Bon.

Je commencerai pas remercier les revieweurs pour avoir partagé leurs impressions sur le prologue de cette fic. Les lire m'a fait énormément plaisir et m'a beaucoup encouragé à reprendre l'écriture – pas seulement de Kara, mais en général et pour cela je vous suis très reconnaissante.

Ça m'a fait du bien de retrouver Kara, et j'espère pouvoir lui donner la fin qu'elle mérite – ça ne sera peut être pas dans cette fic, mais en vérité cela dépend de jusqu'où vous avez envie de la voir aller. J'ai repris les "vieilles" idées que j'avais noté pour The Dark World et les ai un peu retravaillées. Aussi, le squelette du prochain chapitre est quasiment fini et j'espère pouvoir m'atteler à sa rédaction très vite.

J'espère que ce premier chapitre vous donnera envie de découvrir les aventures de notre archère lors de l'arc de The Dark World.

Bonne lecture !


Merci à mimi70, et Erza Robin pour leur review.

Réponse à CaptainLoki : Merci pour ta review, je suis contente que les précédentes aventures de Kara t'aient plu. Comme tu peux le voir, j'ai poursuivi mes efforts et j'espère que ce chapitre te plaira également. Je comprend ta frustration vis-à-vis du couple LokixKara non concrétisé dans Avengers – je la partage même ;) Mais ceux sont deux personnages complexes et ayant vécu beaucoup de chose, et il va me falloir ruser pour en faire plus ou moins ce que je veux. Je te souhaite une bonne lecture et attend tes réactions avec impatience, skya.

Réponse à LoveFic : Merci pour ta review, je suis heureuse de voir que malgré tout ce temps tu sois resté fidèle à Kara. J'ignore si je serais à la hauteur de tes attentes, mais sois assuré que je ferai de mon mieux. Bonne lecture, skya.

Merci aussi à PheesbsH 62 et pour suivre ma fic et à toundra95, (encore), Keiralexi et Aidoku pour avoir ajouté Kara à leurs favoris.

Merci également à tous mes lecteurs anonymes et ce dont la langue maternelle n'est pas le français.


CHAPITRE I

Amertume


Une violente crampe dans les muscles de son cou extirpa Loki de sa somnolence. Dans une grimace, l'Asgardien fit rouler ses épaules dans l'espoir d'atténuer la douleur. Son mouvement se répercuta contre la paroi translucide de sa prison, entrainant une vague de lumière semblable aux rides froissant la surface d'un étang lorsqu'on y jette une pierre. Incapable de soulager le pincement désagréable dans son cou probablement dû à sa position à moitié allongée, Loki referma le livre qu'il tenait dans sa main et se redressa pour se masser le haut du dos.

Autour de lui, les cachots du palais royal étaient silencieux et plongés dans une obscurité artificielle. Dehors, il faisait nuit aussi. L'aube n'allait pas tarder.

Cela faisait quelques mois que Loki était pris d'insomnie de façon irrégulière. Dans sa bonté, Frigga avait tenté de guérir le manque de sommeil de son fils en lui faisant apporter un divan afin qu'il n'ait plus à s'allonger sur le sol blanc et froid de sa cellule. Le jeune homme avait accueilli cette attention avec un sourire sarcastique, conscient que tout cela était indépendant de la volonté d'Odin, le Père de Tout. À son retour de Midgard, lorsque Loki avait été traîné enchaîné comme un vulgaire prisonnier à travers Asgard, son « père » l'avait jeté en prison sans plus de procès.

« Pour m'oublier », se répétait le fils de Laufey. « En espérant que je disparaisse ici. »

Frigga semblait en avoir décidé autrement. Il ne se passait pas un jour sans qu'elle ne lui rende visite dans le plus grand secret. Après le divan, elle lui avait apporté quelques bouquins de l'ancienne bibliothèque personnelle du prince. Puis, ce fut toute sorte de chose qui n'avait pas disparu lorsque Asgard, persuadé d'être enfin débarrassé de son mouton noir, avait organisé un bûcher funéraire en bonne et due forme, probablement trop heureux de pouvoir effacer toute trace de ce « maudit magicien ».

Et bien que Loki soit reconnaissant envers sa mère pour avoir refusé de l'oublier si vite et pour avoir préservé quelques traces de son existence alors que tous le croyaient mort, il aurait néanmoins préféré qu'elle ne lui rende pas aussi souvent visite. Parce que, au fond, cela lui rappelait douloureusement que personne d'autre ne désirait le voir. Mais il aurait été parfaitement incapable de demander à Frigga de cesser de s'inquiéter pour lui. Bien que cela lui écorchait durement le cœur, l'amour de sa mère était la dernière chose que Loki reconnaissait véritablement posséder encore. Et c'était beaucoup plus important que tous les meubles et les livres qu'elle pouvait lui ramener pour adoucir son isolement.

N'arrivant pas à soulager ses muscles endoloris, l'Asgardien s'écarta de la paroi de sa cellule et se leva. Une lumière verte illumina alors la pièce et une table, un divan et une bibliothèque apparurent de derrière la brume d'invisibilité qui les dissimulait aux yeux du monde. Loki posa son livre sur la petite table à la surface dorée et marbrée, puis s'assit face à un plateau d'échecs aux pièces en onyx luisantes.

Originaire de Vanaheim (I), ce jeu avait été importé lors de la première Grande Guerre contre les Vanes et était instantanément devenu populaire dans le royaume des Ases. Par la suite, il s'était répandu à travers l'univers au gré des conquêtes d'Asgard. Il avait même été adopté par les Midgardiens. Aujourd'hui, il avait perdu de sa popularité auprès de la noblesse asgardienne, mais il était encore pratiqué par certains marchands de Nilfheim auprès desquels Loki avait appris à jouer.

D'un regard encore somnolent, l'Asgardien examina la partie qu'il avait engagé contre lui-même, faute d'adversaire à portée de main. Il réfléchit quelques instants, puis avec autant de satisfaction que s'il jouait contre un rival parfaitement distinct de sa propre personne, prit une pièce adverse dans un coup brillamment calculé.

Il ne fallait pas voir dans cette marque évidente de la solitude de Loki une pathétique tentative de la part de ce dernier de se divertir. Même plus jeune, avant Midgard et Jötunheim, c'était ainsi qu'il s'exerçait aux échecs : seul. Très peu de personne au palais savait y jouer, et ceux qui savaient n'avaient pas forcément de temps à perdre en la compagnie du fils cadet d'Odin. Ce dernier ne s'en était jamais véritablement plaint et avait même trouvé en sa personne un rival digne de ce nom.

Enfin, ça, c'était avant qu'il ne tente d'apprendre à Kara à jouer.

Loki tendit la main vers la pièce qu'il venait de capturer pour la retirer du plateau. Il s'agissait d'un simple pion. L'Asgardien le garda cependant entre ses doigts quelques instants avant de la faire rouler dans sa paume.

– Tu es décidément trop nulle à ce jeu, Kara.

Kara n'était pas très douée aux échecs – Loki se souvenait. Elle confondait les règles quand elle n'arrivait tout simplement pas à les retenir, et jouait de façon franchement grossière.

– Je suis bien d'accord avec toi. Mais dans ce cas, rappelle moi pourquoi je continue de jouer contre toi.

Loki l'avait souvent battue – quasiment à chaque fois même et de façon pas toujours très juste. N'importe qui ce se serait vexé au bout de quelques parties, mais Kara était d'un naturel têtu et avait de l'orgueil.

– Parce que tu dois t'améliorer si tu veux un jour pouvoir me battre.

Avec le temps et grâce à l'obstination de l'apprentie Valkyrie, leurs parties d'échecs quoique médiocres de part la qualité de jeu de Kara, étaient devenues un de leurs passe–temps favoris.

– Ah. Et je me suis améliorée depuis le temps ?

La pièce toujours dans sa main, Loki s'allongea sur le divan aux coussins soyeux.

– Non. Pas du tout même.

Il fixa la pièce quelques instants avant de la lancer nonchalamment en l'air.

– Alors pourquoi tu t'entêtes à jouer avec moi, Loki ?

La figurine en pierre noire s'éleva en tournoyant, s'arrêta comme suspendue au bout d'une ficelle, puis retomba dans la main de l'Asgardien.

– Parce que j'aime passer du temps avec toi.

Dans le silence de sa prison, Loki continua de jongler avec sa pièce alors que ses souvenirs se teintaient d'amertume.

•••

La navette s'ébranla. Le front de Kara alors paisiblement posé contre la vitre rebondit violemment sur la surface translucide semblable à du verre. L'Asgardienne sortit alors de sa léthargie dans un sursaut.

Un paysage de cendre et d'ocre s'ouvrit devant elle. Les plaines du Royaume des Ténèbres étaient un endroit désolé et pittoresque, symbole éternel du destin tragique de ce monde. Autrefois, Svartalfheim était comparable à son jumeau Alfheim et son sol était riche, rouge et noir étincelant. Puis la guerre l'avait ravagé, lentement, comme une maladie incurable et mortelle. Pour nourrir leur arme ultime, l'Éther, Malekith le Roi Maudit avait sacrifié les ressources de son monde, le réduisant en poussière tout en accusant Asgard des maux de son peuple. Lorsque le dernier Souverain Sombre s'était exilé loin de tout et de l'histoire, l'Éther était alors trop puissant pour être confié sans crainte aux Svarts et leur avait donc été retiré. La décision de Börr Búrison pouvait certes paraître dure et sévère, mais elle avait été juste. Le Père de Tout avait protégé Asgard tout en condamnant Svartalfheim et cette cruauté justifiée fut renouvelée par son fils, Odin, lors de la guerre contre Jötunheim. C'était dans ce monde de ténèbres et ce paysage désolé que s'enracinaient les fondations souillées et érodées de l'empire asgardien.

Dans un soupir, Kara s'écarta de la vitre et jeta un regard à l'avant de la navette. Assis devant le tableaux de commandes aux inscriptions runiques, Alsvid scrutait attentivement l'horizon. Ses cheveux châtains étaient tressés, laissant poindre ses oreilles saillantes percées d'anneaux d'argent. À côté de lui, un autre Alfe lui servait de co-pilote.

La navette alfique filait à travers la plaine, soulevant à peine quelques poignées de poussière sur son passage. Planant à un ou deux mètres du sol, sa coque massive mais élégamment sculptée reflétait habilement la couleur du paysage pour camoufler son avancée. Invisibles à l'oeil nu, les quatre autres navettes transportant le reste des archers apparaissaient clairement sur l'écran du tableau de bord.

Le groupe avait quitté les montagnes septentrionales voilà plus d'une heure. Eksd avait laissé les cadavres des Sombres tels quels, affirmant qu'ils pourriraient au soleil. Il n'avait emmené avec lui que le rebelle qu'ils étaient venus chercher – un sorcier qui étudiait le phénomène de la Convergence. À présent, ils rentraient tous au camp.

– Fatiguée Asgardienne ? lui lança Alsvid.

Son ton sarcastique fit rouler les yeux de Kara.

– Moins maintenant.

– Dans ce cas, puisque vous nous faites l'honneur d'être éveillée, Eksd m'a chargé de vous dire que Bodrug avait fini de retranscrire les notes du sorcier. Il voudrait que vous y jetiez un coup d'oeil. Apparemment, vous auriez quelques notions en runes svarts ?

L'archère haussa les épaules. Il lui semblait curieux que Eksd veuille mettre à profit ses compétences pour une telle chose, sachant qu'il avait déjà son propre interprète au camp. Cette tentative de l'impliquer dans le processus d'extraction d'information agaça brièvement Kara.

– Montrez moi, souffla-t-elle en se levant de son siège pour rejoindre le tableau de commandes.

Elle se pencha par-dessus l'épaule d'Alsvid qui afficha la transcription de Bodrug. Un ensemble de runes à la forme archaïque défila devant les yeux de l'Asgardienne. Elle reconnut quelques signes et elle sentit plusieurs souvenirs émergés du plus profond de son être. Elle se détourna aussitôt.

– Je n'arrive pas à les lire, se contenta-t-elle de dire en retournant à sa place.

– Votre runique doit être un peu rouillé, répliqua Alsvid. Tant pis. Nous les montrerons à Umwë. Elle nous dira s'il y a là-dedans une information que nous pourrions utiliser pour démanteler la rébellion.

La destruction du Bilfrost avait grandement affaibli la domination d'Asgard sur les Neuf Royaumes. Plusieurs peuples en avaient profité pour se révolter. Attendant depuis des siècles l'occasion de se venger, les Svarts s'étaient vite organisés en plusieurs groupes de rebelles qui avaient mené la vie dure au gouvernement alfique. Ce dernier avait alors exigé la formation de milices dans le but de contenir fermement cette guerre civile. Plusieurs attaques svarts avaient été menées contre les places fortes des Clairs, puis l'approche de la Convergence avait embrasé la rébellion qui s'était mise à scander le nom du Maudit dans l'espoir de le voir revenir de son exil pour les venger et les guider vers une nouvelle ère de prospérité.

Si au début du conflit, les Alfes et les Asgardiens avaient convenus d'une répression stricte et brutale contre la rébellion, ces derniers temps, Odin Père de Tout exigeait le retour de la paix à travers les Neuf Royaumes. Alfheim et Asgard étaient à présent en désaccord et les Alfes espéraient régler rapidement le conflit par les armes avant d'avoir complètement épuisé la confiance des Asgardiens.

Sans un mot, Kara se rassit dans son siège et reporta son regard vers l'horizon.

– J'ignorais que vous vous y connaissiez en runes svarts, continua Alsvid.

– C'est un magicien qui m'a appris, se contenta de dire l'archère. Mais je n'ai jamais été très douée en linguistique.

– Je vois. C'était un ami à vous ?

Kara le foudroya aussitôt du regard.

– Qu'est ce que ça peut vous faire ?

– C'était juste pour faire la discussion, se justifia Alfe.

Alsvid était un excellent archer. Son courage se traduisait par sa capacité à porter secours à ses compagnons d'arc en difficulté, mais également par son acharnement à exterminer chaque Sombre qui lui tombait sous la main. Son attitude pouvait paraître rustre et belliqueuse. Mais l'Alfe ne s'était pas enrôlé dans la milice de Lumière sans raison. Dans sa marche sanglante, la Rébellion Sombre avait ravagé plus que de simples forteresses sur son passage. Alsvid était parfois froid et hargneux, mais il était également meurtri et dévasté.

Kara ignorait ce qu'il avait perdu, mais elle ne doutait pas qu'il devait s'agir de quelque chose de suffisamment précieux pour adoucir l'archer Alfe qui la reprenait sans cesse sur sa manière de tenir son arc. Aussi elle s'en voulait de se montrer parfois froide avec lui. Elle s'apprêtait à s'excuser, lorsque le co-pilote de la navette annonça :

– On approche du camp.

Se ravisant dans un soupir, Kara regarda par la fenêtre. Un peu plus loin, là où le relief plat de la plaine était déformé par un haut et abrupte monticule de terre, un imposant mur se dressait. Fait d'un métal lisse et peint pour se fondre dans le paysage, il s'enracinait dans les vestiges d'un très ancien vaisseau svart probablement échoué là depuis la dernière Guerre des Ténèbres. Alors que les navettes s'en approchaient, une large ouverture se dessina à la base de la muraille dans laquelle s'engouffrèrent les engins.

Le camp Alfe était très animé. Entre les tentes plantées selon un plan stricte et régulier, Kara aperçut des patrouilles de miliciens s'activer de façon organisée. Certains s'entraînaient, d'autres vérifiaient l'état de leurs armures ou s'offraient le luxe d'une chope d'ambroisie ou de miel à la rose. Certains groupes s'écartèrent du chemin des navettes qui se posèrent dans la cour juste au pied du mur.

Alsvid et le co-pilote effectuaient les dernières manœuvres, lorsque Eksd leur fit parvenir un message :

– Dame Alkad nous demande de faire un rapport. Rendez-vous sous la tente principale.

Alsvid envoya une réponse affirmative et ouvrit la porte de la navette. Kara se leva aussitôt de son siège et sortit de l'engin. Les quatre autres navettes étaient posées non loin de là. L'Asgardienne aperçut Eksd dans un des cockpits. L'Alfe croisa son regard et l'archère se détourna aussitôt. La tente principale se trouvait un peu plus loin sur sa droite, mais Kara se dirigea vers la gauche s'engouffrant dans le dédale de structure aux tentures épaisses et ouvragées.

– Kara, l'appela Eksd en sautant hors de sa navette pour se lancer à sa poursuite.

L'Asgardienne continua son chemin, ignorant ostensiblement l'archer. Elle n'accéléra pas, marchant de façon nonchalante entre les tentes, jetant parfois des coups d'oeil aux autres Alfes sur sa route pour les saluer brièvement.

– Kara, attends ! lui ordonna Eksd en lui attrapant fermement le bras.

L'archère s'arrêta dans un soupir, puis se tourna vers l'Alfe. Ce dernier avait un visage étrangement beau pour un militaire dévoué à la cause qu'il défendait. Ses longs cheveux blonds étaient tressés de façon élégante sur son crâne. Ses yeux en amande d'un vert éclatant la regardaient d'un air si autoritaire que l'Asgardienne préféra attendre qu'il ne parle avant de dire quoique ce soit.

– Tu as entendu le message ? Tout le monde doit se retrouver sous la tente. Dame Alkad…

– Avec tout le respect que je dois à son Altesse royale, répondit Kara d'une voix calme mais sèche en se dégageant de la prise de l'archer, je me moque de ce qu'elle veut. Les rapports de mission, c'est votre domaine chef. Moi, je me contente de vous fournir le contenu pour les remplir.

Les délicats sourcils de Eksd se froncèrent.

– Tu es bien plus qu'une simple soldat et tu le sais, Kara. La cause que tu défends vaut autant la peine qu'on se salisse les mains en tuant ces sales rebelles, que l'on se réunisse pour parler de stratégie. Sans le soutien de la princesse Alkad, nos actions ne valent pas grand chose pour les politiciens d'Alfheim.

– Je me moque de la stratégie ou de la politique, répliqua durement l'Asgardienne en s'écartant hostilement de quelques pas. Pour la centième fois, ça ne m'intéresse pas. Tout ce que je veux, c'est pourvoir tuer autant de Svart que possible, sans avoir à justifier mes actions. Je n'ai pas besoin comme vous d'une grande ambition romantique pour être capable d'égorger des mineurs ou des porteurs de pierre sans défense. Mes raisons me suffisent et je n'ai pas besoin d'en rendre compte dans un minable rapport de mission afin d'assurer à Alfheim qu'elles sont en accord avec votre haine millénaire contre les Sombres.

Eksd secoua légèrement la tête d'un air désespéré. Ce n'était pas la première fois que Kara refusait de s'impliquer dans la stratégie de la lutte contre la Rébellion Sombre. Depuis son arrivée il y a maintenant presqu'un an, l'Asgardienne s'était tenue à l'écart de l'aspect logistique de la guerre, concentrant toute son énergie dans les actions sur le terrain. Dame Alkad, l'une des filles du roi Alfrigg (II), ne s'était jamais véritablement offusquée de cette attitude jusqu'à récemment, lorsque les relations avec Asgard s'étaient aggravées. De part ses origines, Kara aurait pû permettre à la princesse Alfe d'apaiser les tensions naissantes avec les généraux d'Odin et de reconquérir l'approbation des seigneurs Alfes. Mais l'archère s'entêtait à ne pas assister à aucun de ses conseils de guerre, malgré les efforts d'Eksd.

– Dans ce cas, soupira ce dernier, si tu n'es pas là par conviction, comment comptes-tu te justifier lorsque tu retourneras à Asgard ? Je ne suis pas tout à fait sûr que le Père de Toutes Choses approuvera d'un hochement de tête bienveillant tes actions au sein de la Milice de Lumière.

Kara ricana, peu impressionnée par la remarque de l'Alfe.

– Mais je ne compte pas retourner à Asgard, dit-elle le plus sérieusement du monde.

– Ne sois pas stupide Kara, répliqua aussitôt Eksd comme s'il s'agissait là de la chose la plus absurde qu'il ait jamais attendu. C'est ton royaume, ta maison, ton peuple.

– Admettons, bien que je ne sois en réalité qu'à moitié Ase. Mais à part moi, avez–vous vu un autre Asgardien sur Svartalfheim depuis un an ? Quelqu'un est-il venu me chercher ? Quelqu'un est-il venu réclamer mon retour ?

L'archère laissa ostensiblement passer quelques secondes de silence, comme pour mettre Eksd face à l'évidence de cet état de fait.

– Non, finit-elle par reprendre, et c'est très bien comme ça. Asgard m'en a suffisamment fait baver pour que je ne désire pas y retourner.

– Je comprend, Kara. Je n'ignore pas les raisons qui t'ont poussée à t'enrôler dans nos rangs. Vali (III) serait très fier de toi.

À la mention de son demi-frère, Kara darda sur Eksd un regard noir et vibrant de colère, mais l'archer ne se laissa pas impressionner et poursuivit :

– Mais la guerre ne dura pas éternellement.

L'Asgardienne prit une profonde inspiration pour se calmer et répondit :

– Celle-ci non. Mais il y a d'autres guerres et d'autres royaumes qui ont besoin d'une archère prête à se battre pour eux.

– Tu oublies pourquoi tu es ici Asgardienne, fit Eksd d'une voix soudainement grave. Tu oublies pourquoi tu fais tout cela.

À ses mots, l'Alfe vit le regard de Kara perdre toute trace de colère et se teinter d'une tristesse profonde et vive. Il regretta aussitôt ses paroles, mais ne s'en excusa pas.

– Je ne pourrais jamais oublier pourquoi je suis ici, murmura Kara d'une voix étranglée par un sanglot. Je n'oublierai jamais ce que les Sombres m'ont pris. Jamais !

Eksd posa une main réconfortante sur son épaule et se pencha vers elle.

– Tu es brisée, Asgardienne. Tu ne devrais pas t'épuiser à la guerre. Tu ferais mieux de rentrer chez toi et essayer de reconstruire ce que les Sombres ont détruit. Quelqu'un doit bien attendre ton retour.

Le regard de Kara demeura perdu un instant, comme si l'archère était perdue dans ses pensées. Puis, brusquement, elle s'écarta de l'Alfe et dit d'une voix froide et dure comme la glace :

– Je ne suis pas brisée. Je suis en colère. Et je n'ai pas de temps à perdre à reconstruire quoique ce soit.

Sans laisser le temps à Eksd de répliquer, Kara se détourna et reprit sa route entre les tentes alfiques. L'archer la regarda s'éloigner d'un air sincèrement désolé, avant de lâcher d'une voix suffisamment forte pour que la jeune femme l'entende :

– Cette guerre ne dura pas, archère, et ta colère non plus. Prends garde. Les regrets ont parfois un goût amer.

•••

La tente de Kara était plantée sur la pointe d'un rocher saillant de la colline de cendre. Les archers occupants les habitations voisines la saluèrent lorsqu'elle passa devant eux. L'Asgardienne leur répondit d'un hochement de la tête, puis s'engouffra sous les lourdes tentures. L'intérieur était sommaire, après tout c'était un campement militaire : juste une couchette étalée à même le sol et une table en bois gentiment sculptée par Vigrild.

Kara détacha son arc de a ceinture et le déposa à l'entrée. Elle s'approcha ensuite d'un sceau d'eau et s'aspergea le visage. Elle frissonna et prit une profonde respiration pour se calmer.

L'attitude paternaliste d'Eksd commençait sincèrement à la pousser à bout. L'archère songeait à exiger un transfert dans un autre détachement de la milice. La princesse Alkad ne l'accepterait jamais, trop heureuse qu'au moins un de ses généraux n'hésite pas à recadrer la jeune femme. Kara était persuadée que c'était elle qui encourageait Eksd à l'impliquer d'une quelconque manière dans leurs missions en lui demandant par exemple de lire les notes du sorcier, comme si l'Asgardienne était une enfant dont il fallait attirer l'attention en agitant un jouet sous son nez. L'archère avait l'affreuse impression de revivre l'époque où elle était encore une apprentie Valkyrie et, très clairement, elle ne s'était pas exilée sur Svartalfheim pour laisser son passé se répéter – c'était même tout le contraire.

La prochaine fois qu'Eksd mentionnait son demi-frère, Kara ne manquerait pas de le faire taire en lui envoyant son poids dans son visage si parfait, peu importe la hiérarchie militaire qu'il lui fallait respecter. De toute manière, elle n'avait jamais vraiment été en bonne relation avec toutes formes d'autorités. Même pendant le court laps de temps où Loki avait été roi d'Asgard...

L'Asgardienne replongea ses mains dans le sceau pour se mouiller de nouveau le visage et sortir le nom du dieu de la Malice de sa tête.

La vue des runes svarts l'avait grandement perturbée. Kara se souvenait de la manière dont Loki les déchiffrait. Le magicien était parfois si obsédé par le savoir svart qu'il poussait leur étude jusqu'à partir en « pèlerinage » dans les monts reculés de Svartalfheim pour aller consulter des ermites capables de lui transcrire une simple inscription obscure. Cela avait d'ailleurs été l'objet de l'une de leurs premières missions ensemble où ils avaient...

– Non...

Un nouveau jet d'eau éclaboussa le visage de l'Asgardienne. Elle avait prétendue être incapable de lire les notes du sorcier Svart, non seulement pour ne pas donner à Eksd la satisfaction d'avoir réussi à capter son attention. Mais surtout parce que telles runes faisaient remonter en elle des souvenirs qui étaient plus facile pour elle de refouler.

Cela faisait bien un an qu'elle ne l'avait pas vu. Le Tesseract les avait transportés, eux et Thor, jusqu'au Bilfrost alors encore en reconstruction. Les Einheriar les y attendaient. Ils avaient emmené Loki toujours muselé, l'enchaînant comme un animal sauvage. Le dieu s'était éloigné sans même un regard en arrière. Pourtant, Kara avait espéré que, après tout ce qui s'était passé sur Midgard...

– Non !

D'une façon relativement brusque, l'archère enfonça sa tête dans l'eau trouble et glacée. Elle s'efforça de la maintenir submergée le plus longtemps possible, puis se redressa en projetant en arrière ses mèches gorgées de gouttes et s'essuya rageusement le visage.

Elle ne l'avait pas revu depuis. Elle savait juste qu'il avait été jeté en prison par Odin pour ses crimes. Elle était partit pour Svartalheim quelques semaines après son retour à Asgard à cause de ce qui était arrivé à Vali. Et pour ne pas avoir à affronter son irrésistible envie de...

– ASSEZ !

Dans un mouvement presque douloureux, Kara se laissa tomber en arrière comme un animal blessé. Dans sa chute, son pied heurta le sceau qui se renversa sur le sol. Sa poitrine se mit à se soulever lentement, tandis que sa respiration se faisait plus bruyante, et l'Asgardienne se mit à fixer le plafond de sa tente d'un air absent. Elle resta ainsi allongée sous sa tente pendant quelques instants ou quelques heures à simplement regarder dans le vide pour éviter d'avoir à regarder en elle-même.

Non, définitivement, elle n'avait aucune envie de retourner à Asgard.


(I) En vérité, les échecs ont été importés en Occident par les Arabes.

(II) "Alfe puissant" (roi non officiel d'Alfheim)

(III) Dans la mythologie nordique, Vali est un dieu Ase, fils d'Odin et de la déesse Rind. Le textes affirment qu'il fera partie des dieux qui survivront au Ragnarök.


Merci de votre lecture,

Je vous prie de m'excuser pour les fautes de grammaire/conjugaison/orthographe que vous avez pu rencontrer. Je rappelle que je ne touche aucune revenu pour tous ces pixels utilisés et vos reviews sont ma seule fortune.

En espérant vous retrouver très vite,

skya.