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Chapitre 2
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- Bonjour Potter. La nuit a été longue ?
- Très. Et morne aussi.
- Tu as eut de la chance, ton secteur a été calme cette nuit.
- Les autres non ?
- Non, on a eut sept arrestations, dont une dans ton secteur d'ailleurs, mais après ta ronde.
- Ah ? Qui donc ?
- Sais pas, il est au frais, t'as qu'à aller voir.
Le jeune homme assis derrière le bureau indiqua une porte en fer dans son dos et Harry hocha la tête. Bien entendu, il savait parfaitement qui avait été arrêté dans son secteur puisqu'il avait été sur place, mais il avait encore du mal à croire ce qu'il avait fait… Il y avait songé tout le temps qu'il avait mit à se doucher, se raser et prendre son petit-déjeuner ce matin. Oui, il avait sciemment abandonné à son sort un ancien camarade de classe qui, même s'ils ne s'étaient jamais entendus, n'avait jamais levée la main sur lui…
Aujourd'hui, Drago Malefoy, Mangemort actif et confirmé, allait être jugé et sans doute condamné à la prison à vie à Azkaban, comme son père avant lui, qui y croupissait depuis dix ans maintenant. De toute l'Angleterre, le seul Mangemort qui n'avait pas à s'en faire pour ses vieux jours, c'était Severus Rogue, Maître ès Potions à Poudlard. La Directrice Minerva McGonagall se portait garante de tous ses faits et gestes et Harry avait juré le protéger au mieux comme lui l'avait fait pendant sa scolarité. Il était du reste officiellement son Protecteur et au moindre faux-pas, non seulement Rogue irait direct en prison sans passer par la case Magenmagot, mais en plus Harry y laisserait des plumes, de la réputation, et certainement quelques grades… Le jeune homme espérait donc que son vieux professeur honni se tiendrait tranquille suffisamment longtemps pour que le Lord soit éradiqué et que le service de Protection des Mangemorts, si risqué pour les Aurors – Harry n'était pas le seul Auror à protéger un proche reconnu comme Mangemort –, ne soit plus utile.
- Je viens voir le Mangemort qui a été prit dans mon secteur, cette nuit.
Tout en réfléchissant, Harry s'était rendu dans la zone de son Département Ministériel où les Mangemorts fraichement capturés étaient enfermés en attendant leur jugement, qui en général se faisait le lendemain ou le surlendemain, s'il y avait foule.
- Hm… Ouais, cellule numéro six, répondit un jeune Auror, sans doute un stagiaire, assigné à la surveillance du couloir menant à la cinquantaine de cellules magiques entassées là.
En effet, pour des raisons de gain de place, on avait sélectionné un couloir tout bête du Département des Aurors, et percé cinquante « trous » ronds dans ses flancs, d'un mètre de côté. De petits tunnels, ou des cercueils, comme certains les appelaient. Les premiers mois, les cellules avaient été utilisées telles qu'elles mais rapidement, il était apparu que certains Mangemorts trop imposants se retrouvaient bloqués en position allongée, sur le dos ou sur le ventre, et que les autres s'ankylosaient et ne cessaient de geindre la journée durant. Il fut alors mis en place un sortilège tout simple, sur le principe de celui qui donne aux tentes sorcières l'allure intérieure de manoirs alors qu'elles mesurent six mètres carrés au sol. Ainsi, les boyaux de béton étaient devenus des cellules de six par six, avec lit et commodités. La porte, elle, était restée aussi étroite et Harry eut du mal à y faire passer son mètre quatre-vingt…
- Tu m'en veux, je suppose, non ?
- Tu crois ?
Malefoy avait observé Harry déverrouiller la porte de sa cellule et s'y glisser laborieusement. Lui avait sans doute été jeté tête la première dans la cellule car il avait mal à l'épaule gauche et une éraflure sur la joue du même côté.
- Écoute Malefoy, je t'avais dit de partir…
Le blond regarda l'ancien Gryffondor avec effarement et celui-ci indiqua le plafond. Malefoy le regarda et soupira. Suspendu au centre du plafond de la pièce, une sorte de dais ressemblant à de la soie, avait été tendu jusqu'aux quatre coins et retombait le long des murs.
- Insonorisation, hein… fit le Serpentard. Pour que vous n'entendiez pas vos prisonniers crier et appeler leurs mamans quand vous les torturez ?
Le ton était clairement ironique mais Harry le balaya d'un haussement d'épaules.
- Écoute, Malefoy, je peux encore t'éviter Azkaban, fit-il alors.
- Peuh ! Mon œil ouais ! répliqua l'autre en pivotant.
Il était debout face à la fausse fenêtre donnant sur une rue Moldue parfaitement réelle, elle. Dans son dos, Harry soupira.
- Tu sais ce qu'est devenu Rogue ? demanda-t-il.
- Ouais, ce lâche se terre à Poudlard ! cracha le blond.
- Il ne se « terre » pas, il y vit, rectifia Harry. Il y vit parce que j'ai fait jouer mon statu de Survivant, d'Élu, ou peu importe, et parce que je suis devenu son Protecteur. Grâce à moi il échappe à Azkaban mais en contrepartie, il doit travailler et son salaire m'est versé. Je ne m'en sers bien évidemment pas et c'est McGonagall qui gère tout, mais sa vie dépend entièrement de moi et si jamais il fait une bêtise, qui a trait aux Mangemorts, bien entendu, c'est un aller simple et direct pour Azkaban, sans jugement, qui l'attend. Et moi derrière, je me ferais taper sur les doigts.
Un silence s'installa et Harry reprit :
- Tu peux bénéficier de tout ça, si tu veux. Je ne t'oblige à rien, bien évidemment, mais saches que tu y a droit.
- J'y ai droit ? répéta Malefoy en tournant sur ses talons. Et tu crois sérieusement que je vais accepter ton offre de Gryffondor pleurnichard ? Je suis un Mangemort, Potter, un Mangemort et si j'avais voulu, je t'aurais tué hier soir !
- Ah ouais ? Tiens alors…
D'un geste, Harry lança sa propre baguette magique au Serpentard qui la saisit au vol.
- Aller vas-y, jettes-moi un sort, l'incita le brun. Qu'est-ce que tu attends ? Vas-y puisque tu es si bravache !
Harry se rapprocha alors et sa baguette s'enfonça légèrement dans sa poitrine. La main droite solidement serrée dessus, Malefoy avait le souffle court. Harry le regarda alors et releva le menton.
- Tu as le choix… souffla-t-il en récupérant doucement sa baguette sans que son ancienne Némésis ne résiste. Ou bien tu acceptes que je gère la totalité de ta vie jusqu'à ce que Voldemort soit anéanti, ou bien tu vas devant le Magenmagot et tu écopes de la peine maximale à savoir plus de deux siècles de prison…
- Deux… cent ans ?
- C'est la peine capitale des sorciers de ton niveau, Malefoy, répondit Harry. Plus le sorcier est puissant, plus sa peine sera longue…
Avec un haussement bref de sourcils et un sourire en coin, Harry ajouta :
- Me concernant, ce sera dans les cinq cents ans, si jamais on m'enferme pour X raison à Azkaban… Les capacités à créer des sortilèges et des filtres de longue vie sont bien entendu pris en compte…
Malefoy déglutit bruyamment. Il pâlit, si cela pouvait être encore possible vu sa carnation déjà bien claire, et Harry recula alors de deux pas.
- Potter ! s'exclama alors une voix dans le couloir. T'es où, mec ?
- Cellule six ! répondit le brun par-dessus son épaule. J'arrive !
- Ok, dépêche, ta nana est là !
Harry fronça légèrement les sourcils et regarda alors Malefoy. Il serra les mâchoires en voyant les larmes au bord des yeux bleus et quand Malefoy cligna des paupières, il chassa deux larmes qui roulèrent sur ses joues. Sans réfléchir, Harry leva la main et passa son pouce en travers d'un sillon humide.
- Tu as jusqu'à ce soir pour réfléchir. Tu as de la chance, on a capturé du gibier un peu plus important que toi… Je vais pouvoir faire repousser ton jugement à la semaine prochaine.
- Potter !
- Ouais, j'arrive !
Sur ce, le Gryffondor tourna les talons, s'extirpa de la cellule, la referma soigneusement puis rejoignit le bout du couloir et Cinabelle lui offrit un grand sourire radieux. Il lui répondit de la même façon puis, la prenant par les épaules, il l'entraina dans le petit bureau où il faisait ses rapports après chaque ronde.
- Qu'est-ce qui t'amènes dans l'antre puant des Aurors ? demanda-t-il en lui offrant une chaise. Tu veux du café ou du thé ?
- Un verre d'eau, juste, merci. En fait, je voulais te dire que ma mère arrive cet après-midi, elle va passer quelques jours à la maison donc si tu ne veux pas…
- Je ne la verrais sans doute pas, mais ce ne sera pas de mon fait, répondit Harry.
Il n'avait encore jamais rencontrée sa belle-mère en face à face mais il l'avait eue au téléphone et par miroir magique interposé aussi, à plusieurs reprises. Sans lui être sympathique, il ne la détestait pas et c'était réciproque. Après tout, il était celui qui avait sauvée la jeune femme d'un destin plus que funeste et qui la protégeait depuis six longs mois. Oh bien entendu, belle-maman n'était pas dupe, elle imaginait bien que le jeune homme se « payait » en ayant une relation physique avec sa fille, mais elle s'en fichait. Elle avait sa fille tous les jours au téléphone et celle-ci lui assurait qu'Harry la traitait bien et cela lui suffisait.
- Je comprendrais que tu n'aies pas envie de la voir, tu sais, inutile de te trouver des excuses…
- Non, ce n'est pas ça, répondit le brun en déposant un verre d'eau devant sa compagne. En fait, pour te dire la vérité, cette nuit, des collègues ont capturé un Mangemort dans mon secteur, juste après ma ronde, et ce Mangemort je le connais. Il était à Poudlard avec moi…
Cinabelle eut un demi-sourire et Harry rougit aussitôt.
- Je déteste quand tu fais ça ! grommela-t-il.
- Tu sais que je n'y peux rien ! répliqua la jeune femme, amusée. J'ai le don de deviner les pensées sur le visage des gens, ce n'est pas ma faute…
Elle eut un rire puis se mordit les lèvres et, tendant le bras, elle posa sa fine main sur celle de Harry.
- Fais ce que tu dois faire, souffla-t-elle. D'accord ? Tu as droit à encore un Mangemort à protéger grâce à ton statu, profites-en… Le professeur Rogue t'en sera certainement redevable jusqu'à la fin de ses jours.
- Sûrement, même s'il ne l'admettra jamais. Tu crois que je dois le faire ?
Cinabelle grimaça un moment.
- Ce Mangemort… C'était un ami de Gryffondor ? demanda-t-elle.
- Non, un Serpentard, et nous nous haïssions, mais nous avons quand même vécu sept ans sous le même toit et nous avons partagé beaucoup de choses malgré nous. Aujourd'hui, les querelles du passé sont derrière-nous et même si j'ai encore du ressentiment pour lui, je n'ai aucune envie de le voir enchainé devant le Magenmagot puis de l'imaginer pourrissant dans une cellule d'Azkaban…
- Hm, je vois… Alors vas-y. Fais ce que dois pour lui assurer ta Protection et ne t'inquiète surtout pas pour moi, d'accord ? Ma mère sera là, et quand elle le voudra, nous partirons pour Paris.
- Pas quand elle le voudra, quand j'aurais transféré ma protection envers toi sur elle.
Cinabelle fronça les sourcils. Soudain, elle les haussa et sa bouche s'entrouvrit.
- Non, tu n'as pas… ? fit-elle.
- Cina chérie, ton bébé sera un Mage Noir, répondit le brun. J'ai usé ma dernière cartouche pour lui, pour être son Protecteur car ils voulaient te tuer…
La jeune femme déglutit bruyamment et ferma les yeux fortement. Elle posa une main sur son ventre et Harry se leva alors. Il s'accroupit près d'elle et posa une main sur la sienne. Cinabelle fondit aussitôt en larmes et le Gryffondor la prit dans ses bras. On toqua soudain contre la porte restée entrouverte et Harry regarda le visiteur.
- Le six veut te voir, Potter… fit-il. Mais je vais dire que tu es occupé…
- Non ! fit soudain Cinabelle en se redressant. Non, dites-lui qu'il arrive, dans cinq minutes…
Elle repoussa ses longs cheveux bruns et s'essuya le visage de ses mains. Elle vérifia son maquillage du bout des doigts et regarda alors Harry. Ils échangèrent un sourire, puis un baiser, et Harry se releva.
- Ne m'attendez pas pour diner, d'accord ? fit-il. Je vais essayer de rentrer pour le petit-déjeuner. D'ici-là, profites-en pour retrouver ta mère.
Cinabelle hocha la tête en avalant sa salive puis ils échangèrent un dernier baiser et l'Auror toujours planté dans la porte proposa de raccompagner la jeune femme jusqu'aux Cheminées Publiques dans le hall du Ministère de la Magie. Enceinte de sept mois, et donc interdite de transplanage, elle accepta et Harry pu prendre le chemin opposé et regagner les cellules.
Alors qu'il longeait le couloir à peine éclairé, un bras passa au travers d'une des grilles de fer. A sa grande surprise, sans même compter les portes, Harry reconnu la main fine de son ancienne Némésis et il prit une inspiration censée lui donner du courage.
Arrivé au niveau de la sixième cellule, Harry s'arrêta puis pivota. Il découvrit Malefoy assis sur le sol, contre la porte, la main gauche accrochée aux barreaux, le bras droit passé au travers, l'air misérable à souhait. Il regardait le brun fixement et, quand le regard de celui-ci le balaya, il baissa la tête. Harry serra les lèvres. Ce geste, il l'avait des centaines de fois sur d'autres Mangemorts mais pour la première fois, il le touchait… Il se baissa alors devant la porte et glissa sa main dans celle du Serpentard.
- Fais-moi sortir d'ici, Potter… souffla ce dernier. Je ne veux pas aller à Azkaban, je ne veux pas mourir, je…
- Très bien… Tu auras tout un tas de serments à valider, et un Fidélitas sera lié entre nous. Tu en seras capable ?
Relevant la tête, Malefoy capta le regard émeraude d'Harry.
- Je ferais n'importe quoi pour retrouver une vie normale ! souffla-t-il.
La main du Gryffondor se serra sur celle du blond. Harry se releva alors et Malefoy s'éloigna de la porte comme le brun l'ouvrait. Il se faufila ensuite dans la cellule et les deux jeunes hommes se firent face.
- Ma femme va partir, Malefoy, fit alors Harry. Je vais la libérer de ma Protection et la transférer sur sa mère qui veillera mieux sur elle et le bébé que moi. Cette Protection te sera ensuite liée et au moindre faux-pas, c'est-à-dire que si tu utilises un seul sortilège de magie noire, même sans y penser, tu seras envoyé à Azkaban avec pertes et fracas et je ne pourrais plu rien faire pour toi.
- Vais-je…
La voix de Malefoy partit dans les aigus et il se racla le gorge.
- Vais-je devoir vivre à tes crochets toute ma vie ? demanda-t-il en reprenant une voix normale.
- Non. Tu seras libre de vivre dans ta propre maison, d'avoir ta propre famille et ton propre travail, mais aucune décision importante ne sera prise sans que j'en sois informé. Tu auras de l'argent de poche, toutes les semaines, pour tes dépenses quotidiennes, mais le reste de tes rentrées d'argents sera verrouillé et je serais la seule et unique personne à pouvoir y toucher.
- Tu seras… un Tuteur ?
- On peut appeler çà comme ça, oui.
- C'est la même chose pour Rogue ?
Harry hocha la tête.
- A la différence près que McGonagall a procuration sur son coffre et gère son argent elle-même car je ne peux pas être ici et à Poudlard en même temps.
- Et il ne dit rien ?
- Il a râlé, au début, mais il a ensuite comprit que c'était pour son bien et depuis, il a une vie beaucoup plus tranquille et sereine car il sait que je suis derrière lui et que rien ne pourra lui arriver tant que je serais en vie.
Malefoy resta silencieux. Il passa sa langue sur ses lèvres et inspira alors profondément. Lentement, il accrocha du bout de ses doigts, ceux d'Harry et celui-ci baissa les yeux en reculant sa main.
- Le passé, Malefoy, fit-il en se détournant. Le passé ne doit jamais être déterré…
- Potter…
- Contentes-toi de te tenir à carreau, Malefoy, répondit Harry. Quand Voldemort tombera, tu seras libre de disparaître mais d'ici-là et quand le Magenmagot aura acceptée ma demande, ta vie sera entièrement entre mes mains.
Harry quitta alors la cellule et la referma dans un bruit sourd. Il quitta ensuite l'endroit puis le Ministère, et décida d'aller s'aérer la tête dans le monde Moldu. Il transplana donc dans un Vidéo Park à Londres et passa le reste de la journée à jouer à de vieux jeux vidéo de son enfance, quand il pouvait attraper les consoles de Dudley, bien évidemment.
Assis sur sa couchette au matelas plus que fin, Malefoy revivait la totalité des huit années passées. Le regard fixé sur ses mains, il revoyait tous les meurtres auxquels il avait été contraint de participer. Il avait des quantités impressionnantes de sang sur les mains et jusqu'à maintenant, cela ne l'avait pas dérangé d'assassiner pour le compte de Voldemort. Mais maintenant… Il était prisonnier, et il avait deux options, trois si on prenait en compte qu'il pouvait très bien mettre fin à ses jours là maintenant tout de suite en se pendant à l'aide de sa couverture…
- Non ! Pas moyen, je suis un sorcier, pas un Moldu ! Le suicide, c'est pour les lâches…
Il se tut brusquement et gémit en plongeant son visage entre ses mains. Le sorcier de garde qui passait devant sa cellule au même moment haussa un sourcil en l'entendant sangloter. C'était bien la première fois qu'il voyait un Mangemort réputé barbare, pleurer comme un bébé avant d'être traduit en justice… Il ignorait cependant parfaitement que Malefoy Junior n'était absolument pas à la hauteur de la réputation qui lui avait été faite de toute pièce ! En effet, s'il avait bel et bien assassiné de nombreuses personnes sur ordre de Voldemort, il ne les avait jamais massacrées, éviscérées, décapitées, démembrées et autres joyeusetés ! Quand il tuait, c'était un Avada Kedavra propre et net… ou d'un petit coup de coude au creux des reins au sommet d'une falaise. Mais jamais… ça !
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A demain pour le chapitre 3 et n'hésitez pas à commenter !
