, espérant revoir la brune. Peut-être pourrait-elle aller lui parler, lui demander ce qui n'allait pas ? Non, c'était une mauvaise idée. Elles ne se connaissaient pas, elles n'auraient rien à se dire. Ce serait seulement gênant.
- Emma, je vais vraiment me vexer, à force...
- Désolée, soupira la blonde. J'ai seulement... J'ai vu une femme qui pleurait sur un banc, juste avant que tu arrives.
- Et alors ? Elle a sûrement des amis à qui raconter ses problèmes, comme tout le monde. Si on se concentrait sur moi, là, s'il te plait ? J'ai quelque chose à te dire.
Emma regarda autour d'elle une dernière fois avant de finalement laisser tomber. Quelle que soit la raison pour laquelle cette inconnue pleurait, ce n'était pas elle qui allait y changer quoi que ce soit. Affaire classée.
- Quoi ? s'enquit-elle, reportant son attention sur Lily.
Celle-ci afficha un sourire enthousiaste.
- On est invitées à une fête ce soir ! annonça-t-elle joyeusement.
- Je n'irais pas, déclara aussitôt Emma.
- Attends que je te donne les détails, avant de refuser !
- Non, merci, la dernière fois a été amplement suffisante pour moi.
Lily leva les yeux au ciel. Puis elle sortit deux sandwichs emballés de son sac à main et en tendit un à son amie, qui la remercia d'un sourire. Elle étendit ensuite ses jambes sur l'herbe, s'appuyant nonchalamment sur son coude.
- Je suis vraiment invitée, cette fois, répondit-elle. Et j'ai vraiment besoin que tu viennes, je connais personne là-bas... Tu peux bien faire ça pour moi, non ? Et puis, t'as besoin de te changer les idées, toi aussi.
- Bon, soupira Emma. D'accord pour cette fois, mais c'est ta dernière chance. Pas de plans foireux, compris ?
- Compris.
Lily prit un air satisfait et mordit dans son sandwich, ayant obtenu ce qu'elle voulait. Un silence confortable s'installa tandis que les deux jeunes femmes se concentraient sur leur repas, profitant de ce moment pour se détendre et apprécier l'ambiance joyeuse qui régnait dans le parc.
- Alors, cette fête, c'est où ? s'enquit Emma, une fois son sandwich terminé. Et qui t'a invitée ?
- C'est dans un bar qui a été loué pour la soirée, à Somerville, expliqua Lily. Ruby m'a dit qu'on avait pas besoin de nos fausses cartes d'identité. C'est elle qui m'a proposé de venir.
- Et qui est Ruby ?
- Une fille qui travaille avec moi au Starbucks. Je t'en ai déjà parlé.
- Ah, oui. Possible.
Lily rassembla les emballages vides et se leva pour les jeter dans la poubelle la plus proche. Puis elle s'engagea sur l'allée, direction Beacon Street, et fit signe à son amie de la suivre. Celle-ci obtempéra, n'ayant plus aucune raison de s'attarder à cet endroit. Elles marchèrent en silence un long moment, perdues dans leurs pensées. Emma réfléchissait à la soirée qui l'attendait, hésitant à revenir sur sa décision. Elle évitait généralement les fêtes de ce genre, sachant par avance qu'elle aurait un mal fou à se fondre dans le décor, à s'intégrer. Ça n'avait jamais été son fort, pas plus que celui de Lily, mais celle-ci s'acharnait, déterminée à se faire sa place dans le monde. Peut-être qu'elle avait raison, finalement, et qu'il suffisait de s'affirmer un peu.
- On se retrouve à vingt-et-une heure au coin de ta rue ? proposa Lily, tirant son amie de ses réflexions.
Elles s'étaient arrêtées à quelques pas du Starbucks.
- D'accord, répondit Emma. A ce soir !
Une fois seule, elle resta immobile un instant, tâchant d'ignorer les bruits de la circulation. Puis elle poussa un soupir de découragement et s'engagea dans une rue adjacente. Il était temps qu'elle rentre chez elle.
OoO
Emma referma la porte derrière elle et grimpa les escaliers qui menaient à la pièce principale. Elle jeta un coup d'œil au salon, qui s'étendait tout en longueur jusqu'à la cuisine, située tout au bout de l'appartement. Sa mère adoptive ne s'y trouvait pas.
- Je suis rentrée ! annonça-t-elle, parlant fort pour être entendue.
Ingrid surgit de derrière un paravent, qu'elle avait installé dans un coin pour se ménager une sorte d'atelier, s'étant remise à la peinture depuis peu. Elle portait justement un tablier, marqué de nombreuses tâches colorées.
- Ma chérie ! s'exclama-t-elle, apparemment soulagée. Tu es partie longtemps, je commençais à m'inquiéter.
- J'étais seulement au Common avec Lily. On s'est retrouvées pour le déjeuner.
- Oui, c'est ce que je me suis dis. Si tu as toujours faim, ta part du repas de ce midi est dans le frigo. C'est Elsa qui a cuisiné.
Emma acquiesça distraitement. Puis elle se laissa tomber sur le canapé, jetant un coup d'œil aux magazines qui s'accumulaient sur la table basse.
- Tu ne travailles pas ? s'étonna-t-elle, réalisant soudain que sa mère ne devrait plus être à la maison à cette heure-ci.
- Mes horaires ont changés, expliqua Ingrid. Je fais partie de l'équipe de nuit, maintenant.
Elle avait trouvé un travail d'infirmière au Boston Medical Center quelques mois plus tôt, utilisant enfin sa formation médicale, qu'elle avait mise de côté pour devenir famille d'accueil durant plusieurs années, jusqu'au jour où elle avait adopté Emma. A ce moment-là, elle avait eu l'intention de ne plus se consacrer qu'à elle, mais le destin en avait décidé autrement...
- Tu veux jeter un œil à mon tableau ? proposa Ingrid. Je suis sûre que les filles vont l'adorer.
Emma s'extirpa du canapé, s'approchant pour regarder derrière le paravent. La toile, posée sur le chevalet, laissait apercevoir l'esquisse de trois visages.
- Qui est-ce que tu veux représenter ? s'enquit-elle, curieuse.
- Mes sœurs et moi... Enfin, si j'y arrive. Une fois le tableau terminé, je le mettrais dans le salon, si ça ne dérange pas les filles. Mais peut-être que ça ne leur plaira pas... Le décès de leur mère est encore si récent, je ne voudrais surtout pas les brusquer. Tu crois qu'il est encore trop tôt pour ce tableau ?
- Tu devais le leur demander directement. Mais c'est ta façon à toi de faire ton deuil et je pense qu'Elsa et Anna peuvent le comprendre. Où est-ce qu'elles sont, d'ailleurs ?
- Parties à la Bromfield Gallery, voir de véritables œuvres d'art. C'était une idée d'Anna. J'ai eu l'impression que ça l'intéressait vraiment, que ce n'était pas seulement pour me soutenir dans mon nouveau passe-temps. Peut-être qu'elle pourrait faire des études artistiques, qui sait ?
- Peut-être, mais elle a seulement quinze ans, elle a encore le temps de décider de son avenir.
Ingrid adressa un sourire rassurant à sa fille, sachant que les études n'étaient pas son sujet de conversation favori.
- Toi aussi, tu as encore le temps, répondit-elle doucement.
- Dans ce cas, si on évitait d'en parler avant que ça ne soit une absolue nécessité ?
- Marché conclu.
Ingrid saisit un pinceau très fin, dont elle se servit pour marquer davantage un trait sur l'un des visages, arrondissant l'angle de la mâchoire.
- Ce sera Helga, annonça-t-elle. Je sais que vous n'avez aucun lien de parenté, mais je vous ai toujours trouvé une certaine ressemblance.
Emma s'appuya contre sa mère et passa un bras autour de sa taille, s'efforçant de lui transmettre toute son affection et son soutien à travers ce simple geste. Mais elle ne répondit pas à sa dernière remarque, sachant qu'elle ne trouverait pas les bons mots. Elle regardait ce tableau, et là où Elsa et Anna voyaient une mère et deux tantes, là où Ingrid voyait deux sœurs, elle, elle ne voyait que deux inconnues et une mère adoptive. Légalement, elle faisait partie de cette famille, depuis sept mois maintenant. Mais il lui suffisait de jeter un coup d'œil à cette toile, et elle se sentait aussitôt exclue. Ce sentiment n'avait rien à faire dans une telle tragédie, il était totalement malvenu, alors elle le taisait. Mais il grandissait dans le silence, menaçait de l'engloutir, la poussait à passer toujours plus de temps loin de sa famille. Mais elle n'avait pas envie de céder à la tentation de s'enfuir, comme elle avait eu l'habitude de le faire avant.
- Maman ?
- Oui ?
Ingrid se tourna vers sa fille, son habituel sourire rassurant sur le visage. Emma hésita, incapable de se confier sur ce qui la contrariait, n'osant pas risquer de voir ce sourire disparaître.
- Je peux rester ici et te regarder peindre ? demanda-t-elle, abandonnant l'idée de se livrer sur ce qu'elle ressentait.
- Bien sûr, ma chérie.
Emma s'installa sur un petit fauteuil contre la fenêtre, face à la toile. Puis elle posa la tête contre le mur de briques apparentes et prit une grande inspiration, avant de fermer brièvement les yeux. Inexplicablement, elle pensa à la jeune femme aperçue dans le parc, celle qui avait disparu au moment où elle avait remarqué qu'elle pleurait. Elle avait eu envie d'aider cette inconnue, ne serait-ce qu'en ayant un mot gentil. Peut-être que ça aurait été suffisant, peut-être qu'il aurait suffit qu'une seule personne prête attention à ses larmes pour les faire cesser. Emma songea qu'il était étrange qu'elle ait pu se sentir aussi touchée par la détresse de cette femme qu'elle ne connaissait pas mais qu'elle soit totalement incapable de réellement s'impliquer dans une tragédie qui concernait sa propre famille. Peut-être que c'était plus simple, lorsqu'il s'agissait d'inconnus que l'on regardait de loin dans les parcs, dont on imaginait la vie et les rêves, qui sortaient de notre existence avant même d'y entrer. Peut-être que tout devenait difficile lorsque c'était concret, personnel, réel.
Emma releva ses jambes sur le fauteuil et rouvrit les yeux pour regarder Ingrid travailler. Elle observa la progression de la peinture, s'émerveillant de voir les visages apparaître avec de plus en plus de netteté à chaque coup de pinceau. Lasse de se torturer avec de vaines réflexions, elle s'autorisa à apprécier cet instant privilégié avec sa mère, oubliant tout le reste. Soudain, il n'y avait plus que ce calme après-midi d'été, les visages qui prenaient vie sur la toile, l'odeur de peinture qui flottait dans l'air, et tout était beau. Éphémère, oui. Mais beau tout de même. Et, au fond, c'était peut-être tout ce qui comptait.
OoO
Lily était en retard. Emma l'attendait depuis une bonne demi-heure, assise sur les marches de son immeuble, les mains enfoncées dans les poches de sa veste. Elle regardait fixement devant elle, sans vraiment voir la rue qui s'étendait sous ses yeux, totalement perdue dans ses pensées. Elle n'était pas en colère. Elle savait depuis longtemps qu'il ne servait à rien de s'énerver contre Lily, que rien de ce qu'elle pourrait dire ou faire ne la changerait jamais. Elle était agacée, un peu, mais contre elle-même. Agacée parce qu'elle avait laissé sa mère partir pour le travail sans la prévenir qu'elle sortait, sans lui dire où elle allait, même si elle savait qu'Ingrid s'inquiéterait pour elle si elle l'apprenait. Agacée parce qu'elle savait que sa mère n'avait pas besoin de soucis supplémentaires, souffrant du récent décès de sa sœur, et des changements qui avaient affectés sa vie depuis qu'elle avait proposé de prendre soin de ses nièces. Mais ces changements affectaient également Emma, même si elle ne l'admettait jamais à voix haute. Elle craignait que le fragile équilibre instauré entre Ingrid et elle depuis son adoption ne soit mit en péril par la présence de ses cousines, sœurs, ou peu importe comment elle devait les appeler.
Emma poussa un soupir de découragement. Elle remonta ses jambes de façon à pouvoir poser la tête sur ses genoux, ses bras croisés entre les deux. Elle hésitait à faire volte-face pour retourner dans l'appartement, où elle pourrait regarder la télévision avec Elsa et Anna, et peut-être rire et discuter avec elles, comme de véritables sœurs. Hélas, les choses ne se passaient jamais de cette façon entre elles. Les filles avaient emménagées dans l'appartement trois mois plus tôt, mais le deuil de leurs parents avait été si difficile qu'elles s'étaient renfermées sur elles-mêmes, ne faisant pas l'effort de se rapprocher d'Emma, qui de son côté s'était également tenue à l'écart. Elle s'était contentée d'observer, se questionnant sur le comportement qu'elle aurait adopté en pareille situation, mais il lui était difficile d'en juger. Elle-même n'avait jamais eu de parents, en dehors d'Ingrid, qui n'était sa mère que depuis quelques mois. La portée du chagrin d'Elsa, qui s'enfermait des heures dans sa chambre en refusant de parler à qui que ce soit, l'atteignait et l'effrayait. Elle avait envie de l'aider, mais elle se sentait impuissante, incapable de prétendre qu'elle la comprenait et donc de lui tendre la main.
Anna, de son côté, avait semblé trouver en sa sœur une raison de reprendre le dessus. Après l'enterrement de leurs parents, durant lequel elle s'était abandonnée à son chagrin, elle s'était retroussé les manches et avait décidé de venir en aide à son aînée, qui sombrait visiblement dans la dépression. Emma s'était sentie touchée par la détermination de l'adolescente, qui pouvait passer des heures assise contre la porte de la chambre d'Elsa, la suppliant de lui ouvrir. Elle faisait preuve d'une patience infinie, toute entière concentrée sur son objectif, aveugle à tout le reste. Ce comportement obsessionnel avait quelque peu inquiété Ingrid, qui avait fait en sorte que ses nièces consultent un thérapeute. Anna avait peu à peu retrouvé la bonne humeur naturelle et l'optimisme à toute épreuve qui la caractérisait, reprenant goût à la vie malgré le poids du deuil qui pesait sur ses épaules. Elsa avait davantage tardé à montrer des signes de retour à la normale, et lorsqu'ils s'étaient finalement manifestés, il s'était agi de détails plus que de réels progrès. Il lui arrivait de quitter sa chambre, pour partir se promener dans le parc avec sa soeur, faire la cuisine ou lire un livre sur le canapé. Mais, même lorsqu'elle était présente, Elsa restait lointaine, comme perdue dans un sanctuaire intérieur silencieux et secret.
Un coup de klaxon tira Emma de ses pensées, la ramenant brutalement à la réalité. Elle sursauta violemment et adressa un regard noir à Lily, qui se tenait au volant de sa voiture, de l'autre côté de la rue. Cette dernière ne s'excusa pas pour ses trois quart d'heures de retard, se contentant de passer la tête par la vitre entrouverte pour lancer, sur un ton joyeux et provocateur :
- Bah alors, tu viens pas ?
Emma leva les yeux au ciel. Puis elle traversa la route et ouvrit la portière côté passager, la claquant derrière elle.
- J'aurais dû y aller en métro, grommela-t-elle, tout en jetant un coup d'œil dégoûté à l'emballage de fast-food dans lequel elle avait involontairement mis le pied. Tu devrais ranger, de temps en temps, ajouta-t-elle avec agacement.
- Je déteste le métro, rétorqua Lily, ignorant la remarque. C'est beaucoup plus sympa d'y aller toutes les deux en voiture !
Elle jeta un coup d'œil dans le rétroviseur avant de s'engager sur Adams Street, donnant un brusque coup d'accélérateur. Emma retira la lanière de sa sacoche, qui appuyait douloureusement sur son épaule, et s'enfonça dans son siège, les yeux fermés.
- Où est-ce qu'on va, déjà ? demanda-t-elle, tâchant de se faire une idée de ce qui l'attendait.
- Dans un bar, à Somerville. J'en ai parlé un peu avec Ruby cet après-midi et elle a dit qu'on serait seulement une vingtaine. Apparemment, elle fait partie d'un groupe d'amis qui traînent tout le temps ensemble, mais elle a dit qu'il y avait pas de problèmes à ce qu'on reste avec eux.
- On va avoir du mal à se fondre dans le décor, s'ils sont si peu nombreux et qu'ils se connaissent tous...
Lily tourna la tête vers son amie, ayant capté l'angoisse contenue dans sa voix.
- On verra une fois là-bas, répliqua-t-elle. T'inquiètes, ce sera super.
- Sûrement. Tu as raison.
Emma tendit la main pour allumer la radio. Elle choisit une station au hasard et s'installa confortablement pour le trajet, repoussant les emballages vides d'un coup de pied. Puis elle regarda défiler les immeubles à travers sa vitre, qu'elle avait entrouverte pour profiter de la fraîcheur de la nuit, et se perdit rapidement dans ses pensées. Une vingtaine de minutes plus tard, elles pénétrèrent enfin dans Somerville. Après avoir garé la voiture dans une rue adjacente, les deux jeunes femmes se dirigèrent vers le bar, dont elles avaient l'adresse griffonnée sur un morceau de papier.
- C'est ici ? s'enquit Emma, une fois arrivée devant ce qui semblait être leur destination.
- On dirait bien. On va aller voir, on sera fixées.
Lily se dirigea vers la porte du bar, levant les yeux vers le panneau de bois qui la surplombait, et sur lequel était inscrit un nom : The Jolly Roger. Désormais certaine d'être au bon endroit, elle donna quelques coups énergiques contre le battant, ignorant l'écriteau qui annonçait « fermé pour la soirée ». Un rire un peu hystérique se fit entendre, puis la porte s'ouvrit. Une jeune femme élancée, vêtue d'une robe rouge outrageusement courte – des mèches de la même couleur striaient ses cheveux – fit face aux nouvelles venues avec un sourire avenant.
- Ah, vous êtes là ! s'exclama-t-elle. Je commençais à croire que vous ne viendriez pas.
- Il y avait du monde sur la route, mentit Lily. C'est un billard, que je vois derrière toi ?
Elle se glissa dans le bar avant même d'avoir obtenu une réponse, laissant Emma face à leur hôte, qui lui tendit la main pour la saluer.
- Je m'appelle Ruby, se présenta-t-elle, sans cesser de sourire. Et tu es Emma, je suppose ? Je travaille au Starbucks avec Lily, elle m'a dit beaucoup de bien de toi.
- Ce n'est pas vraiment son genre, mais je te crois. Merci pour l'invitation, c'est très gentil de ta part.
- Mais de rien, voyons ! Suis-moi, on va discuter à l'intérieur. Tu veux boire quelque chose ? Tu peux poser ta veste dans l'entrée, si tu veux.
Emma retira sa veste, révélant la robe rayée noire et blanche qu'elle avait choisie pour venir à la soirée. Elle déposa sa sacoche sur une table recouverte de sacs à main et de vêtements – tous d'excellente qualité, uniquement de la marque – et suivit Ruby jusqu'au centre de la salle, où se trouvait le billard que Lily avait aperçu. Celle-ci s'était justement mêlée au groupe qui se pressait autour des joueurs, encourageant à grands cris des gens qu'elle ne connaissait même pas. Emma se laissa tomber sur un tabouret, à côté d'un comptoir sur lequel plusieurs bouteilles étaient mises à disposition. Elle laissa son regard errer sur la salle, découvrant la décoration moderne et les murs de briques apparentes, qui donnaient au lieu un aspect familier qui la réconforta aussitôt. Ses yeux glissèrent jusqu'au groupe, qu'elle détailla rapidement.
- Alors, qu'est-ce que tu veux boire ? s'enquit Ruby.
Elle avait contourné le bar pour sortir un verre et étudiait maintenant l'étiquette d'une bouteille de vodka.
- Et si je te faisais un cocktail ? reprit-elle, sans attendre de réponse.
- Ça me va.
Emma croisa les jambes tout en poursuivant son inspection visuelle. Elle commençait à réaliser qu'elle était entourée de personnes dont le niveau de vie était supérieur au sien, ce qui avait tendance à la mettre mal à l'aise. C'était différent avec Lily, bien que celle-ci ait été adoptée par une famille aisée, car elle n'avait jamais oublié d'où elle venait. Cela l'avait d'ailleurs empêchée de vraiment s'intégrer au monde auquel ses parents adoptifs lui avaient permis d'accéder, et son naturel rebelle l'avait même poussée à tout faire pour s'en éloigner, ce qui avait conduit à de nombreuses fugues. C'était durant l'une d'elle qu'Emma l'avait rencontrée, à une époque où elle venait de quitter une énième famille d'accueil. Mais, sans ces circonstances particulières, rien ne disait que leurs routes se seraient croisées un jour.
- Tu vas bien ? s'enquit Ruby, ayant remarqué l'expression songeuse de son invitée.
Celle-ci acquiesça, se fabriquant un sourire amical. Puis elle repoussa une mèche de cheveux qui s'était échappée de sa queue-de-cheval, la plaquant derrière son oreille, et tendit la main pour saisir son verre.
- Alors, commença-t-elle. Pourquoi tu as invité Lily ?
- Je lui parlais tout le temps de mes amis, alors je me suis dis qu'elle devait les rencontrer. Je pourrais te les présenter aussi, bien sûr. Enfin, quand ils auront fini de se comporter comme des gamins…
Ruby s'appuya sur ses coudes, le regard rivé sur le groupe, qui était toujours réuni autour du billard. La musique diffusée par le juke-box était noyée sous les cris hystériques, les éclats de rire et les exclamations de joie.
- Quel est le but de la soirée ? s'enquit Emma, parlant fort pour être entendue malgré le bruit. Vous fêtez quelque chose en particulier ?
- Pas vraiment, non. C'était seulement histoire de se retrouver. On fait ça souvent, mais seuls certains d'entre nous sont toujours présents. Les autres viennent à l'occasion, ils emmènent parfois de nouvelles personnes, et ça permet de faire des rencontres.
- Je vois. Et toutes ces fêtes ont lieu ici ?
- Un certain nombre, oui. Le bar appartient à la famille de Killian – c'est le grand brun là-bas, celui qui porte une boucle d'oreille et qui est maquillé – et il nous laisse l'utiliser de temps en temps.
Emma se retourna sur son tabouret, suivant le regard de Ruby. Celle-ci, ravie de pouvoir discuter avec quelqu'un de nouveau, poursuivit joyeusement :
- D'autres soirées plus calmes se font chez lui. Il a un appartement à Charlestown, qu'il partage avec son frère Liam – qui n'est pas ici ce soir – et Neal, qui est actuellement en train de te mater.
Emma parcourut la salle du regard.
- Celui avec la chemise blanche ? crut-elle deviner.
- Non, lui c'est Whale. C'est seulement sa deuxième ou troisième soirée avec nous, alors je ne vais pas pouvoir te dire grand-chose à son sujet. Neal est juste à côté de Killian, avec le sweat gris. Ils viennent de se coller mutuellement une claque dans le dos, si tu as toujours du mal à les repérer.
Emma s'esclaffa et prit une gorgée de son cocktail, en appréciant le goût sucré.
- Ça y est, je les vois, répondit-elle. D'autres informations à me donner ?
- A propos de Neal, tu veux dire ? Il est célibataire, si ça t'intéresse. Et aussi complètement fauché, le pauvre. Il squatte le canapé de Killian depuis des mois. Apparemment, ça se passait mal dans sa famille, et il a préféré partir.
- Tout à fait le genre de Lily.
A cet instant, une fille se détacha du groupe et s'approcha du bar, s'éloignant des joueurs avec un soulagement visible. Elle se laissa tomber sur le tabouret voisin de celui d'Emma, lui jetant un coup d'œil curieux au passage. Cette dernière sourit, beaucoup plus détendue qu'à son arrivée, et se présenta poliment.
- Moi, c'est Ashley, répondit l'autre, souriant en retour.
- Enchantée.
- Moi aussi. Vous faites quoi de beau, toutes les deux ?
Ruby sortit un flacon de vernis de la poche de sa veste et commença à se faire les ongles tout en répondant :
- Je parlais du groupe, de nos petites histoires... Tu peux prendre le relais, si tu veux. Tu en sais au moins autant que moi.
- D'accord, accepta Ashley. Mais surtout parce que je devine que tu as surtout essayé de jouer les entremetteuses jusque-là.
- Un peu, reconnut Emma.
Elle n'appréciait pas ce genre de conversations futiles, de manière générale, mais c'était exactement ce dont elle avait besoin ce soir-là. De plus, les regards insistants de plusieurs des hommes du groupe se révélaient flatteurs, bien que l'intérêt ne soit pas partagé.
- Je tiens à préciser que Sean est à moi, prévint Ashley, qui désigna son petit-ami d'un geste de la main.
- C'est noté.
- Parfait. Alors, dis-moi, qu'est-ce que tu veux savoir ?
Emma ouvrait la bouche pour poser une question quelconque lorsque le groupe se dirigea vers le bar dans un même mouvement, ayant apparemment terminé la partie de billard. Lily s'empressa de rejoindre son amie, l'entraînant à l'écart pour lui parler.
- Alors ? lança-t-elle joyeusement. Je t'avais pas dit qu'on allait s'amuser ?
- Si, c'est bien ce que tu avais dit. Mais heureusement que Ruby était là, parce que si j'avais dû compter sur toi...
- C'est bon, t'étais pas toute seule ! Je dois y retourner, Graham et Neal vont faire une partie de bière-pong. On se voit après, d'accord ? En tout cas merci de m'avoir accompagné, t'es la meilleure !
Emma n'eut pas le temps de répondre que déjà son amie s'éloignait, marchant droit sur le groupe qui s'était reformé un peu plus loin. Certains étaient restés au bar, prenant le temps de boire un verre avant de retourner s'amuser. Whale flirtait avec Ruby, qui jouait les indifférentes en apportant les dernières retouches à son vernis, tandis qu'Ashley discutait avec son petit-ami, qui la tenait enlacée par la taille. L'ambiance était joyeuse, bruyante, un peu étouffante.
- Pardonne-moi cette question, mais... Qui es-tu ?
Emma fit volte-face, tombant nez-à-nez avec le grand brun maquillé dont elle avait complètement oublié le prénom. Elle se présenta, expliquant qu'elle avait été indirectement invitée par Ruby.
- Moi, c'est Killian, l'informa celui-ci. Considère que tu es la bienvenue dans ce bar aussi souvent que tu le veux. Nous n'avons jamais trop de belles filles, par ici...
- Excellente entrée en matière.
- Je trouve aussi.
- J'étais sarcastique.
- J'ai décidé de ne pas en tenir compte.
Emma se retint de lever les yeux au ciel. Elle fit quelques pas en direction du bar pour se resservir un verre, un peu agacée de constater que le brun la suivait.
- Le mascara, c'est pour te donner un genre ? s'enquit-elle, sur un ton moqueur destiné à le vexer.
Il parut au contraire ravi qu'elle aborde le sujet.
- Si on veut, répondit-il. Je suis le guitariste d'un groupe de rock, alors j'imagine qu'on peut associer ma musique et mon style.
- Et ça te donne une bonne raison de caser ça dans la conversation, intervint une voix féminine.
Emma se tourna vers la nouvelle venue, une petite blonde qui arborait un air espiègle.
- Tink, notre chanteuse, la présenta Killian.
- Tink ? s'étonna Emma. C'est vraiment ton prénom ?
- Surnom, en fait. Depuis le jardin d'enfants. Mais personne ne m'appelle autrement.
- Va pour Tink, alors.
Les deux jeunes femmes échangèrent un sourire poli et une poignée de main, puis Whale fit signe à ses amis de le rejoindre et Emma se retrouva à nouveau seule, debout près du bar. Ruby, qui s'était assise sur le comptoir, se pencha pour la saisir par le bras et la tirer vers elle, la forçant à s'installer sur un tabouret. Puis elle se lança sur un monologue concernant les vêtements qu'elle prévoyait d'acheter le week-end suivant, jusqu'à ce qu'Ashley, qui était revenue traîner dans les parages, ne l'interrompe gentiment.
- Dis-moi, commença-t-elle. Il se passe quelque chose avec Whale ?
- Mais non, rien du tout. Il est juste, tu sais... toujours en train de draguer quelqu'un.
- J'ai eu l'impression que ça ne plaisait pas beaucoup à Peter, de le voir te tourner autour comme ça.
Ruby haussa les épaules et fit la moue.
- Il se comporte comme un grand frère protecteur parce qu'on a grandi ensemble, répondit-elle. Ça ne veut rien dire, crois moi.
- Si tu le dis...
Emma sirotait son second cocktail tout en écoutant d'une oreille le bavardage de ses nouvelles amies, savourant l'ambiance qui régnait au Jolly Roger. Mais sa bonne humeur fut quelque peu gâchée lorsqu'Ashley se mit à lui poser des questions personnelles, voulant savoir d'où elle venait, où elle ferait ses études à la rentrée, si elle avait des frères et sœurs, et tant d'autres choses qu'elle ne voulait pas partager, auxquelles elle ne voulait même pas penser. Elle expliqua qu'elle n'aimait pas parler d'elle et enchaîna très vite en insistant sur le fait qu'elle préférait en apprendre davantage sur les personnes qui l'entouraient. Alors qu'elle jetait un coup d'œil circulaire sur la salle, cherchant inconsciemment une issue, son regard s'arrêta sur un petit groupe de filles, assises sur un canapé à l'écart des autres.
- C'est qui, elles ? s'enquit Emma, sautant sur l'occasion de changer de sujet.
- La grande rousse, c'est Zelena, répondit aussitôt Ruby. Les trois autres sont des filles de sa sororité, elles sont toutes à la Northeastern University. Et elles ont un peu trop tendance à croire que personne ne mérite de respirer le même air qu'elles.
- Elle n'a pas tort, confirma Ashley. C'est à se demander pourquoi elles se donnent la peine de venir à ces soirées.
- Zelena essaye tout le temps de prouver qu'elle est la meilleure, poursuivit Ruby. Alors qu'il est plutôt clair pour tout le monde qu'elle est la plus intelligente. Autant dire que ça la rend insupportable.
Emma plissa les yeux pour mieux voir la dénommée Zelena, qui se tenait debout devant ses amies, ignorant totalement les autres personnes présentes dans la pièce.
- Il y a bien quelqu'un qui pourrait rivaliser avec elle, fit remarquer Ashley.
- Tu penses à qui ? s'étonna Ruby.
- A une personne qui a toujours tout ce que Zelena voudrait avoir. Une personne avec laquelle elle a toujours été en compétition. Selon toi ?
- Laisse-moi deviner… Regina ?
Ashley acquiesça, un air de conspiratrice sur le visage. Elle se pencha sur son amie pour murmurer :
- Tu savais qu'elle était ici ce soir ?
Ruby se redressa brusquement et observa attentivement le groupe, son regard s'arrêtant sur chaque visage.
- Où ça ? s'enquit-elle.
- Je l'ai croisée à l'étage, tout à l'heure. Elle parlait avec quelqu'un au téléphone. Elle est sûrement descendue depuis...
- Mais qu'est-ce qu'elle est venue faire ici ? Elle déteste ces soirées, tout le monde le sait.
- Elle s'est peut-être rendu compte qu'elle avait besoin d'amis, elle aussi, suggéra Ashley.
- Après avoir ignoré le groupe pendant des mois parce que ses études et son petit-ami l'occupaient trop ? Ça m'étonnerait...
Ruby se tourna vers Emma pour expliquer :
- Cette fille, c'est le stéréotype de la gosse de riche qui sort avec un mec pauvre pour provoquer ses parents.
- Qui sortait, corrigea Ashley. J'ai entendu dire que son Daniel avait trouvé du travail dans le Connecticut. Ils ont rompus.
- Dans le Connecticut ? Pourquoi aller dans l'État voisin pour trouver du boulot ?
- Apparemment, cette opportunité lui aurait été offerte par la mère de Regina. Tu vois où je veux en venir.
Ruby acquiesça.
- Un complot signé Mills ! Je comprends mieux. Elle doit être tellement énervée... Oh, regarde ! Elle est là.
Emma tourna la tête dans la direction que lui indiquait Ruby, plus par réflexe que par réelle curiosité. Une jeune femme se tenait appuyée contre le mur, à l'opposé de la pièce. Elle observait le groupe avec un mélange de consternation et de mépris affiché, visibles même à cette distance. Ses longs cheveux d'ébènes, en partie retenus, encadraient un visage d'une beauté saisissante. Son regard était intense, presque impossible à soutenir... Ce regard fascina tant Emma qu'elle mit une bonne minute à réaliser qu'elle avait déjà vu cette femme, qu'elle l'avait vu le jour même, sur un banc, au Common. C'était Elle. L'inconnue, celle qui pleurait, celle qui était partie avant qu'elle ne trouve le courage d'aller lui parler.
- Je te présente Regina Mills ! lança Ruby, tout en descendant du comptoir.
Elle l'observa encore un instant, se demandant probablement encore ce qui l'avait poussée à venir, puis elle s'assit sur un tabouret libre et engagea la conversation avec Ashley, paraissant totalement oublier le sujet abordé précédemment. Aucune des deux ne remarqua l'inattention soudaine de leur nouvelle amie, qui n'écoutait pas un mot de ce qu'elles se disaient. Comme cet après-midi là dans le parc, Emma était subjuguée par la femme qui lui faisait face, au point d'éprouver des difficultés à détourner le regard.
- Je vais aller lui parler, décida-t-elle.
Quelques heures plus tôt, elle en avait eu l'intention, mais elle n'en avait pas eu le temps. Et voilà qu'elle en avait l'occasion, une occasion inattendue, et elle sentait qu'elle devait la saisir. C'était peut-être stupide de sa part de penser ainsi, mais pour elle, si cette personne avait croisé son chemin deux fois dans la même journée, et dans ces circonstances précises, ce n'était pas une coïncidence.
C'était le destin.
Et voilà, c'est fini pour aujourd'hui. Le moment est venu pour vous de retourner vaquer à d'autres occupations, tandis que j'attendrai vos potentielles reviews avec angoisse. Je vous souhaite à tous un bon week-end, et on se retrouve vendredi prochain pour le second chapitre ! A bientôt )
