Chapitre 1
Des hurlements retentirent de toute part, des grincements, des couinements, violents, plats, durs. Les portes du hangar s'étaient ouvertes dans un bruit assourdissant et des fenêtres avaient explosées.
Arizona, allongée sur le sol ne comprenait pas vraiment le chaos qui venait de se déclencher dans cette nuit si paisible, dans cette nuit où elle aurait normalement dû mourir. Son ventre se tordait et la panique s'empara d'elle. Elle entrouvrit les yeux et les referma immédiatement. Qui étaient ces gens ? D'où diable sortaient-ils ? Que lui voulaient-ils ? Mieux valait faire la morte, ne pas bouger, se changer en pierre, et surtout, ne pas respirer. La pédiatre était tellement concentrée, qu'elle ne discernait pas vraiment ce que disaient les voix et de toutes façons, elle ne voulait qu'une chose, qu'on ne la voit pas.
Peine perdue.
On lui toucha l'épaule, doucement, comme une caresse tendre. On se pencha sur elle. Face contre terre, elle ne pouvait rien faire, elle ne pouvait pas fuir car ses mains étaient toujours attachées dans son dos.
« Madame, je m'appelle Brook Peters, je suis là pour vous aider, si vous m'entendez serrez moi la main. »
Elle pensait sérieusement qu'elle tomberait dans le piège ? Amateur. Arizona demeura inerte, sa cage thoracique ne bougeant quasi plus.
« J'ai besoin de savoir votre nom, je ne vous ferais aucun mal madame. Je fais partie des soldats américains. »
Soldat Américain. Ces mots se répercutèrent dans l'esprit d'Arizona qui trembla à l'idée que ce puisse être vrai cette fois. Elle ouvrit les yeux et en regardant difficilement par-dessus son épaule, elle put apercevoir une jeune femme, les cheveux dissimulés sous une cagoule et un casque militaire.
Maintenant elle était sûre. Son père avait été colonel grâce à lui, elle reconnaissait parfaitement tous les uniformes existants, et cette femme, qui lui tenait gentiment la main, était à coup sûr un soldat des Etats-Unis.
« Vous m'entendez ? Si oui, serrez-moi la main. »
Elle referma ses doigts sur une peau douce.
« Ca va aller, je vais vous libérer avec mon couteau. »
La jeune femme se crispa à la vue du cran d'arrêt mais aussitôt, les liens se rompirent et ses bras douloureux retombèrent mollement à côté d'elle.
Le soldat posa une main sur la tête d'Arizona, lui caressa les cheveux et l'aida à s'assoir. Elle tremblait et jetait des regards apeurés autour d'elle, sa respiration était saccadée et elle essaya de réunir le peu de sang froid qui lui restait.
« Vous pouvez me dire votre nom ? Qui êtes-vous ? » Demanda l'officier en lui massant les poignets douloureux.
La blonde secoua la tête négativement. Ce coups-là, on lui avait déjà fait, elle ne tomberait pas dans le panneau. Elle avait compris la leçon, ses côtes aussi. Pourtant cette fois-là, on l'aida à se relever. On l'accompagna jusqu'à l'extérieur du hangar et on la couvrit avec une couverture de l'armée. Brook Peters la soutenait pour qu'elle ne tombe pas. Ses jambes tremblantes semblaient ne pas vouloir coopérer alors à l'aide de son bras, elle prit appuie sur l'épaule du soldat. Lorsqu'elle vit l'ambulance qui l'attendait, elle sut que quelque chose n'était pas comme d'habitude. Peut-être que cette fois c'était réel. Ce n'était pas un piège. Elle regarda derrière elle et vit le corps de l'homme qui l'avait mené jusqu'ici. A la place de son œil gauche, il y avait maintenant un trou béant d'où s'écoulait un liquide poisseux. Elle allait sans doute subir le même sort. Alors dans un élan de peur, d'espoir et de panique elle agrippa la main droite de l'officier et d'une voix rauque, raillée, elle souffla :
« Je suis citoyenne américaine, je m'appelle Arizona Robins. »
La tête de Brook pivota lentement vers la jeune femme et ses yeux s'agrandirent de stupeur, puis, elle lui offrit un sourire franc. Elle l'aida à s'installer sur une civière et laissa les médecins de l'armée prendre la suite. Brook Peters s'éloigna de quelques pas avant de pouvoir, de nouveau se rapprocher de la blonde. Elle lui expliqua que l'ambulance allait l'emmener à la base la plus proche où elle recevrait les soins nécessaires. Alors qu'elle allait s'éloigner, Arizona empoigna sa manche et ne voulut plus la lâcher.
« Madame ! Chuchota une ambulancière, lâchez-la, nous devons vous ausculter ! »
On lui fit lâcher prise, malgré ses cris, ses supplications, ses pleurs. Les portes de l'ambulance se refermèrent sur elles et la blonde se débattit du mieux qu'elle put. On lui administra un calmant et on essaya de l'apaiser avec une voix douce et mielleuse. Comme rien ne marchait, on envoya une autre dose de calmant dans les veines de la douce pédiatre qui s'endormit immédiatement.
Dans les jours qui suivirent, on lui posa des tas de questions, elle ne répondit à aucune. On lui parla doucement, durement, franchement, mais rien. On lui fit passer des examens aussi. Des longs, des courts, des gênants, des inutiles. Elle ne prononça pas un seul mot. Elle se contentait de fixer les personnes qui passaient devant sa chambre, détournait les yeux devant ceux qui la soignaient, l'auscultaient. On prit aussi beaucoup de photo de son corps afin de les classer dans un dossier qu'elle aurait voulu brûler.
Lorsque le soir venait, elle sentait l'angoisse grandir dans sa cage thoracique. Plus les heures avançaient et plus elle se recroquevillait dans son lit afin d'être la plus petite chose qui existe. Bien souvent, le matin arrivait et elle n'avait pas dormi, alors elle collait ses poings contre ses joues, s'efforçait de ne pas faire de bruit et des larmes de rage, d'incompréhension et de peur inondaient ses joues.
On lui avait posé beaucoup de questions mais personne ne lui avait demandé si elle, elle en avait.
Un matin, quelqu'un pénétra dans sa chambre en ayant pris le soin de frapper.
« Bonjour Arizona, murmura une jeune femme en entrant, je suis Brook Peters, vous vous souvenez de moi ? »
Elle hocha positivement la tête, mais resta silencieuse. Brook lui offrit un sourire avant de rapprocher son siège du lit. Elle avait retiré sa cagoule et son casque, dévoilant ainsi une chevelure flamboyante qui descendait au milieu de son dos. Ses yeux gris avaient pris une teinte plus claire.
« Je... J'ai fait quelques recherches sur vous mais... je savais déjà qui vous étiez en fait... »
La blonde fronça les sourcils.
Brook posa un dossier sur son lit et laissa le soin à Arizona de déchiffrer les lettres inscrites dessus.
Arizona Robbins-portée disparue.
La blonde eut soudain envie de vomir, elle s'allongea un peu plus profondément dans son lit.
« Je sais que c'est difficile mais... il... il y avait une image jointe au dossier, vous êtes dessus, devant un hôpital, vous vous souvenez d'avoir travaillé au Seattle Grace Hospital ? »
Hochement positif.
« Vous n'êtes pas très bavarde, se moqua gentiment le soldat afin de la faire sourire, mais je comprends tout à fait, je... en fait, je ne suis pas passé pour vous dire des choses que vous savez déjà mais... juste... enfin... on va vous ramener chez vous. A Seattle. Il faut juste le temps que l'avion de l'armée arrive et... je suis désolée mais il faut qu'on parte rapidement d'ici, nous devons faire vite maintenant, et… et l'avion ne sera pas d'un confort optimal...Je serai là si vous le voulez. »
Hochement positif.
Quelqu'un frappa à la porte et Arizona se crispa imperceptiblement.
« Ce sont les infirmières, je vais devoir vous laisser vous reposer. Vous... vous êtes en sécurité ici. »
Elle la laissa partir.
Retourner à Seattle, elle avait caressé ce rêve tellement de fois, maintenant, elle allait peut-être y parvenir. Elle n'avait pas oser poser de questions, peut-être que c'était encore un piège, des hommes cagoulés allaient paraitre avec des armes et lui tirer dessus, ou bien la brûler avec des cigarettes ou bien… ou bien… elle se pencha au-dessus d'une bassine et régurgita son petit déjeuner.
Quelques heures plus tard, on vint la chercher dans sa chambre, Brook était là, elle lui demanda si elle pouvait se lever. Il fallait partir vite, elle enfila d'elle-même les vêtements qu'on lui tendait. Un treillis et une veste de l'armée. Une fois qu'elle fut prête, Brook se rapprocha d'elle avec un scratch qu'elle plaça sur le côté droit de sa veste. Arizona baissa la tête. En lettres noires était brodé Robbins. Son cœur battit un peu plus fort. Mais elle n'eut pas le temps de se laisser déborder par les émotions, Brook lui prit la main et l'entraina dans le couloir. Dehors, un 4x4 les attendait, plus loin un avion les attendait, à Seattle, sa famille l'attendait.
Arizona avait des questions, seulement… dans quel ordre les poser ? Avait-elle le droit de les poser ?
Le regard dans le vide, elle se tordait les mains, angoissée à l'idée de mourir une fois qu'elle aurait le pied hors de l'avion. Cependant, elle devait se montrer courageuse. Elle se l'était jurée ne jamais baisser les bras, même dans les moments les plus durs. Le vol lui parut interminable. Finalement, l'avion se posa dans un grand bruit assourdissant, il y eut des secousses violentes qui lui remontèrent dans les côtes et elle faillit hurler de douleur, puis, tout s'arrêta et Brook lui lança un sourire triomphant.
« On est arrivé ! Dit-elle simplement. »
On avait fait ça bien l'avion avait atterri sur une piste isolée, afin d'éviter, d'après Brook, les journalistes et curieux. Brook tenait Arizona par le bras et une escorte avait été mise à disposition. On l'accompagna jusqu'à l'intérieur d'un bâtiment où de grande baies vitrées lui laissaient déjà voir des formes à l'intérieur qui se pressaient contre les parois de verre. Elles contournèrent le bâtiment, pour se retrouver du côté où les murs étaient bétonnés. Avant de rentrer, Brook se mit face à la petite blonde et elle lui prit les épaules.
« Respirez Arizona, tout va très bien se passer. Ils vous attendent depuis deux ans ! »
Elle crut recevoir un coup de poings dans le ventre. Seulement deux ans ? Elle avait eu l'impression que c'était plus. Deux ans…
« Vous êtes prête ? Ca y est, on y est Arizona, vous allez les retrouver. On les a mis au courant de votre situation, tout va très bien aller maintenant. »
Arizona ne se rappela plus comment Brook s'était en allée, la laissant seule devant la porte grise et rouillée. Mais elle savait maintenant qu'elle devait prendre son courage à deux mains et retrouver sa vie. Elle posa la main sur la poignée et ouvrit lentement la porte, terrorisée de ce qu'elle allait vivre.
