« Du brocoli ça te va, Harry ? » cria Hermione depuis la cuisine.

« Bien sûr », dit Harry, et se tournant vers Ron « Alors, le travail ça va ? »

« Ouais, on va dire ça », répondit Ron. « C'est juste qu'après un certain temps, ça fatigue, tu sais ? Je l'admets, parfois je me demande si tu n'avais pas raison en quittant l'Académie. »

Harry ne dit rien. Il y a une semaine, il aurait répondu à Ron avec une plaisanterie, mais maintenant, si peu de temps après avoir vu Séverus et à être submergé par les souvenirs de cette vie passée où il avait honnêtement et brièvement cru qu'il pourrait être Aurore, c'était trop dur. À la place il tourna son attention sur la bibliothèque, et en la parcourant du regard il tomba sur un titre familier. Un espoir remplacé.

« Mais je reconnais que je dois faire quelque chose pour rester occupé », continua Ron, inclinant la tête vers le livre dans les mains d'Harry. « Je doute de posséder des talents cachés me permettant de gagner ma vie. »

Harry sourit. « Je suis sûr que tu pourrais écrire, si tu le voulais. »

« Ouais, mais non je ne crois pas, mon pote », dit Ron. « C'est juste...ils sont tous plutôt déprimant, n'est-ce pas ? Et je ne peux pas m'empêcher de penser à toi quand je les lis, et ça...c'est juste trop dur à lire. »

Harry hocha la tête. Il ne pouvait pas vraiment lui en vouloir. Il serait le premier à admettre qu'il a tiré énormément son inspiration pour ses personnages et ses histoires, de sa propre vie, et vu l'état de choses...eh bien, ses romans n'étaient pas vraiment de légers romans de plage à lire.

« Eh bien, tu as de la chance », dit Harry. « Il semble que celui-ci pourrait être mon dernier. »

« Vraiment ? » demanda Ron « Tu prends finalement ta retraite à l'âge respectable de 37 ans ? Où, devrais-je dire, Cathair Duffy prend sa retraite ? »

« Je n'aurais peut-être pas le choix », dit Harry. « Angela – c'est mon éditrice - n'est pas très contente de moi. Elle semble penser que toutes mes histoires se ressemblent. Tu sais, un loup solitaire essayant de donner un sens à tout cela. »

« Ne pourrais-tu pas donner au prochain une fin heureuse ? » demanda Ron. « Ça serait suffisant pour surprendre tout le monde. »

« Si seulement c'était si facile », dit Harry « Je lui ai envoyé les 7 premiers chapitres du manuscrit sur le quel je travaille en ce moment, et elle veut que j'en réécrive la majeur partie. Je dois prouver que je suis capable de prendre une nouvelle direction, ou, eh bien, je devrais réellement prendre une nouvelle direction. »

Ron grimaça. « Pas de chance. »

Hermione les appela pour le dîner, ce dont Harry lui fut extrêmement reconnaissant. Dans le grand schéma de la vie, ses problèmes avec son éditrice étaient les derniers de ses soucis, mais ça n'arrangeait pas son humeur non plus.

« Pas de Hugo, ce soir ? » demanda Harry, entamant son poulet rôti.

« Il passe tous les mardis au Terrier » expliqua Hermione. « Nous pourrions y passer plus tard, si tu veux. »

« Ouais, peut-être », dit Harry. Ils ne le feraient pas, et ils le savaient. Le Terrier n'était plus un foyer pour Harry, et ce, depuis longtemps.

« Alors, comment s'est passée la réunion ? » demanda Ron.

« Très productive », répondit Hermione. «Harry a eu une idée fantastique. »

« Ouais ? Pas étonnant. »

Harry renifla. « Je ne sais pas pourquoi tu trouves ça si ingénieux. Ça aurait dû être une solution évidente pour qui que ce soit prenant plus de 5 minutes pour réfléchir à quoi faire. »

« Donc, un bal alors ? » demanda Ron en ricana.

Harry leva les yeux au ciel. « Apparemment nous ne pouvons y échapper. Tous le monde aime les bals. C'est gravé dans le marbre. Mais nous pouvons envisager d'autres choses pour se remémorer les victimes aussi. »

« À la place de faire juste un bal, nous prévoyons une série d'événements pour honorer les victimes », dit Hermione. « L'argent récolté lors de ces événements, ira à plusieurs organismes caritatifs et causes qui ont du sens. Nous devons encore déterminer lesquels, mais un grosse partie sera reversée à la Société Britannique des Loups-Garous. »

Ron hocha la tête. « Quels genre d'événements ? »

« Eh bien, malheureusement nous n'avons pas le temps de prévoir un événement par victime », dit Hermione, bien qu'Harry la voyait déjà prévoir cela pour le 50ème anniversaire « Mais pouvons en faire un par mois, et cela culminera avec le bal du 5 mai, avec une danse de la Saint Valentin, en mémoire de Lavande Brown, pour les élèves. »

« Une quoi ? » s'exclama Ron. « Je vais devoir parler avec Rosie. »

« Tu ne feras rien », dit fermement Hermione. « Elle ira avec ses amis et passera un merveilleux moment. Maintenant, en mars aura lieu un concert qui sera ouvert au public. »

« Tonks ? » demanda Ron.

Harry acquiesça, il pouvait encore voir Tonks dans ses t-shirts des « Weird Sisters », dansant au milieu de la pièce, frappant les meubles et les chaises, alors qu'elle chantait à tue-tête de fausses mélodies. « Nous avons encore du travail pour certaines actions, mais espérons qu'il y aura des chanteurs enthousiastes. »

« Ça a l'air plus marrant qu'une danse de la Saint Valentin », dit Ron. Il fait une pause. « Et qu'en est-il d'avril ? »

Hermione prit la main de Ron. « Un journée amusante des élèves le premier avril », dit-elle calmement. « Nous voulions demander à George s'il voulait s'en occuper ».

Ron hocha la tête. « Alors le bal en mai ? » demanda-t-il, la voie cassée.

« Ainsi qu'un hommage avec les baguette allumées, le 2 », dit Harry. « Et les élèves veulent travailler sur une peinture murale, qui sera révélée aussi en mai. »

« Bien, alors », dit Ron, son visage redevenant plus joyeux. « On dirait que vous deux allez être bien occupés les prochains mois. » Il s'adossa dans sa chaise, reposant sa tête sur ses mains. « C'est pourquoi je ne participe à aucun comité. »

« Non, mais tu as épousé quelqu'un qui le fait. » fit remarquer Hermione. « Tu vas aussi devoir te salir les mains. »

Ron leva les yeux au ciel. « J'aurais dû m'en douter. »

« Mmmmhh » Hermione bu une gorgée d'eau. « Tu sais, Harry, tu vas passer beaucoup de temps ici les prochains mois. Si tu veux, tu es le bienvenu dans notre chambre d'ami. Ce sera plus facile que d'aller et venir chez toi »

Son ton était banal, mais il était clair, par le calme absolu qui régnait dans la pièce, que Ron et elle avait préparé cette conversation avec attention. Ce n'était pas nouveau, les deux ne cachaient pas qu'ils n'étaient pas à l'aise avec le fait qu'Harry vivait seul, sur une colline isolée du Connemara, bien qu'ils l'avaient exprimé moins souvent, les années passant.

« Merci », dit Harry. « Mais je ne pense pas que ça soit une bonne idée. »

Il avait les excuses habituelles sur les lèvres - il aimait le calme paisible de son cottage, il avait besoin de temps pour travailler sur son prochain roman, il était si habitué à vivre seul qu'il ferait un terrible colocataire – mais alors Ron, comme d'habitude, alla au cœur des choses.

« Rogue ? » demanda-t-il, ignorant en apparence le regard que lui lança Hermione. Il fut moins ignorant, cependant, du coup qu'elle lui donna sous la table, et il poussa un cri.

« Eh bien, ce n'était pas exactement une agréable surprise de le voir aujourd'hui. » dit Harry « Particulièrement, quand certains amis de ma connaissance auraient pu me prévenir. »

« Désolé, mon pote » dit Ron. « Je voulais, mais Hermione ne pensait pas que tu accepterais de participer au comité si tu avais été au courant. »

« Et vous ne croyez pas que cette une décision que j'aurais pu prendre par moi-même ? »

« C'est bon de te voir à l'extérieur, Harry », dit Ron, la voix calme. « Nous nous inquiétons pour toi. »

Harry soupira et enleva ses lunettes, passant la main sur son visage. « Je sais. Et j'apprécie que vous vous souciez de moi. Mais quand je suis ici...tout fait mal. Ça me blesse physiquement. Je croyais que peut-être avec le temps, ça s'en irait, mais ça me submerge autant maintenant qu'il y a vingt ans. »

« Oh, Harry », dit Hermione. Elle vint derrière lui et l'entoura de ses bras. « Je suis si désolée. J'aurais dû y réfléchir d'avantage. Je n'ai vraiment pas réalisé que ça serait aussi dur pour toi. »

« C'est bon », dit Harry, lui tapotant la main, gêné. Il attrapa ses lunettes et les remit sur le nez. « Je ne savais pas moi-même, alors comment aurais-tu pu le savoir ? »

« Quand même... »

« C'est du pudding ? » interrompit Harry. Il avait besoin de mettre fin à la discussion maintenant, sentant le besoin de rentrer chez lui.

Hermione hocha la tête et retourna à sa place. « Bien sûr. Et que dirais-tu d'un gâteau au chocolat ? »

Harry força un sourire sur son visage. « Ça sonne bien. »