Chapitre 2

Disclaimer : Bien que les personnages originaux d'Once Upon A Time n'appartiennent pas à ABC, puisqu'ils sont dans le domaine public, ils ne m'appartiennent pas. Quant aux créations propres d'Once Upon A Time, comme les lieux, les scénarios et le développement des relations entre les personnages... Ils appartiennent à ABC et Disney, mais je n'ai toujours pas de droit dessus.

Voici un nouveau chapitre de cette fanfiction. J'espère qu'elle continuera de vous plaire. Merci d'avance de vos commentaires, vous savez que ça motive un auteur à écrire !


Rumplestiltskin était assis sur un des tabourets du bar de la cuisine quand Belle rentra. Elle vit tout de suite qu'il massait sa mauvaise jambe mais ne fit pas de remarque et s'appliqua même à regarder ailleurs. Elle savait très bien qu'il supportait très mal son infirmité. Pourquoi en rajouter ? Il se considérait déjà trop vieux, trop abîmé pour elle, et honnêtement, il n'était pas le seul à le penser. Ce n'était un secret pour personne que les habitants de leur pays natal détestaient le sorcier. Aurore, Blanche-Neige et Cendrillon n'étaient pas non plus de grandes admiratrices de son compagnon.

« — Je suis là ! » annonça la jeune femme.

Elle se posta devant lui, notant avec une pointe de tristesse qu'il avait lâché sa jambe dès qu'elle avait annoncé sa présence. Il avait beau savoir qu'elle l'aimait, il refusait de lui montrer la moindre faiblesse. L'ancienne princesse se pencha pour l'embrasser. Elle n'arriverait jamais à revenir à leur ancien statut quo le jour où ils retourneraient dans leur monde... Elle repoussa cette pensée déplaisante dans un coin de sa tête et veilla à l'écraser sous des tonnes de choses plus intéressantes. Comme l'histoire qu'elle avait apprise dans l'après-midi...

« — Rumplestiltskin ? »

La façon qu'elle avait de ne jamais abréger son nom... Le sorcier lui prit une main mais la lâcha aussitôt. Il n'était pas un romantique. Enfin, c'était ce qu'il essayait de faire croire.

« — Belle ?
— N'essaye pas de jouer au plus malin avec moi... » le sermonna-t-elle. « On sait tous les deux que tu gagnerais et ça m'agacerait vraiment ce soir... »

Cela tombait bien, il n'était pas d'humeur pour une querelle. Il avait envie de vider son sac, d'enfin se reposer sur quelqu'un, au moins le temps d'une soirée. Il était fatigué de garder ses secrets et d'espérer des miracles pour des causes perdues.

« — Est-ce que l'histoire raconte la vérité ? » demanda la bibliothécaire.

Elle se saisit d'une fourchette dans un tiroir et se servit à même le plat, sans faire attention à ce qu'elle mangeait. S'ils avaient tenu une conversation ordinaire de gens ordinaires, Rumplestiltskin s'en serait réjoui : il n'avait pas vraiment réussi sa recette. Mais ils ne tenaient pas une conversation de gens ordinaires. Elle était une princesse, pour l'amour du ciel ! Il avait l'impression d'être dans un film complètement déjanté, où les scénaristes auraient soudainement décidé de jeter l'héroïne dans les bras du type qui meurt à la fin, quand les gentils gagnent.

« — En partie, oui », soupira-t-il. « Tu connais les contes de fées, ils partent de faits réels et les arrangent à leur sauce... »

Un peu comme les journaux people que Ruby lui avait passés en cachette, songea Belle.

« — Mais la partie sur Rumplestiltskin a tué le grand méchant, a perdu son fils qui a souhaité arriver dans un monde sans magie, et a aussi perdu la femme de sa vie, est vraie...

— Comment se termine l'histoire ? » demanda délicatement la jeune femme. « Comment arrive-t-on au « ils vécurent heureux jusqu'à la fin des temps » ? »

Le pauvre homme soupira.

« — Il n'y a pas de « ils vécurent heureux jusqu'à la fin des temps », chérie... »

Sa détresse le choqua. Partiellement parce qu'elle avait cru suffire à son bonheur. Evidemment, elle ignorait tout de ce fils disparu et elle comprenait maintenant pourquoi il luttait tant pour récupérer ses pouvoirs. Outre le fait qu'il avait un ego surdimensionné. Mais elle fut aussi touchée par son expression résignée. Elle se révoltait à l'idée qu'il ait abandonné tout espoir de revoir son fils. Elle qui s'imaginait presque avec un bébé dans les bras ne pouvait pas le supporter.

« — On le retrouvera », promit-elle sans réfléchir.

Il plongea son regard dans le sien.

« — Comment comptes-tu t'y prendre ? » lui demanda-t-il posément. « Belle, j'ai cherché Baelfire pendant des décennies sans jamais avoir la moindre piste. Il est possible qu'il ne soit même pas à Storybrooke. Et ça serait une catastrophe parce que tu sais que...

— Que personne ne peut entrer ou sortir de Storybrooke, je sais » le coupa-t-elle. « Sauf si...

— Si ? »

Elle rejeta ses cheveux derrière son épaule.

« — Sauf s'il n'est pas concerné par le sort. Emma et Auguste peuvent aller et venir dans le monde comme bon leur semble, non ? Donc, même si Baelfire ne se trouve pas actuellement ici, il est toujours possible de l'appâter en ville. Et je dois dire que tu m'as l'air tout désigné pour jouer l'appât. Tu serais même parfait dans le rôle. Tu as déjà fait du théâtre ? »

Il ne rit pas à sa mauvaise plaisanterie. En même temps, il riait rarement. Il souriait, il ricanait, mais elle ne se souvenait pas l'avoir vu rire. Elle poursuivit :

« — Ensuite, rien ne nous prouve que ton fils n'est pas à Storybrooke. Tu l'as peut-être croisé sans le reconnaître... »

Il avait recommencé à masser sa mauvaise jambe. La jeune femme grimaça. Il devait vraiment avoir mal. Elle se dirigea vers un placard, l'ouvrit, prit un verre et un cachet contre la douleur et lui tendit le tout. L'ancien grand méchant prit le temps de se servir de l'eau et d'avaler le comprimé avant de lui répondre :

« — Un père ne peut pas oublier le visage de son fils, chérie...

— Je ne voulais pas insinuer que... » Elle s'interrompit. « Ne me dis pas que tu n'as pas envisagé la possibilité qu'il ait grandi ? »

Il la dévisagea.

« — Je te demande pardon ?

— Où as-tu cherché ? »

Il lui dressa une liste sans chercher à réfléchir. Il avait espionné le marchand de glaces, le disquaire, avait attendu aux sorties d'école pendant des années jusqu'à ce que Régina alerte Graham qui lui avait défendu de s'approcher trop près des enfants, comme s'il n'était qu'un dangereux pervers.

Belle se mordait la lèvre, attendant patiemment qu'il ait achevé son énumération.

« — Rumplestiltskin », souffla-t-elle. « Bael est-il arrivé dans ce monde avant ou après Emma ?

— Avant. »

Le visage de la jeune femme brillait d'excitation.

« — Et Emma est-elle arrivée avant ou après le sort ? »

Ses yeux s'agrandirent. Mais bien sûr... Emma n'était pas restée un nouveau-né, puisqu'elle était arrivée dans ce monde avant le sort. Baelfire devait donc avoir plus de trente ans de plus que la dernière fois qu'il l'avait vu. Dieu, il devait être plus vieux que Belle maintenant... Sa compagne en était arrivée à la même conclusion.

« — Ouah », lâcha-t-elle. « Les réunions de famille vont être drôles... »

Il acquiesça sans réfléchir. Cela lui arrivait un peu trop souvent en ce moment, songea-t-elle.

« — Je propose qu'on demande de l'aide à Emma », suggéra-t-elle. « Retrouver les gens, c'était son métier, avant d'arriver ici... »

L'homme secoua la tête.

« — Nous y arriverons très bien sans que Mademoiselle Swann ne soit au courant... Je n'ai pas envie que toute cette histoire n'arrive aux oreilles de Madame le Maire. Or cette femme semble tout faire pour lui tomber dessus aux pires moments »

Belle tressaillit.

« — Je t'assure que ça ne concerne pas que le shérif. »

Rumplestiltskin prit sa main dans un geste de réconfort spontané. L'ancien grand vilain savait ce qu'elle avait vécu pendant les vingt-huit années pendant lesquelles il l'avait cru morte... Tôt ou tard, Régina allait payer. Plutôt tard, semblait-il, puisqu'il n'avait toujours pas accès à la magie. Il aurait pu la tuer de ses mains, mais Belle ne paraissait pas emballée à l'idée de lui apporter des oranges en prison... Idée stupide. Il n'y avait même pas de prison à Storybrooke. Et comme personne ne pouvait sortir de la ville... Mais il connaissait le shérif Swann, une femme débrouillarde qui aurait trouvé une solution à ce problème. Non, il valait mieux attendre.

Sa compagne battit plusieurs fois des paupières pour reprendre contenance.

« — Ou on peut s'y mettre tous les deux... Commençons maintenant. Prends une feuille et un crayon ! »

Il obéit sagement, contrairement à son habitude. Belle avait changé, en basculant de dimension. Elle était passé d'une jeune fille naïve, innocente et docile, à une jeune femme commandante, et beaucoup plus entreprenante. Et plus si innocente que ça, pensa-t-il avec un rictus amusé.

Elle prit le stylo pour dresser trois colonnes.

« — Dans la première, nous allons écrire tous les noms des gens que nous connaissons âgés d'à peu près l'âge de ton fils », expliqua-t-elle. « Nous allons nous renseigner à la mairie. Oui, bon, je sais ce que tu penses, mais j'imagine que Régina ne passe pas son temps dans les archives d'état civil... Dans la deuxième colonne, nous écrirons l'endroit où ces hommes habitent pour aller les observer, et dans la dernière, nous écrirons à quel conte de fées ils appartiennent, si nous arrivons à le déterminer... »

Il ne put s'empêcher de demander pourquoi.

« — Parce que je suis bibliothécaire, Rumplestiltskin » rappela-t-elle. « J'aime connaître la fin des histoires... Et aussi parce que le savoir, c'est le pouvoir... »

Elle lui avait volé sa réplique. Décidemment, ils n'auraient pas pu cacher leur liaison très longtemps.

Ils mirent des heures à établir une ébauche de leur liste, mais ils avaient tous les deux le sentiment de ne pas connaître suffisamment de monde. Belle réfléchit.

« — Tu serais d'accord pour que je demande de l'aide à Ruby ? demanda-t-elle.

Rumplestiltskin secoua la tête en signe de dénégation.

« — Non, chérie, ça ne ferait que rendre Régina curieuse...

— J'allais juste lui demander avec qui elle a flirté dernièrement » persifla la jeune femme. « Je n'allais pas me présenter chez Granny et sortir « ah sinon, vous n'auriez pas vu un type porté disparu depuis trente ans ? » »

Il ne put s'empêcher d'être amusé par le ton qu'elle avait employé. Le magicien ne comprenait pas pourquoi les femmes prenaient toujours une voix de fausset quand elles se parodiaient elles-mêmes. Qu'importait, ce n'était pas la préoccupation du moment.

Belle se pencha sur la feuille et y écrivit un autre nom de son écriture penchée. Contrairement aux autres femmes qu'il avait vu écrire (ou plutôt signer des contrats), Belle n'avait pas une belle écriture, avec des pleins et des déliés. On aurait dit qu'un homme avait écrit à sa place. Il tourna la feuille vers lui.

« — August ? » lut-il. « Impossible, chérie. »

Elle demanda immédiatement pourquoi. L'homme avait exactement le bon âge, et en plus il était attiré par Emma. Et, comme elle ajouta, les hommes de sa famille devait avoir un petit faible pour les princesses... Il ébouriffa ses cheveux, amusé malgré lui.

« — Disons simplement qu'Auguste n'appartient pas au bon conte de fées... » lâcha-t-il. « Pinnochio ».

La bibliothécaire s'empressa de noter cette nouvelle information.

« — On peut toujours commencer par les trois premiers de la liste avant de faire des recherches plus poussées en mairie, vu que je connais déjà pas mal de monde », proposa-t-elle. « Et ainsi de suite... Storybrooke n'est pas une si grande ville, et nous en aurons fait le tour assez rapidement. »

Ils n'eurent malheureusement pas la chance d'échapper au service de l'état civil de la mairie...

Le premier jeune homme qu'ils espionnèrent (Belle détestait ce verbe, elle préférait de loin le terme étudier, ce que Rumplestiltskin n'appréciait pas des plus. Il n'était pas question de cobayes dans cette histoire !) avait exactement l'âge de Baelfire, à quelques heures près. Il avait semblé naturel au couple de commencer par lui.

Au début, Rumplestiltskin avait le coeur qui battait la chamade, tellement fort que cela lui faisait mal. Quand il s'en était ouvert à sa compagne, celle-ci lui avait répondu d'un air distrait qu'il devait se réjouir que Régina ne lui ait pas encore volé au lieu de se plaindre. Il s'était retenu de lui dire que Régina ne pouvait pas lui prendre ce qu'il avait déjà donné. Le magicien n'était pas un sentimental. Et s'il l'était, il ne le laisserait jamais transparaître. Evidemment, Belle n'était pas dupe. Attendrie, elle posa une main légère sur sa poitrine, voulant apaiser le battement frénétique de son coeur. Il se demanda en sentant son pouls accélérer où elle avait pu pêcher une idée aussi bête. N'avait-elle jamais lu de Harlequins, comme la bonne bibliothécaire qu'elle était ? Ce n'était pas comme si la bibliothèque n'avait pas ce rayon entier consacré à la littérature érotique... On apprenait tellement dans les livres...

L'homme qui avait l'âge de Bael s'appelait Thomas Garden.

« — C'est un vrai homme à chats » observa Belle.

Il faisait chaud dans l'habitacle de la voiture -leur planque- et Rumplestiltskin baissa sa vitre. Elle la remonta aussitôt.

« — Arrête ! » chuchota-t-elle d'un ton impérieux. « Il va nous repérer ! »

Le magicien fronça légèrement les sourcils.

« — Tu as l'air de beaucoup trop t'amuser, toi... »

Elle lui fit un clin d'oeil séducteur et se pencha vers lui.

« — Toujours quand je suis avec toi... » lui susurra-t-elle à l'oreille.

Il avait commencé à pousser les choses un peu plus loin quand elle se redressa soudain. Tout en rajustant le col de son chemisier (un bouton avait sauté et roulé sous le frein à main), elle lui montra l'homme à chats.

« — Regarde ! Le chat, là, avec le bout des pattes noir ! »

Il n'avait pas très envie d'obéir, ayant des choses plus intéressantes en tête, mais il y avait quand même une faible chance qu'il s'agisse de son fils alors...

« — Qu'est-ce que ce chat tient dans la gueule ? » demanda-t-il en plissant les yeux pour mieux voir.

Ciel, ce qu'il pouvait se sentir vieux dans ce monde sans magie !

Belle se tordait le cou pour réussir à voir la scène.

« — On dirait des bijoux en or... » hésita-t-elle. « Rumplestiltskin, ce chat a volé le collier de Régina ! »

Rumplestiltskin avait envie de s'en réjouir mais cette histoire étrange n'allait pas dans ses intérêts.

« — Ce n'est pas Bael, chérie », affirma-t-il, catégorique. « C'est le maître du Chat Botté.

« — Comment tu peux en être si sûr ? »

C'était facile. Le chat avait des pattes qui ressemblaient à des chaussons, il assurait la richesse de son maître et n'était pas tout à fait honnête... Elémentaire, vraiment !

La jeune femme accepta tout de suite ses explications.

« — Bien, je suppose que trouver ton fils du premier coup aurait été trop beau... » soupira-t-elle.

Il ne put s'empêcher de penser que le trouver tout court serait miraculeux.

Belle mit trois jours à repérer leur cible suivante. Il s'agissait cette fois du fils d'un banquier, un certain George Dupuy. Sa carte de bibliothèque le disait légèrement plus jeune que Baelfire, mais il était tout de même assez vieux pour faire les yeux doux à Ruby... Malheureusement, la jeune femme ne s'intéressait pas à lui.

Il ne fallut que quelques minutes d'observations à Rumplestiltskin pour se détourner de leur mission. Sa compagne le repoussa gentiment quand il tenta une approche peu subtile; pour quelqu'un qui avait un jour refusé de l'embrasser, il avait largement changé d'attitude.

« — Des fois je me demande si tu as l'intention de m'aider à chercher », lui reprocha-t-elle gentiment. « Nous ne sommes pas là pour nous amuser ! »

Il attrapa la manche de son costume cintré noir. La jeune femme était habillée comme cette superhéroïne qui passait à la télé, Catwoman. De son point de vue, elle s'amusait beaucoup plus à la bibliothèque qu'ailleurs. Elle avait même modifié les horaires d'ouverture de la bibliothèque pour travailler davantage sur leur propre « opération cobra ». L'ancien vilain était même surpris qu'elle n'ait pas choisi un nom de code pour leurs expéditions.

Belle choisit de ne pas répondre et de le dévisager avec ses grands yeux bleus réprobateurs. Il sourit et se détacha d'elle, prenant soin de glisser ses mains au passage le long de ses bras. C'était impressionnant comme il avait besoin de toujours la toucher, songea-t-elle. Ce n'était même pas forcément pour... Elle rougit brusquement. Elle pouvait le faire, mais elle ne pouvait pas le dire. Malgré tout, elle demeurait une princesse, et les filles de roi ne parlaient pas de ces choses-là. Jamais. C'était limite si elles étaient au courant de ça.

La bibliothécaire reporta son attention sur George Dupuy.

« — Qu'est-ce qui cloche avec lui ?

— Regarde sa main droite, chérie... » lui conseilla-t-il.

Elle s'exécuta.

« — Je ne la vois pas, il la cache dans sa poche...

— Justement. Je fréquente son père depuis des années et j'ai souvent croisé ce jeune homme. Et pourtant, en vingt-huit ans, je n'ai jamais vu sa main droite. »

Le magicien la vit se mordre la lèvre inférieure. Cela lui faisait presque mal de la voir déchirer la chair tendre. Elle n'avait pas le droit de s'abîmer, mais elle piquerait une crise s'il se permettait la moindre réflexion. Depuis qu'ils s'étaient retrouvés, Belle ne supportait plus d'entendre de sa bouche ce qui pouvait ressembler à un reproche ou à un ordre. Elle en avait trop entendu dans le passé, avait-elle argué lors d'une querelle mémorable.

« — Le capitaine James Crochet » dit-il en coupant court à ses réflexions. « Je crois qu'il s'agit du capitaine Crochet. »

La jeune femme soupira et se contenta de barrer le nom de George Dupuy de sa liste de Bael potentiel.

Belle était assez optimiste malgré la pluie qui tambourinait sur le pare-brise de la toute petite voiture (dont le prix dépassait probablement le chiffre d'affaire annuel de son père) que son compagnon lui avait offert. « Jamais deux sans trois » avait-elle dit à Rumplestiltskin en se mettant au volant du mini-bolide. « On trouvera notre petit aujourd'hui ! »

Rumplestiltskin n'avait rien répondu, mais elle avait vu son regard s'éclaircir. Peut-être avait-il retrouvé espoir ?

En réalité, l'homme avait saisi dans sa phrase le fait qu'elle s'appropriait l'enfant. Bael n'était plus son fils, il était devenu leur petit. C'était sans doute bizarre parce que le garçon était probablement plus âgé qu'elle, maintenant, mais il s'en moquait. Sur l'instant, l'idée d'avoir un bébé avec Belle lui avait semblé une perspective merveilleuse. Mais ce n'était ni le bon moment, ni le bon endroit. Régina n'avait pas besoin qu'il lui facilite la tâche dans la mission qu'elle s'était assignée. Sa propre « opération cobra » consistait en une véritable vendetta contre le reste du monde, et en particulier contre lui. Il ne pouvait pas se permettre de s'inquiéter pour quelqu'un d'autre que Belle et Baelfire. Les deux seuls êtres qu'il aimait vraiment étaient la seule chose que la sorcière pouvait utiliser contre lui. Il avait déjà perdu son fils, il était hors de question que quelque chose arrive à Belle ! Par conséquent, il était presque obligé de la surveiller constamment. Heureusement, la fenêtre de sa boutique donnait sur la bibliothèque. Il pouvait donc la protéger sans non plus l'étouffer.

« — J'aimerais bien qu'il sorte du zoo... » souffla sa compagne. « J'en ai assez d'attendre ! »

Rumplestiltskin ne pouvait que compatir. Pour sa part, il supportait la longue attente avec plus ou moins de patience. Il sentait que cet homme qui était entré dans le zoo tout à l'heure, en short sous la pluie battante, pouvait très bien être son fils. Il l'espérait très fort.

Il sourit quand il sentit les doigts de Belle escalader son bras.

« — Rumplestiltskin ? » l'appela-t-elle. « Je m'ennuie... »

L'antiquaire fit comme s'il n'avait pas compris son insinuation.

« — Je sais, tu l'as déjà dit cent fois !

— Tant que ça ? Je pensais ne pas avoir dépassé les quatre-vingts ! »

Elle pouffa à sa mauvaise plaisanterie et il ne put s'empêcher de sourire, amusé malgré lui.

« — Chérie, quand tu parles comme ça j'ai l'impression d'avoir affaire à un gosse qui part en vacances... »

Devant son manque de compréhension, il prit une voix de fausset pour singer un gamin :

« — On est bientôt arrivés ? »

Belle pouffa à nouveau et il dut s'avouer à lui-même qu'il était fier de la faire rire. Elle en avait besoin après tout ce qu'elle avait traversé à cause de lui. Puis son bonheur se fissura quand il repensa à son fils.

« — Bael me faisait toujours le coup », murmura-t-il, autant à lui-même que pour le compte de la jeune femme. « Je refusais de voyager par magie, parce que comme tu sais, toute magie a un prix, et je n'étais pas certain d'avoir envie de le payer... Alors nous attelions souvent une voiture. Nos voyages pouvaient durer une heure comme trois jours, il finissait invariablement par me demander combien de temps encore nous avions à rester dans la voiture. Il n'a jamais passé plus de vingt-cinq minutes sans me poser la question. Vingt-cinq minutes, c'était son record. Je lui avais lancé le défi de tenir plus longtemps à chaque trajet. Il était dans un état impossible quand il échouait... »

Il sentit Belle lui presser la main. Elle appuya sa tête contre son épaule, même si la position n'était pas des plus agréables à tenir en voiture.

Elle n'eut cependant pas le temps de dire quoi que ce soit puisqu'il se redressa soudainement. Trop soudainement, réalisa-t-il quand sa mauvaise jambe le lança. Il fallait qu'il se résigne, il n'avait plus vingt ans. Il n'arrivait même plus à marcher correctement sur deux jambes, il lui en fallait trois. La bibliothécaire lui avait assuré qu'il n'avait une jambe de plus, cette satanée canne, que parce qu'il était un être extraordinaire. Extraordinairement impotent, oui ! Mais elle l'aimait quand même, donc il essayait en général de faire contre mauvaise fortune bon coeur. Cette expression était complètement stupide, songea-t-il. Surtout quand elle lui était appliquée : il n'avait jamais été particulièrement connu pour son bon coeur.

« — Qu'est-ce qui t'arrive ? » s'exclama Belle. « Tu m'as fait peur ! »

Il ne prit pas le temps de lui présenter ses excuses. De toutes façons, il ne le faisait jamais. Le grand Rumplestiltskin ne faisait jamais amende honorable. Surtout pour les choses graves et/ou importantes... S'excuser, c'était être faible.

« — Regarde-le... » chuchota-t-il.

Elle le regarda d'un air interrogateur et il comprit qu'elle n'avait pas entendu son murmure à cause du tapage que faisaient les gouttes de pluie en s'écrasant sur la voiture. Il répéta un peu plus fort.

« — Oui, bien quoi ? » demanda la jeune femme après avoir détaillé le gardien du zoo. « Il est juste un peu plus sale que tout à l'heure, pas la peine d'en faire tout un plat... »

Il secoua la tête. Elle n'avait pas vu ce que lui avait remarqué.

« — Regarde mieux », insista-t-il.

Elle obéit. Rumplestiltskin observa à nouveau le gardien. Il était impossible qu'il s'agisse de son fils.

Belle lui faisait part de ses remarques à voix haute :

« — Et bien, il a les vêtements trempés, les genoux et les mains sales... On dirait que les paumes de ses mains sont écorchées, comme s'il s'était agrippé à quelque chose et avait glissé. Ah, et il a de la banane écrasée sous la semelle de ses sandales. »

Elle s'arrêta pour se pincer l'arête du nez.

« — Laisse moi deviner... Tarzan ? »

L'antiquaire acquiesça, complètement dévasté. Il aurait pu s'agir de son fils. Bael aimait les animaux. Mais pas au point de se joindre à leurs familles. Une Bête lui suffisait.

Sa compagne était désolée pour lui. Elle posa une main tendre sur son avant-bras mais il se dégagea violemment.

« — Je vais faire un tour. Ne m'attends pas pour dîner. »

Il ouvrit et claqua rapidement sa portière, prenant soin de laisser sa canne dans la voiture. Peut-être que la douleur de son corps lui permettrait d'oublier un peu celle de son coeur...