Chapitre 2
Le vent glacé lui gelait les joues. Il s'approcha lentement de l'homme assit sur le muret, au bord du vide.
Un face à face avec Moriarty. John frissonnait. Que lui voulait-il ? Il n'avait pas donné signe de vie depuis plus de deux semaines, pourquoi revenait-il maintenant ? Les dernières enquêtes s'étaient bien passées. Sherlock avait réussi à sauver toutes les personnes (enfin presque toutes). C'était peu avant la rencontre à la piscine. Cette piscine froide, ou il s'était réveillé avec une grosse parka verte, munit d'une ceinture d'explosif. Qui aurait cru que le petit ami de Molly était le fameux et dangereux Moriarty. Même Sherlock ne l'avait imaginé.
John avait vu dans le regard de son colocataire de l'étonnement, de la surprise et de la déception. Sherlock avait pensé, pendant ne serait-ce qu'une seconde, qu'il était le responsable de toute cette mascarade. C'était cette même nuit où il prit l'initiative de tenir James Moriarty pour sauver la vie de Sherlock Holmes. Il ne savait même pas pourquoi il avait fait ça. L'instinct peut-être. Il voulait épargner le cerveau génialissime du détective. Il savait que le monde avait plus besoin de son ami que de lui, un médecin militaire, blessé. Une personne banale. Alors que Sherlock était loin d'être une personne normale. Il le disait lui-même « Je ne suis pas « comme tout le monde » John. ».
La musique Staying Alive résonnait sur le toit de l'hôpital. John venait d'envoyer un message à son ami et Moriarty devait l'avoir fait aussi. Pas besoin d'avoir les cheveux bruns et bouclés, de mesuré 1m80 et d'être arrogant pour le deviner. Le criminel consultant se leva, laissant une distance raisonnable entre lui et le médecin.
« - N'est-ce pas ennuyant ? D'être une personne ordinaire. Le petit chien a perdu son maître. »
Moriarty se rapprochait, dépassant John de plusieurs centimètres. Pourquoi devait-il toujours être le plus petit de tous ? Il était nez à nez avec le criminel le plus recherché d'Angleterre, et oui, il commençait à avoir peur.
Comme Mycroft lui avait montré lors de leur première rencontre, sa main ne s'arrêtait de trembler que lorsqu'il était stressé ou en danger. Gardant sa fierté de soldat. « La bravoure est un mot gentil pour dire stupidité n'est-ce-pas ? » Les mots de Mycroft résonnaient dans sa tête. Oui, il était brave, courageux et loyal. L'armée lui avait apprit ces trois grandes valeurs. Et il n'en avait que faire des commentaires de Mycroft. Aujourd'hui il ne devait plus être méfiant avec le gérant du Gouvernement Britannique, au contraire, le plan était entièrement sur ses épaules.
Depuis des semaines, Mycroft interceptait les messages de Moriarty avant son frère. Sherlock ne devait rien savoir de ce plan, ni de ce que le criminel consultant préparait.
« -La fin de l'histoire ! Nous y voila ! Tu as reçu mon petit cadeau ? J'ai mis du temps à le confectionner tu sais. » Moriarty tournait autour de John, tel un vautour autours de sa proie.
« -Quel cadeau ?
-La pomme ! Oh, ne me dit pas que tu ne l'as pas eu. Je suis tellement déçu. »
John réfléchissait devant le visage triste de son ennemi. Il cherchait, essayait de se remémorer si il avait déjà vu une pomme. Oui, forcement il en avait déjà vu une. Mais une pomme que Moriarty lui aurait envoyé. Il y avait bien cette pomme que Sherlock avait eu il y a une semaine. Le fruit était rouge vif, si tentant qu'il avait voulu la croquer. Il l'aurait fait. Si Sherlock ne l'avait pas prise et découpé dans des petites coupelles, testant la puissance et les différents effets des acides sur la pauvre pomme rouge. Il se rappelait de la question qu'il lui avait posé :
« -Tu l'as eu où cette pomme ? On a pas de pomme dans le frigo et t'es pas sortit de la journée. Me dit pas que tu es encore aller taxé quelque chose à Madame Huds-...
-Boite aux lettres.
-Pardon ? »
Sherlock avait lever la tête de sa coupelle où un quartier de pomme rongée par l'acide y crépitait. Il portait sa chemise violette et des grosses lunettes de protection. A quoi bon se protéger les yeux si il ne se protégeait pas les mains et les vêtements. John soupirait.
« -La boite aux lettres John. Madame Hudson m'a rapporté cette pomme qui était dans la boite au lettre. Tu sais, la petite boite qui sert au facteur pour y dépo-…
-Je sais ce qu'est une boîte aux lettres Sherlock ! Merci ! »
Sherlock haussa négligemment les épaules et se reconcentra sur sa coupelle qui ne contenait maintenant que quelques petits morceaux de pomme. John, quant à lui fit demi-tour, allant s'asseoir dans son fauteuil habituel.
« -I O U » Dit l'apprenti chimiste depuis la cuisine.
« -Quoi ?
-I O U, John. J'avais espéré que tu n'aurais pas besoin de sonotone avant tes 80 ans. »
John laissa passer la remarque désobligeants. Depuis sa colocation avec Sherlock il ne les comptait plus.
« - Comment ca « I O U » ?
-I O U comme « Il y avait marqu sur la pomme ».
-Ca veut dire quoi ?
-En général c'est l'abréviation de « I owe you » qui signifie « Je te dois ». Habituellement on exprime la chose qu'on doit. La personne n'avait surement plus de place sur la pomme et son couteau avait une lame trop épaisse pour écrire en plus petit. Ou, cette pomme ne m'était simplement pas destinée. »
Sherlock leva les yeux de ses coupelles une deuxième fois, enlevant ses lunettes de protection et se réajustant, de tel sorte à être face à John qui était à présent accoudé sur son fauteuil, assit sur ses talons. Son regard bleu-gris sondait le blogueur.
« -Quelqu'un te doit quelque chose John ? »
John réfléchit rapidement. Aussi rapidement qu'il le pouvait. Qui aurait pu lui envoyer une pomme. Sous le coup de la pression des yeux perçants de son colocataire , il répondit instinctivement.
« -Non. Enfin je crois. Je sais pas moi. De toute manière tu l'as détruite cette pomme.
-Mh. »
Sherlock se leva lentement, laissant les acides et les quartiers de fruit à même la table.
« -Ranges la table avant d'aller je ne sais où !
-Vais me laver.
-La table !
-La table ne va pas s'enfuir John. Si tu as si peur tu peux l'attacher au frigo. » Et la porte de la salle de bain claqua.
Moriarty s'était rapproché de John, légèrement penché pour être à la même hauteur que celui-ci.
« -Alors ?
-Oui, je me souviens de votre cadeau.
-Ah ! Fabuleux !
-I O U ?
-Effectivement, I O U. Je te dois une chute John. Sherlock a peut être réussit à détruire Richard Brook, mais c'est vous deux que je vais détruire aujourd'hui. Enfin plutôt un par le biais de l'autre. Mais passons.
-Nous détruire ?
-Sherlock se dirige en ce moment vers nous. J'ai moi-même, à ma disposition 4 snipers prêt à tirer quand le moment sera venu.
-Je ne comprend pas.
-Sherlock, Inspecteur Lestrade, Madame Hudson, votre logeuse et Janet. Tous mourront. A une seule condition. »
John s'approcha du bord. Il fit exactement ce que Mycroft lui avait dit de faire un peu plus tôt dans la journée.
« Je dois compléter votre histoire en me tuant moi-même. » Dit John, se penchant légèrement face au vide.
« Tu dois admettre que c'est plus…Sexy ! »
Le souffle de Moriarty venait s'abattre sur ses joues. John frissonna une dernière fois avant de faire un pas en arrière.
« -Non.
-Non ?
-Je peux encore vous forcer à dire à vos snipers de ranger leurs armes.
-Oh…Oh ! Le petit animal se rebelle. Il est bien plus intelligent que je l'aurait cru. Les gens ordinaires sont captivants. Je devrais m'en procurer un moi aussi… »
John se balançait sur ses deux pieds, les mains dans ses poches quand Moriarty lui tendit sa main.
« -Mh...Bien joué John. Je dois te l'avouer, je ne m'attendais pas à ce retournement de situation. Vraiment bien joué…»
John sortit sa main droite de sa poche, acceptant la poignée de main du criminel.
« -Mais je pense que tu n'avais pas prévu ça ! »
James Moriarty sortit un pistolet de derrière son dos, fixant toujours John, avant de le mettre dans sa bouche et d'appuyer sur la détente. Oui, le seul et unique criminel consultant venait de se tirer une balle dans le crâne.
Tout se passa extrêmement vite. John ne comprit pas tout de suite, jusqu'à voir le corps sans vie du criminel, une large flaque de sang derrière son crâne s'écoulait sur les pavés de l'hôpital St Bart's. Son regard était vide et étrangement, son sourire était resté scotché sur ses lèvres froides, devenant peu à peu bleues.
John avait naturellement reculé face à la détonation de l'arme. Maintenant le voila face à face avec le cadavre de Moriarty. Comment tout ça avait pu déraper si vite ? Il attrapa son téléphone et envoya un message à Mycroft.
LAZARUS. -JW
Lazarus est lancée. -MH.
Il fixa une dernière fois le cadavre de l'homme le plus recherché d'Angleterre et se tourna face au vide. Voila. Maintenant il ne lui restait plus qu'à attendre son colocataire, Sherlock Holmes. Et de jouer le jeu.
