Face au supplication auquel j'ai eu droit et du fait que la moyenne habituelle de reviews dans la section française de Final fantasy VII n'est pas très élevé, je me permets une dérogation à ma demande et ajoute gracieusement ce chapitre, parce que ç'aurait été trop cruel de ne pas le faire. À ce que je suis gentille… hihihi. Bon, passez les larmes et les remerciements, sans blague, j'ajoute ce chap parce qu'il y avait 28 ou 29 hits, ce qui n'est pas mal du tout pour un premier chapitre, mais je vous préviens, il faut un minimum de trois reviews par chap à partir de maintenant si vous voulez la suite. Oh pire, prévenez vos ami(e)s… (Oh que je suis vilaine) Maintenant, assez d'attente, allez, lisez!

The lost memories - 2 - A children's nightmare

Cloud gémit en se réveillant, ouvrit les yeux presque aussitôt, se sentant tout engourdi. Il découvrit avec surprise les cheveux noirs de Tifa sur son torse et réussit à se souvenir qu'ils s'étaient endormis l'un contre l'autre. La jeune femme respirait doucement et le calme sur son visage le réconforta tout de suite. Il avait peur de se réveiller seul. Mais elle était toujours là, avec lui. Comme elle l'avait toujours été.

-Je suis content de te voir. Mais tu m'excuseras, je dois me lever, fit-il au creux de son oreille avec un léger sourire.

Ses paupières papillonnèrent avant qu'elle ne se redresse doucement au-dessus de lui, d'abord étonné de le découvrir contre elle, puis se souvenant de ce qui s'était passé la veille.

-Bonjour, chuchota-t-elle avec un sourire.

-Bonjour. Bien dormi?

-Oui.

-Moi aussi.

Il se releva tranquillement sur ses coudes, décidé à ce que personne ne les voit comme ça. Ils étaient peut-être encore habillés, mais ça n'empêchait pas que Tifa était étendue sur lui. Si Denzel ou Marlène devaient les voir ainsi…

Tifa recula jusqu'à être sur ses genoux pour lui permettre de s'asseoir. Il avait des fourmis dans les jambes. Mais comme il allait s'asseoir, une violente douleur au ventre le fit se plier en deux. La piqûre à son doigt leur était complètement sortit de la tête. Tifa descendit de sur ses jambes pour lui donner de l'espace et s'agenouilla à côté de lui, lui soutenant l'épaule d'une main, inquiétée par la brusquerie de cette manifestation.

-Cloud? Où est-ce que tu as mal?

-Dans la poitrine… Au niveau du cœur, haleta le jeune homme en se crispant de douleur.

-Cloud, accroches-toi, d'accord? Tu n'as pas le droit de partir maintenant.

-Va me chercher de l'eau, je t'en pris, j'ai la gorge en feu, demanda-t-il en essayant de se calmer.

-Mais je ne peux pas te laisser tout seul.

Cloud avait pensé qu'elle répondrait ainsi. Mais il avait l'impression qu'il était sur le point d'exploser de l'intérieur. Il ne se sentait pas bien. Son cœur battait de plus en plus vite. Ses poumons exhalaient l'air et en demandaient moins, comme s'il absorbait trop d'oxygène. Il se sentait tout drôle. Mais une chose était clair dans la confusion qu'apportait cette nouvelle souffrance. Tifa ne devait surtout pas assister à son dénouement. Il ne savait pas à quoi s'attendre, mais il devinait que ce ne serait pas beau à voir. Puis, sa gorge était réellement brûlante.

- Tifa, fais vite s'il le faut, mais apportes-moi un verre d'eau! insista-t-il entre ses dents serrées par la crispation.

Elle abandonna les armes et courut jusque dans la cuisine. Cloud se sentit tombé tout

à coup et un vertige l'entraîna en bas du divan. Mais il ne fit pas le moindre bruit dans sa chute. Ses vêtements se resserraient autour de lui, sa peau le démangeait. La peur de l'inconnu l'envahit, mais il se maîtrisa pour ne pas appeler Tifa à l'aide. Il ferma ses yeux d'azur pour ne plus se sentir tomber. Le vertige empira. La douleur lui vrillait les tympans. C'était comme si des joueurs de batteries avaient pris ses organes internes pour le paradis des instruments de musique. Il se tortilla sur lui-même, se sentant rétrécir, comme un morceau de linge qui refoule au lavage.

Puis, aussi brusquement qu'elle était arrivée, la douleur disparut. Il se releva lentement, encore étourdi, et avec l'étrange impression d'être minuscule. Il remarqua avec surprise que le divan lui arrivait aux épaules. Alors qu'il mesurait deux ou trois fois cette hauteur. Il tendit des mains d'enfants devant lui et écarquilla les yeux, sous le choc. La substance sur cette fléchette maudite l'avait ramené des années en arrière et lui avait rendu son corps d'enfant!

-Tifa! cria-t-il d'une voix fluette qu'il eut d'abord de la misère à reconnaître comme étant la sienne. Il était redevenu le petit garçon qu'il avait été autrefois, mais avec tous les souvenirs et les pensées d'un adulte… Tifa! cria-t-il un peu plus fort, complètement paniqué.

Vincent se réveilla brutalement, avec un sentiment d'urgence courant dans tout son corps. Il voyait de nouveau, autre chose que du noir, mais uniquement du rouge! Il était pris au piège dans l'enfer! Puis il remarqua que la voûte rouge l'encerclant n'était rien d'autre que son manteau. Mais comment pouvait-il se sentir pris au piège dans son propre manteau? Sa cape n'était quand même pas assez grande pour… Il aperçut alors ses jambes devant lui, toujours enveloppé dans son pantalon de cuir noir, mais courtaudes et minces, comme celle d'un enfant. Il ne comprit pas avant de voir ses mains, celle humaine et celle de métal, toutes les deux miniaturisées. Enfin, pas plus grosses que celles d'un gosse.

-Miséricorde, gémit-il d'une voix de petite fille. Il rougit sous sa cape en reconnaissant la voix qu'il avait enfant. Il était devenu un enfant? Était-ce cela, l'effet de cette fléchette empoisonnée? Il paniqua et se mit à se débattre de plus belle dans la belle étoffe de sang.

Yuffie se réveilla et vit une petite forme se démener sous la cape de Vincent. Elle fronça les sourcils, ne comprenant pas. Mais elle retira le tissu de sur le petit, pour découvrir un vampire miniature, qui ne devait pas avoir plus de 6 ou 7 ans. Elle changea aussitôt d'air, charmée par l'enfant.

-Salut petit, dis-moi, qu'est-ce que tu fais là? Comment est-ce que tu es entré? Tu n'aurais pas vu un homme habillé en noir et en rouge avec un air un peu bête sur le visage et des yeux rouges? Tiens donc, des yeux comme les tiens, s'étonna-t-elle.

-Cherches-le pas! C'est moi, Vincent! s'écria le petit garçon d'une voix si petite que Yuffie ne put s'empêcher de rire.

-Non, sans blague, tu es Vinnie? Alors moi je suis Tifa, t'as vu la taille de ma…?

-Oui, je sais que tu trouves qu'elle est chanceuse d'en avoir une plus grosse que toi, mais je m'en fous. Écoutes-moi deux minutes Yuffie, c'est moi! Vincent! Vincent Valentine. La fléchette m'a ramené dans le corps que j'avais quand j'étais enfant! insista le garçonnet en battant des bras, ne pouvant empêcher les attitudes qu'il avait enfant de revenir au galop.

-Mais si c'est vrai, tu étais drôlement mignon quand tu étais petit Vinnie! s'exclama la jeune fille en le soulevant comme une plume et le mettant debout sur ses genoux, avec un sourire magnifique.

-Dis-moi que tu me crois au moins…

-C'est vrai que tu es habillé parfaitement comme Vinnie. Tu as même son bandeau dans les cheveux. Et tu as les mêmes yeux rouges que lui. Regardes-moi droit dans les yeux.

Le petit la fixa droit dans les yeux, rougissant de se sentir si vulnérable comparé à elle tout d'un coup. Mais dans son regard, il y avait le même air perdu, fuyant et désemparé que le Vincent de la veille. Il y avait aussi de la peine dans ses iris encore tendre. Il n'était pas assez vieux pour paraître aussi sombre qu'il l'était adulte.

-Tu as l'air, tellement plus innocent que le Vincent que je connais…

Le petit détourna le regard, intimidé. Il essaya de sauter par terre, mais elle l'attira contre lui, bientôt sûr qu'il s'agissait du vrai Vincent. Lui aussi aurait voulu réduire le plus possible les contacts avec les autres. Elle se mit à le chatouiller, s'étonnant de voir les effets d'une arme créée par son peuple. Des effets réellement contraignant. Vincent serait sans défense dans son corps d'enfant. Mais si mignon qu'il mettrait n'importe quel adversaire sans défense à son tour avec un simple regard. Elle en était sûre. Il chercha à lui échapper, n'ayant pas du tout l'esprit à jouer. Mais il ne pouvait pas se défaire de ses bras. Elle était plus forte que lui. Il n'était plus son défenseur. Les rôles s'étaient inversés.

Je n'aime pas ça, soupira-t-il intérieurement.

-C'est comme si j'avais un petit frère! Ou un fils! Quel âge tu as? À peu près 7 ans, non?

Il acquiesça en réussissant à se glisser hors de son étreinte, sans avoir laisser échapper le moindre rire. Ces cheveux noirs lui arrivaient dans le milieu du dos. Il avait déjà les traits durs que son visage aurait plus tard. Mais ses yeux étaient encore innocents.

-Tu ressembles à une fille, je devrais te trouver une robe et du maquillage! Qu'est-ce que tu en penses?

-Il n'en est pas question, déclara-t-il en décidant de sortir de cette chambre avant qu'il ne soit trop tard.

-Attends un peu que je te montre à Tifa, elle va te trouver adorable. Vinnie, c'est dommage que tu n'ais pas de photos de quand tu étais petit. Parce que tu étais vraiment trop chou.

Elle se lança à ses trousses et l'attrapa avant qu'il ait le temps de franchir le seuil de la porte. Il se sentit soulever dans les airs et agita furieusement ses pieds, fâché par son impuissance.

Quand Tifa revint dans le salon avec un verre d'eau et voyant le petit Cloud debout devant elle, elle ne put s'empêcher de sourire. Aucune incompréhension ne se lisait dans son regard sombre. Elle déposa le verre sur une table basse et vint s'agenouiller devant l'enfant.

-Ne me dit pas que l'effet de cette fléchette, c'est de changer ceux qui se font piquer en enfant?

-Je… je crois que oui Tifa, j'ai l'impression d'avoir tout juste 8 ans.

-Mais c'est bien l'âge que tu avais quand tu ressemblais à ça Cloud! Tu as l'air d'un ange en porcelaine, sourit-elle avant de le prendre dans ses bras.

Cloud n'eut pas le temps de s'échapper qu'elle l'avait amené face à face avec lui, le tenant par les aisselles. Il était léger comme un sac de plumes. Sur le coup, il voulut échapper à son étreinte, mais il finit vite par s'y abandonner, réconforté d'avoir Tifa près de lui dans cette épreuve. Ce ne serait pas facile de faire face à cela.

-Je ne suis pas sûr que je pourrais bien te défendre avec cette taille…

-Ce n'est pas grave, je te protégerais moi. Et les enfants seront certainement contents d'avoir un autre compagnon de jeu.

-Mais il va falloir leur dire qui je suis.

-Bien sûr, mais ce n'est pas si pire que ça. Allez Cloud. Ça te permettra de te changer les idées un peu, tu ne crois pas?

Le petit garçon qu'il était redevenu ne répondit pas. Il avait passé automatiquement ses bras autour du cou de Tifa, comme il le faisait autrefois avec sa mère, avant qu'elle ne meure. Et ce souvenir l'avait plongé dans toute une vague d'autres. La jeune femme, de son côté, ne pouvait s'empêcher de ressentir son cœur se soulever à l'idée de tout ce qu'il avait fallu pour que Cloud ait ce geste envers elle. Il avait fallu qu'il redevienne enfant. C'était un peu fort quand même.

Mais à ce moment, ils entendirent une voix minuscule qui attira toute leur attention.

-Non, Yuffie, je peux marcher tout seul. Déposes-moi!

Yuffie arriva, tout sourire, avec un Vincent modèle miniature dans les bras. Il avait croisé les bras, ses jambes pendaient dans le vide et il était en fait plutôt gêné de sentir la poitrine de la jeune fille dans son dos. Mais cela n'enleva rien à sa surprise de voir un petit Cloud dans les bras de Tifa.

-Alors, ça à fait la même chose à Vincent!

-Alors, ça à fait la même chose à Cloud!

,s'exclamèrent en même temps les deux jeunes femmes.

-Et moi je voudrais descendre! se plaignit Vincent.

-Oh mais Vinnie, avant, tu dois montrer ta frimousse à Tifa, il est mignon non? Avec sa petite tête toute ronde, comme un matéria, plaisanta Yuffie, qui tirait un malin plaisir de la situation.

Cloud rit, amusé par les yeux rouges de Vincent qui roulèrent d'exaspération dans leur orbite.

-C'est vrai que tu étais plutôt adorable quand tu étais petit. Tu nous l'avais caché! ajouta Tifa.

Vincent se contenta de grogner, intimidé par toute cette attention tournée vers lui.

-Mais Cloud à l'air d'un angelot! Tu me le donneras tantôt, Tifa?

-Bien sûr, sourit la jeune femme.

-Hé, mais je suis pas un bibelot, moi!

-Bienvenu au club, grommela Vincent.

C'est ce moment que choisirent Denzle et Marlène pour descendre de leur chambre. Leur estomac criait famine, mais il ne s'attendait certes pas à ce qu'ils allaient découvrir.

-Tifa? Yuffie? Qu'est-ce que…?

Il fallut un bon quinze minutes pour expliquer aux deux vrais enfants de la maisonnée ce que cela voulait dire. Une fois qu'on les eut présenté à Vincent et qu'ils eurent le certitude que ce jeune blond était Cloud, ils proposèrent aux deux petits de garçons de jouer avec eux avant de déjeuner. Le vampire refusa, mais l'autre ne pouvait pas dire non. Il n'avait pas jouer depuis déjà très longtemps avec Denzle et Marlène. Puis, tant qu'à être redevenu un petit garçon, autant en profiter.

-Allez jouez, je vais préparé de quoi manger, décida Tifa. Toi, pendant ce temps Yuffie, tu vas aller voir les Turks avec Vincent. Il te servira de preuve pour leur montrer que c'est très sérieux. Tu leur demanderas d'analyser le poison sur la fléchette. Puis, tu achèteras des vêtements pour Cloud et Vincent, ils ne peuvent pas se promener avec leur costume en modèle réduit, ils se feraient moquer d'eux.

-Quoi? Mais il n'est pas question que je…!

Vincent n'avait rien à dire. Yuffie l'avait déjà attrapé par la main, heureuse de pouvoir l'avoir à elle toute seule. Il dut la suivre, étant bien trop petit pour faire le poids.

-Surtout, faites attention, recommanda Tifa en leur disant au revoir sur le pas de la porte.

Le garçonnet la fusilla du regard tant qu'il le put, puis fut obliger de se détourner pour suivre Yuffie.

-On ira manger un morceau en chemin, qu'est-ce que tu en dis? l'encouragea la jeune fille.

-Moi, je veux pas y aller, marmonna-t-il pour lui-même.

Yuffie le surveillait du coin de l'œil, pour s'assurer qu'il ne s'enfuirait pas, mais il s'était décidé à accepter la situation et à ne pas agir comme un gamin. Il la suivrait docilement, tant pis pour son orgueil. Des enfants passèrent à côté d'eux et le regardèrent avec envie. Il était habillé comme le fameux Vincent et marchait avec une charmante jeune fille, qui devait être sa grande sœur. Il n'était pas seul, comme eux, enfants de la rue. Devant leur mépris et leur envie, il se sentit soudain plus vulnérable qu'il ne l'était vraiment et se rapprocha inconsciemment de Yuffie. Elle sourit.

En passant devant une pâtisserie et sentant la délicieuse odeur des sucreries, elle choisit leur destination pour le déjeuner.

-On mange des brioches aujourd'hui Vinnie! Quelle sorte tu préfères?

-J'en sais rien, j'en ai jamais mangé… bougonna-t-il.

-Comment ça? Tu n'en as jamais mangé? Mais c'est affreux! Il faut que je change cela. Viens, vite!

Elle se mit à courir et il dut galoper comme un étalon derrière elle pour ne pas perdre le rythme. Quand ils entrèrent dans la pâtisserie, il avait les jambes en feu et le bras mort. Son autre bras, celui en métal, lui faisait mal.

-Yuffie, je vais devoir m'asseoir, je ne tiendrais pas longtemps sur mes jambes…

Elle le souleva dans ses bras pour lui faire voir toutes les sucreries qu'ils pourraient manger. Sans pourvoir se retenir, il saliva. Avec un sourire, la vendeuse interrogea l'enfant sur ce qu'il voudrait manger. Vincent faillit lui dire qu'il n'était plus un gamin, mais la situation ne se prêtait pas à ce genre d'orgueil. Il déglutit en s'obligeant à considérer les prix pour ne pas que ça ne soit pas trop cher en bout de ligne.

-Des brioches à l'érable et un muffin aux cerises. Avec un verre de lait s'il vous plait, réussit-il à demander en ravalant sa fierté et salivant un peu plus.

-Il est vraiment chou, votre fils, commenta la vendeuse en préparant la commande du petit. Son père doit être fier qu'il soit aussi poli.

-Moi en tout cas, je suis fière de lui, c'est amplement suffisant. Pas vrai Vinnie, demanda Yuffie en le posant sur le comptoir pour pouvoir payer.

Il se recroquevilla un peu sur lui-même, intimidé. Malgré lui, son corps d'enfant prenait des droits sur son cerveau d'homme adulte. Il se sentait tellement insignifiant…

-Oui, souffla-t-il en rougissant un peu.

-Un vrai amour que vous avez là, soupira la dame en pinçant amicalement la joue de Vincent, qui essaya d'échapper à cette gentillesse, agacée.

Son enfance n'avait jamais ressemblé à rien de tel. La dame de la pâtisserie lui donna un verre de lait qu'il engloutit tout de suite avec un minuscule merci.

Yuffie prit le sac de sucreries, une fois qu'elle eut payé, puis reprit Vincent dans ses bras, pour quitter la petite boutique.

-Merci beaucoup, lança-t-elle avec un sourire avant de sortir.

La jeune fille avait les bras pleins quand elle se retrouva sur le trottoir. Des hommes la regardèrent avec bienveillance, porté cet enfant et leur repas tout en fonçant trouvé un endroit où manger. Elle avait l'air d'être une bonne mère. Vincent se sentait de plus en plus mal à l'aise. C'était comme s'il était devenu un poids pour Yuffie. Un poids et une responsabilité. Il n'aimait pas vraiment ça. Il n'avait jamais eu de mère, il ne savait pas ce à quoi ça devait ressembler.

Une fois qu'ils furent assis dans un parc, dévorant tranquillement leur déjeuner, elle lui adressa un sourire qui le gêna encore plus.

-Vinnie, ça t'intimide tant que ça ce que je fais pour toi?

Il mangea en silence, sans oser lever les yeux. Il avait peur de prendre goût aux nouvelles sollicitudes dont elle l'entourait. Il ne devait pas regretter l'âge adulte. Il ne devait pas s'habituer à être un enfant. Il ne devait surtout pas aimer ça. Mais en même temps, il commençait déjà à apprécier son traitement de faveur. Le sucre fondait dans sa bouche et il se focalisa sur ce seul goût.

Elle attendit qu'il ait fini de manger pour lui parler encore. Elle en profita pour goûter les sucreries elle aussi. Puis, quand il ne resta plus rien à manger, elle se décida pour mettre les choses au clair.

-Vinnie, je vais agir avec toi comme si tu étais vraiment un enfant en public, d'accord? Parce que sinon, des gens pourraient peut-être finir par comprendre qui tu es. Et si tu as des ennemis sur cette planète, ce que je crois être vrai, mieux vaudrait ne pas te faire remarquer en ce moment. Tu ne peux pas te défendre contre eux dans l'état où tu te trouves. Je doute même que tu puisses seulement te servir de death penalty. Il doit être trop lourd pour toi. Tu comprends.

-Oui, je comprends.

-Alors, il faudra que toi aussi, tu agisses comme un enfant. Tu comprends ça aussi?

-Oui, je comprends. Mais est-ce que je suis…

-Oui, tu es obligé. Alors ne discutes pas et fais moi voir tes mains, ordonna-t-elle.

Surpris par l'autorité de sa voix, il obéit et lui montra ses mains. Ces dernières étaient couvertes de sucre glacé et celle d'acier n'apparaissait pas en ressortir en superbe état.

-Vinnie, tu vas devoir te laver les mains, tu sais ça. Tu peux pas rester avec des mains toutes gommantes comme ça!

-Mais je le sais Yuffie.

-Oh oh oh, attention Vinnie, pas de Yuffie, maintenant, tu m'appelles maman.

-Mais tu es encore jeune pour…

Elle l'interrompit en posant une main sur sa bouche. Il n'insista pas pour parler et attendit avec patience qu'elle retire sa main. Sa peau était douce, douce, il en avait presque peur.

-Pas de mais, appelles-moi maman, ordonna-t-elle.

Il baissa les yeux et s'essuya les mains l'une contre l'autre, sans réussir à le dire. Il n'avait jamais appelé aucune femme ainsi. Il n'avait jamais eu de mère. Et maintenant, elle le poussait à faire comme si elle était la sienne. Pour le protéger de potentiels ennemis. Son cœur flancha un moment dans sa petite poitrine et il partit à la course vers la fontaine du parc, pour nettoyer ses mains encore collantes de sucre.

Yuffie le rejoint sans rien dire, ne comprenant pas son débat intérieur. Elle jeta les sacs de plastiques ayant servi à porter leurs achats et attrapa son petit bras d'acier quand il eut fini.

-Alors, Vinnie, comment tu dois m'appeler?

-Maman, marmonna-t-il entre ses dents. Le mot lui faisait mal et lui donnait envie de pleurer. Son cœur se réchauffait à chaque fois qu'il y pensait. Il se répétait qu'il était un adulte, un homme et qu'il n'avait pas de mère. Mais en même temps, la part d'enfant en lui voulait croire à cette chance unique.

-J'aime ta voix quand tu le dis. J'espère que la prochaine fois, ce sera avec un peu plus d'entrain.

Il la suivit dans la rue, courant à côté d'elle quand elle traversait une rue et trottant quand elle marchait. Il s'essoufflait vite, ayant à faire compétition à des très longues jambes. Bien plus longues que les siennes. Il en avait les larmes aux yeux. Il se sentait si faible tout d'un coup. Au bout d'une demi-heure, il ne put plus endurer le rythme du tout.

-Yuffie, demanda-t-il. Elle fit comme si elle n'avait rien entendu. Maman, finit-il par dire, épuisé d'avoir tant couru et trotté.

-Oui Vinnie? sourit-elle en tournant vers lui un visage plein de chaleur.

Il se sentit plein de joie à la voir sourire ainsi. Mais en même temps il rejeta cette idée. Pas de réconfort. Mieux valait détesté cette expérience pour mieux accepter sa fin.

-Tu vas trop vite pour moi, dit-il, dans un souffle, tout en cherchant son air.

Elle le souleva dans ses bras minces, mais forts, contente de pouvoir le porter contre son cœur ainsi. La détresse de Vincent lui faisait oublier la trahison de son père et de son peuple. Et peut-être faisait-elle exprès pour accentuer cette détresse et se sentir mieux avec elle-même.

Le petit garçon s'accrocha à l'une de ses épaules, tout simplement mort de fatigue. Son esprit voulait rester en éveil, mais son corps s'assoupit contre celui de la jeune fille. Elle le secoua doucement un peu plus tard, pour le sortir de son sommeil.

-Je suis désoler, s'excusa Yuffie alors qu'ils arrivaient devant les bureaux des Turks.

-On… on est arrivé?

-Oui, Vinnie. Tu crois que tu peux marcher?

Il sauta par terre en guise de réponse, complètement revenu de sa fatigue. Elle l'attrapa quand même par la main et la tira à côté d'elle, en s'obligeant à marcher plus lentement pour qu'il puisse soutenir le rythme.

Au bout de plusieurs ascenseurs et de successives crises de terreur de Yuffie face à la hauteur à laquelle il se trouvait dans l'édifice, que Vincent dut calmer à l'aide de sa petite voix et de ses plus beaux regards, ils réussirent à rejoindre l'étage où se trouvait Rufus Shinra. Tseng les reçut, non sans surprise, désirant savoir qui était le petit garçon qui suivait Yuffie comme une ombre. La jeune fille ne voulut rien lui dire, songeant qu'elle ne pouvait pas confier la fléchette à un homme, surtout après avoir vu comment Cloud s'était fait avoir bêtement. Elle demanda de voir Elena, prétextant qu'il n'y avait qu'à elle qu'elle s'expliquerait.

Bientôt, Vincent eut le droit de cesser son rôle de petit garçon à sa maman et pu expliquer avec Yuffie la situation à une Elena tout à fait dépassé par les évènements. Une fois les explications digérées, la jeune femme décida ce qu'il convenait de faire.

-C'est simple, si cette fléchette les a réduis tous les deux à l'état d'enfant, elle ne peut pas être issue de la technologie de Wutai. Je ne voudrais pas t'offusquer Yuffie, mais ton peuple est beaucoup trop traditionnel pour créer un truc pareil. Ce sont sûrement des armes de la Shinra qui ont été perdu lors de sa destruction. Je vais les étudier pour voir ce qu'on peut faire, mais je pense que le mieux, c'est d'attendre que les choses changent. Les effets de nos armes ne durent jamais plus d'un mois ou deux.

-Un mois ou deux! cria presque Vincent, sous le choc. Comment pourrait-il supporter d'être aussi vulnérable pendant un mois? Ou pire encore! Deux!

-Je suis désoler mon petit, mais, c'est tout ce que je peux dire pour l'instant. Et les victimes de nos armes n'ont pas le droit de faire de réclamations. Ils doivent se plaindre à ceux qui ont utilisé les armes contre eux et pas à la Shinra, nous ne sommes pas responsables des résultats de confrontations où nos armes sont entré en jeu.

-C'est beau les multinationales bringuebalantes de nos jours, soupira le petit vampire avant de se pendre à la main de Yuffie. Allez, on n'a plus qu'à partir.

-Tu nous envoieras des nouvelles Elena? D'accord? Dès que tu pourras?

La jeune femme hocha positivement de la tête en les saluant de la main.

Yuffie lui retourna son salut et quitta les lieux avec Vincent. Il leur restait une commission à faire. Elle allait pouvoir habiller un petit Valentine comme elle le voulait! Autant dire que le meilleur restait encore à faire.

Pendant ce temps là, Reno s'ennuyait ferme. Il avait battu des records sur sa cible et avait perdu la plus belle fléchette de son jeu. Le carton cloué contre la porte de son bureau attendait dans le silence, les carreaux noires et jaunes du cercle se découpant sur le gris des murs. Il aurait voulu un autre genre de fléchettes pour améliorer son jeu. Pour être sûr de ne jamais rater son coup. Mais rien n'était moins certains. Il ne pourrait jamais sortir du building pour aller s'en acheter une un tant soi peu spécial et il n'en trouverait certainement pas dans le building. Mais il n'avait rien à faire.

Alors, à court d'idée, Reno se leva, pour aller jeter un œil dans le bureau des trois autres. Histoire de voir si ses collègues n'avaient pas trouvé de quoi à faire. Rude n'était pas dans son bureau et Tseng non plus. Mais il n'y avait rien d'intéressant là. Sauf peut-être certains magazines pas trop clean dans un des tiroirs de son partenaire de mission. Reno sourit en reposant les livrets pleins de photos et de couleurs. Qui aurait cru ça d'un homme comme Rude? C'était vraiment une découverte. En tout cas, ça lui changeait les idées.

Tseng n'était pas là, apprenant le nouveau sujet de recherches d'Elena. Il serait peut-être le seul des Turks masculins à avoir su le danger que représentait cette fléchette couverte de sang. Mais le destin faisant parfois drôlement les choses, Tseng retourna à son bureau et Elena dut aller faire un tour à la salle de bain, urgence mensuel oblige. La fléchette était restée en évidence, sur le bureau de la jeune femme. Reno choisit ce moment pour se pointer et apercevant la fléchette, il sourit, jubilant comme un enfant. Il avait trouvé ce qu'il n'espérait même plus. Il s'empara de l'arme, observant sa forme aérodynamique et se demandant ce que pouvait bien faire Elena avec ce genre de truc sur son bureau.

Mais peu importe, il pourrait bien voir comment allait cette fléchette-là, il n'en avait aucune comme celle-là… Sans le vouloir, en l'observant et la retournant entre ses doigts, sur le chemin de retour vers son bureau et sa cible noire et jaune, il se piqua un doigt.

-Ouille, mais c'est qu'elle est pointue la coquine, plaisanta-t-il en fermant la porte de ses quartiers de travail derrière lui.

Il ne lui fallut pas longtemps pour réussir à toujours atteindre le centre de la cible avec sa nouvelle fléchette. Mais alors qu'il allait recommencer son nouvel exploit, Rude ouvrit la porte sans prévenir et se reçut la pointe en plein torse. Il releva ses lunettes noires vers Reno, l'air de fort mauvaise humeur. Son partenaire venait de lui abîmer son dernier costume!

-Oh, salut Rude. Qu'est-ce que tu veux? demanda Reno en se faisant tout petit sur son siège.

-Savoir pourquoi je ne peux même plus te faire confiance en ouvrant la porte de ton bureau!

-Je ne pensais pas que quelqu'un entrerait et je m'ennuyais, alors j'ai…

-Fais l'idiot.

Le roux fronça les sourcils, trouvant que Rude poussait un peu.

-Je t'ai fait mal? Je m'excuse, c'était un accident.

Rude retira la fléchette de son costume en niant d'un hochement de tête. Il n'avait rien ressentit d'autre qu'une sorte de piqûre d'abeille. Cela avait été désagréable, bien sûr, mais pas terrible. Mais ce n'était pas le genre de chose dont il avait besoin en ce moment. Il était déjà en colère contre Reno.

-Tu ne pourrais pas faire attention un peu?

-R..r..Rude? Qu'est-ce qu'il y a? J'ai fait quelque chose de mal? s'inquiéta le blanc en voyant son partenaire se faire craquer les jointures.

-Tu ne crois pas si bien dire.

Il claqua la porte derrière lui, avec violence. La fléchette se retrouva sur le pas de la porte, dehors, dans le couloir. Tseng passait justement là, avec des dossiers dans les bras. Mais, ayant l'esprit ailleurs, sûrement à penser à une jeune femme aux cheveux blonds, courts, au parfum léger, mais entêtant, au sourire rare, mais tellement…

Ses pensées pour Elena laissèrent son regard s'égarer vers un objet anodin qu'il avait déjà croisé le matin même. La fléchette! Il s'en saisit, paniqué à l'idée que quelqu'un d'autre ait pu entrer en contact avec cet objet dangereux. Il se fit un devoir de le rapporter à Elena, qui devait l'avoir perdu par inadvertance. Quoique cela l'étonnerait. Reno devait avoir quelque chose à voir dans tout cela. Oui, c'était toujours lui qui causait les problèmes internes. D'ailleurs, pourquoi la fléchette se trouverait-elle devant la porte de son bureau autrement?

Tseng s'éloigna en prenant la direction du bureau d'Elena. Portant les dossiers dans un bras et la fléchette maudite dans l'autre main, il ne regardait pas trop où il allait. Alors il entra en collision avec son patron, Rufus Shinra lui-même. Le malheur frappa de nouveau et la fléchette se planta dans l'épaule de Rufus qui, sous le coup de la douleur et de la surprise, perdit complètement la raison.

Bientôt, les cris de colère du patron et ceux de supplice de son employé attirèrent les Turks dans le couloir. Rude et Reno sortirent du bureau de ce dernier, le plus grand n'ayant plus de verre à ses lunettes et le rouquin portant maintenant une chemise dernier cri, à moitié déchirée. Son veston en lambeaux ne donnait pas trop de bonnes impressions. Mais Rufus était dans un état bien pire. Il s'était emparé de la fléchette et piquait Tseng de toute part avec cette arme providentielle en criant à tort et à travers qu'il allait lui faire voir ce que c'était que la souffrance.

-Non, mais on n'a pas idée à attaquer son patron ainsi! Vous devriez avoir honte, criait Rufus en piquant Tseng de plus belle, sans laisser à ce dernier une chance de s'expliquer. Non, mais qu'elle mouche vous a piqué pour que vous me faites ça? Je vais vous montrer ce que c'est d'être piqué moi!

Elena arriva alors, derrière Rude et Reno et les dépassa, pour sauver la situation. Elle vint à la hauteur de son patron, l'immobilisa d'un bon coup de pied dans les couilles et s'empara de la fléchette en dévisageant monsieur Shinra qui gisait maintenant à genoux, soufflant à petit coup sa douleur. Il la fusilla du regard et Reno songea qu'il valait mieux se mettre du côté de la jeune femme. Il pensait qu'elle avait raison, contrairement à leur patron. Il alla donc aider Tseng à se relever, bientôt suivit par Rude.

-Monsieur, sauf tout le respect que je vous dois, ce que vous venez de faire était tout à fait stupide et inconsidéré. Cette fléchette peut tous vous ramenez au seuil de votre petite enfance. Elle fait partie de l'ancien arsenal de la Shinra et a été ramenée ici par Yuffie, qui l'a récupéré suite à un combat entre elle, Vincent Valentine et des hommes de Wutai. Ces derniers ont réussi à atteindre Valentine et il a maintenant l'aspect qu'il avait à 7 ans. Cloud a aussi subi une piqûre et se trouve dans la même situation. Et c'est une chance qu'aucune femme n'ait été piquée jusque là, parce que pour nous, le poison de cette fléchette est mortelle.

-Quoi! s'exclama violemment Tseng, en revenant à lui même.

-Pas d'inquiétude, je suis prudente, moi. Et ne fais pas de geste brusque Tseng, tu dois te reposer.

-Attendez, s'insurgea Rufus. Vous voulez dire que Tseng et moi allons devenir deux petits garçons?

-Exactement.

-Mais alors, moi et Rude aussi, s'inquiéta Reno.

-Comment ça?

-On s'est tous les deux piqués avec cette fléchette, expliqua le roux en essayant de replacer sa chemise déchirée pour reprendre contenance devant l'air outré de Rufus face à son aspect.

-Oh malheur, je vais bientôt être entouré de gamins turbulents. Reno enfant, quelle horreur, souffla-t-elle avant de s'éloigner à grands pas.

Les quatre hommes restés derrière échangèrent des regards à la fois inquiets et interrogateurs. L'état de Reno pouvait en effet soulever quelques questions.

-On s'est disputé, finit par expliqué Rude, malgré sa fierté. Reno rougit un peu tandis que Rufus affectait un air dégoûté et que Tseng jurait d'horreur. Ils s'imaginaient déjà une terrible dispute de couple. Reno n'osait pas leur expliquer ce qu'il en était. La vérité le gênait un peu. Rude, de son côté avait l'air trop bête pour vouloir dire à qui que ce soit ce qu'il en était.

-Mais une seconde, qu'est-ce qu'on va faire si on redevient tous des gamins? s'inquiéta Tseng.

-On ne peut pas laisser ça se produire ici, la compagnie perdrait toute sa dignité, renchérit Rufus.

-Allons Vinnie, tu te caches dans le panier ou quoi? se moqua Yuffie.

Vincent ne répondit pas, mais se battit de plus belle pour sortir sa tête d'entre les vêtements qu'elle avait empilés dans le carrosse. Il y en avait une vraie mer. C'était terrifiant. Il réussit à se dépêtrer de justesse au bout d'une longue bagarre.

-Yuffie, comment je suis censé essayé tout ça? Il y en a pour habiller une armée.

-Qu'est-ce que j'ai entendu?

-Maman, je t'en pris, m'obliges pas à essayer tout ça, y'a même des robes, c'est écœurant.

-Allons, Vinnie, ce n'est pas seulement pour toi. Tifa voulait que je trouve des vêtements pour Cloud aussi. Vous sembliez faire à peu près la même taille, alors, il n'y avait pas de problème. Quoique… Il est un petit peu plus grand que toi, non?

-C'est pas drôle! Laisse-moi le temps de grandir, et tu vas voir!

-Je sais. Mais pour l'instant, tu es tout petit. Ça me rend heureuse tu sais. Pour une fois que je ne suis pas la plus jeune.

Vincent voulut échapper à cette torture, mais Yuffie avait déjà tout prévu, elle l'emmena aux cabines d'essayage des femmes aussi vite que possible, n'osant pas entrer avec lui dans celles des hommes. Elle n'aurait jamais osé le laisser y aller tout seul. Il avait l'air si fragile, si facile à détruire, à briser. Elle lui était redevable. Il se renfrogna en voyant la salle d'essayage.

-C'est pas parce que je suis petit que je suis une fille!

-Mais à la longueur de cheveux que tu as, on pourrait facilement te confondre, remarqua la jeune fille. Ta mère ne te les coupais jamais? ajouta-t-elle plus bas, pour qu'il soit le seul à entendre.

Il fit non de la tête sans réussir à parler. Il ne lui avait pas encore dit qu'il n'avait jamais eu de mère. Il ne voulait pas lui faire pitié. Et s'il parlait, ce serait fini. Tournant son attention vers la responsable des cabines, elle demanda si elle pouvait faire entrer son petit Vinnie à l'intérieur. Il serait sage, promit la jeune fille.

-Mais bien sûr, s'il me fait un beau sourire, répondit la dame.

Vincent s'exécuta, pour pouvoir sortir aussi vite que possible. Ses yeux sanguins brillaient d'une douleur lointaine quand Yuffie lui donna les premiers morceaux à essayer.

-Ça ne va pas, Vinnie?

-Non, c'est rien, fit-il d'une voix un peu tremblante. Il se changea en quatrième vitesse et ressortit, habillé tout en noir.

Elle acquiesça, cette couleur lui allait vraiment bien. Mais elle lui donnait le teint un peu pâle. Le rouge était parfait sur lui, bien sûr. Mais pas le vert. Le bleu, c'était pas mal. Mais c'est quand il sortit de la cabine tout en blanc, qu'elle eut un éclair de génie.

-Vinnie, je sais que tu ne veux pas, mais s'il te plait, essaie seulement une de ses robes! Seulement une, puis ce sera fini.

-Complètement fini? demanda-t-il, ne voulant vraiment pas se faire avoir.

-Oui, oui, c'est promis, juré, craché.

Au bout d'une longue réflexion, il accepta. Après tout, si ça pouvait lui faire plaisir et le faire sortir plus vite de cette horreur. Elle choisit une robe qui ressemblait à celle qu'on réserve aux petites demoiselles d'honneur lors d'un mariage. Il fit la grimace, mais prit la robe et alla l'essayer. Il lui fallut beaucoup de temps cette fois, puisqu'il ne savait pas trop comment faire pour enfiler ce genre de chose. Le corsage serrait son torse, faisant ressortir sa maigreur. Yuffie n'avait pas encore remarqué ce détail.

Il considéra la façon dont ses cheveux trop longs pour un garçon retombaient dans son dos. Si seulement il pouvait lui cacher comme il était sous-alimenté à cet âge. Il passa deux mèches sur ses épaules, pour voir si c'était suffisant. Mais non. Il se trouvait vraiment ridicule. La jupe bouffait sur sa taille de puceron et il ressemblait à une gamine. Une gamine pâle comme la mort avec des yeux de sang et des cheveux de nuits. À ce moment précis, il se souvint de toute la souffrance qu'il avait endurée à cet âge. Seul, abandonné. Sans la moindre ressource. Vendu en pâture aux fauves. Il avait honte. Honte d'être un monstre.

-Vinnie, tu as besoin d'aide?

-Non, je ne sortirais pas habillé comme ça!

-Ne sois pas gêné, il n'y a que moi qui peux te voir.

-Non, je ne veux pas, s'entêta-t-il.

Elle perçut le tremblement dans sa voix et comprit que quelque chose n'allait pas.

-Vinnie sors de là ou je vais venir te chercher, menaça Yuffie. Il ne répondit rien, fixant son reflet avec horreur. Il détestait ce qu'il voyait, il voulait se cacher dix pieds sous terre. Il ne voulait pas qu'elle le voit comme ça.

Yuffie fit sauter la serrure de la cabine d'essayage à l'aide d'un de ses matérias et découvrit un spectacle désolant. Il avait l'air encore plus vulnérable que tout à l'heure dans cette petite robe au décolleté de dentelle. Ses épaules frêles, ses cheveux fins, ses yeux d'enfant perdu, son petit corps maigre lui apparut pour la première fois. Il n'avait que la peau et les nerfs sur les os. Voilà pourquoi il se fatiguait aussi vite. Ce n'était pas seulement parce qu'elle était plus grande, plus vieille et plus endurante. Il était plus petit que Cloud parce qu'il n'avait jamais mangé trois repas par jour à cet âge. Il trembla sous son regard gris. Il trembla dans cette robe blanche et pure. Il trembla dans son innocence et sa honte. Parce qu'il savait ce qu'elle voyait et avait peur de sa réaction.

Jamais il n'aurait cru devoir apparaître dans toute sa faiblesse devant quelqu'un qui comptait autant que Yuffie pour lui. Il avait mal de se retrouver dans une telle situation. C'était comme s'il portait toute la pureté qui habitait la jeune fille et que cette pureté, une fois sur lui, laissait voir tout le mal en lui, toute la laideur. Les traits de la ninja se creusèrent sous la peine et la pitié. Oui, ça ne pouvait être que de la pitié. Non, il se trompait, en fait, c'était un regard peiné par le mal qu'elle avait causé. Il trembla un peu plus et sans dire un mot, elle vint s'agenouiller devant lui pour le prendre dans ses bras. Il se laissa faire, complètement démoli.

Les mains de l'adolescente défirent les boutons dans son dos et lui retirèrent la robe coupable. Elle suivit les marques sur sa peau, découvrit son corps déjà meurtri alors qu'il était encore si jeune. Les signes de violence étaient tous neufs, des lignes blanches ici, des marques violettes là. Son bras de métal lui donnait l'air encore plus irréel que sa peau trop blanche. Yuffie ferma la porte de la cabine dans son dos, reconstruit la serrure à l'aide d'un matéria et tourna cette fois toute son attention vers Vincent. Ses côtes étaient visibles sous sa peau. Les yeux gris se perdirent sur son corps blessé et il détourna le regard, à la fois honteux et brisé.

Elle le rhabilla de ses anciens vêtements, s'étonnant devant l'air maladif qu'il perdait au fur et à mesure qu'elle boutonnait sa chemise ou replaçait une de ses ceintures. Quand elle l'attira dans ses bras, il tremblait comme une feuille. Son petit cœur se débattait dans sa poitrine et il se crispa en la sentant le soulever dans le vide. Il était plus léger qu'un sac de plumes. Maintenant, elle savait pourquoi. Elle lui caressa les cheveux pour l'encourager et il se mit à grelotter.

-C'est rien Vinnie, c'est rien. Je vais m'occuper de toi maintenant, lui chuchota-t-elle. La gorge noué, il ne réussit pas à retenir ses sanglots. Elle l'avait vu. Ses yeux rouges vibraient de honte et il s'accrocha au cou de la jeune fille, comme si elle était le dernier rempart entre lui et la fin du monde.

Yuffie s'en voulait maintenant de lui avoir fait faire cette promesse stupide. Elle le trouvait si mignon en blanc, elle n'avait pas cru qu'elle découvrirait un aussi sombre secret.

-Tu dois mourir de faim. Non?

-Je veux m'en aller, geignit le petit garçon.

-Tu sais, tu peux pleurer Vinnie. Tu n'es qu'un enfant, ce n'est pas de ta faute.

Il ne répondit rien mais elle sentit ses cheveux sombres glisser dans son cou et son souffle précipité sur sa peau. Il se recroquevillait sur lui-même, il essayait de tout oublier pour se reprendre, mais c'était impossible. La jeune fille le garda serré contre elle et sortit de la salle d'essayage. En passant devant la femme du comptoir, elle dit simplement qu'elle prendrait tout ce qu'elle avait trouvé. Elle paya à la caisse, Vincent toujours dans les bras. Ils sortirent du magasin que l'enfant maudissait déjà intérieurement. Tifa ne pouvait pas savoir quand elle avait demandé d'aller faire des courses à Yuffie. Et cette dernière non plus ne pouvait pas savoir.

-Vinnie, pourquoi tu ne me l'as pas dit tout de suite? J'aurais acheté plus de choses à manger ce matin.

Il resta silencieux, perdu dans le passé, cherchant à ne plus penser à autre chose que la chaleur de Yuffie et à son bras serré autour de lui. Il n'avait rien dit parce qu'il avait oublié. Tout lui était revenu à l'esprit devant le miroir, quand il était dans cette robe blanche. Il se rappelait son image dans la glace et frissonnait en sentant l'horreur le gagné. Ses cauchemars de la veille, qui lui avait d'abord parut flou revinrent à son esprit. Il pouvait mettre des visages sur les ombres et des cris sur les silences. Ses cris. Maintenant, tout redevenait clair.

Yuffie n'en dit rien, mais malgré le poids plume de l'enfant, elle fatiguait sous le nombre de paquets. Elle s'arrêta dans le parc où ils avaient pris leur petit déjeuner, se sentant dépassée par les évènements. Vincent se retrouva bientôt assis à côté d'elle, entouré par les paquets de vêtements et dans l'ombre de la jeune femme. Il aurait souhaité qu'elle ne lui demande plus rien. Mais Yuffie n'abandonnerait pas tant qu'elle n'aurait pas tiré au clair toute cette histoire.

-Vincent, regardes-moi, demanda-t-elle. Et dis-moi la vérité. Tu t'es fait battre, c'est bien cela?

Il releva ses yeux encore trop tendres en l'entendant prononcé son prénom. C'était la première fois qu'elle…

Son regard de sang devint larmoyant tandis qu'il acquiesçait dans le silence. Il tremblait toujours autant que tout à l'heure. Sa crise devenait incontrôlable. Yuffie s'en voulait d'allonger sa souffrance, mais elle avait besoin de savoir.

-Ta mère n'a jamais pu te nourrir suffisamment? C'est ça?

-Elle est morte à ma naissance.

-Et ton père?

-Je ne l'ai jamais vraiment connu. J'étais trop petit quand il…

-Non, je ne peux pas croire que c'est pour ça que tu es devenu aussi dur une fois adulte. Mon pauvre Vinnie, mon pauvre chéri. Il n'y a donc aucune justice?

Elle le prit une fois de plus dans ses bras et cette fois, il s'abandonna, ne pouvant plus lutter. Les larmes se mirent à couler sans qu'il ne puisse y faire grand-chose. Elle crut mourir en l'entendant sangloter. Qui avait pu oser faire autant de mal à son Vincent? Yuffie lui murmura des encouragements, pour le calmer. Mais rien n'y faisait. Il n'avait jamais eu aucune épaule sur laquelle pleurer dans son enfance. Maintenant que les vannes étaient ouvertes, elles ne risquaient pas de se fermer. Alors la jeune fille comprit ce qu'était la responsabilité d'une mère. C'était d'être là dans toutes les situations possibles pour ne pas laisser son enfant tout prendre sur lui-même. Sinon, ce dernier n'aurait aucune chance d'être heureux. Elle sut qu'elle serait sa mission pour aider son ami à traverser cette épreuve. Être tout ce qu'il n'avait jamais eu.

-Je suis là Vinnie. Il ne faut pas avoir peur. Je suis là. Et je ne t'abandonnerais pas.

Il pleura très longtemps. Ça devait sortir. Il s'épuisa à verser toutes les larmes qu'il ne s'était jamais permises auparavant. La part d'adulte en lui avait disparu. Il n'était plus rien qu'un petit garçon délaissé qui avait réussi à trouver un peu de compassion dans ce bas monde. Yuffie le berça doucement, comme s'il avait été son propre enfant. Et le réconfort qu'il en tira était plus grand que tous les sourires qu'elle lui avait jamais adressés dans toutes leurs rencontres fortuites. À la fin, quand il n'eut plus de larmes à pleurer, elle le fit s'asseoir sur ses genoux, pour lui essuyer le visage et décollé ses cheveux de ses joues.

Sa petite figure était rougie par l'effort et les pleurs. Mais il se sentait soulagé en lui-même. Comme si un poids terrible venait de lui être enlever de sur les épaules ! Il réussit à sourire pour réconforter Yuffie et la remercier de sa sollicitude.

-Je m'excuse… marmonna-t-il en rougissant un peu tandis que ses yeux gris retrouvaient leur éclat de joie.

-Pas besoin d'excuses Vinnie, tu es tellement chou que ta frimousse pardonnerait tout! Allez, maintenant que c'est passé, tu vas venir avec moi. On va rentrer. Tu as besoin d'un vrai repas.

Il se leva, décidé à marcher seul, et Yuffie dut se résoudre à ne pas le traîner partout en le tenant par la main, pour avoir une chance de porter tout leur paquet. Des enfants pointèrent Vincent du doigt, à cause de ses yeux rougis par les larmes et de ses vêtements complexes, qu'ils trouvaient ridicules. Le petit vampire se contenta de hausser les épaules, retrouvant son attitude mature après cette crise puérile. Sa protectrice lui fit signe de se dépêcher et ils prirent la direction du bar. Plus léger encore que tout à l'heure, Vincent sautillait aux côtés de Yuffie, une question lui brûlant les lèvres. Le côté enfant et son côté d'homme se chamaillaient et il ne savait plus quelle attitude adopter.

-Yuffie, pourquoi tu as acheté la robe aussi?

-Je veux voir Cloud la porter. Puis, tu étais mignon dedans, tu sais? L'air peut-être plus vulnérable que d'habitude, mais franchement mignon. On t'aurait donné le bon dieu sans confession!

Il rougit et baissa les yeux devant le sourire de Yuffie et sa joie de vivre. Elle avait oublié ses pleurs et ses cicatrices. Enfin, c'était ce qu'elle voulait bien laisser croire. Mais au fond, elle était vraiment heureuse. Parce que le mur entre elle et Vincent allait en diminuant. Et que cela lui donnait des chances pour plus tard. Quand il redeviendrait lui-même. Enfin, il était déjà lui-même, puisqu'il avait retrouvé son corps d'enfant, mais elle pensait à quand il redeviendrait l'autre lui-même avec enthousiasme.

Puis, peu lui importait, elle aimait les deux Vincent. Le jeune comme le plus vieux. Elle espérait seulement qu'il ne le comprendrait pas tout de suite. Elle préférait lui avouer ses sentiments quand il serait de nouveau adulte. Il avait beau avoir garder ses souvenirs d'homme, il était un peu perdu entre l'enfance et le reste de sa vie. Ce n'était pas le bon moment pour ce genre d'aveux. Yuffie croisa les doigts, dans l'espoir qu'elle réussirait à le lui dire une fois le moment venu. Et pour qu'il ressente la même chose. Qui sait si cette expérience inattendue ne les aiderait pas dans ce sens?

Elle le regarda marcher droit à ses côtés, alors qu'il n'était pas plus grand qu'une table de cuisine et lui arrivait à la taille. Elle était tout simplement sous le charme de ses grands yeux rouges et de ses longs cheveux noirs. Il était à croquer. Adorable, pensa-t-elle avec un sourire. Vincent se retourna vers elle à ce moment, se sentant observer et ses yeux surpris de voir la vérité, elle le dévorait des yeux, firent rougir l'adolescente. Il détourna le regard, intimidé. Il se sentait ridicule. Mais en même temps, il se sentait en sécurité, pour la première fois depuis très longtemps. Enfant, il ne s'était jamais senti en sécurité. Sauf avec Yuffie. Alors il se permit quelque chose de très difficile pour lui. Il sourit aussi. Il oublia tout le mal de ses jeunes années et sourit, heureux d'un bonheur éphémère et y prenant goût, bien malgré lui…

C'est mignon non… ah, Vincent, Vincent, Vincent, quel retournement de situation! Je ne m'y attendais pas… hihihi. Bon allez, maintenant, qu'est-ce qu'il faut pour avoir la suite? Reviews!