Chapitre 2 : Je veux te revoir
J'étais assis dans un parc. Mes pensées allaient par-ci, par là… pour converger vers un seul centre : Kurapika.
Je me demande ce qu'il devient… Ça fait tellement longtemps que je ne l'ai pas vu. Combien ? Trois, quatre ans ? Oui, ça doit être ça. Noyé entre travail et vengeance, il s'est complètement effacé du monde. Et moi, mes études de médecine m'ont pompé tout mon temps. Pour sortir de cette coquille, j'allais en boite, je buvais un verre avec différentes femmes… Partie de pieds en l'air, puis rien. Elles s'évaporaient tout comme elles apparaissaient. Et je retournais à ma monotonie.
A 25 ans, le bilan de ma vie est vide. Il n'y a qu'un seul souvenir qui me tient à cœur, qui me rend le sourire et qui me fait dire que ma vie a un sens : L'examen de Hunter, qui m'a permis de rencontrer des gens exceptionnels. Gon, avec son large sourire, sa joie de vivre, sa candeur. Kirua, ce petit sadique qui m'en a fait baver… Ils ont dû grandir. Ils doivent avoir… 19 ans peut être ? Je me demande ce qu'ils deviennent. Et puis, Kurapika. Kurapika est en quelque sorte le « noyau » de mon existence. Je ne sais pas comment j'ai fait pour m'attacher autant à quelqu'un. Il est si fort, et en même temps si vulnérable. J'avais une envie permanente de le protéger, même si c'est toujours moi qui étais protégé.
Le voir pleurer est pour moi pire que toutes les tortures du monde. Son regard insaisissable, sa chevelure d'or, son corps frêle, ses traits angéliques…. Tout chez lui m'obsède. Parfois, l'idée m'effleure, comme quoi serais "amoureux". Je ne sais même pas pourquoi je me mets à penser ça. Peut être à cause de son physique androgyne ? Je me rappelle qu'une fois, j'ai eu une aventure avec une femme. Elle était dans la même fac que moi, et elle était sans doute la plus belle. On a commencé à sortir ensemble. A chaque fois qu'elle m'embrassait ou qu'elle me touchait, je fermais les yeux, et c'est Kurapika que j'imaginais. Lorsque nous nous sommes séparés, elle m'a dit ces mots là…
« Je t'aime Leorio, mais j'ai l'impression que tu es toujours ailleurs, que tu cherches en moi quelqu'un d'autre… »
Elle pleurait en me disant ces mots, et me suppliait de lui dire que ce qu'elle pensait était faux, que je n'aimais qu'elle…Seulement elle. Pourtant, je n'ai pas nié ses dires, ça m'a même permis de comprendre que j'ai toujours été amoureux de Kurapika. Toujours. Est-ce normal qu'un homme soit aussi amoureux… d'un autre homme ? J'ai longtemps rejeté cette idée, toutes ces années où nous étions ensemble, je ne voulais pas l'accepter. Mais c'est plus qu'une évidence, je l'aime, je l'aime…
je l'aime tellement.
Aujourd'hui, je suis au seuil de la mort, et encore une fois, c'est à lui que je pense. Je prends mon portable, et inconsciemment, je compose son numéro. Nous sommes restés des années sans nous contacter, pourtant, son numéro est pour moi plus facile à retenir que mon propre prénom.
- Allo… ?
Cette voix… elle m'apaise tellement, c'est incroyable. Un sourire se dessine sur mes lèvres et je murmure :
- Devine qui c'est… ?
- Haha… Leorio. Tu me dis toujours la même réplique lorsqu'on reste longtemps sans se parler.
- Toujours occupé par le travail ?
- Non, j'ai quitté mon poste depuis quelques mois. Je m'apprête à retourner aux terres où j'ai vécu lorsque j'étais enfant, pour enterrer les yeux de mon peuple…
- Tu y vas seul ?
- Oui…
- Pourquoi ne pas y aller ensemble ? Avec Gon et Kirua. Ça fait tellement longtemps qu'on ne s'est pas vus…
Kurapika resta silencieux pendant quelques secondes, avant de répondre d'une voix interrompue :
- Ça me ferait tellement plaisir, et puis…
- Et puis… ?
- Je comptais vous revoir tous après mon retour, pour vous dire quelque chose.
- … Moi aussi j'aurai quelque chose à vous dire. Alors on se voit quand ?
- Dans trois jours, vers huit heures du matin à la grande gare de Takuru. On prendra le train, puis on terminera à pieds jusqu'à la région de Lukuso, où repose mon clan.
- C'est parfait. J'appelle Gon et Kirua tout de suite.
- Merci d'avoir appelé… à bientôt
- Oui, à dans trois jours alors !
Et je raccroche, en souriant… dans trois jours, je le reverrai.
