Le front de Stiles était appuyé contre la vitre de la voiture, son menton reposant dans sa main. L'adolescent observait le paysage qui défilait à toute vitesse derrière le carreau. Son pied battait la mesure du morceau de rock que l'autoradio diffusait.
Au bout d'un moment, lassé, le jeune garçon décolla son front de la vitre et tourna la tête vers son père, installé derrière le volant.
— Tu es sûr que tu ne veux pas que je te remplace un peu ? proposa-t-il.
Le shérif quitta brièvement la route des yeux pour lancer un regard blasé à son fils.
— Je vais te répondre la même chose que lors des cinq autres fois où tu m'as posé cette question et j'espère que cette fois-ci, tu vas bien imprimer ma réponse. Non, je ne veux pas que tu me remplaces car je suis parfaitement capable de conduire deux heures d'affilée.
Stiles soupira et retourna à son observation du paysage.
C'était la mi-août et le père du garçon avait réussi à prendre quelques jours de congés dans son planning chargé. Il avait confié la sécurité de Beacon Hills à son premier adjoint et avait emmené son fils pour un séjour chez des amis pour profiter du soleil d'été loin de ses problèmes de shérif.
L'adolescent avait accepté de le suivre et de quitter sa ville natale pour plus d'un week-end. Passer plusieurs jours tranquilles avec son père était un luxe qu'il n'avait pas connu depuis longtemps. Pourtant, Stiles se serait bien passé de ce séjour. Non pas qu'il ne s'entende pas avec les amis du shérif. Au contraire. Mais le jeune garçon était déjà resté bien trop longtemps hors de Beacon Hills durant le mois précédent.
A sa plus grande surprise, il s'était trouvé être le grand gagnant d'un concours auquel il n'avait pas participé, organisé par un magazine de mode que Lydia Martin, son amour d'enfance, adorait. Le premier prix s'était avéré être un mois complet tout frais payés dans un hôtel de luxe, le Complexe du Paradis, pour douze personnes.
L'adolescent avait décidé d'emmener avec lui son ami de toujours, Scott McCall, et sa copine, Allison Argent. Afin de s'excuser auprès de Lydia, qui rêvait de remporter ce concours, il l'avait invitée et avait par conséquent été forcé d'offrir également une place à son amoureux, Jackson Whittemore, qui était loin d'être un de ses meilleurs amis.
Scott était depuis près d'un an un loup garou et Stiles s'était plus ou moins lié d'amitié avec la meute à laquelle appartenait le jeune bêta. Il ne s'était donc pas gêné pour proposer à Erica Reyes, Isaac Lahey et Vernon Boyd de les accompagner. Derek Hale, l'alpha, avait été difficile à convaincre, car il voyait d'un mauvais œil ce séjour. Mais grâce à l'intervention de son oncle, Peter, le jeune homme avait cédé et accepté que les loups garous partent tous ensemble.
L'adolescent avait donné ses deux derniers tickets à ses coéquipiers de crosse, Danny Mahealani et Matt Daehler. C'est ainsi que la petite troupe s'était retrouvée sur la route le premier juillet, direction le Complexe du Paradis. Et ils n'avaient pas été déçus du détour ! L'hôtel était un vrai palace aux chambres gigantesques et aux services divers et variés.
Pourtant, si les premiers jours s'étaient écoulés dans une bonne ambiance, le séjour s'était rapidement transformé en descente aux enfers pour Stiles.
Il avait croisé une femme qui ressemblait trait pour trait à sa mère au détour d'un couloir et cela avait ravivé des souvenirs d'une manière si violente que le jeune garçon avait eu de terribles crises de panique qui l'avaient épuisé. Il avait réussi à le cacher pendant un moment à ses amis avant d'être obligé de leur avouer.
Puis, quelques jours avant la fin du séjour, alors que les garçons étaient partis acheter des vêtements pour leur dernière soirée, les filles s'étaient faites kidnappées et Peter, resté avec elles, avait été mis hors service à cause de quelques miettes d'aconit disséminées dans son assiette. Grâce à leur odorat surdéveloppé, les loups garous avaient retrouvé la trace des adolescents jusqu'au gymnase du complexe dans lequel elles étaient retenues mais ils étaient tombés dans un piège.
En effet, des hommes les attendaient et avaient réussi à les maîtriser tous en un tour de main. Toutefois, le groupe n'était pas au bout de ses surprises. Quelques minutes après avoir été attachés, d'autres hommes étaient arrivés en traînant Matt, Danny et Peter, restés dans une chambre de l'hôtel. Et la mère de Stiles fermait la marche.
L'adolescent n'en revenait pas de voir sa mère bel et bien vivante. Toutefois, après avoir bien réfléchi, il s'était rendu compte que sa mère ne se serait jamais comportée d'une telle façon envers lui et ses amis. Après un premier temps où elle affirmait être vraiment Mme Stilinski, la femme avait avoué la vérité. Elle n'était que la tante du garçon et s'appelait Keyra.
S'en était suivi un long affrontement verbal entre Stiles et sa tante, le premier furieux d'avoir été dupé, la seconde éprouvant une rage sans nom envers les loups garous. Dans sa folie, Keyra avait blessé tous les membres du groupe et ils n'avaient dû qu'à l'intervention miraculeuse de Chris Argent, le père d'Allison, d'être toujours en vie. Accompagné de son complice Jack, le chasseur avait réussi à maîtriser Keyra et ses hommes. Le groupe d'amis avait hésité à rester plus longtemps au Complexe du Paradis avant de juger qu'il n'y avait plus de danger et qu'ils pouvaient profiter de leurs derniers jours avant le retour à la vie normale.
Bien entendu, Stiles n'avait rien dit à son père de ce qu'il s'était passé durant le séjour. Les blessures que lui avaient infligées Keyra avaient disparues lorsqu'il était rentré chez lui et le shérif avait assez de mal à oublier la mort de sa mère pour que l'adolescent vienne l'inquiéter avec une histoire de ce genre. D'autant plus que sa tante n'était plus une menace étant donné qu'elle avait été arrêtée par Chris Argent.
Il avait pourtant bien des questions qui le torturaient, mais les poser revenait à raviver des souvenirs douloureux, autant pour lui que pour son père. Le garçon avait donc rangé ses interrogations dans un coin de sa tête et avait décidé de les garder pour lui, attendant le bon moment pour en reparler.
Alors qu'il s'arrêtait à un feu rouge, le conducteur se tourna vers son passager.
— Donc, on est toujours d'accord ? s'enquit-il.
— Pourquoi ?
— Pour que je te coupe les cheveux en rentrant à la maison.
Stiles passa aussitôt sa main sur son crâne, ses doigts glissant entre les mèches brunes qui pointaient vers le ciel.
— Je vais te répondre la même chose que lors des cent autres fois où tu m'as posé cette question et j'espère que cette fois-ci, tu vas bien imprimer ma réponse, répondit-il. Non, je ne veux pas que tu me coupes les cheveux.
Le shérif rigola et redémarra comme le feu était passé au vert.
# #
Stiles ouvrit la porte du réfrigérateur et attrapa la bouteille de lait.
— Tu as reçu du courrier. Et prends un verre ! ordonna son père en le rejoignant dans la cuisine.
Ils venaient de se garer devant chez eux et le garçon n'avait même pas pris la peine de monter ses affaires dans sa chambre avant de venir se servir à boire. La chaleur de cette belle journée d'été l'avait assoiffé et il n'avait pas prévu de quoi se réhydrater durant le trajet.
L'adolescent fit mine d'aller se chercher un verre pendant que son père déposait la lettre sur la table de la cuisine mais dès qu'il eut quitté la pièce, il dévissa le bouchon et but directement au goulot. Une bonne rasade de lait plus tard, il rangea la bouteille dans le frigo et attrapa son sac aux couleurs des Mets que son père lui avait offert à la fin du mois de juin, pour le récompenser de ses bons résultats scolaires.
Stiles grimpa l'escalier qui menait à sa chambre et poussa la porte de son refuge. Il laissa son sac près de l'armoire, sans prendre la peine de le vider, alla entrebâiller la fenêtre pour aérer la pièce et sortit son téléphone portable de la poche de son jean. Le garçon se sentit déçu en constatant qu'il n'avait reçu aucun message. Derek ne lui avait même pas répondu.
Un changement majeur s'était effectué durant le mois de juillet. Un changement que personne n'avait vu venir, même pas les deux principaux concernés.
Alors que Stiles faisait sa première crise de panique lors de leur séjour au Complexe du Paradis, c'était Derek qui l'avait trouvé, écroulé par terre, la respiration coupée. Le jeune homme s'était occupé de le rassurer et à chaque nouvelle crise, il avait été présent pour l'adolescent.
Leur relation avait doucement évolué suite à leur toute récente proximité et le jeune garçon avait fini par se rendre compte qu'il éprouvait des sentiments plus qu'amicaux pour l'alpha. Sentiments qui étaient plutôt partagés, même si le loup garou avait eu du mal à faire le point sur ce qu'il ressentait. Echaudé par son passé amoureux et la trahison de Kate Argent, Derek avait eu du mal à accepter de sortir avec Stiles. Puis, il avait fini par assumer ses sentiments et les deux garçons étaient désormais officiellement en couple.
C'est pourquoi l'adolescent lui avait envoyé un texto annonçant son retour dès qu'il avait quitté la cour des amis de son père. Puis, il avait enseveli la messagerie de son amoureux sous un nombre de messages incalculables décomptant le temps qu'il lui restait à parcourir avant d'être de retour à Beacon Hills. Derek avait fini par lui répondre qu'il était capable de calculer tout seul son temps de trajet et que le garçon ferait mieux de se contenter de lui envoyer un texto pour lui signaler qu'il était arrivé. Cela lui éviterait de se faire une tendinite au pouce à force d'envoyer des messages et ça permettrait en même temps que l'alpha ait la paix.
Vexé, Stiles avait voulu redoubler de texto pour se venger de la mesquinerie de son copain. Mais son père avait remarqué qu'il utilisait beaucoup son téléphone et l'avait taquiné à ce sujet.
— Tu annonces à Scott ton grand retour ? avait tenté de deviner le shérif.
— Euh … Ouais, c'est ça ! avait menti son fils en tentant de ne pas rougir.
Il n'avait pas encore annoncé à son père sa relation avec Derek Hale et n'avait pas très hâte qu'il soit au courant. L'adolescent avait donc rangé son téléphone et s'était tenu tranquille pendant le reste du trajet, décidé à bouder l'alpha pour le punir d'avoir été aussi méchant avec lui dans son dernier message.
Evidemment, dix minutes avant d'arriver chez lui, le garçon n'avait pas pu résister et il avait envoyé un texto à Derek pour le prévenir qu'il arrivait. Cependant, le loup garou n'avait pas pris la peine de répondre et Stiles se sentait triste. Après plusieurs jours sans câlin, ni bisous, il aurait bien eu besoin de sa dose d'amour quotidienne.
Déçu, l'adolescent s'approcha de son bureau, ouvrit son ordinateur portable et appuya sur le bouton de démarrage. Il s'assit derrière son bureau et en attendant que la machine s'allume, il se saisit de la lettre que son père lui avait remise. Il commençait à la déchirer quand il entendit sa fenêtre grincer.
Un grand sourire illumina le visage de Stiles et il pivota sur sa chaise.
— Tu m'as manqué !
# #
Derek acheva de se faufiler dans la chambre de son amoureux et eut à peine le temps d'ouvrir les bras pour que Stiles vienne s'y réfugier que le garçon était déjà sur lui.
— Doucement, grommela l'alpha, faussement contrarié.
— C'était looooooooooooong sans toi ! gémit l'adolescent sans prendre garde aux bougonnements de son copain.
Les lèvres de Derek s'étirèrent en un petit sourire ravi et il enfouit son nez dans les cheveux du garçon blotti contre lui. Soudain, Stiles se recula vivement, brisant leur étreinte.
— Mais, au fait, je ne suis pas censé te faire de câlin !
Devant le regard étonné que lui jeta l'alpha, le garçon consentit à s'expliquer :
— Tu as été carrément trop méchant tout à l'heure, par texto.
— Tu trouves ?
— Tu m'as envoyé sur les roses, s'offusqua l'adolescent.
Le loup garou haussa les épaules.
— Tu m'as harcelé. Je recevais un message toutes les dix secondes. J'avais à peine le temps d'en lire un que j'en avais déjà trois dans ma boîte de réception.
— C'était uniquement pour te rassurer. Pour que tu saches que j'étais toujours en vie. J'aurais très bien pu avoir un accident sur le trajet du ret …
— Ca m'aurait fait des vacances, le coupa Derek.
Stiles observa son amoureux, bouche-bée, avant de pousser un cri outré.
— Quoi ? Tu … Je … Je te déteste !
L'adolescent croisa les bras sur son torse, sourcils froncés. L'alpha s'esclaffa et essaya de lui attraper le bras mais le garçon recula d'un pas pour se mettre hors de portée.
— Oh, Stiles, ne fais pas la tête. C'était une boutade !
— Tu sais où tu peux te la mettre, ta boutade ?
Le loup garou haussa un sourcil, un sourire moqueur aux lèvres, et se rapprocha de son copain. Il posa une main sur son épaule et glissa l'autre sous son menton pour lui relever le visage.
— Je plai-san-tais, répéta-t-il en insistant sur chaque syllabe. Où est passé ton sens de l'humour ? Dois-je chercher là où je suis censé me mettre ma blague ?
Stiles ne releva pas la tentative d'humour et répliqua d'un ton boudeur :
— Je me demande vraiment ce que je fais avec toi.
Derek embrassa le garçon sur le bout du nez.
— Si tu veux vraiment tout savoir, tu m'as manqué aussi. J'ai passé chaque heure, chaque minute, chaque seconde de ton absence à penser à toi.
L'adolescent tenta de garder son air vexé mais la phrase l'avait touché en plein cœur et faisait vaciller sa mauvaise humeur.
— Et au lieu de m'envoyer bouler, tu ne pouvais pas me dire ça plutôt ? ronchonna-t-il.
— Tu sais bien que rien n'est jamais facile avec moi.
# #
Stiles était allongé sur son lit, Derek à côté de lui. L'adolescent avait attrapé la main du jeune homme et avait entrelacé leurs doigts. Ils avaient discuté pendant un moment à voix basse, afin de ne pas alerter le père du garçon, et profitaient maintenant du silence, savourant le fait d'être ensemble, l'un contre l'autre.
Stiles était rassuré de voir l'alpha. Il était parti moins d'une semaine mais avait craint que son absence ne porte préjudice à sa relation avec le loup garou. Derek avait beau avoir accepté de sortir avec lui, il n'avait pleinement assumé son couple que très récemment et l'adolescent avait eu peur qu'il ne change d'avis.
Le jeune homme porta la main de son amoureux à ses lèvres et l'embrassa distraitement.
— On est le dix-huit, annonça-t-il doucement.
Stiles haussa un sourcil.
— Oui, et ?
— Ca fait un mois qu'on est ensemble.
Le garçon mit un instant à analyser la phrase puis tourna brusquement la tête vers l'alpha.
— Je … Tu … Mais … bégaya-t-il.
— Oui, je m'en souviens. Mais apparemment pas toi, railla le loup garou.
— J'avoue que je n'y avais même pas pensé, admit l'adolescent. Mais que toi, tu t'en souviennes, c'est encore plus choquant.
— Merci de t'inquiéter pour ma mémoire, elle va très bien.
Stiles roula sur le côté pour faire face à son copain.
— Tu sais très bien ce que je veux dire … fit-il. C'est juste … Tu n'es pas vraiment le genre de personne qui s'intéresse aux dates et tout ça.
— Et je suis quel genre de personne, alors ?
Le garçon soupira. C'était exactement le genre de conversation qu'il n'aimait pas avoir avec Derek. L'alpha réussissait toujours à le mettre mal à l'aise.
— Le genre que j'aime embrasser ! botta-t-il en touche en tendant le cou pour attraper les lèvres de son amoureux.
Heureusement pour lui, le loup garou se laissa faire et n'insista pas. Lorsque leurs bouches se séparèrent enfin, le jeune homme déposa un baiser rapide sur le front de l'adolescent et lui adressa un sourire charmeur que Stiles s'empressa de lui rendre. Des fossettes s'étaient creusées sur les joues de Derek et le garçon ne pouvait s'empêcher de contempler le visage face à lui. Il était vraiment bien à cet instant et aurait voulu qu'il continue à l'infini.
— Quand est-ce que tu me présentes à ton père ?
Douche froide. Glaciale, même.
L'adolescent redescendit aussitôt sur terre, un rictus figé sur le visage tandis qu'il cherchait comment répondre à son copain sans trop le vexer.
Il était hors de question que son père soit mis au courant. Il faudrait avant tout que le shérif se fasse à l'idée que son fils entretienne une relation homosexuelle. Puis, qu'il accepte que Stiles sorte avec un homme plus vieux que lui. Qui de surcroît, s'avérait être Derek Hale, déjà connu des services de police. Et enfin, il faudrait expliquer au chef de famille Stilinski sa nature lupine.
Ce dernier point n'était pas forcément obligé d'être révélé au shérif mais Stiles trouvait que c'était un argument de poids. Devant son silence, l'alpha finit par s'éclaircir la gorge :
— Tu ne comptes rien lui dire, n'est-ce pas ?
— Pas tout de suite, nuança le garçon.
— Alors, quand ? Ca fait déjà un mois, Stiles.
— Un mois, c'est peu.
Le loup garou secoua la tête.
— Tu crois vraiment que je me suis mis avec toi pour le plaisir de vivre un amour caché ? Je n'aime pas ça, venir te voir en cachette, passer par la fenêtre et devoir chuchoter pour que ton père ne nous entende pas. Je ne veux pas de tout ça. Pas avec toi.
La réplique toucha l'adolescent autant qu'elle le fit paniquer. Derek venait-il, encore une fois, de lui déclarer joliment qu'il l'aimait ou était-ce une menace déguisée pour lui faire comprendre qu'il ne supportait pas son comportement et songer à le quitter ?
Et comme à chaque fois qu'il paniquait, Stiles sortit la première bêtise qui lui vint à l'esprit.
— Je te présenterai à mon père dès que tu m'auras présenté à ta famille.
L'alpha se rembrunit aussitôt et le garçon se mordit la lèvre violemment. Qu'est-ce qu'il pouvait être bête parfois ! Il avait le chic pour mettre les pieds dans le plat. Surtout qu'il avait déjà fait cette gaffe-là, que le loup garou n'avait pas appréciée.
— Désolé, s'excusa-t-il. Je n'ai pas réfléchi avant de parler.
— Ça se saurait si tu utilisais ton cerveau avant d'ouvrir la bouche.
La voix du jeune homme était moqueuse mais pas fâchée. L'adolescent leva les yeux pour croiser le regard de son amoureux, qui en profita pour lui taper gentiment sur le front.
— Tu sais, si tu as honte de moi, tu peux me le dire …
— Il n'est pas question de ça, protesta vivement Stiles. C'est juste que … C'est compliqué. J'arrive pas à en parler. Laisse-moi un peu de temps. Moi-même, je n'ai pas encore bien réalisé qu'on était ensemble …
Derek observa un instant son interlocuteur avant de rouler sur le côté et de se lever du lit.
— Reste !
L'adolescent s'était redressé sur son matelas et avait tendu le bras vers l'alpha. Ils se fixèrent un instant jusqu'à ce que la voix du shérif les fasse sursauter.
— Tu m'as appelé, Stiles ?
— Non, t'inquiètes, p'pa ! lui répondit son fils.
Le garçon baissa son bras et murmura :
— Ne pars pas …
— Il faut que j'y retourne, annonça le loup garou. Les autres m'attendent. Je les ai laissés sous la direction de Peter mais j'ai peur de retrouver le manoir sans dessus-dessous. Le chantier avance bien, ce serait bête que l'un d'entre eux gâche tout maintenant.
— Tu m'en veux ?
Le ton était penaud et Derek leva les yeux au ciel avant de se rasseoir près de son amoureux.
— Non. Tu as été un parfait abruti avec ta réplique au sujet de ma famille mais je ne t'en veux pas. Je sais très bien que tu ne réfléchis jamais à ce que tu dis.
— Je t'ai fait de la peine ?
Le jeune homme ne répondit pas et Stiles ouvrit les bras en chuchotant :
— Câlin pour me faire pardonner ?
Derek sourit et posa son front contre celui de l'adolescent, qui passa ses mains autour de son cou. Ils restèrent quelques instants dans cette position avant que le loup garou ne déclare à voix basse :
— Je dois vraiment y aller.
— Donc, tu me fais quand même un peu la tête.
L'alpha se contenta de l'embrasser sur la joue et se dirigea vers la fenêtre.
— Tu viendras me voir ce soir ? demanda le garçon.
— Je ne sais pas. Je te tiens au courant.
Le jeune homme adressa un signe de la main à son amoureux puis se glissa dehors. Stiles se laissa tomber sur son matelas en s'insultant de tous les noms. Leur relation n'était pas assez fragile comme ça, il fallait qu'il en rajoute une couche en provoquant Derek sur sa famille.
Comme si le sujet n'était pas assez sensible ! Il faudrait vraiment qu'il apprenne à tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler.
Son téléphone portable vibra contre sa jambe et l'adolescent se tortilla pour réussir à l'extraire de la poche de son jean. Ce devait être Scott qui lui demandait s'il était libre pour se faire une soirée ciné.
Le cœur du jeune homme fit un looping dans sa cage thoracique lorsque qu'il lut le nom du destinataire ainsi que le contenu du message.
Derek : « Je t'aime »
Finalement, l'alpha n'était peut-être pas totalement fâché.
