Amis de cœur - Égypte Antique 1
Cela faisait maintenant quatre ans que Bokuto Koutarou, fils du grand Pharaon Bokuto III, avait appris qu'il prendrait un jour la succession de son cher père, à sa mort. Bien sûr qu'il le savait déjà avant, mais sa famille avait organisé une grande cérémonie pour accueillir la nouvelle. Ce n'était pas tous les jours que l'on nous annonçait notre prochaine possession des clefs du royaume. Cela faisait des générations que cela se passait de cette manière : aux dix-huit ans du premier fils du pharaon était célébré la promesse de passation de pouvoir. À la cour, on aimait bien mettre les petits plats dans les grands.
Bokuto n'était pas particulièrement patient du jour où cela arriverait et espérait que son père vive encore de nombreuses années. Il ne se voyait pas renoncer à cette superbe vie qui lui était offerte où tout était si facile, si plaisant. Quand il voyait comment son père travaillait, il n'avait aucunement l'envie que cela puisse lui arriver un jour.
Bokuto était un grand jeune homme de vingt-deux ans plein de vigueur. Le contraste que ses cheveux argentés avaient sur sa peau bronzée était son atout principal auprès de toutes les personnes de la cour. Ce qu'il préférait dans la vie, c'étaient les combats d'épées, de sabres, bref, d'armes en tout genre, avec un certain penchant pour les lames. Il y avait une sacrée réserve d'armes dans le palais et Bokuto aimait défier quelques gardes quand il lui en prenait l'envie. Il avait un professeur particulier qui lui répétait qu'il deviendrait un grand guerrier. Ce n'était pas parce qu'il était le fil du roi que ce grand épéiste lui faisait des compliments : Bokuto avait un grand potentiel et serait redoutable en tant que leader d'une armée. Bokuto avait déjà fait ses preuves à de nombreuses reprises sur le champ de bataille et son courage n'avait d'égal que son excellente technique d'épée.
Le jeune homme était très apprécié au palais. Il était quelqu'un de foncièrement gentil et était toujours prêt à donner un coup de main, ou que ce soit. Il aidait beaucoup les cuisinières, les livreurs, les gardes, tout ce petit monde qui gravitait autour de la cour royale.
Il restait en permanence avec son protecteur et ami d'enfance, Kuroo, un garçon brun encore plus grand que lui, quoique moins costaud. Ils partageaient tout. Avoir le même âge aide énormément et Bokuto était heureux d'avoir une personne d'une telle confiance près de lui. Il lui avait sauvé la mise plus d'une fois et Bokuto se répétait que s'il n'était pas à ses côtés, il serait peut-être mort à l'heure qu'il était.
Bokuto était en ce moment-même en train de penser à combien sa vie était sûrement la meilleure qui puisse exister quand Kuroo frappa son verre qui tomba au sol, déversant le liquide par la même occasion.
- Mais t'es fou ! Pourquoi t'as fait ça ?
- Tu bois toujours n'importe quoi. Combien de fois je t'ai dit de faire venir des goûteurs avant d'ingurgiter la moindre chose ?
- Quoi ? Tu penses que c'est-
- Du poison, finit Kuroo.
- Tu ne peux pas en être sûr.
- Un verre laissé à l'ombre alors que tu t'entraînais un peu plus loin, sans domestique pour le surveiller, c'est une excellente occasion de verser incognito du poison dedans.
Il se pencha et huma le liquide.
- Je me trompe rarement, la preuve.
Bokuto se pencha à son tour.
- C'est pas vrai...
Oui, depuis sa nomination, Bokuto était sujet, plus qu'avant, à des attaques qui avaient pour but de le tuer. Il y avait un traitre dans la cour, c'était certain. Il avait déjà sa petite idée de qui cela pouvait être. Dit comme cela, on pourrait croire que des attentats étaient organisés chaque jour contre lui. Que nenni ! Ils étaient plutôt rares, peut-être que ce traitre préparait un gros coup... Mais en faisant suffisamment attention, il était aisé d'éviter ces petites agressions.
- Oikawa.
- Ne saute pas sur des conclusions trop rapidement.
Oikawa était un des proches de son père. Son talent en tant que chef des armées lui avait valu de gravir rapidement les échelons, bien qu'il eût le même âge que Bokuto et Kuroo. Lui aussi était avide de pouvoir. Car si jamais il n'y avait plus personne à mettre sur le trône, c'est lui qui y serait nommé. Il lançait toujours ces drôles de petits regards narquois au jeune prince, l'air de dire "Tu n'imagines même pas ce que je te réserve". Bokuto l'évitait au maximum, même pendant les grandes réceptions. Il était certain que ce serpent essayait coûte que coûte de le réduire au silence. Bokuto ne l'avait jamais pris sur le fait, mais dès qu'il se passait quelque chose, c'était son garde (son "toutou" comme disait Bokuto) que l'on voyait non loin de la potentielle scène de crime.
C'était notamment à cause de ces attaques sur sa personne que Bokuto trouvait le palais de plus en plus oppressant. Il était déjà sorti quelque fois, même parti en expédition quelques mois, mais comme il y avait tout ce dont l'on pouvait rêver à l'intérieur des murailles royales, Bokuto ne sortait que rarement. Il ne connaissait pas grand-chose de la vie à l'extérieur. Du moins, de la vie du peuple.
C'est pour cela, qu'un jour, il décida de sortir discrètement, accompagné de son fidèle ami. Ils se couvrirent pour ne pas être trop apparents et s'enfoncèrent dans les rues de la capitale.
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Il y avait beaucoup de monde. BEAUCOUP de monde. Tous les passants se touchaient, se bousculaient, criaient, et cela dans un brouhaha général. Cela le dépaysait toujours du calme presque religieux du palais. Après avoir marché une bonne demi-heure à travers le marché, ils débouchèrent sur une petite rue nettement plus calme. Cela faisait du bien.
Leur attention fut soudain captée lorsqu'ils tombèrent nez à nez avec ce qui semblait être un règlement de compte. Une petite foule s'était attroupée autour de l'affaire. Les deux garçons s'avancèrent pour mieux voir ce qui était en train de se passer. Un jeune esclave était à genoux, deux hommes lui tenaient les bras. Un troisième avait sorti un fouet et s'apprêtait à l'abattre sur son dos. Le visage du garçon était face au prince. Il était légèrement plus bronzé que lui. Ses cheveux étaient noirs, courts et légèrement bouclés. Ses yeux étaient teinté d'un bleu-gris clair particulier, mettant en valeur son regard courageux. Il semblait prêt à endurer la peine qui lui était destinée.
Ce fut le coup de foudre pour Bokuto. Il n'avait jamais vraiment pensé à son orientation sexuelle, puisqu'il avait été promis depuis sa naissance à une lointaine cousine. Mais à ce moment, il réalisa que s'il y avait quelqu'un qui pouvait le faire pencher plus d'un côté que de l'autre, c'était bien ce garçon.
- Qu'a-t-il fait ? s'avança-t-il.
- Il me vole du pain ! J'ai enfin réussi à lui mettre la main dessus !
Bokuto reporta son attention sur le jeune homme qui était couvert de poussière et de quelques égratignures.
- Lâchez-le, ordonna froidement Bokuto.
- Ferme-là, gamin. Je vais enfin lui faire payer !
- Lâchez-le, c'est un ordre ! cria-t-il.
Pour accompagner ses paroles, Bokuto retira la cape qui le couvrait, faisant apparaître le blason de la famille royale. Aussitôt, un murmure s'éleva de la foule. Le garçon à genoux écarquilla les yeux de surprise. Les deux molosses qui le tenaient ne cherchèrent pas à le contredire et lâchèrent ses bras. Plus personne n'osa rien dire, presque tout le monde avait baissé la tête et s'était agenouillé. Le garçon était resté à terre. Il n'y avait que lui qui osait soutenir son regard avec une lueur de défis dans les yeux. Il avait les yeux d'un bleu ciel presque céleste qui rendait son regard presque intimidant.
- Comment t'appelles-tu ? demanda Bokuto au garçon.
- Akaashi Keiji.
- Akaashi Keiji, pourquoi as-tu volé ce pain ?
- Je vis avec mes parents et ma sœur. Nous n'avons pratiquement rien mangé depuis trois jours. Nous n'avons pas assez d'argent pour nous acheter quoique ce soit. Ici, si on veut survivre, il faut voler.
- Je vois.
Bokuto fit les cents pas en regardant aux alentours. Il semblait réfléchir.
- Boulanger, va me chercher tes quatre pains les plus gros.
Sans demander d'explications, le boulanger ramena l'objet de la requête du prince. Aussitôt, Bokuto lui ordonna :
- Donne-les lui.
- Quoi ? Hors de question ! Je suis désolé, mon prince, mais ici, il faut payer pour se nourrir, cela est la même chose pour tout le monde.
- Donnes-les lui, répéta froidement Bokuto.
À contrecœur, l'artisan s'exécuta. Le brun semblait tomber des nues à mesure que les pains s'entassaient dans ses bras.
- Si c'est de l'argent que tu veux, reprit l'argenté, tiens, prends ça.
Il lui donna plusieurs bracelets en or.
- Maintenant, tu donneras cette même quantité à ce garçon à chaque fois qu'il le demandera. Me suis-je bien fait comprendre ?
Encore aveuglé par le métal précieux, le boulanger hocha vaguement de la tête. Akaashi était encore sur les lieux. Il semblait ne pas oser bouger. Il continuait de regarder le prince. Bokuto le remarqua rapidement et dès qu'il le vit, l'expression du brun changea. Surpris, il retrouva bientôt son sang-froid.
- Merci, s'inclina-t-il légèrement en signe de respect. Je ne pourrais jamais assez vous remercier pour ça.
- Cela me fait plaisir, Akaashi Keiji. Personne ne devrait être obligé de voler pour se nourrir.
Il le regarda et lui sourit tristement, touché par sa condition.
- À bientôt, peut-être, le salua Bokuto.
Le garçon lui fit un dernier signe de tête avant de s'en retourner et s'en aller rapidement. Bokuto sursauta presque lorsqu'il vit son dos : de longues cicatrices le traversaient.
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- Père, pourquoi ne donne-t-on pas plus de moyens aux esclaves ?
- Que veut-tu dire ?
- Ils meurent de faim et sont obligé de voler pour subsister à leurs besoins. Pourquoi ne changes-tu pas le prix de la nourriture ou même leur salaire ?
- Koutarou, si je faisais ça, comment nos tombeaux seraient-ils construits ? Il faut d'abord penser au pays avant de penser à ses occupants.
- C'est ce que dirait un dictateur, pas un roi.
- Je ne te permets pas de me parler sur ce ton.
- Si tu laisses mourir tes esclaves, qui construira ton tombeau ? Il y en a peut-être plein qui reviendront, mais le temps que cela se produise, tu auras perdu beaucoup d'argent.
- Hm. Ce que tu dis n'est pas faux. J'y réfléchirai, mais c'est bien parce que tu es mon fils.
- J'ai encore une requête à te demander.
- Je t'écoute, mais si cela concerne les dépenses du pays, je t'arrête tout de suite.
- Non, c'est en rapport avec les menaces qui pèsent sur mon dos. Je vais m'exiler un temps. Je ne peux pas te dire où, pour notre sécurité à tous les deux. J'emmène Kuroo avec moi. Je ne mets pas ma vie en danger, personne ne saura où je vais.
- Ce n'est pas très prudent, selon moi. Mais bon, fait comme tu le sens. Après tout, tu es un redoutable guerrier, je sais qu'il ne t'arrivera rien. Fait juste en sorte de me faire parvenir des nouvelles de temps en temps.
- C'est promis. Merci.
En fin d'après-midi même, il quittait le palais, avec Kuroo. À partir de ce moment, il ne se doutait pas d'à quel point sa vie allait prendre un autre tournant.
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- Tu es sûr que c'est ici ?
- Certain. C'est par ici qu'il s'est dirigé lorsqu'il est parti.
Bokuto avait un sens aigu de l'orientation et faisait totalement confiance en ses repères. Il se dirigea vers la première personne qu'ils croisèrent. C'était un jeune homme, sûrement de leur âge avec des cheveux courts et blonds.
- Bonjour ! Excuse-moi, je cherche Akaashi Keiji, est-ce que tu sais où il se trouve ?
- Qui es-tu ?
Ils avaient bien sûr pris soin de dissimuler leurs vêtements sous de grandes capes achetées dans le marché, trois rues avant.
- Bokuto Koutarou, prince de ce royaume.
Aussitôt présenté, le jeune homme s'empressa de s'agenouiller en signe de respect. Il semblait très surpris.
- Pourquoi voulez-vous le voir ? Qu'a-t-il fait de mal ?
- Absolument rien ! Je veux lui proposer un marché.
Le blond redressa la tête, curieux de la requête du prince. De toute façon, il n'avait d'autres choix que de l'amener à lui.
- Très bien, suivez-moi.
Il le fit marcher à travers plusieurs petites ruelles jusqu'à arriver devant une petite place. Des personnes s'activaient dans leurs tâches en la traversant. Dès qu'il le vit, Bokuto le reconnut aussitôt. Akaashi était de dos, mais ses cicatrices le faisaient sortir du lot. Lorsque le blond l'appela, il se retourna. Le cœur de Bokuto rata de nouveau un battement quand il vit son regard bleu ciel.
- Le prince semble vouloir te dire deux mots.
Le jeune homme marcha dans leur direction sans lâcher Bokuto des yeux. Alors qu'il allait s'agenouiller pour le saluer, Bokuto leva une main en l'air et lui fit comprendre que cette action n'était pas nécessaire. Le brun fut surpris par ce geste, mais ne fit aucun commentaire.
- En quoi puis-je vous être utile ? demanda-t-il.
- Moi et mon ami, nous allons rester quelques temps avec vous.
- C'est hors de question.
Le blond lança un regard choqué vers Akaashi, l'air de dire « comment oses-tu répondre au prince de la sorte ? ».
- Il y a un chef ici ? demanda Kuroo.
- C'est moi. Et c'est toujours non.
- Tu ne sais même pas pourquoi je suis venu !
- La raison importe peu, vous ne survivrez pas ici, pas loin de votre petit confort.
Bokuto était très surpris de son caractère. Il la jouait sur la défensive. Mais après tout, cela était normal : ils étaient issus de deux mondes différents. Pourquoi vouloir renoncer à tout pour vivre dans la pauvreté ? Cependant, Bokuto était bien déterminé à obtenir ce qu'il voulait. Le blond intervint
- Akaashi, je peux te parler, deux secondes… seul à seul ?
Il emmena le jeune homme à l'écart pour essayer de le convaincre. Bokuto tendit l'oreille pour essayer de capter des brides de conversation. À ce qu'il comprit, le blond lui dit qu'il les avait grandement aidés lors du coup du pain, donc qu'ils pouvaient au moins écouter ce qu'il avait à dire. Et surtout qu'il s'agissait du prince. Akaashi sembla plus docile, une fois les arguments avancés.
- Très bien, je veux bien accepter d'écouter ce que vous voulez.
- Voilà, je suis menacé. Il y a quelqu'un au palais qui en veux à ma vie. Je suis sans arrêt visé : des pièges, du poison, tout ce qui pourrait me tuer d'une manière ou d'une autre. Donc j'ai décidé de m'exiler jusqu'à ce que la pression retombe et jusqu'à ce que le traitre soit trouvé.
- Et pourquoi venir ici ? Je suis sûr que tu dois avoir trois ou quatre résidences secondaires secrètes, non ?
- Les deux seules personnes qui savent que je suis ici, c'est Kuroo (il le désigna de la main) et moi. Et puis, pour tout vous dire, je souhaite être un dirigeant différent de mon père. Je veux savoir à quoi ressemble la vie réelle, comprendre les besoins de mon peuple !
- Bah tiens…
- C'est la vérité.
Akaashi avait toujours les yeux au ciel.
- Alors, est-ce qu'on peut rester ?
Tout le monde se tourna vers le « chef ». Après un temps de réflexion, il soupira :
- Très bien, faites comme vous voulez, mais je ne vous donne pas plus d'une semaine.
- Merci, Akaashi ! Tu verras que tu seras surpris !
Une jeune fille se dirigea soudain vers eux.
- Je n'ai pas pu m'empêcher d'écouter toute la conversation, pouvons-nous vous parler d'égal à égal, mon prince ?
- Oui, bien sûr ! À partir d'aujourd'hui, je ne suis plus un prince. Parlez-moi comme vous parlez aux personnes de votre communauté.
- Il y en a déjà un qui semble avoir pris ses aises, railla Kuroo en désignant Akaashi du regard, qui fit mine de n'avoir rien entendu.
- Super. Alors, rentrons dans le vif du sujet : où allez-vous dormir ?
- Ah… C'est vrai que je n'ai pas vraiment pensé à ça…, déclara Bokuto.
- Puisque c'est moi qui ai pris la décision, je vais les prendre chez moi, au moins le prince… d'ailleurs, je ne crois pas que nous ayons été présentés.
- Bokuto Koutaro, mais appelez-moi tout simplement Bokuto. Merci de bien vouloir nous héberger.
- C'est pas comme si j'avais vraiment le choix.
Aussitôt, le blond lui donna un coup de coude. Il se présenta à son tour.
- Je suis Konoha Akinori, je m'occupe de toute la logistique ici. D'ailleurs, Kuroo, il y a une place de libre chez moi, tu pourras dormir là, si tu veux.
Le concerné opina du chef pour le remercier silencieusement.
- Moi, continua la jeune fille, c'est Shirofuku Yukie, mais appelez-moi simplement Yukie ! J'aide Konoha dans différentes tâches et je m'occupe des enfants ! Ah et enfin, lui, c'est Akaashi Keiji. Je préfère vous le présenter puisqu'il n'a pas l'air de vouloir le faire tout seul. C'est sa famille qui s'occupe de tout gérer ici, à tout point de vue, surtout organisationnel. Il te donnera les détails plus tard, pas vrai, Keiji ?
- Épargne-moi tes sarcasmes.
Il les regarda tous un temps.
- Bon, si tout le monde a fini son petit speech, Konoha va vous faire visiter.
- Hé ! C'est pas le rôle du chef de faire ça ?
- Non, le chef est celui qui décide qui va le faire, lui sourit-il méchamment. J'ai d'autres choses à faire.
Aussitôt ses mots prononcés, il partit dans une autre direction que la leur, les laissant quelques peu interdits.
- Bon, eh bien, suivez-nous !
Konoha leur fit visiter tout leur petit quartier et leur présenta d'autres membres importants de l'organisation. Bokuto et Kuroo étaient impressionnés de la façon dont ce quartier était régi. Tout le monde y avait sa place, les tâches étaient divisées.
- Dites un peu, commença Kuroo, il n'a pas l'air très sympathique, votre chef là…
- Haha ! T'en fais pas pour ça ! Il est toujours comme ça avec des étrangers. Il ne peut pas donner sa confiance au premier venu, ici, c'est comme signer son arrêt de mort.
Konoha sursauta à ses propres mots, comme si une situation semblable à celle-là s'était déjà produite. Il se reprit et continua.
- En vérité, Akaashi est quelqu'un de très soucieux des autres. On a beau ne pas avoir les mêmes liens de sang, ici tout le monde fait partie de la même famille. Cela ne fait qu'une lune d'or qu'il est chef, il essaye juste de faire valoir son autorité. Même s'il est un peu froid avec vous au début, vous verrez qu'il s'adoucira plus tard, quand il vous connaîtra mieux.
- « Une lune d'or » ? demanda Bokuto.
- Douze pleines lunes si vous préférez. Va falloir vous habituer à notre jargon, haha.
Bokuto se contenta de sourire doucement. Il avait hâte d'apprendre toute les us et coutumes de ce quartier, et surtout de faire plus ample connaissance avec Akaashi. Il allait lui montrer qu'il pouvait lui accorder toute sa confiance.
Le premier repas se passa dans la bonne humeur. Pour des raisons de sécurité, le fait que Bokuto et Kuroo fussent en lien avec le palais fut gardé secret par les trois jeunes gens rencontrés à leur arrivée. De manière générale, les autres habitants du quartier étaient contents d'accueillir deux nouvelles recrues, les tâches quotidiennes allaient s'alléger. Le repas n'était pas très copieux en lui-même, mais c'est tout ce qu'ils pouvaient manger, les portions n'étaient pas vraiment fournies.
Après le repas, les deux jeunes gens furent séparés, Kuroo insista pour rester avec Bokuto de manière à surveiller les alentours et surtout le protéger en cas d'attaque, mais Bokuto lui dit qu'il pouvait être tranquille et qu'il avait confiance en les personnes qui les avaient accueillies.
On leur donna des vêtements qui les feraient passer inaperçus dans leur nouvel environnement. Ils étaient très basiques : ils se constituaient juste de sous-vêtements et d'un pagne. Heureusement, il faisait toujours très chaud en Égypte, même la nuit, une petite couverture suffisait durant la mi-saison.
Akaashi présenta les membres de sa famille à Bokuto.
- Je vis avec ma mère et ma petite sœur. Alors, juste une chose : essaye de leur faire du mal et tu ne verras pas le soleil du lendemain, c'est clair ?
- C'est toi le chef, Akaashi, sourit Bokuto de toutes ses dents.
Cela mis un peu le brun mal à l'aise, mais il ne le montra pas, ou presque.
- Ça me rebute un peu, mais tu dormiras sur le tapis double avec moi.
- Dis, la première fois, qu'on s'est rencontré, tu m'as dit que tu vivais avec tes parents, mais je n'ai pas rencontré ton père.
La remarque ne sembla pas plaire à Akaashi, mais il y répondit quand même.
- Il est mort.
- Oh… toutes mes excuses.
Le jeune chef sembla se radoucir.
- Ce n'est pas ta faute, tu ne pouvais pas savoir. C'était lui le chef, avant. À sa mort, c'est moi que les autres ont choisi pour lui succéder. Fin de l'histoire.
Voyant qu'il semblait un peu réticent à parler de ce sujet, Bokuto n'insista pas. Il fut quand même impressionné que sa « famille » décide de le mettre en position de leader plutôt qu'un autre adulte. Il lui demanda les tâches qu'il aurait à faire le lendemain.
- On travaille dans une carrière. On fabrique des briques pour les bâtiments de la ville, principalement. C'est pas si terrible comme travail, ce sont surtout les encadrants les vraies pouritures. Mais bon, ça nous permet de ne pas nous ennuyer et ça nous fait gagner un peu d'argent, donc bon…
La nuit était tombée depuis un moment déjà, Bokuto avait eu une longue journée, le rythme était totalement différent de celui du palais, mais il s'y ferait, il était bien déterminé. Ils s'allongèrent côte à côte sur le tapis. Au plus grand bonheur d'Akaashi, le tapis était suffisamment grand pour qu'ils puissent avoir le minimum d'intimité entre eux.
- Merci de nous avoir accueillis, Akaashi, vraiment.
- J'allais pas te laisser tout seul dans le froid, t'aurais pas survécu.
- J'ai plus de ressources que tu croies !
- J'ai hâte de voir ça.
Bokuto sursauta légèrement. Était-ce un sourire qu'il avait cru voir dans sa voix ? Il sourit à son tour dans la pénombre, puis il s'endormit.
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Le lendemain fut intense. Et dire qu'ils n'avaient encore quasiment rien fait de concret... Le matin, voyant son air fatigué et ses incessants bâillements, Akaashi osa un sarcasme :
- Bah alors ? Déjà éreinté ? On vient à peine de commencer !
- C'est inhumain de se lever aussi tôt !
- Tu devrais me remercier, je t'ai laissé dormir un peu plus longtemps ce matin.
- Ah bon ?!
- Arrête de te plaindre et suis-moi.
Ils marchèrent à travers une petite foule qui se dirigeait vers un unique endroit : la carrière.
Après avoir travaillé sous un soleil de plomb toute la matinée, et profité d'une faible collation le midi, Bokuto continuait de travailler comme le reste des ouvriers.
- Alors, tout se passe bien ? s'enquit le jeune chef qui vint vers lui.
- Pourquoi tu ne réapparais que maintenant, toi !
- Oh, on dirait que le soleil t'a endurci.
- Tu m'as menti ! C'est abominable comme travail !
- Je t'avais dit que tu aurais du mal.
- Mais je m'accroche ! Ce n'est que le début ! Je suis sûr que dès que j'aurais pris le pas, tout ira beaucoup mieux !
Akaashi lui sourit. Cette fois, il sembla bien à Bokuto que c'était sincère.
- Quoi ? Tu te moques de moi ?
- Ton pote Kuroo à l'air de mieux se débrouiller que toi, en tout cas…
Il jeta un coup d'œil dans la direction de son ami de toujours qui était en train de sculpter un pavé dans l'argile tout en parlant avec les travailleurs aux alentours. Dès qu'il vit Bokuto, il lui sourit et lui fit de grands gestes pour le saluer. Bokuto lui répondit un geste plus discret, comme s'il avait peur que toute l'attention soit attirée sur son manque de savoir-faire.
- Lui, ça ne compte pas. Il est doué pour tout depuis qu'il- hé, ça ne va pas ?
Bokuto s'était interrompu quand il avait vu qu'Akaashi regardait avec insistance un point plus loin d'eux. L'argenté regarda à son tour et vit qu'une petite fille était en train de se faire disputer parce qu'elle avait fait tomber une brouette pleine de brique séchées par terre. Bien sûr, plus de la moitié s'était cassée. En regardant la brouette et son contenu de plus près, Bokuto se surpris à penser que ce n'était pas une charge adaptée à une si jeune enfant. Et, sans dire le moindre mot, le brun se leva et alla à la rencontre de la petite fille. Bokuto le vit accélérer lorsque le garde sorti son fouet. Aussitôt, Bokuto regarda les cicatrices qu'il avait sur le dos. Cela avait dû être un objet semblable à celui-ci qui lui avait laissé ces marques. Akaashi s'interposa entre le garde et la petite fille pour la protéger.
- Pas de fouet. Nous nous sommes mis d'accord.
- Pousse-toi, je fais encore ce que je veux !
- J'ai dit : pas de fouet !
Son haussement de ton fit instantanément taire toutes les conversations alentours et stopper net l'homme au fouet. Toute l'attention était portée sur la scène de la brouette. Soudain, un autre homme débarqua, à ses habits, cela devait être le superviseur de la carrière.
- Que se passe-t-il ?
- Cette gamine a cassé la dernière fournée de brique !
- Nous nous étions mis d'accord pour attribuer des tâches adaptées aux capacités physiques des travailleurs, répliqua Akaashi toujours aussi froidement. La brouette était bien trop lourde pour elle ! Il faut vraiment avoir la tête pleine d'air pour ne pas voir ça !
- Doucement, doucement, essaya de calmer subjectivement le superviseur.
Akaashi se tourna vers lui et parla plus bas.
- Nous avons convenu d'un marché.
- Oui, et il sera respecté. (Plus fort) Lâche ton arme, mes ordres ont été clairs, pas de fouet ! Au lieu de faire n'importe quoi, donne une tâche plus simple à cette fillette.
Les conversations reprirent comme si de rien n'était. Cependant, Akaashi ne revint pas tout de suite. Bokuto le vit suivre le superviseur. Il se remit à son activité sans se poser de questions, il devait lui remettre les points sur les i, vu son tempérament. Déjà qu'il n'avait pas peur de s'adresser familièrement à un prince, alors un simple superviseur…
Il revint un bout de temps plus tard.
- T'étais passé où ? s'enquit l'argenté.
- On discutait de deux-trois choses.
- Décidément, tu n'as pas froid aux yeux !
Akaashi souffla.
- Je t'avais dit que les encadrants étaient des crétins ici. Tu viens d'en avoir la démonstration. Si on se laisse faire, ils nous mangent tout cru, comme cette petite fille. C'est pour ça que j'interviens de temps à autres.
La journée se termina aussi rapidement qu'elle avait commencé. Kuroo retrouva Bokuto au moment du souper pour lui demander comment il s'intégrait dans la troupe.
- Tout va bien, tout le monde est très gentil, ça change vraiment du palais où tout le monde joue de ses faux airs pour plaire. Ici, c'est honnête et ça me plaît. Et toi ?
- Oui, je suis bien d'accord. Je pense que cette aventure va nous apprendre plein de choses sur nous et les autres. C'est comme ce camp d'entraînement militaire où nous sommes allés quand nous étions petits, sauf que là, c'est la vraie vie.
Ils parlèrent encore un peu jusqu'à ce qu'Akaashi ne vienne voir le prince.
- J'ai quelque chose à te montrer, suis-moi.
Bokuto était de plus en plus surpris du comportement du jeune leader. Il avait l'impression que le courant passait finalement entre eux et cela le rendait heureux. Akaashi le conduisit dans son habitation, un petit appartement, au deuxième étage environ – si on pouvait calculer ça ainsi – d'un petit complexe. À l'intérieur, il prit une échelle et ouvrit une trappe au plafond qui donnait sur le toit. Il se hissa sur celui-ci et tendit une main à Bokuto pour qu'il puisse le rejoindre. Bokuto était resté silencieux tout le trajet, se demandant ce qu'Akaashi avait à lui montrer. Lorsqu'il arriva sur le toit, il écarquilla les yeux d'émerveillement.
- Akaashi… c'est magnifique !
Devant lui s'étendait les quartiers ouvriers, mais ceux-ci étaient radicalement différents de ce qu'il voyait en journée. La nuit était en train de tomber et des milliers de petites torches s'allumaient ci et là, se mariant parfaitement avec le dégradé bleu rose qui avait teinté la voûte céleste. Et, à côté de tout ce décor, la silhouette de plus en plus sombre d'Akaashi, qui le regardait lui. Bokuto avait l'impression d'être dans un rêve.
- Tu vas être dégoûté de plein de choses dans les jours qui vont suivre, la vie ici est loin d'être rêvée. Mais on a quand même une forme de récompense, comme si on nous félicitait d'endurer tout ça. Ce n'est pas grand-chose, mais nous, ça nous suffit.
Bokuto ne répondit rien et sourit. Vraiment, il était bien.
- Tu viens souvent ici ?
- Quand ça ne va pas fort, oui.
Bokuto allait lui demander s'il était venu ici aujourd'hui pour cette raison, mais il n'en eut pas le temps car, soudain, alors qu'il regardait encore les étoiles se former dans le ciel, Akaashi se jeta sur lui. L'argenté eut juste le temps de percevoir un son aigu, se mélangeant presque au vent, passer au-dessus de sa tête. Akaashi le poussa de sorte à ce qu'il se retrouve contre le petit muret qui garantissait la sécurité de la terrasse.
- Reste là et ne bouge surtout pas ! Lui ordonna-t-il.
Bokuto resta interdit. Que venait-il de se passer exactement ? Il chercha Akaashi du regard, il était aussi quasiment allongé et semblait scruter l'obscurité.
- C'est bon, dépêche-toi, descends.
Une fois qu'ils furent tous les deux en sécurité, Akaashi souffla un grand coup, comme si un poids s'enlevait de ses épaules.
- Que s'est-il passé ?
- On nous attaqué. Ou plutôt, on t'a attaqué. Un archer, quatre toits plus loin.
- Tu as réussi à le voir dans cette obscurité ?!
- On devrait aller voir, si ça se trouve, il n'est pas allé loin !
À peine descendu, Kuroo courut à leur rencontre.
- J'ai entendu que tu criais, Akaashi, que s'est-il passé ? Bokuto, tu n'es pas blessé ?
- Tu étais là ?!
- Tu penses vraiment que je vais te laisser seul ?
- Un archer a mis Bokuto en joue. On peut encore le retrouver, suivez-moi.
- Quoi ?!
Ils dévalèrent un dédale de ruelles. Et lorsqu'ils arrivèrent à l'endroit indiqué par le jeune chef, quelle ne fut pas la surprise de Bokuto et Kuroo lorsqu'ils aperçurent Iwaizumi sur les lieux. Aussitôt que ce dernier vit qu'il était repéré, il détala comme un lapin.
- C'est pas vrai…
- Vous le connaissez ?
- Un peu, oui ! S'énerva Bokuto. C'est le chienchien de celui que je suspecte de vouloir me tuer !
- Ceci vient confirmer tes soupçons ? demanda Kuroo.
- Hm…, Bokuto se calma un peu. Pas encore. Quand je l'aurais vu lui-même tirer cette flèche, je serai convaincu.
- Ce qu'on vient de voir ne te suffit pas ?
- C'est pas assez.
- À trop vouloir attendre, tu sais que tu finiras par te faire tuer ?
Bokuto haussa les épaules. Puis, il lui sourit de toutes ses dents.
- On verra bien. Pour l'instant, je pense que je suis plus en sécurité ici qu'au palais.
Il se tourna vers Akaashi.
- Je te dois la vie. Tu viens de sauver un prince, Akaashi. J'ai une dette éternelle envers toi.
- N'exagère pas.
- Je suis on ne peut plus sérieux.
Plus un mot ne fut prononcé, Akaashi le regardait, surpris. Puis, il déclara :
- Eh bien, on verra en temps voulu. Je suis persuadé que tu trouveras un moyen de payer ta dette un jour ou l'autre.
Ils rentrèrent tous se coucher. Kuroo insista plus fermement pour rester à monter la garde dehors. Hors de question que l'on attaque de nouveau Bokuto sans qu'il soit là pour le protéger. Il avait eu beaucoup de chance qu'Akaashi eut été présent, il ne serait peut-être plus là autrement. Akaashi lui prêta une couverture et Kuroo passa la nuit dehors.
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Le lendemain fut une journée ressemblant beaucoup à la précédente. Un levé tôt, un travail toujours difficile pour Bokuto, un petit repas et une après-midi pareille que sa matinée. Encore aujourd'hui, Akaashi dû aller faire les gros yeux à un garde pour qu'il laisse un vieillard qui s'était assis une petite minute, à bout de forces. Cette fois, le superviseur n'était pas intervenu et Akaashi s'en était retourné à son poste juste après. Bokuto n'avait pas eu beaucoup l'occasion de lui parler dans la journée, il espérait que cela soit différent le soir.
L'heure du souper arriva bientôt. Elle se passa bien vite, même s'il y avait quand même plus à manger que le midi. Après cela, Akaashi fit un petit discours sur les dangers de la carrière ces dernières semaines. Plusieurs murmures d'indignations s'élevèrent de la foule.
Tout en regardant le jeune leader parler, Bokuto se dirigea vers Konoha qui se tenait un peu en retrait.
- Il est fort. C'est très courageux de reprendre le flambeau de son père à un si jeune âge. Il faut être très mature pour ça.
- On lui fait tous confiance ici. Il a toujours été comme ça, depuis que je le connais. Et puis, une de ses caractéristiques, c'est de ne jamais montrer le moindre sentiment. C'est un peu ce qui l'aide à affirmer son autorité. Comme je te l'ai dit, ce n'est pas par hasard qu'il vous a accueilli un peu froidement.
- Tu dis ça, mais Akaashi reste humain. Il a des sentiments comme tout le monde.
- Bien sûr.
Konoha sembla hésiter.
- Tu sais, reprit-il, je pense que je ne suis pas censé te le dire alors garde-ça pour toi, mais je ne l'ai vu pleurer seulement deux fois. La première, c'est quand il a reçu les coups de fouets qui ont laissé ses cicatrices dans son dos. La deuxième, c'est quand il est revenu avec ces quatre pains dans les bras.
Le cœur de Bokuto fit un bond. Il ne pensait pas que son geste avait pu amener Akaashi à en être autant ému. Dans un sens, il se sentait presque privilégié d'avoir pu déclencher une telle réaction.
- On te doit beaucoup, tu sais. Ça n'a peut-être l'air de rien, mais ton don nous a réellement changé la vie. Beaucoup de gens sont morts parce qu'ils n'avaient pas de quoi manger à leur faim.
- Très honnêtement, et je ne dis pas ça sur un coup de tête, quand je prendrai la place de mon père, c'est la première chose que je changerai. Il est temps de donner du renouveau à ce pays. Au palais, tout le monde pense que je me soucie trop des autres. Seulement, lorsqu'on en a les moyens, il ne faut pas se priver à aider son prochain, surtout lorsque celui-ci est un peuple affamé.
Konoha sourit au discours du prince. Sourire sincère qui semblait convaincu de l'honnêteté du jeune homme.
- Dis, que s'est-il passé pour qu'il se retrouve à être fouetté ? Ça devait être grave.
- Ça, il te le racontera lui-même. C'est une assez longue histoire.
Un calme presque confortable s'installa entre les deux jeunes hommes. Puis, Konoha reprit :
- Bon, c'est le moment où je rentre en scène ! déclara le blond.
- Comment ça ?
- Akaashi t'a parlé du « temps de l'histoire » ?
- Pas que je sache.
- Ah ! Alors pour rien au monde il ne faut que tu rates ça ! Tu vas voir, tout le monde participe, c'est un moment convivial.
Bokuto partit rejoindre la foule qui s'était formée pendant le speech d'Akaashi, qui était maintenant parti pour laisser la place à Konoha et Yukie.
Leur numéro dura environ quarante-cinq bonnes minutes. Ils avaient inventé une histoire ou tout le public était acteur. Les deux narrateurs faisaient des gestes que le public refaisait ensuite, parfois plusieurs fois de suite. C'était comme faire un peu de sport. Cela plut beaucoup à Bokuto qui s'amusait presque autant que les enfants. L'histoire en elle-même avait été minutieusement bien préparée. Elle était à la fois adaptée pour les enfants et pour les adultes pour que chacun puisse la trouver intéressante et y participer. Cela racontait l'histoire d'un enfant qui habitait sur les bords du Nil et à qui il arrivait toutes sortes d'aventures, dans la quête pour retrouver son petit chat qu'il avait perdu. Il faisait, au fil de ses péripéties, plusieurs rencontres de personnages ayant chacun une citation associée à un geste, comme pour les caractériser et leur donner un côté plus humain, malgré leur existence factice. Bokuto prit un moment pour observer la foule. Il n'y avait pas une personne qui ne participait pas. Même les vieillards les plus fatigués et affaiblis donnaient tout ce qu'ils avaient. On aurait dit une sorte de danse collective. Le prince chercha Akaashi du regard pour voir si lui aussi prenait part aux festivités, mais il ne put le trouver. Où était-il passé ?
Lorsque le spectacle fut terminé, Bokuto partit voir Yukie pour la féliciter, Konoha étant en train de parler avec d'autres personnes.
- C'est formidable ce que vous avez mis au point ! C'est vous qui avez tout inventé ?
- D ! Pour ne rien te cacher, ça fait plusieurs semaines qu'on bosse sur celle-là.
- Il y en a eu d'autres ?
- Oh oui ! Ça fait presque une lune d'or entière qu'on fait ça ! L'inspiration est parfois difficile à trouver, mais deux cerveaux valent mieux qu'un, comme on dit !
Elle lui adressa un clin d'œil.
- Après, l'idée n'est pas de nous. Elle vient de Saimi, la mère de Keiji. Elle agit beaucoup dans l'ombre, et dès qu'il y a quelque chose de nouveau qui sort, tu peux être sûr qu'elle y est liée de près ou de loin ! Sans elle, le moral des troupes serait très bas… On a de la chance de l'avoir.
- D'ailleurs, en parlant d'Akaashi, il est où ? Je ne le trouve nulle part.
- Seul Dieu le sait… Tous les soirs, il s'éclipse en s'arrangeant pour ne pas se faire remarquer. Je n'ai absolument aucune idée de ce qu'il peut faire, mais si tu veux mon avis, cela doit être dans l'intérêt du groupe. Oh tiens, en parlant du loup, regarde qui est là-bas !
Bokuto se retourna et vit Akaashi parler à un petit garçon dans ses bras. Bokuto l'avait vu pendant l'histoire, il était parmi d'autres enfants de son âge à écouter attentivement l'histoire de Konoha et Yukie. Bokuto se dirigea vers lui, et quand il fut à la hauteur d'Akaashi, ce dernier libéra enfin le petit et lui dit d'aller rejoindre sa mère pour aller se coucher.
- Alors, as-tu apprécié l'histoire de ces deux zouaves ?
- C'était super !
- Ils sont très doués. Je pense qu'ils ne s'en rendent pas très bien compte. C'est pour ça que je leur ai donné des postes assez importants.
- Akaashi… où étais-tu passé ? Je ne t'ai pas vu pendant l'histoire.
- J'avais une affaire à régler, rien de grave. Bon, vu l'heure et étant donné que tu es encore debout, je pense que le lever va encore être difficile pour toi…
- Hé ! J'ai réussi à m'habituer au fil des jours !
- Moi, je te dis : tu ne t'y feras jamais.
Bokuto devina que c'était pour rire, puisqu'il vit les lèvres du brun légèrement se relever. Ils se dirigèrent vers le petit appartement des Akaashi et s'apprêtèrent à se coucher sur le tapis de sol.
- Tiens, prends-ça, il va faire un peu plus frais cette nuit.
Il lui donna une petite couverture.
- Merci. Attends, mais toi, tu ne prends rien ?
- On n'a que quatre couvertures : deux pour ma mère et ma sœur, une pour Kuroo dehors et la dernière pour toi.
- Mais-
- Ça va aller, je te dis.
Bokuto n'insista pas, mais se sentit très mal à l'aise de laisser le pauvre Akaashi sans aucune protection pour la fraîcheur de la nuit.
Il commença à s'endormir et fut sur le point d'y arriver lorsqu'il perçut des tremblements venant de son voisin. Il était dos à lui, mais il pouvait voir qu'il s'était recroquevillé sur lui-même. Bokuto s'en voulait vraiment de ne garder la couverture que pour lui. Au moins, son corps était tout chaud, si Akaashi était contre lui, ça lui ferait sans doute un peu plus de bien, ils pourraient partager la couverture. Il décida donc que c'était une bonne idée et entreprit de ramener le brun contre lui. Personne ne les verrait, Kuroo était dehors et sa mère et sa sœur étaient séparées d'eux par un rideau tiré entre eux. Il passa un bras par-dessus le corps d'Akaashi et l'attira doucement vers lui, sans le brusquer. Seulement, il n'eut même pas fini qu'Akaashi se dégagea vivement. Et encore, vivement était un bien faible mot pour qualifier la façon dont il se débattit. Bokuto fut très surpris, on aurait dit qu'il le fuyait comme s'il était une sorte de tortionnaire et que le seul but de l'attirer vers lui était de lui faire du mal.
- Non, non ! Laisse-moi, LAISSE-MOI !
On aurait dit qu'il était en plein rêve. Bokuto leva les mains en signe de capitulation, mais le jeune chef recula jusqu'à se coller contre le mur opposé à leur tapis. Il s'assit et se recroquevilla sur lui-même, les mains protégeant sa tête, comme s'il attendait que Bokuto lui mette un coup. Il marmonnait des choses incompréhensibles, il était totalement désorienté.
Soudain, sa mère sortit de derrière le rideau et accourut auprès de son fils. Elle le prit dans ses bras et commença à le bercer. Kuroo débarqua aussi. Tout se passait très vite.
- Quelque chose ne va pas ?
Il se tourna vers Akaashi.
- Est-ce qu'il est blessé ?
- Non, non, commença sa mère, il va bien. C'est juste une petite crise de panique.
- Je-… Je ne voulais pas le mettre dans cet état. Je-je l'ai simplement rapproché parce qu'il semblait avoir froid… C'est à cause de moi qu'il est comme ça.
- Ne t'en fais pas, le rassura Saimi. C'est loin d'être ta faute, crois-moi. Ça lui arrive de temps en temps, il va se calmer. Il n'aime pas le contact avec des étrangers, c'est pour ça qu'il réagit comme ça.
Sa mère était la quatrième personne à être au courant des véritables identités des deux jeunes garçons. Son comportement à leur égard était comme celui des autres. De manière générale, c'était une personne de très douce, chaleureusement, et appréciée par la communauté. Comme lui avait confié Yukie, elle faisait beaucoup pour que tout le monde soit heureux. À l'instant t, elle démontrait toutes ses qualités de mère. Elle était vraiment quelqu'un de formidable. Bokuto aurait aimé que sa mère le prenne de la sorte dans ses bras au moins une fois dans sa vie, à moins qu'il n'en eût gardé aucun souvenir. Kuroo repartit monter la garde dehors, maintenant qu'il s'était assuré que tout allait bien à l'intérieur, ou du moins, que la situation était entre de bonnes mains.
Bokuto resta à veiller sur Akaashi qui se calmait progressivement dans les bras de sa mère. Il était choqué de la scène à laquelle il avait assisté. Akaashi était méconnaissable. On aurait dit une toute autre personne. Lui qui était calme et sûr de lui en temps normal, était devenu agité et désorienté en l'espace d'un simple toucher. Bokuto avait entendu parler de personnes ne pouvant supporter le contact d'autrui, il y en avait une au palais comme ça, mais il n'avait jamais pu voir ce que le toucher pouvait lui faire. Il devait y avoir différents degrés… Bokuto avait un peu honte d'avoir été celui qui le déclenche chez le brun. C'était effrayant comme réaction. Le cœur de Bokuto s'était serré. Il aurait aimé être la personne qui le réconforte en le prenant dans ses bras. Il aurait tellement désiré le protéger.
Saimi vit que le jeune prince réfléchissait en regardant son fils.
- Tu sais, ce n'est pas permanent, comme symptômes.
- Comment ça ?
- Il y a des hauts et des bas, si on peut le dire ainsi. Cela dépend surtout de la personne, en réalité. Plus Keiji aura confiance et appréciera cette personne, moins il aura de crise. Tu peux comprendre pourquoi il n'y a que moi qui peut le calmer au moment présent, sourit-elle tristement.
Elle s'arrêta un moment et regarda son fils – qui s'était rendormi dans ses bras – avec toute la tendresse dont était capable une mère. Elle reprit :
- Tu sais, j'ai confiance en toi. Je sens ce genre de chose, et je suis convaincue que tu es quelqu'un de réellement bon. Je suis aussi persuadée que ta venue ici n'est pas le fruit du hasard. D'une manière ou d'un autre, tu vas aider Keiji, comme il va t'aider toi. Vos destins sont liés.
Fin du premier chapitre. Les uploads seront faits normalement tous les lundi.
Dites-moi ce que vous en avez pensé ! J'attends beaucoup de retours sur cette fiction :)
À lundi prochain !
