Les derniers jours d'août passèrent. Aucune lettre, aucun hibou, ni du ministère, ni de Poudlard, ne se présenta à l'orphelinat. Jeanne se demanda néanmoins si elle avait été oubliée ou si, réellement, aucune poursuite n'était engagée contre elle. Elle s'interrogea surtout à propos de sa rentrée. Devait-elle se présenter à la gare le premier septembre, comme prévu ? Était-ce la peine qu'elle aille jusqu'à Londres faire tous ses achats avant la rentrée ?

Comme aucune nouvelle ne lui était donnée, Jeanne en conclut que oui.

Ainsi, au matin du 31 août, elle quitta le foyer des Roses avec à l'esprit qu'elle ne le reverrait pas avant un an, le sourire aux lèvres malgré les doutes qui planaient sur son sort. Avant de partir, elle vérifia une dernière fois que la liste des fournitures était dans la poche de son blouson et l'enveloppe remplie des pièces d'or de sa bourse scolaire sur le sommet des piles de vêtements entassées dans sa grosse valise.

Jeanne prit le train jusqu'à Londres, où elle arriva peu après midi. Chargée de son encombrante valise, elle se dirigea de la gare vers la ruelle où se trouvait le Chaudron Baveur, où elle passerait la nuit avant le départ du Poudlard Express, le lendemain matin à 11h.

Elle employa son après-midi à l'achat de ses affaires pour l'école, principalement des ouvrages qui semblaient s'épaissir avec les ans qui passaient, des plumes, de l'encre et des rouleaux de parchemin en quantité.

Le matin du 1er septembre, Jeanne se rendit à la gare de King's Cross équipée de toutes ses affaires. Elle accepta avec joie l'aide que lui proposa un homme pour hisser sa valise pleine à craquer sur un chariot, auquel elle fit traverser la barrière entre les voies 9 et 10.

S'assurant que personne autour d'elle n'allait pouvoir le lui reprocher, Jeanne sortit sa baguette de sa poche et effectua discrètement un sortilège de lévitation sur sa valise. Plus facilement que jamais, sa valise vint délicatement se poser dans le filet à bagage au-dessus des sièges vides d'un des derniers compartiments du train.

Avant le départ de la gare, personne ne vint la rejoindre. Elle avait pris soin d'éviter ses quelques amis, soucieuse de prolonger autant que possible ce rassurant éloignement des autres, qu'elle avait entretenu deux semaines durant. Retrouver ses amis signifiait qu'elle allait devoir écouter leurs récits de vacances – ce qui, en soi, n'était pas encore trop dérangeant – puis on allait inévitablement lui demander comment s'était passées les siennes.

Une horreur... On a tenté de me tuer mais tout va bien. Je ne l'ai encore dit à personne, et je ne pense pas que je le ferai. Et d'ailleurs, je n'en ai pas envie ! Et toi, Hélène, comment va ta morsure de gnome ?

Mais après dix minutes où Jeanne tenta en vain de calmer sa nervosité, deux jeunes garçons se présentèrent à l'entrée du compartiment. L'un d'eux, un garçon roux qui portait des lunettes en écailles, demanda :

- On peut s'asseoir ? Tous les autres sont pleins, prétexta-t-il.

Jeanne répondit d'un vigoureux hochement de tête et aida même les deux garçons à hisser leurs valises dans le filet à bagages à l'aide d'un nouveau sortilège de lévitation qui eut le mérite d'émerveiller celui qui n'avait pas parlé, un garçon plus grand que son copain mais qui avait l'air plus jeune. Le garçon roux, quant à lui, parut contrarié de voir quelqu'un faire de la magie dans le train.

- On n'a pas le droit de faire de la magie en-dehors de l'école, lâcha-t-il en réponse au haussement de sourcil de Jeanne tandis qu'il prenait à la main une cage qui avait été jusque là posée dans le couloir.

Malgré elle, Jeanne éclata de rire et posa sa baguette sur la tablette. S'il avait su ce que sa baguette avait déjà produit comme sort, il aurait certainement pâli à la mort. Mais tout à coup, Jeanne ne trouva plus cela drôle du tout, elle cessa de rire et reprit en main son livre de potions, qu'elle avait posé à côté d'elle.

Comme s'il n'avait pas remarqué qu'elle était désormais plongée dans son livre, le copain du garçon roux reprit la parole.

- Je m'appelle Cédric. Cédric Diggory. J'entre en première année ! Dit-il d'une voix surexcitée. Et toi ? Ce livre a l'air très compliqué !

Cédric se leva et s'assit à côté de Jeanne pour jeter un œil sur l'ouvrage qu'elle tenait ouvert sur ses genoux.

Avait-elle jamais été aussi explicitement surexcitée lorsqu'elle était elle-même rentrée à Poudlard ? Mais ce jeune garçon semblait décidé à n'être gêné par rien, alors elle répondit.

- Jeanne, répondit-elle en tentant de ne pas rire à nouveau.

- Enchanté ! S'exclama Cédric avec un sourire jusqu'aux oreilles. Tu es en quelle année ?

- En sixième année...

Ne lui laissant même pas le temps de poursuivre, Cédric poussait un cri d'admiration qui sembla exaspérer au plus haut point son ami roux. Le désignant, Cédric poursuivit :

- Lui, c'est Percy Weasley. Nos pères travaillent ensemble depuis des années, on se connaît depuis longtemps. Hein, Perce ?

Le dénommé Percy Weasley approuva d'un vague hochement de tête et porta à nouveau toute son attention sur la cage qu'il avait posée à côté de lui et dans laquelle dormait un gros rat gris.

Le silence s'installa alors, avant d'être brusquement et à nouveau rompu par Cédric.

- Quel est ton nom de famille ?

Prise au dépourvu, Jeanne le fixa un instant.

- Slater, répondit-elle simplement.

- Je ne connais pas ce nom... Tes parents sont sorciers ?

- Évidemment ! Dit Jeanne avec emportement. Enfin... Ils l'étaient.

Cédric fronça les sourcils et réfléchit, l'air soucieux.

- Ils ne sont plus sorciers ? Demanda-t-il alors bêtement.

- Mais non, idiot ! S'exclama Percy Weasley en levant la tête. Ils sont sûrement morts...

Et plus personne ne dit un mot, ni Cédric pour s'excuser de sa maladresse, ni Percy pour dire quelque chose de désagréable. Le jeune fils Weasley – mais combien avaient-ils donc d'enfants ?! – avait l'air extrêmement disposé à se montrer inconvenant, voire méchant. A douze ans à peine, ce garçon ne supportait pas de voir quelqu'un – son aînée qui plus est – pratiquer la magie hors des clous. Ça promet, pensa Jeanne en secouant la tête.

Le nom de Weasley, était loin de lui être inconnu mais Percy semblait aussi éloigné que possible de tout ce qui semblait faire un membre de cette famille. Elle n'avait jamais croisé le jeune homme mais connaissait en revanche assez bien les grands frères de Percy : Charlie et Bill Weasley. Ils étaient respectivement âgés d'un an de moins et d'un an de plus qu'elle. Tous deux étaient à Gryffondor mais se montraient toujours particulièrement gentils.

L'un allait entrer en cinquième année et occupait le poste d'attrapeur dans l'équipe de Quidditch de sa maison. L'autre allait entrer en septième année et il se murmurait qu'il avait été nommé préfet-en-chef. Jeanne ignorait si la rumeur qui circulait à propos de son ami était vraie mais elle ne s'en faisait pas, elle allait bientôt le savoir puisque midi approchait, heure où elle allait devoir se rendre en tête du train pour déjeuner avec les autres préfets et préfètes et les préfets-en-chef. Elle se surprit alors à attendre avec impatience que le temps passe afin de revoir Bill et ses autres amis.