Bonjour chers Cobayes .
Une petite précision : cette fiction ne va pas évoluer dans l'ordre chronologique, puisque je poste les OS au fur et à mesure que les idées me viennent. J'espère que cela ne vous dérangera pas outre mesure !
Pour ce nouveau chapitre donc, nous filons à l'époque ou Charles et Erik décident de fonder l'institut Xavier ensemble, et rassemblent les premiers élèves au sein du manoir ou ils demeurent. J'ai changé le rating en M, pour la violence plus que suggérée dans ce chapitre. Bonne lecture !
Chapitre 2 : Une nuit comme les autres
Décembre 1940
Le froid et la faim s'étaient installés, étirant leurs tentacules pernicieux sur chaque parcelle du Ghetto de Varsovie.
L'enfant est épuisé et effrayé. Il court. Dans la rue qu'il traverse, des cadavres sont entassés pèles mêles, à moitié recouverts par le givre. L'épidémie de tuberculose atteint son paroxysme, et l'agonie des mourants n'est qu'un fléau de plus à rajouter à l'horreur de la vie quotidienne ici bas.
Devant lui, d'autres courent aussi. Au loin, des ordres résonnent, hurlés en Allemand.
Ils ont été trahis. La tentative de fuite échoue, une fois de plus.
L'enfant se fige. Son estomac se contracte brusquement, il sait qu'il va mourir.
Il entend les coups de feu, il voit ses amis tomber les uns après les autres. Une douleur lancinante naît entre ses côtes, et il s'évanouit.
C'est le manque d'air qui lui fait reprendre connaissance. Il tousse, il crache, il s'étouffe. La terre s'infiltre dans sa gorge, son nez, ses yeux. On l'a crut mort on l'a enterré dans une fosse commune.
Il enfonce ses ongles dans la terre, s'extrait de l'enfer du bout des doigts.
Il ne s'en souvient pas, mais son don lui a sauvé la vie. Il a intercepté les balles avant qu'elles ne lacèrent son corps, lui offrant de survivre.
Survivre, encore et toujours… Mais à quel prix ?
Les grincements qui lui parvenaient à travers les murs de sa chambre réveillèrent Charles, et le poussèrent à s'extraire de son lit.
La nuit était complète. L'aurore devrait attendre de nombreuses heures encore.
Le jeune homme tâtonna au hasard à la recherche d'une chemise, qu'il enfila rapidement avant de quitter la pièce en toute hâte.
Il marqua un temps d'hésitation devant la porte voisine, mais les bruits qui s'en échappaient chassèrent ses doutes.
Charles pénétra dans la chambre de son ami, l'inquiétude au bord des lèvres.
Erik gisait au fond de son lit, pâle et le corps recouvert de sueur. Ses mâchoires crispées étaient parcourues de tics nerveux.
Les menus objets en métal disposés à travers la pièce s'agitaient en émettant le grincement qui avait extrait Charles de son sommeil.
Le généticien s'approcha du lit et saisit Erik par l'épaule.
Il vagabonde, la terre sous ses ongles lui rappelle l'enfer d'où il vient. Si seulement il savait où il va à présent…. Le temps n'existe plus.
D'autres soldats surgissent. Les voix résonnent dans son crâne.
« - Que doit-on faire de lui ?
- Je ne sais pas. Il y a ce nouveau camp qui vient d'ouvrir, à Auschwitz. Envoyons le là-bas. »
- Erik ! Erik, réveilles-toi !
Les paupières de l'interpellé s'ouvrirent subitement, alors qu'il restait plaqué contre les draps humides, incapable de bouger, paralysé dans son sommeil.
- Ca va aller, mon ami. Ce n'était qu'un cauchemar, ça va, maintenant.
La voix inquiète de Charles lui parait lointaine, mais elle parvint à chasser le timbre rugueux des soldats Allemands.
Peu à peu, Erik reprit conscience.
Il se redressa à moitié, le souffle court, furieux contre lui-même. A ses côtés, Charles s'était accroupi pour être à sa hauteur et lui serrait toujours fermement l'épaule.
- Voilà, c'est mieux, chuchota le professeur, alors qu'autour d'eux les objets métalliques s'immobilisaient peu à peu.
Erik appuya ses paumes contre ses paupières, comme pour tenter de chasser les images qui s'y incrustaient.
Dépité par l'état de son ami, Charles parcourut la pièce du regard, et ses yeux se posèrent sur l'objet de sa convoitise : l'échiquier.
- Enfiles une chemise, ordonna-t-il. L'air frais nous fera le plus grand bien.
S'il fut surpris du ton autoritaire de son collègue, Erik n'en montra rien. Il s'habilla hâtivement et les deux hommes traversèrent le manoir en silence.
En cette heure nocturne, la noble demeure était bien silencieuse. Raven dormait à l'étage, ainsi que Jean Grey, Scott Summers, Bobby Drake et Hank McCoy. Il s'agissait là des tout premiers élèves de l'institut Xavier, fraîchement né de la collaboration des deux amis.
Ils rejoignirent le rez-de-chaussée, pour enfin déboucher sur le perron et ses larges escaliers de marbre blanc.
L'air frais du soir ramena des couleurs sur le visage d'Erik. Le bruissement du vent dans les magnolias, le clapotis du bassin au pied des marches, la pale lumière du hall qui filtrait au travers des baies vitrées… La sérénité dégagée par les lieux le tranquillisa quelque peu.
Charles s'installait déjà sur les marches et disposait les pièces sur l'échiquier.
Erik le rattrapa et l'aida dans cette tâche, mais contrairement à l'ordinaire, il n'utilisa pas la force de son esprit pour aligner les pions.
Parfois, les mots sont inutiles.
Ils débutèrent la partie sans plus attendre.
Les minutes passèrent et, comme bien souvent, Charles prenait l'avantage.
- Tu va encore m'accuser de tricher et de lire dans tes pensées, murmura-t-il tout en privant son adversaire de son second cavalier.
Erik sourit. Il lui était reconnaissant d'essayer de lui faire oublier ses vieux tourments.
- Mais tu m'as promis de ne jamais le faire. N'est ce pas ?
Le ton sérieux de son interlocuteur arracha le cadet à sa contemplation du damier. Le front de son partenaire était barré d'un pli soucieux, et son regard plus las que jamais.
- Bien sûr. Mais tu sais, je pourrais peut-être…
Il hésita un instant, comme gêné.
- Je pourrais t'aider. Je l'ai déjà fait sur Jean, pour atténuer les voix qu'elle entend.
- Nous avons déjà eu cette discussion, la réponse est non.
Le professeur n'insista pas, mais la déception rejoignit l'inquiétude au fond de ses prunelles. Devant sa réaction, Erik soupira profondément.
- Je ne veux pas que tu vois ça, c'est tout. Je n'ai rien à te cacher. Mais il y a des choses là-dedans…
Il tapota sa tempe du bout des doigts.
- Crois moi, tu n'as pas envie de les voir.
-Alors quoi, rétorqua l'autre, plus acide qu'il ne l'aurait souhaité, je suis condamné à te regarder sombrer chaque jour un peu plus ? A t'entendre gémir dans ton sommeil, à deviner ton esprit se consumer tranquillement ? Un simple spectateur inactif, qui assiste sans bouger à la déchéance inéluctable de ceux qu'il aime, c'est ainsi que je dois me comporter?
Charles se redressa sur un coude, désignant le manoir de la main droite.
- Cet endroit, on l'a voulu comme une protection, un refuge pour chaque mutant. Une source d'aide, de conseils et de réconfort. Et c'est valable pour toi aussi. Pour toi, surtout.
- Mes souvenirs et mon enfance ont fait de moi ce que je suis aujourd'hui. Tu ne peux pas me changer. Il n'y a rien que tu puisses y faire.
- Je ne veux pas te changer, je veux t'apaiser ! Répliqua le plus jeune, dans un effort visible pour ne pas s'emporter.
Les deux hommes s'observèrent un instant, se jaugeant du regard.
« Tu ne peux rien pour moi, mon ami… Personne ne le peut. Mais si cela te fait te sentir mieux d'essayer… »
D'un geste de la main, Erik envoya les pièces et le tableau métallique quelques marches plus bas, libérant ainsi l'espace qui le séparait de Charles.
- Soit. Vas-y, alors.
Surpris par ce brusque changement de comportement, le professeur ne bougea pas d'un pouce.
- Vas-y, je t'y autorise, répéta-t-il.
Comme son interlocuteur ne semblait pas se mouvoir, il combla lui-même la distance qui les séparait.
Charles se redressa complètement et sonda les pupilles qui l'observaient, à la recherche de la moindre lueur moqueuse. Il n'y trouva qu'une ferme résolution.
Son cœur manqua un battement.
Depuis qu'ils se connaissaient, une étrange amitié unissait les deux hommes. Un mélange de fascination, de respect et de complicité, le tout formant une relation unique et exclusive, qui ne laissait de place pour personne d'autre. Cependant, Charles avait toujours regretté la propension de son compagnon au silence, lorsqu'il s'agissait de parlait de lui. Si des débats passionnés sur la condition des mutants pouvaient les maintenir éveillés des nuits durant, l'évocation de son passé entraînait d'ordinaire Erik dans un profond mutisme.
C'était pour Charles l'occasion d'enfin comprendre.
Avec lenteur, il approcha ses longs doigts des tempes d'Erik. Les mâchoires de ce dernier se contractèrent, mais il ne bougea pas pour autant.
Les images frappèrent Charles comme un coup au plexus.
Les lois de Nuremberg, La nuit de cristal, Varsovie, Auschwitz.
Les lieux défilent, différents mais baignés dans la même lueur morbide, poissés de brouillard et de sang.
La mort, omniprésente, la faim, la maladie. Les privations, le désespoir.
Les exécutions, le travail forcé.
Les images deviennent plus nettes, plus violentes.
Les Sonderkommandos.(1)
L'enfant est un adolescent, désormais.
Il fait partie de l'unité spéciale. Il est jeune et en bonne santé, comparativement aux autres suppliciés. On l'oblige donc à participer au massacre. Il y prend part, brisé, conduisant lui-même ses compagnons à l'abattoir. Parmi eux, il y a eu des membres de sa propre famille.
Il rase les cheveux d'une femme, maigre et pâle comme la mort. Elle n'a même plus la force de pleurer.
Autour de lui, trente victimes prostrées attendent, dans un mélange de sanglots et de prières.
Un officier le surveille, mais n'intervient pas. L'adolescent récupère les bijoux, les alliances, et l'officier hurle l'ordre de se relever.
La femme n'en a plus la force. L'adolescent la soulève par le bras, et l'emmène avec les autres. Elle s'accroche à lui, refusant de partir. Il sent ses doigts squelettiques serrer son épaule...
Ca ne changera rien.
Un médecin SS referme la porte de la chambre à gaz.
Et l'adolescent attend.
Dix longues minutes de supplice. Dix minutes à essayer de ne pas entendre les cris, les supplications et les râles d'agonie s'échapper de la pièce. Ensuite, il faudra porter les corps au four.
Dix longues minutes…Et puis dix autres, et encore dix autres.
Pendant quatre ans.
Charles lâcha précipitamment le visage de son collègue, comme si le contact de sa peau l'avait brûlé. L'adrénaline pulsait dans ses veines et un haut le cœur le secoua. Les larmes emplirent ses yeux, mais il était trop choqué pour songer à les laisser s'écouler.
En face de lui, son aîné demeurait stoïque.
- Mon ami…
Un cri leur parvint, du deuxième étage du manoir. L'étage des filles.
Jean devait probablement faire un cauchemar.
Erik se releva souplement.
- Je m'en occupe, dit-il simplement avant de rejoindre l'Institut à grands pas.
Charles, seul sur les marches de marbre, sentit le désespoir s'abattre sur lui.
Comment pouvait on survivre à ça ? Comment pouvait-on se reconstruire, après avoir vu et vécu le pire de l'humanité ?
Ses mains tremblaient encore lorsqu'il les pressa sur son visage, abattu.
Erik avait raison. Comme souvent.
Il n'y avait rien qu'il puisse faire pour l'aider.
A l'étage, les cris de jean se calmèrent. Charles se redressa, et, l'esprit occupé, ramassa le jeu d'échec qu'il rapporta à son propriétaire.
Erik était assis en tailleurs sur son lit de fer forgé et semblait l'attendre.
- Je ne voulais pas t'imposer ça.
- Il le fallait. Je sais maintenant que si je ne peux adoucir ton passé, je peux faire en sorte que ton avenir resplendisse.
Charles s'approcha du grand homme et s'installa à son tour sur les draps pourpres. Il repositionna les pions sur l'échiquier, dans la même configuration ou ils avaient interrompu leur partie précédente.
- Si je ne peux chasser tes cauchemars, alors je te tiendrais compagnie dans l'insomnie.
Devant le regard surpris de son partenaire, il poursuivit, d'un ton emprunt de sérieux.
- Toute la différence, Erik, c'est qu'aujourd'hui tu n'es plus seul. Tu as les élèves, tu as l'institut, tu as la fraternité mutante.
Il se saisit de la reine blanche, et la poussa distraitement de quelques cases, avant de conclure :
- Et tu m'as moi.
(1) Wikipedia vous explique ça mieux que moi : Les Sonderkommandos étaient des unités de travail dans les camps d'extermination, composées de prisonniers, Juifs dans leur très grande majorité, forcés à participer au processus de la solution finale. Le mot vient de l'allemand et signifie unité spéciale.
Voilà pour cet OS, j'espère sincèrement qu'il vous aura plu. N'hésitez pas à me tenir informée de votre ressenti !
La bise,
Laukaz-The Lab
