2)Dévoreurs d'Ame

On n'obtiens jamais de réponse embarrassante à une question qu'on n'a pas posée. Andy vivait selon ce credo et jusqu'ici cela lui avait réussit. Sauf en ce qui concernait Sam Winchester. De tout les hommes du monde il avait fallut qu'elle tombe sur le seul qui était déterminé à apporter des réponses qu'elle ne voulait pas connaître à des questions qu'elle ne voulait pas poser, sur des sujets dont elle préférait ignorer soigneusement l'existence. Ils avaient basé leur relation sur une règle simple : ne pas poser de question. Règle qu'ils enfreignaient régulièrement parce qu'on ne fréquente pas quelqu'un pendant des mois sans jamais rien lui demander. Elle savait qu'il y avait une question qu'il se retenait fréquemment de lui poser. Elle n'avait pas envie de lui donner la réponse non plus. Pourtant, ce matin là, il lui demanda. Elle le maudit un long moment de l'avoir prise par surprise, au moment où elle se réveillait, encore trop groggy pour avoir l'esprit clair et se cacher derrière son sarcasme. Manifestement il commençait à la connaître un peu mieux qu'elle ne l'aurait voulut.

Il ne posa pas sa question avec des mots, juste avec le regard concerné et inquiet qu'il avait presque toujours quand il la regardait et qui lui donnait envie de lui faire fermer les yeux. Elle aurait voulut qu'il la regarde comme s'il ne savait pas qu'à un moment de sa vie, un démon avait pris possession d'elle.

Il l'avait deviné tout seul, et depuis il y avait entre eux cette question jamais posée. Pourquoi m'as tu choisit moi ? Pourquoi as tu pris le risque ?

Ce matin là, elle lui fournit la seule réponse qu'elle avait.

«On ne peut pas passer sa vie à avoir peur. » dit elle doucement. C'était ses premiers mots de la journée et sa voix était encore rauque. Il avait la tête sur sa poitrine, elle caressait ses cheveux, sentait ses mains immenses et chaudes sur son ventre. Tout était si calme qu'elle pouvait entendre le bruit de leurs deux respirations et presque sentir le cœur de Sam battre contre sa hanche. « Un jour tu dois décider si tu préfères vivre ta vie loin de tout danger et attendre sagement la mort, ou si tu peux faire un acte de foi... Un jour tu dois décider qu'avoir peur ne t'empêchera pas de souffrir, alors autant prendre le risque de trouver quelque chose de bon en chemin... » continua-t-elle. Il se redressa sur un coude pour se mettre à hauteur de son visage.

« C'est plus de courage que n'en ont la plupart des gens. » Dit il.

Elle secoua la tête. « La plupart des gens ignorent juste à quel point ils sont heureux. J'ai été quelqu'un de bien toute ma vie Sam, j'ai pas beaucoup menti, jamais volé, rarement triché. J'allais à la messe et je n'ai jamais fait de mal à personne. J'étais une bonne fille et ça ne m'a pas évité d'être possédée par un démon. »

Elle leva une main pour écarter une mèche de ses yeux, Sam avait de beaux yeux, si seulement ils pouvaient la regarder avec moins de pitié...

« Alors à quoi ça me servirait d'être prudente ? Il arrive de mauvaises choses, sans qu'on sache pourquoi. Ce n'est pas une punition, c'est seulement injuste. Et je veux pas vivre en ayant toujours peur de ce qu'il pourrait arriver... Qu'est ce qu'il peut m'arriver de pire de toute façon ? C'est pour ça que je t'ai choisit dans ce bar... Parce que je me suis dit qu'en prenant le risque... peut être que tu serais une bonne chose dans ma vie. »

Sam sourit doucement, et avant qu'il ne l'embrasse , elle vit un peu de l'inquiétude diminuer dans ses yeux.

« Viens dîner chez moi un soir. » Réclama-t-il. Ce n'était pas la première fois qu'il le lui demandait, mais ce fut la première fois qu'elle accepta. Elle mit cela sur le compte de l'heure matinale.

ù*ù*ù*ùù*

Chaque matin, après le petit déjeuner partagé en silence, ou dès qu'ils étaient tout les deux de retour au Bunker, Charlie et Sam s'entraînaient. Ce matin là, ils avaient convenu d'utiliser le Lien ou du moins d'essayer. Charlie ferma les yeux en attachant ses cheveux en un chignon serré. Sam ne savait pas se battre à la loyale, même pas contre elle et plus d'une fois il avait faillit lui arracher la tête en l'attrapant par les cheveux. Les siens n'étaient pas assez longs pour qu'elle puisse faire de même ce qu'elle trouvait particulièrement agaçant !

Ils se placèrent l'un en face de l'autre, tentant chacun d'éclaircir leurs esprits pour sentir le Lien. Ils en avaient discuté, savaient à quel moment ils le ressentaient le plus, savaient comment cela se matérialisait pour chacun d'eux. C'était cet état d'esprit qu'ils tentaient d'atteindre pour se connecter l'un à l'autre. Cela aurait été profondément dérangeant si ça n'avait pas été aussi confortable. C'était comme s'ils connaissaient chacun l'esprit de l'autre depuis toujours. Ils avaient conscience que cela représenterait une force phénoménale et une faiblesse. Raison pour laquelle ils s'entraînaient.

« Prête ? »

Charlie hocha la tête et Sam fonça sur elle. Elle savait ce qu'il allait faire au moment précis où il le décidait, ils bougeaient encore assez lentement pour avoir le temps de réfléchir à leurs attaques. Plus tard, leurs attaques deviendraient plus instinctives, augmentant la difficulté. Elle le bloqua et il ressentit vaguement la douleur que cela lui provoqua. Elle pris appui sur ses épaules pour pouvoir monter son genou jusqu'à son plexus solaire et il la contra, ayant vu venir l'attaque. Elle recula d'un pas et tenta un coup de poing que Sam attrapa dans sa main avant de la lui tordre dans le dos. Il sentit à travers elle le déséquilibre venir juste avant qu'elle ne tombe et la rattrapa avant que ses genoux touchent le sol. La proximité raffermit leur connexion et Charlie sut exactement où frapper pour le déséquilibrer, il n'eut pas le temps de s'écarter qu'elle lui avait mis un coup de pieds vicieux sur une cheville, elle roula sur elle même, son poing toujours prisonnier de celui de Sam. Elle savait exactement comment il allait réceptionner sa chute, il savait quel mouvement elle prévoyait pour le plaquer au sol et ils agirent en parfait synchronisation, achevant leur chute l'un en face de l'autre, chacun une main sur la gorge de l'autre, haletants.

« Cool... » souffla Charlie avec un grand sourire.

« Ouais. »

Il pressa, ses ongles s'enfonçant dans la peau de Charlie, lui coupant la respiration tandis qu'il comprimait la trachée. Elle eut une demi seconde de panique et il relâcha sa prise.

«N'aie pas peur... utilise le Lien pour te libérer. » Ordonna-t-il calmement. Elle hocha la tête et ferma les yeux tandis qu'il serrait de nouveau. Le Lien s'activa si vite qu'il fit presque lâcher prise à Sam, la main de Charlie vola jusqu'à son cou et elle pinça sauvagement le muscle entre le pouce et l'index du chasseur, tendu à l'extrême autour de sa gorge. Le réflexe fut instantané, Sam lâcha prise et de l'autre main, Charlie lui saisit le coude, le pliant dans un angle anormal et douloureux. La douleur les relia un court instant avant que Charlie desserre son étreinte. Sam ramena sa main à lui et se mit à la masser. Il souriait.

« C'est... dingue... » Dit il.

« Ouais » croassa Charlie « Mais la prochaine fois que tu fais ça sans me prévenir, je te flingue ! »

Sam sourit et l'aida à se relever, la connexion faiblissait maintenant qu'ils ne se concentraient plus mais l'entraînement était concluant. Le Lien était comme une entité propre qui luttait pour sa propre survie. Il s'activait dès que l'un d'eux était en danger et leur permettait des prouesses incroyables. Il les connectait les uns aux autres et Charlie et Sam savaient qu'ils partageaient la certitude qu'ils pouvaient s'en servir quand bon leur semblait avec un peu d'entraînement.

Et ils trouvaient cela très excitant.

« Tu crois que ça a d'autres applications ? » demanda Charlie en sortant de la salle d'entraînement.

« Aucune idée... mais j'ai bien envie de le découvrir. »

ù*ù*ù*ù*ù*ù*ù*

La Créature avait mis un temps infini à les retrouver. Tombées dans l'oubli, incapable désormais d'exister sans une impulsion de vie, les entités étaient devenues presque inutiles. Leur raison d'être avait disparu plus d'un millénaire auparavant, entraînant leur mort. Ou du moins une forme de mort. Les registres de l'Enfer et du Paradis n'avaient pas de place réservées pour les monstres, et encore moins pour ceux ci. La Créature avait puisé dans les réserves de son être pour les ranimer, pour leur redonner un semblant de pouvoir. Les entités s'étaient réveillées, avait senti ce pour quoi elles avaient été conçues et avaient émis un faible signe de vie.

La Créature aurait sourit si elle avait eut un corps. Les entités avaient une tâche, un but, et la Créature savait exactement comment les guider pour l'atteindre. Elles les berça, les nourrit de l'essence d'autres abominations qui erraient dans cet espace inexistant qu'ils occupaient. Les entités devinrent fortes.

Cela lui prit un temps infini et lui coûta ses dernières forces. La Créature savait qu'elle n'arriverait pas seule au résultat qu'elle souhaitait, aussi fit elle appel à l'Autre. L'Autre était loyal, fidèle. La Créature pouvait avoir une confiance raisonnable en l'Autre.

La Créature mit tout ce qui restait d'elle quand, l'espace d'un très bref instant, elle creva le voile entre les mondes. L'espace d'une demi seconde, toutes les réalités s'effacèrent avant de reprendre leur place dans l'Univers. L'espace d'une demi seconde rien n'exista et tout exista en même temps.

Juste assez de temps et d'espace pour que les deux Dévoreur d'Âme surgissent de partout et d'ailleurs. Ils ne crièrent pas pour saluer leur liberté. On ne pouvait les voir ni les toucher, encore moins les sentir. Mais ils existaient et c'était bien suffisant.

Ils se mirent à la recherche de leur proie. Une âme parmi des milliards, une âme ordinaire. Celle ci et pas une autre.

L'Autre avait un œil sur eux et une partie de lui maintenait avec précaution la Créature qui n'existait presque plus dans un état immobile qui était le mieux qu'il pouvait faire pour ne pas la laisser mourir tout à fait.

Castiel s'éveilla en sursaut, sa grâce émettait une lueur bleue qui éclairait faiblement la chambre, au dessus de Dean, le piège à rêve accroché à une poutre du plafond tournait rapidement sur lui même.

« C'était quoi ça ? » demanda Dean en se redressant sur un coude.

« Je ne sais pas... c'était comme... »

Le téléphone de Dean se mit à vibrer par terre interrompant l'ange en pleine phrase.

« Tu as senti ça ? » demanda Sam au bout du fil. « C'était quoi ? »

« Aucune idée. » répondit l'aîné en interrogeant Castiel du regard. L'ange secoua la tête, sa grâce s'était éteinte.

« Charlie l'a senti aussi apparemment. » Dean entendit la voix de Charlie à travers le portable, plus faible parce qu'elle parlait de plus loin.

« C'était quoi ça ? » grognait elle en boucle.

Dean leva les yeux vers le piège à rêves, la pierre de Jade scintillait mais elle perdait peu à peu de son éclat.

« Qu'est ce que ça veut dire ? » demanda Charlie plus distinctement. Sam avait du mettre le haut parleur.

Dean se pinça l'arête du nez.

« Ça veut dire qu'il faut que Garth se magne de nous ramener l'apocryphe parce qu'il se passe des trucs bizarres... et j'aime pas les trucs bizarres. » dit il.

Il raccrocha et jeta un coup d'œil au réveil. Trop tard dans la nuit pour se rendormir. Il se leva en soupirant, autant faire quelque chose d'utile.

« Je vais faire du café. » dit Castiel en se grattant la tête.

Dean hocha la tête en se levant à son tour. « Je vais faire un tour. J'ai besoin de réfléchir. »

« Garth et l'enfant seront là dans... » Castiel fit un rapide calcul mental. « trois heures ... »

« C'est plus qu'il ne m'en faut pour réfléchir. »répondit le chasseur en commençant à s'habiller.

Depuis six mois qu'ils vivaient dans cette vieille ferme qu'on leur avait léguée, Dean et Castiel avaient décidé d'y accueillir des enfants victimes du surnaturel. Le mot s'était répandu. Les enfants et les adolescents arrivaient les uns après les autres, généralement en compagnie de Garth et restaient quelques jours à la ferme en attendant que le chasseur leur trouve un endroit pour vivre ou simplement le temps qu'ils se sentent capable de retourner dans leurs familles. Des familles où le surnaturel resterait sans doute un tabou pour toujours.

Les gosses, presque sans exception, arrivaient terrifiés et réticents à toute forme de consolation. Cet état s'améliorait ou s'empirait quand ils voyaient Jude et une ou deux fois, Dean s'était retenu de balancer une paire de claques à des gamins qui avaient fait des commentaires désobligeants sur deux hommes qui élevaient un bébé. Castiel ne s'en préoccupait pas, Dean soupçonnait qu'il ne comprenait pas le sarcasme de certains propos des adolescents qu'ils accueillaient. Le môme qu'ils recevraient aujourd'hui était jeune et d'après Garth, attendait juste que sa maman sorte de l'hôpital après une rencontre fortuite avec un esprit vengeur.

Castiel fit couler son café en regardant l'aube se lever par la fenêtre de la cuisine avant d'aller voir si Jude dormait encore. Il la trouva, gazouillant dans son berceau en train de mâchouiller les oreilles d'un lapin en peluche. Il sourit en la prenant dans ses bras. Plus tard dans la journée, il faudrait s'occuper d'un autre enfant, et puis se pencher sérieusement sur les événements bizarres des derniers jours... cette perspective n'enchantait pas Castiel. Mais les yeux bleus de Jude requéraient toute son attention et il décida de ne se consacrer qu'à elle pour les prochaines heures.

« Apa ! » déclara-t-elle en lui montrant le lapin qu'elle tenait fermement par le cou.

« Oui bébé, moi aussi j'ai bien as faim ? »

« Apa... »

« Oui … évidemment... tu as toujours faim toi... », il prit bébé et lapin en peluche dans ses bras et descendit prudemment les escaliers avant de se rendre dans la cuisine. « On mange et ensuite, au bain... » proposa-t-il .

« Apa. » déclara-t-elle solennellement.

« Tu sais... il va falloir que tu apprennes à dire autre chose un jour ou l'autre. » fit Dean en faisant son entrée dans la cuisine. Castiel assit Jude dans la chaise haute.

« Je croyais que tu devais réfléchir ? »

« Café d'abord. » décréta Dean en se dirigeant vers la cafetière comme branché sur pilote automatique.

« Cas ! » couina Jude en essayant d'attraper le t shirt de Castiel quand il passait à sa portée. Dean fronça les sourcils, surpris, au dessus de sa tasse de café.

« Ça vient bébé. » promit l'ange en commençant à écraser une banane dans une assiette après avoir mis du lait à chauffer.

« Pourquoi lui c'est Cas et moi j'ai pas droit à un vrai nom ? Hein ? » demanda Dean en se penchant vers Jude, son café à la main.

« In ! » déclara-t-elle en tendant ses petites mains vers lui.

Castiel se mit à rire derrière lui tandis que Dean embrassait leur fille. « In » répéta-t-elle sérieusement. Castiel se servit un café et s'assit sans bruit à la table de la cuisine pour regarder son amant et sa fille converser par monosyllabes sans les déranger. Il avait fallut des mois à Dean pour accepter Jude comme sa fille. Le chasseur avait cette conception idiote que les parents d'un enfant sont ceux qui le conçoivent. Mais jour après jour, Castiel avait vu son opinion changer, se muer peu à peu en la certitude que les parents d'un enfants, étaient ceux qui se réveillaient la nuit pour changer les couches et faire chauffer les biberons. Ceux qui mettaient des pansements aux bobos et étaient récompensés par un mot d'une syllabe qu'ils étaient seuls à pouvoir comprendre.

Castiel n'en avait pas parlé à Dean, il attendait que son compagnon comprenne tout seul, mais le « apa » qui avait été le tout premier mot de Jude les désignait indifféremment l'un et l'autre, désignant pour elle la sécurité et l'amour bienveillant qu'elle ressentait quand elle était avec eux. Sans savoir pourquoi, il était quand même absurdement heureux d'entendre sa fille l'appeler Cas. Et plus heureux encore de voir Dean tenter de lui faire prononcer son nom correctement.

« répète bébé... D... D... In... »

« In ! » s'obstina l'enfant

« Désespérante. » commenta le chasseur avant de lui donner le biberon que Castiel venait de lui préparer.

ù*ù*ù*ù*ù*ù*ù

Les Choses volaient, flottaient, se déplaçaient entre deux plans de l'existence où le temps et l'espace n'existaient pas. Elles étaient aveugles, dépourvues de sentiments. Elles avaient une mission. Elles cherchaient des âmes.

Les âmes avaient leur propre lumière, la seule qu'elles pouvaient voir.

Les âmes avaient leur propre odeur, la seule que les Choses pouvaient sentir.

Les deux âmes qu'elles traquaient avaient leur propre saveur. La saveur du premier repas après une éternité de famine.

L'une des choses se percha à distance de l'âme qu'elle traquait, trop lisse, pas encore assez écorchée pour qu'elle puisse s'en emparer. Mais la Chose avait déjà attendu très longtemps, elle pouvait attendre encore.

La seconde Chose traqua l'âme qu'elle cherchait un peu plus loin. Elle était couturée de cicatrices, comme un objet brisé que quelqu'un aurait patiemment et amoureusement recollé de son mieux mais où les fissures étaient encore visibles. C'était une âme immense et forte, et pourtant extrêmement vulnérable et la Chose fondit dessus, planta ses dents entre les fissures, et doucement, se mit à prendre des forces avec une férocité qui était ce qu'elle avait de plus proche d'un sentiment.

ùù*ù**ù*ù*ù*

Dean s'éclipsa après le petit déjeuner, sa tasse de café refroidissant dans une main. Il contourna la serre à laquelle il manquait encore des éléments mais où Castiel faisait quand même pousser une quantité incroyable de fleurs. Dean ne connaissait rien aux fleurs mais il était à peu près sur que certaines n'existaient pas avant que l'ange les invente. A distance de la serre, il devinait le bourdonnement des abeilles. Il ne s'approchait jamais de la ruche que l'ange avait installé à distance des fleurs et fit une note mentale de rappeler au gamin de ne pas s'en approcher. Le mois précédent, un ado avait donné un coup de pied dedans et Dean ne savait toujours pas qui était le plus dévasté. Le môme, à qui Dean avait retiré patiemment une vingtaine de dards de la peau, ou Castiel qui avait passé tout le temps de l'opération à rappeler au gamin que chaque dard était une abeille morte...

Castiel était peut être un tout petit peu trop attaché à ses abeilles... Le chasseur contourna la grange, se dirigeant vers sa voiture. Il devrait se procurer d'autres voitures. Une ou deux, et les retaper à temps perdu. Il s'assit prudemment sur le capot et sirota son café les yeux dans le vague. De temps en temps,le vent lui apportait l'odeur de la terre sèche.

Il tenta de clarifier ses idées, enveloppé par le goût du café, l'odeur de la terre et le silence autour de lui.

Il y avait quelque chose d'anormal. Tout avait commencé avec ce Lien que Charlie et Sam prenaient un plaisir fou à explorer dès qu'ils en avaient l'occasion. Et Dean savait exactement quand le Lien s'était noué pour chacun d'eux l'année précédente.

Il se souvenait des cauchemars qu'il faisait après sa rencontre avec un fantôme... des visions d'horreur de son séjour en enfer. Castiel avait pratiqué un sort sur lui pour les lui faire oublier avant de disparaître.

Il se souvenait de chaque menace qu'il avait proférée à l'encontre de Charlie avant de se mettre à la recherche de l'ange. Il se souvenait aussi de la période qui avait suivit le départ de la jeune femme du Bunker. C'était là que le Lien s'était manifesté presque pour la première fois. Quand l'absence de Charlie les avait rendus tout les trois moroses comme un hiver pluvieux. Ce qui affectait l'un affectait les autres.

Une seconde gorgée de café qu'il n'avala pas tout de suite. Ses pensées retracèrent le cour des événements jusqu'au Noël où Charlie était revenue parmi eux. Elle avait offert à Dean le piège à rêves qui pendait toujours au dessus de sa tête la nuit. Ce n'était qu'une vieille légende Indienne et un tutoriel trouvé sur Internet. Mais parce qu'elle l'avait fait pour lui, pour le protéger de ses cauchemars, l'objet avait fonctionné. Et depuis les rêves de Dean étaient... différents.

Pas terrifiants et épuisants comme ils l'étaient avant. Beaucoup plus réalistes, beaucoup plus réels. Dean n'avait pas envie de l'admettre à voix haute, encore moins devant ses amis. Mais il savait au fond de lui que la plupart de ses rêves étaient prémonitoires. Il le savait à chaque fois qu'il ouvrait les yeux et voyait le piège à rêve luire au dessus de lui. Cela avait un rapport avec le Lien et ça ne lui plaisait pas.

Dean avait passé toute sa vie à chasser des créatures surnaturelles, et cette histoire de Lien c'était beaucoup trop de surnaturel dans sa propre vie à son goût. Ça le rapprochait beaucoup trop des créatures qu'il chassait, la frontière entre l'ennemi et lui même devenait trop floue ces temps ci.

Mais après tout, il avait dépassé cette frontière depuis très longtemps et il n'avait pas vraiment d'autre choix que de tirer le meilleur parti de tout cela.

Une troisième gorgée de café presque froid maintenant.

Il fallait qu'il parle à Sam de ce qu'il avait vu. De cette créature de cauchemars qui s'était ou allait s'attaquer à Andy. Parce que ça ne pouvait être qu'Andy, à moins que Sam se soit mis à coucher avec plus d'une femme à la fois ce qui, connaissant son frère était tout à fait improbable.

La conversation n'allait pas être plaisante et Dean avait comme un très mauvais pressentiment qui lui comprimait presque le crâne. Tout comme il avait eut ce pressentiment quelques jours plus tôt qu'il fallait qu'il laisse un indice à Castiel. Un indice sur quoi, il l'ignorait, mais un point d'ancrage, quelque chose à quoi se retenir pour... La suite.

Tandis qu'il se forçait à avaler la dernière gorgée de sa tasse, le pressentiment dans lequel il s'enfonçait maintenant qu'il était seul s'amplifia. Il ne s'agissait pas que de Castiel. Il s'agissait d'eux quatre et du Lien. Du Lien qui cherchait à le prévenir de quelque chose. Et Dean n'arrivait pas à savoir quoi. Il détestait ne pas savoir, ne pas comprendre. L'incertitude était une trop grande menace dans son métier.

Mais il fallait qu'il les prévienne, d'une façon ou d'une autre... même s'il ignorait de quoi, il fallait qu'il les prévienne et tout prendrait sens plus tard.

Dean Winchester ne se définissait pas comme croyant, la foi lui était inconnue. Mais tandis qu'il revenait à pas lents vers la ferme, il eut la certitude qu'il pouvait avoir confiance en ce Lien qui lui donnait de sombres pressentiments. Le Lien œuvrait par sa propre protection. Et Dean revint auprès de sa fille et de son amant fermement convaincu que tout serait pour le mieux.

Garth et le petit garçon arrivèrent quelques heures plus tard. Castiel se chargea de faire faire le tour du propriétaire à l'enfant pendant que les deux autres se penchaient sur l'Apocryphe traduit que Garth apportait avec lui.

« Je comprends rien à tout ça...' grogna le chasseur en étalant les papiers sur la table du salon.

« Dommage parce qu'aucune des personnes à qui je les ai montrés n'avaient la moindre idée de quoi il s'agissait. » dit Garth d'un ton dépité en s'éventant avec son stetson. Dean continua à lire sans vraiment trouver de sens aux versets jusqu'à ce qu'il tombe sur une enluminure. Une bête aux ailes de chauve souris, à la gueule pleine de crocs, sans yeux et sans museau... Il composa le numéro de Sam aussi vite qu'il le put.

« Sam... Ramène tes fesse ici, maintenant. Et embarque Charlie ça la concerne aussi... »

ù*ù*ù*ù*ù*ù*ù*ù*

Castiel tenait le petit garçon par la main et lui parlait des fleurs que l'enfant lui désignait sans prononcer un mot quand Sam et Charlie arrivèrent. Lady sauta de la voiture et fonça vers eux. L'enfant lâcha la main de Castiel avec un cri de ravissement et courut vers le petit chien. Lady s'arrêta pour l'observer avant de se dresser sur ses pattes arrières pour poser ses pattes avant sur ses épaules et tenter de lui lécher le nez même si l'enfant était un peu plus grand qu'elle. Ramener chien et gamin dans la maison fut assez difficile et quand Sam et Castiel arrivèrent dans le salon ils y trouvèrent Dean, Charlie et Garth déjà en grande conversation.

« J'ai vu ce truc en rêve... »

« Mais quel genre de rêve ? » demanda Charlie en levant le dessin à hauteur de ses yeux pour l'examiner.

« Comment ça quel genre de rêve ? »

« Tu sais, ceux qui ont tendance à se réaliser... » proposa Charlie avec un signe en direction de Garth qu'elle lui expliquerait plus tard.

« Ouais... ceux là exactement... » grommela Dean. Charlie sourit. Elle savait à quel point le Lien mettait son ami mal à l'aise, mais à son sens, la meilleure technique pour faire entrer quelque chose dans le crane dur de Dean Winchester c'était de lui soumettre une idée puis d'attendre un temps infini qu'il l'intègre avant de finalement l'accepter. Elle se dit qu'à ce rythme, dans six mois elle réussirait à le convaincre de s'entraîner avec Sam et elle à l'utilisation du Lien.

« C'est quoi tout ça ? » demanda l'enfant dans les bras de Castiel en désignant les papiers sur la table.

« Des soucis » répondit Castiel.

« Comme les fleurs ? »

« Moins jolis que les fleurs. ». L'ange s'éloigna, l'enfant dans les bras en mentionnant quelque chose à propos de la collation de onze heures qui fit sourire Charlie.

Dean reporta son attention sur le dossier de Garth tandis qu'ils prenaient tous place autour de la table du salon. Il tendit l'illustration qu'il avait observé plus tôt à Sam

« Regarde ça. »

« Qu'est ce que c'est ? » De l'avis de Sam, ce qu'il avait sous les yeux ressemblait furieusement à un dragon si on omettait l'absence d'yeux et la surreprésentation des dents.

« Le truc dont j'ai rêvé il y a trois nuits de ça. »

« D'après l'apocryphe... Il s'agit d'un Dévoreur d'Âme. » intervint Garth en fouillant dans le dossier qu'ils étaient en train de consciencieusement étaler sur la table.

« Et qu'est ce que ça fait ? »

« Ça dévore les âmes ? » proposa Charlie la tête penchée sur d'autres versets. Dean lui jeta un regard exaspéré. « Attendez j'ai trouvé... » reprit elle en désignant un passage du bout du doigt «Et Dieu créa la Légion d'Anges appelés à détruire les âmes trop liées. Il leur donna un nom qui signifiait « Dévoreur d'âme » et les envoya en mission.» lut elle

« Ça ressemble pas vraiment à un ange. » dit Garth en prenant le dessin des mains de Sam. Castiel revenait du salon après avoir installé l'enfant et Lady sur le canapé devant des dessins animés.

«Les Anges peuvent avoir différentes formes. » répondit il. « Mais celle ci... je n'en ai jamais vu... » Il se mit à examiner le dessin par dessus l'épaule de Garth en fronçant les sourcils.

«Et tu l'as vu en rêve?» demanda Sam.

Dean hocha la tête. «Ça va pas vraiment te plaire Sammy... »

«Je t'écoute.» Sam se cala au fond de son fauteuil l'air concerné comme à chaque fois qu'il sentait une mauvaise nouvelle approcher. Dean se massa un peu les tempes le temps de formuler sa phrase dans sa tête.

« A moins que tu couches avec plus d'une fille à la fois... dans mon rêve il s'en prenait à Andy. »

« Andy ? »

« Andy. » confirma Dean. « Minuscule, brune, tout petits seins... »

« Ok , ok c'est bon... » le coupa Sam en levant les mains en l'air. « Tu as rêvé de ça ? »

Dean grogna un acquiescement. « Il était penché sur elle et... je sais pas ce qu'il faisait, mais vu que tu étais à coté, c'était pas à toi qu'il en voulait ! »

« Je ne comprends pas. » commenta Castiel en s'asseyant à son tour. « Si les dévoreurs d'âme ont été créés pour détruire les liens au sein d'un alphadécagramme... pourquoi s'en prendrait il à Andy ? »

Ils ne savaient pas quoi répondre, ce n'était pas logique. Garth se rongeait pensivement l'ongle du pouce.

« Il est peut être trop faible... » dit il doucement au moment ou Dean allait faire un commentaire.

« Trop faible ? » demanda Charlie.

Garth haussa les épaules. « Juste une idée... si j'ai bien comprit, le Lien qui vous unit n'a pas l'intention de se laisser détruire, si cette créature dévore des âmes... peut être qu'elle s'en sert comme d'un carburant, peut être qu'elle a besoin d'être plus forte avant de s'en prendre à vous ? »

Sam et Dean échangèrent un regard concerné.

« Pourquoi elle ? » demanda encore Charlie.

« Parce qu'elle a été possédée. » répondit Sam. « Ne fais pas comme si tu ne le savais pas Dean. » grogna-t-il en direction de son frère. « Je sais que tu as fait des recherches sur elle il y a des mois ! »

Dean leva prudemment les mains en l'air sans nier ni confirmer.

«Qu'est ce que ça change ? » demanda encore Charlie.

« Ça la rend plus vulnérable au surnaturel. » répondit Sam en se passant les mains sur le visage.

« Et elle est proche de toi. » intervint Dean. « Je veux dire... Ne le prends pas mal Sam mais, ça t'a jamais parut bizarre qu'une fille sortie de nulle part te mette le grappin dessus comme ça ? »

Sam fronça les sourcils, perplexe.

« Si c'était un plan hein ? Un plan très tordu préparé depuis très longtemps. » continua Dean.

« Et si c'était purement fortuit ? » rétorqua Sam. « Si ton rêve n'était qu'un rêve ? »

« Sam … La dernière fois que tu t'es tapé une fille et que ça s'est bien finit, c'était quand au juste ? » demanda Dean aussi doucement qu'il le put.

« Dean ! » protesta Charlie.

« Qu'est ce que tu insinues ? » grogna Sam en serrant les poings.

« Que tu es facilement manipulable petit frère. Et je dis pas qu'elle le fasse exprès ou qu'elle le fasse de son plein gré mais qu'est ce qui te dit que cette fille est clean ? Qu'elle ne te veut aucun mal ? »

« Elle fit quarante cinq kilos Dean ! » protesta Charlie.

« J'ai été battu par des filles de quarante cinq kilos, avec le surnaturel c'est pas vraiment la taille qui compte ! Il se passe des choses j'ai un pressentiment... Il y a quelque chose, ou plusieurs quelques choses qui ne veulent pas que notre Lien se développe... est ce que je suis le seul à penser qu'ils ne reculeraient devant rien pour nous atteindre ? » s'emporta Dean.

« Non. » dit Castiel sombrement. « Tu n'es pas le seul... »

« Vous êtes malades » fit Sam. «On a arrêté l'apocalypse, fermé l'enfer... qu'est ce que vous voulez qui nous menace ? »

« N'importe quoi Sammy ! » cria Dean « Je sais pas si t'as remarqué mais dès qu'on est débarrassés d'une saloperie quelconque, une nouvelle prends sa place ! »

« Mais pourquoi ce serait elle ? » cria Sam en se levant si violemment qu'il fit tomber sa chaise. « Pourquoi ce serait forcément à cause d'elle ? » répéta-t-il les poings serrés sur la table.

« Parce que c'est toujours comme ça avec toi ! T'es incapable de choisir une fille normale ! »

Le coup partit avant que Dean puisse l'éviter et la seconde suivante il se tenait le visage à deux mains tandis qu'une violente douleur irradiait dans toute sa tête.

Il s'appuya sur la table, avant de réaliser que chaque mouvement lui faisait un mal de chien et qu'il ne pouvait déjà plus respirer. Il avait du sang plein le nez, plein la bouche et n'arrivait pas à focaliser sa vision.

Il entendit vaguement la voix de Castiel et le cri de Charlie, avant d'être cloué sur place par la grâce de l'ange. La douleur disparut, il sentit l'os de son nez se ressouder et sa vision s'éclaircit. Il se tourna vers l'évier pour cracher le sang qu'il avait au fond de la gorge et jeta un regard mauvais à son frère. Charlie et Garth maintenaient Sam chacun par un bras mais le chasseur ne bougeait plus. Il prenait juste de longues inspirations pour se calmer, manifestement sans succès. Ses poings et ses mâchoires se contractaient presque contre sa volonté et il devait se forcer à les relaxer.

Dans le salon, le petit garçon s'était réveillé et Lady s'était mise à aboyer.

« Vous allez arrêter ça tout de suite. » gronda Castiel en se plaçant entre les deux frères. « Je ne sais pas ce qui vous prends mais si quelque chose essaye de rompre le Lien, il est déjà en bonne voie avec vous deux ! »

Sam s'abstint à grand peine de faire remarquer que Dean avait commencé, il n'avait plus cinq ans. Garth lâcha prudemment son bras et partit rassurer le petit garçon dans le salon.

« Je crois qu'on va rentrer... » dit Charlie en prenant Sam par la main. Elle n'aurait eut aucune chance de le faire bouger s'il n'avait pas voulut et elle le savait. « Sam... » dit elle aussi doucement qu'elle put.

Sam détourna ses yeux de Dean et sans un mot sortit de la ferme, Lady sur les talons.

« Désolée pour ça... » dit Charlie en tendant un torchon à Dean pour qu'il essuie le sang sur son visage.

« Ce n'est pas à toi de t'excuser. » gronda Dean prêt à suivre son frère pour … il ne savait pas vraiment quoi... une conversation musclée peut être. Mais son amie le retint, pressant doucement ses mains sur son torse pour l'empêcher d'avancer.

« Laisse le se calmer avant... j'ai pas envie que vous vous entre tuiez »

« Il m'a frappé Charlie. »

Elle lui jeta un regard sarcastique. « Une minute de plus et c'était moi qui te cognais. »

« Quoi ? » Dean était sincèrement choqué. Elle sourit gentiment.

« Ne sous estime pas les sentiments de Sam pour cette fille... ce n'était... pas la bonne façon de lui dire se faire attention... »

« Alors vas y toi, dis lui... » grogna Dean en croisant les bras.

« Je le ferai. » promit elle. Elle se dressa sur la pointe des pieds pour l'embrasser sur la tempe, là ou il n'y avait pas trace de sang, et tourna les talons. Un instant plus tard il entendit sa voiture s'éloigner dans l'allée.

Dean jeta le torchon sanglant dans l'évier et rejoignit Castiel, Garth et le petit garçon dans le salon. Garth était en train d'expliquer à l'enfant ce qu'il venait de se passer dans la cuisine à l'aide de sa chaussette ridicule. Dean leva les yeux au ciel mais le gamin semblait fasciné. Discrètement, Castiel glissa une main derrière Dean, sous sa chemise, et se mit à tracer de petits cercles au creux de ses reins pour le calmer. Cela lui prit du temps mais cela fonctionna. Dean mit de coté sa dispute avec Sam et ses inquiétudes pour la journée et ne s'occupa plus que de Jude et du petit Thomas jusqu'à bien après le départ de Garth.

Après avoir mis Jude et Thomas au lit, Castiel retrouva Dean au salon. Le chasseur regardait sans vraiment y prêter attention une émission sur les requins.
"Je crois qu'il faut que nous ayons une conversation." Commença prudemment l'ange en s'asseyant auprès de lui sur le canapé gris.
" A quel sujet?"
" A ton sujet, Il y a quelque chose qui ne va pas, Dean."
"Tu crois que je ne le sais pas?" grogna le chasseur en éteignant la télévision. Il se prit la tête entre les mains d'un geste las. "J'ai... tout ces trucs qui me trottent dans la tête, comme des mauvais pressentiments, des images que je n'arrive pas à contrôler et je ne sais pas ce que ça veut dire ou si c'est juste que je suis en train de devenir cinglé!"
"Tu n'es pas... cinglé." dit Castiel en s'approchant pour poser une main sur son épaule. "Mais la façon dont tu t'es adressé à Sam ce matin..."
"Je sais ça m'a ... échappé."
"Ça n'aurait pas du t'échapper, ça ne t'échappe que quand ..."
"Que quand?"
"Que quand tu n'es pas toi même." compléta Castiel doucement.
"Mais je suis moi même Cas!Je pense chaque mot de ce que j'ai dit c'est ça le problème ! Je vais parfaitement bien !"
Castiel fronça les sourcils. " Non Dean, tu ne vas pas bien." Pointa-t-il.
"Qu'est ce que tu en sais? Tu n'es pas à ma place!" soupira Dean agacé.
"En effet. Mais je te connais..." Castiel leva doucement la main vers la joue de Dean "Je te connais mieux que je ne me connaîtrais jamais moi même... et l'homme que j'ai vu ce matin... ce n'est pas toi."
"Bien sur que si c'est moi !" grogna Dean en repoussant sa main. "J'ai juste... Je suis fatigué d'accord? Fatigué parce qu'à chaque fois que quelque chose se met à rouler droit dans nos vies il faut qu'une saloperie surnaturelle vienne tout gâcher! J'en ai assez d'être... d'avoir toujours peur pour ceux que j'aime... j'en ai assez de ne pas savoir quoi faire et..."
"Ce n'est pas toi !" Le coupa l'ange en saisissant son visage à deux mains pour le forcer à le regarder. "Le Dean que j'aime nous connaît. Il sait qu'il n'a pas besoin de s'inquiéter pour nous même s'il ne peut pas s'en empêcher... Ce n'est pas toi Dean , il y a quelque chose qui..."
"Ou peut être que c'est réellement moi Castiel." Grogna Dean en serrant les mains autour des poignets de l'ange. "Peut être que l'homme que tu aimes n'existe pas et que tu ne peux juste pas supporter ce que tu vois !"s'emporta-t-il en le repoussant à nouveau avant de se lever du canapé pour faire les cent pas dans le salon.
"Non." protesta Castiel sombrement. "Je sais qui tu es, je sais quel homme tu es et ce n'est pas l'homme que je vois !"
Dean posa ses mains sur le dossier du canapé, Castiel vit ses ongles s'enfoncer dans le tissus, ses jointures rougir sous la pression.
"Si tu n'aimes pas ce que tu vois Cas, tu peux prendre ta fille sous le bras et partir. Je ne te retiendrai pas." Les mots avaient franchi ses lèvres avant même qu'il ne les pense et il les regretta aussitôt mais déjà trop tard.
Castiel ne flancha pas, ne cilla pas. Pas un atome de lui ne trahit l'apocalypse que ces mots déclenchèrent en lui. Son cœur manqua un battement, puis le suivant, sa gorge se noua, tout en lui se crispa de douleur tandis qu'une certitude horrible l'emplissait violemment.
"Il ne m'aime plus."
Dean avait fermé les yeux en soupirant, mal à l'aise, furieux contre lui même, malade rien qu'à l'idée de ce qu'il venait de dire. Castiel avait raison , quelque chose clochait chez lui... et il venait juste de détruire toutes les chances qu'il avait de donner raison à son amant.
"Est ce que c'est ce que tu veux?" Demanda Castiel doucement, les yeux baissés sur ses poings serrés entre ses genoux. Il s'était ramassé sur lui même, les épaules voûtées comme s'il cherchait à s'enrouler sur lui même. Il avait oublié, depuis le temps, ce qu'était la douleur. Pas la douleur physique. La douleur de l'âme, cette impression qu'il n'aurait plus jamais chaud, que son cœur ne pulsait plus désormais qu'un sang glacé qui ne charriait aucune vie. Cette impression d'être mort à l'intérieur, piégé dans un corps désespérément accroché à la vie, Dean la ressentit au moment ou l'ange leva la tête vers lui, le dévisageant de ses yeux bleus totalement secs et pleins d'une détermination farouche. C'était la détermination à faire ce qui était juste et à rester fort. Mais Dean n'y vit que la confirmation qu'il venait de tout détruire entre eux.
"Tu veux que je parte?" demanda Castiel en le regardant.
Et d'un coup, tout abandonna Dean. Ses jambes, ses bras, son cœur lâchèrent presque au même instant et il s'effondra littéralement.
"Non.. Non non non" murmura-t-il en contournant le canapé pour se rasseoir près de son amant. Il prit son visage à deux mains, pétrifié par ce qu'il venait de dire et par la douleur qu'il lisait dans les yeux bleus. "Jamais... ne pars jamais!" réclama-t-il
"Tu as dit que tu ne me retiendrais pas..;"
"Je sais pas pourquoi j'ai dit ça... j'ai eut tort, j'en pense pas un mot." s'excusa Dean en collant son front contre le sien, il sentait l'Ange perdre pieds peu à peu. Leurs respirations étaient erratiques, leurs cœurs battaient mal, désynchronisés pour la première fois depuis longtemps.
"Ne redis jamais ça... ne redis jamais des choses pareilles si tu ne les pense pas!" réclama Castiel en s'accrochant désespérément aux mains de Dean. Il ferma les yeux et tenta de prendre une inspiration profonde sans y parvenir. " Parce que je le ferais Dean, si tel est ton souhait je partirai !"
Dean secoua la tête en fermant les yeux très fort, il aurait voulut pouvoir fermer ses oreilles pour ne pas entendre la suite, revenir en arrière et s'empêcher de dire ce qui venait de lui échapper. Ses mains se crispèrent autour du visage de son amant mais il n'osait pas le relacher de peur qu'il ne lui échappe.
"J'ai besoin de toi Dean..." murmura Castiel . "J'ai besoin de toi comme les fleurs ont besoin d'eau et de soleil... Mais si c'est ce que tu veux... je partirais si tu me le demandais..."

« Je suis désolé Cas... Je suis désolé... » bafouilla Dean en serrant l'ange contre lui."Ne pars pas... ne m'écoute pas... » Il enfoui son visage au creux du cou de son amant respirant comme pour la dernière fois son odeur de soleil. « Tu as raison... quelque chose ne va pas... j'ai besoin d'aide... j'ai besoin de ton aide Cas..."
L'ange sourit doucement et l'embrassa, un baiser désespéré. Aucun des deux n'avait rouvert les n'avaient pas besoin de voir la dévastation sur le visage de l'autre, la panique dans leur baiser suffit à les renseigner sur leurs sentiments.
"Tant mieux... Parce que si un jour tu devais ne plus m'aimer... Je ne suis pas sur que je pourrais vivre encore." murmura-t-il contre ses lèvres, ses mains agrippées à la veste du chasseur comme pour l'empêcher de s'éloigner. Dean ne s'éloigna pas, le serra contre lui fort, excessivement fort, comme s'il voulait fondre leurs deux êtres en un seul.
"Ne pars pas." murmura-t-il à son oreille. " Je t'en supplie ne m'abandonne pas... J'ai besoin de toi."

Invisible, impalpable et silencieux, le Dévoreur d'âme perché sur l'épaule de Dean s'étira, profitant de son moment de faiblesse pour se couler lentement entre les creux de son âme et l'empoisonner peu à peu.

ù*ù*ù*ù*ù*ù*ù*ù*ù

Plusieurs jours passèrent sans que Sam n'adresse la parole à Dean. Désormais, Castiel venait seul ou avec Jude pour analyser l'Apocryphe avec eux. La situation agaçait Charlie d'autant qu'à travers le Lien elle ressentait le mal être des deux frères et par voie de conséquence celui de Castiel. Ce qui affectait l'un affectait les autres et ils n'avaient pas trouvé le moyen de s'extraire de cette empathie.

L'odeur du café et un besoin pressant réveillèrent Charlie. Elle avait mal aux bras et une marque rouge sur le front qu'elle tenta de dissimuler avec sa frange ébouriffée avant de venir réclamer sa part du petit déjeuner dans la cuisine. C'était dans des jours comme celui là qu'elle était profondément jalouse des cheveux de Sam qui ne donnaient jamais l'impression d'avoir fait la fête sans lui toute la nuit.

Sam l'accueillit en levant sa propre tasse, les yeux rivés sur l'écran de son ordinateur, et Lady se mit à japper entre ses jambes. Ils n'échangèrent pas un mot pendant un long moment jusqu'à ce qu'elle s'éclaircisse la gorge.

« Tu veux me faire plaisir ? »

« Pas particulièrement, non. » se moqua-t-il avant de prendre une gorgée de café à l'écart de son clavier.

« Sam... » ronchonna-t-elle.

« Je t'écoute. »

« Appelle Dean. »

Sam soupira. C'était ce qu'il fallait faire ils le savaient tout les deux. Dean n'avait pas à faire le premier pas alors que tout ce qu'il avait dit était vrai. Il n'avait fait qu'essayer de le prévenir. C'était d'ailleurs bien le problème...

Ils finirent leur petit déjeuner en silence et Sam composa le numéro de son frère avant de se donner le temps de changer d'avsis. Il n'avait aucune idée de ce qu'il allait bien pouvoir lui dire. Commencer par s'excuser sans doute...

«Sam ? »

« Je suis désolé. » furent les premiers mots qu'il réussit à articuler.

« Je sais. »

Il y eut un silence génant puis Dean soupira.

« Ecoute Sammy... je n'aurais pas du te parler comme ça... c'est moi qui suis désolé j'ai.. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond ces temps ci... »

Sam ne sut pas trop quoi répondre et ce fut encore Dean qui reprit la parole. «J'ai comme... comme ce pressentiment que quelque chose d'horrible va arriver... et je sais pas ce que c'est et ça me rend dingue Sammy ! »

Sam hocha la tête bien que son frère ne puisse pas le voir.

« Sam essaye juste de … D'avoir confiance en moi. »

« J'ai confiance en toi Dean. »

« C'est bien. Continue. » se moqua son frère. Sam sentit un peu de sa tension quitter ses épaules. Il sourit et se reprocha mentalement ce qu'il allait dire juste avant de prendre la décision de le dire.

« Andy vient dîner demain soir au Bunker... viens la voir... s'il y a quelque chose d'anormal chez elle... j'imagine que tu t'en rendras compte plus vite que moi. »

Il y eut un silence au bout du fil tandis que Dean pesait soigneusement les mots de son cadet. Sam n'avait jamais admis à voix si haute que Dean avait raison, en tout cas pas avant qu'il y ait des morts. C'était un acte de confiance autant qu'une excuse.

« Je suis sur qu'elle est très bien Sammy. » Dit il.

ù*ù*ù*ù*ù*ù*

« Sam... »

Andy essayait de se maquiller ce qui ne lui était pas facile étant donné qu'elle n'était pas habituée à cette activité, et qu'elle ne pouvait pas s'empêcher de regarder dans le miroir, plus le reflet de Sam que le sien. Il avait les yeux clos, les bras autour d'elle, et se concentrait pour refermer le bouton du jean de la jeune femme sans ouvrir les yeux.

« Quoi ? »

« Tu sais que la partie excitante d'un vêtement c'est quand on l'enlève, pas quand on le met ? » demanda-t-elle en éloignant la brosse à mascara de son œil.

« ET ? » demanda-t-il en ouvrant les yeux et en la dévisageant à travers le miroir. Elle se retourna pour lui faire face, les mains de Sam ne quittèrent pas la ceinture de son jean.

« Et si tu continues à vouloir m'habiller tu vas être obligé de m'enlever toutes mes fringues d'ici pas longtemps... » Sourit elle en l'attrapant par les cheveux pour le faire se pencher et l'embrasser. «Et on va être en retard... »

Il avança d'un demi pas avant de la soulever par les hanches pour l'asseoir sur le bord du lavabo et glissa ses lèvres dans son cou. Son parfum sentait la vanille.

«Ou alors on peut faire ça vite. » Proposa-t-il, ses mains s'activaient déjà à déboutonner la chemise qu'il venait de passer plusieurs minutes à boutonner les yeux fermés.

« Excellente idée... »

Ils arrivèrent quand même à l'heure pour le dîner et furent accueillis par un air de jazz et la voix de Dean qui hurlait à Charlie, depuis la cuisine, de changer la musique avant de faire fuir toute la création et lui avec.

Charlie passa presque sans les voir, en chaussettes et les bras chargés d'assiettes en braillant une insulte.

«Oh... désolée... » s'excusa-t-elle en rougissant en voyant Andy et Sam interdits sur le seuil. Elle tendit une main à Andy en calant sa pile d'assiette contre sa hanche. « Charlie. » se présenta-t-elle « Petite sœur adoptive... et lesbienne... pas une menace... » babilla-t-elle de plus en plus gênée par l'absence de réaction d'Andy. « Et je commence à être très mal à l'aise... »

Andy rit et lui serra la main. « Comme ça on est deux. » dit elle avec un grand sourire avant de tenter de la décharger de ses assiettes. Charlie secoua la tête et les tendit à Sam. « Il va s'en occuper... Reste pas planté là Sam ! »

Dean arriva ce moment là en s'essuyant les mains dans un torchon. « Charlie c'est pas de la musique ça c'est un instrument de dératisation ! Bonsoir. » ajouta-t-il à l'adresse d'Andy en lui tendant la main. Le geste était moins naturel que celui de Charlie et son sourire beaucoup plus forcé quoique toujours charmant. Elle était vraiment toute petite. Sam se racla la gorge et Dean lâcha la main d'Andy.

« Pourquoi j'ai l'impression de passer un examen ? » demanda-t-elle en essayant de ne pas le regarder.

« Parce que c'est le cas. » intervint Castiel qui arrivait, Jude dans les bras. « Estimez vous heureuse, d'habitude l'examen complet nécessite une blessure à l'arme blanche. »

« Castiel ! » protesta Sam.

« C'est mon nom. » Indiqua l'ange en tendant la main à Andy qui avait l'air perplexe. «Et elle, c'est Jude. »

Charlie se dit qu'elle aimait bien Andy quand celle ci tapota maladroitement la tête du bébé comme si elle ne savait pas trop quoi en faire. Puis elle donna un coup de coude à Sam.

« La table ne va pas se mettre toute seule Bigfoot ! » se moqua-t-elle.

ù*ù*ùù*ù*ù*ù*ù*ù*ù*

Pendant un instant au cour du dîner, Dean eut l'impression de voir ce qui aurait pu être. Ce qui aurait du être, dans un monde idéal.
Dans un monde où les membres de leur famille n'auraient pas disparu les uns après les autres, il aurait eut l'occasion de voir plus souvent le sourire heureux de Sam qu'il surprit tandis qu'il se pensait seul avec Andy. La façon dont il fermait à moitié les yeux pour l'écouter lui murmurer quelque chose à l'oreille, et sa manière de pencher la tête sur le coté, comme pour se cacher derrière ses cheveux.
Si les choses avaient été différentes, Dean aurait vu souvent et depuis très longtemps, une main toute petite en comparaison de celle de Sam, ramper entre eux et venir se loger dans la paume de son frère.
Pendant un instant au cour du dîner, alors que Sam et Andy étaient restés seuls à table, Dean les vit comme deux adolescents pour qui la majorité du reste du monde comptait pour du beurre.
C'était à la fois joli à voir, amusant, et très triste. Triste de voir qu'après tout ce qu'il avait traversé, Sam ne pouvait pas se résigner à ne pas s'attacher. Sans doute qu'il luttait de toutes ses forces et peut être que, même s'il serrait très fort la main d'Andy sous la table, il était persuadé qu'il ne tomberait pas amoureux de cette fille. Mais Dean connaissait son petit frère. C'était triste de savoir que Sam avait été privé de ce genre de scènes presque toute sa vie. Triste de le voir s'abandonner complètement à une joie simple, ne serait ce que pour quelques secondes d'intimité. C'était triste et terrifiant de les voir si proches et d'avoir cette certitude au fond de lui que quelque chose allait horriblement mal tourner.
Dean posa la tarte sur la table et Sam et Andy s'écartèrent l'un de l'autre. Castiel et Charlie suivirent apportant assiettes et cuillères pour l'un et digestif pour l'autre et Dean décida de se taire, au moins pour l'instant. Peut être après tout que rien ne se produirait, peut être que cette fois le destin leur laisserait un peu de répit. Il décida de laisser à Sam autant de répit qu'il le pouvait. Il serait toujours temps de sauver les meubles quand les choses tourneraient mal... comme toujours.

Sam avait fait faire le tour du Bunker à Andy. Pour une raison qui lui échappait mais qui avait sans doute beaucoup à voir avec la discrétion de Castiel, Dean s' était abstenu de le mettre mal à l'aise durant le dîner.

Charlie avait tenté de mettre Andy à l'aise et avait lamentablement échoué. Mais dans l'ensemble tout s'était correctement déroulé. Andy avait rit en voyant Lady.

« C'est ton chien ? » avait elle demandé à Sam en la prenant dans ses bras. Le cocker battait de pattes en l'air et tentait de lui lécher le nez. « Je t'aurais plus vu avec quelque chose de plus gros. »

Charlie avait bâillonné Dean avant qu'il ne fasse une réflexion de mauvais goût et Sam avait juste sourit. « Je tiens déjà bien assez de place sans rajouter un gros chien. »

Il termina la visite par la longue salle des archives au sous sol où Andy se mit à éternuer à cause de la poussière.

« Et là c'est quoi ? » demanda-t-elle en désignant une porte blindée. Elle passa ses doigts sur les gravures dans l'acier. Sam aurait préféré qu'elle ne remarque pas cette pièce.

« On appelle ça le donjon. »

Elle ouvrit des yeux ronds. « Le donjon ? Vous jetez des gens là dedans ? »

Sam sourit. « Non... toute la pièce est conçue pour retenir les démons prisonniers, donc on appelle ça le donjon, mais on ne l'a jamais utilisé. »

« Pourquoi ? »

« Jamais eut besoin... Mon frère et moi avons fermé les portes de l'enfer juste après avoir emménagé ici. On a pas revu un démon depuis. »

« Je peux voir ? » demanda-t-elle en se hissant sur la pointe des pieds pour jeter un œil par la meurtrière de la porte. Sam lui ouvrit et elle avança précautionneusement dans la pièce sombre, sursautant quand elle percuta une table dans l'obscurité. Sam alluma la lumière et elle frémit une seconde fois, promenant son regard autour d'elle. Après réflexion, Sam se dit qu'il n'aurait pas du l'emmener ici. Elle promenait ses doigts le long des chaînes avec une fascination teintée d'horreur et s'approcha des râteliers vides où il était beaucoup trop facile d'imaginer un nombre invraisemblable d'outils pointus et douloureux. Les rangées d'étagères qui contenaient auparavant des substances dont elle n'avait pas idée mais qu'elle imaginait manifestement. Chacun de ses pas la rendait de plus en plus pâle.

« Vous avez fermé les portes de l'enfer tu as dit... » dit elle d'une voix tremblante en s'approchant du siège aux accoudoirs duquel pendaient des menottes en fer engravées de symboles cabalistiques.

« Oui. Avec tout les démons dedans... Ils ne feront plus de mal à personne. » Répondit Sam en faisant quelques pas dans le donjon. Il la vit hocher la tête doucement.

« Sors moi d'ici. » Réclama-t-elle comme si elle était incapable de bouger, trop fascinée par la chaise.

Il la prit doucement par les épaules et la dirigea vers la porte, lui masquant les yeux de sa main quand il se rendit compte qu'elle n'arrivait pas à les détacher des menottes. Il éteignit et referma la porte derrière lui tandis qu'elle faisait quelques pas vers l'escalier. Elle tremblait et s'effondra à genoux sur les premières marches. Sam se précipita vers elle pour l'aider à s'asseoir sur les marches.

« Je suis désolé.» S'excusa -t-il « Je n'aurais pas du te montrer ça... »

« J'aurais pas du demander c'est tout... » dit elle d'une voix faible. Il s'assit à coté d'elle et elle posa la tête sur sa poitrine, laissant les battements du cœur de Sam l'apaiser peu à peu.

« Je suis désolé » Répéta-t-il. Il avait passé un bras autour de ses épaules et son pouce caressait doucement son bras, elle ferma les yeux et tenta de repousser la nausée qui la prenait par vagues. Derrière ses paupières closes elle voyait la chaise. C'était si facile d'imaginer un démon enchaîné là, un sourire vicieux sur le visage tandis qu'un bourreau aux traits flous lui faisait subir elle ne savait quelle torture. Elle frissonna et Sam raffermit sa prise sur elle.

« Et pourtant c'était des gens... » murmura-t-elle.

« Pardon ? »

« C'était des gens... Les démons, avant... c'était des gens... et les corps qu'ils possédaient... C'était des gens aussi... des gens comme moi qui n'avaient rien demandé... » Elle avait envie de pleurer. Sam l'entoura de ses deux bras et pose un baiser sur son front.

« Ils ne te feront plus de mal. » Promit il. Il la sentit hocher la tête et se mettre à pleurer, comme des larmes qui venaient de très loin, attendant d'être versées depuis très longtemps. Il entendit des pas en haut de l'escalier et la voix de Castiel qui mourrait en les voyant, l'ange s'éclipsa presque sans un bruit, Andy ne l'avait pas entendu, elle sanglotait presque sans bruit le visage pressé contre le torse de Sam.

« Ramène moi chez moi. » Réclama-t-elle finalement.

Quand ils sortirent du bunker, ils ne virent pas la chose. Ne sentirent rien peser sur eux. Sam reconduisit Andy jusqu'à sa porte, attendit qu'elle soit de l'autre coté de son pallier pour se pencher et l'embrasser en la serrant dans ses bras.

« Tu veux que je reste ? »

Elle hocha la tête frénétiquement et l'attira à l'intérieur. Ils n'eurent aucune conscience de la chose qui se penchait sur Andy tandis qu'elle s'endormait, son angoisse calmée par la proximité de Sam. La chose aux ailes parcheminées s'insinua en elle par les failles de son esprit secoué par le sommeil et les larmes. Elle rampa jusqu'aux recoins de son âme, s'y agrippant de toute la force de ses crocs et s'y logea, invisible et insoupçonnable. Elle se mit à prendre des forces. Lentement.