Chapitre II : Tentation

Assise sur le lit de consultation en cuir, le cœur de Bella s'affolait malgré les circonstances, malgré cette blessure douloureuse sous son avant-bras. Elle devait parler à Alice parce qu'elle n'aurait pas d'autre occasion de le faire. Alice était constamment avec Jasper et quand Bella venait chez les Cullen, Edward restait à ses côtés.

— Je sais que le moment est mal choisi mais…

— Il l'est Bella, l'interrompit Alice qui espérait l'arrivée de son père dans les plus brefs délais. Et Carlisle ne vas pas tarder.

Bella se tendit mais ne la quitta pas du regard. Elle constatait Alice dérangée par l'odeur de son sang, le comprenait mais à quel point l'était-elle ? Après tout, Bella avait connu bien pire niveau blessure et Alice n'avait pas craqué quand James l'avait écorché vive. Se fut à son tour de s'excuser en mesurant la gravité de la situation :

— C'est moi qui suis désolée.

Alice releva son regard d'or dans sur les traits fins de la jeune brune. Bella ne changeait pas, s'excusait sans cesse et culpabilisait de chaque instant qui tournait mal.

— Ca va aller, ne t'inquiète pas.

Alice se demandait après coup quel était l'objet de cette excuse. Etait-elle en rapport avec réaction de Jasper dans le salon ? Ou Bella parlait-elle du baiser qu'elle lui avait donné deux mois plus tôt ? Alice se perdait. Elle rajouta en tentant de faire abstraction à tous ces parfums :

— Il faut simplement te soigner et tout rentrera dans l'ordre.

Une goutte de sang tomba, puis une deuxième. Alice suivit leur trajectoire des yeux avant que le fluide précieux n'atteigne le parquet. Son regard remonta à leur source, fut aussitôt attiré par la plaie sanguinolente et offerte du bras de Bella. Elle se força à reculer et expliqua d'une voix plus éraillée :

— Je… Je vais voir ce qu'ils font.

Mais Bella se leva et sa main captura spontanément la sienne pour la retenir.

— Attend.

Alice baissa ses prunelles jaunes sur cette main qui la gardait prisonnière de ses désirs. Le liquide rouge aux senteurs enivrantes s'écoulait maintenant jusqu'au creux de sa paume, y séchait ou tomber sur le sol. Alice en devenait folle, sentait sa gorge et son palais s'assécher. Bella avait-elle seulement conscience de la torture qu'elle lui infligeait ?

— Ne fais pas ça… chuchota-t-elle d'une voix meurtrie.

Bella détaillait ses prunelles jaunes. Leur reflet équivoque révélait ses attentes.

— On ne fait rien de mal, expliqua Bella en remontant timidement sa main ensanglantée vers la joue d'Alice.

Les paupières d'Alice se baissèrent, son visage tourné vers la paume offerte de Bella. Elle ne pouvait s'empêcher de respirer tous les effluves qu'elle se refusait à goûter, autant de parfums qui lui rappelaient le souvenir impérissable de ce baiser unique échangé.

— S'il savait…

— Il n'en saura rien, chuchota Bella en la coupant.

Bella ne jugeait pas son geste déplacé, souffrait de voir sa meilleure amie emprise par tant de tourments. Pourquoi Alice ne pouvait-elle pas boire quelques gouttes de son sang si elle le décidait ? Sa plaie était ouverte, Alice n'avait pas besoin de la mordre et Bella ne souffrirait donc pas. Elle rajouta dans le même ton :

— C'est mon choix.

Torturée par sa faim, par ces senteurs si exaltantes, Alice rouvrit ses yeux dorés dans ceux de Bella. Des frissons électrisants parcouraient sa nuque suite à tous ces contacts. Les effluves du sang de Bella la rendaient ivre et son état la trahissait à travers ses yeux or. Alice n'était pas Edward et là était bien le fond du problème. Elle songeait à ce baiser échangé, un baiser auquel elle avait répondu quand Bella l'avait embrassé la première. Un baiser qu'elle avait caché à son frère et à Jasper. Alice n'avait pas repoussé Bella, s'était abandonnée à la douceur de ses lèvres rosées, à la chaleur de son corps qui s'était pressé au sien. Pourquoi diable Bella l'avait-elle embrassé ? Que lui était-il passé par la tête ? Et pourquoi Alice acceptait-elle cette proximité en cet instant ? Elle succombait à nouveau… L'attitude de Bella lui ôtait toute raison et l'entraînait vers sa perte. Affaiblie par sa soif, elle cessa de lutter contre son désir féroce et céda : Son visage se pencha vers le creux de la paume de Bella et ses lèvres y trouvèrent le contact de son sang encore tiède. Elles s'y pressèrent, s'y fermèrent et quand quelques gouttes d'hémoglobine trouvèrent le chemin de sa gorge, son être se réchauffa et brûla de l'intérieur. Ses canines s'allongèrent de façon instinctive et Alice lutta pour ne pas mordre Bella.

Fascinée, celle-ci ne quittait pas Alice des yeux. Ses lèvres entrouvertes laissaient passer un souffle court, irrégulier tant ses émotions mêlaient désir et anxiété. Alice oserait-elle la mordre ? Et si oui, le venin une fois en elle, que se passerait-il ? Bella n'oubliait pas ce qu'il s'était passé quand James l'avait mordu avant qu'Edward n'aspire le poison. Elle s'était mentalement préparée à subir cette torture puisque tel était le prix à payer pour gagner l'éternité. Mais Alice n'était pas James et peut-être la souffrance ne serait pas aussi insupportable que dans ses souvenirs. Son regard perdu ne quittait pas le visage d'Alice penché sur sa main. Ses lèvres et le bout de sa langue y recueillaient son sang et Bella sentait de longs frissons la parcourir.

Alice luttait contre elle-même pour ne pas enfoncer ses crocs dans la chaire si tendre et parfumée de Bella. Elle parvenait à dompter l'animal en elle qui lui ordonnait de se nourrir avec abondance. Elle se maîtrisait, dégustait chaque goutte du liquide précieux qui apaisait ses sens et les excitait en même temps. Tant de réactions paradoxales se confrontaient en elle en cette seconde. Elle en sentait de légers vertiges qui accentuaient sa fièvre. Sa langue atteignit alors la source directe et chaude de la plaie de Bella et son regard se rouvrit dans le sien. Alice resta immobile, comme paralysée. Bella distinguait sa véritable nature qui n'était plus celle de sa meilleure amie, d'un petit lutin joyeux mais d'une créature se délectant de son sang.

Il suffisait d'un rien, d'une seule seconde pour que tout bascule et Alice le savait. Bella attendait qu'elle la morde, qu'elle la tue et lui offre l'éternité. Il en était hors de question… Elle sentit alors les doigts fins de Bella effleurer sa joue, courir le long de son épiderme froid et provoquer d'autres frissons. Dans un mouvement rapide et brusque se voulant protecteur, Alice recula jusqu'au mur près de la porte.

— Je ne peux pas, Bella…

Carlisle entra au même moment et Alice le bouscula vivement afin de s'échapper de cette pièce aux milles senteurs.

A travers l'expression tendue de Carlisle, Bella comprit qu'il était inutile de donner la moindre explication. Le patriarche des Cullen savait ce qu'il s'était passé, le devinait en voyant la plaie propre au niveau de son avant bras. Elle le vit approcher, examiner sa blessure, récupérer une compresse ainsi que du désinfectant avant de l'entendre :

— Edward et Emmett s'occupent de Jasper. Rose te ramènera chez toi.

Bella acquiesça en signe d'accord mais absente. La réaction de Carlisle ne la rassurait pas, pas plus que la fuite d'Alice.

— Merci.

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AN : Que voyez-vous par la suite ? Où est partie Alice ? Comment va réagir Edward ? Jasper ? Plus vite j'aurai des réponses, plus vite j'écrirai la suite et la posterai !