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Les nains marchaient silencieusement, ne courant pas, essayant de faire le moins de bruit possible pour ne pas se faire réentendre par les orques. Thorin menait le groupe, le regard fixé droit devant, sûr de lui, avançant avec assurance, sans peur et déterminé à retrouver ses compagnons. C'était le chef de la compagnie et il devait montrer l'exemple, mais sous ses airs de dur à cuire qui ne laissaient rien transparaitre, il était terriblement inquiet. Son neveu et un de ses meilleurs amis avaient disparu, et il espérait de tout cœur les revoir. Il ne se le pardonnerait jamais si ce n'était pas le cas. Il regardait de temps en temps Kili, pour voir si tout allait bien, celui-ci avait parfois le regard vide, on pouvait dire qu'il avait perdu une moitié de lui. Son grand frère était un modèle, il faisait tout avec, ils étaient inséparables, tels des siamois. Difficile d'en rencontrer un sans que l'autre ne soit derrière. Fili prenait énormément soin de lui, toujours là à le protéger quoi qu'il arrivait et il avait du mal à accepter le fait de se retrouver seul. Bien sûr, il y avait Thorin, Balin et tous les autres, mais celui qui manquait, qui faisait un vide était sans conteste son frère. Concernant Dwalin, il prenait également une grosse place dans sa vie, il lui avait appris beaucoup de choses, le maniement des armes avec Thorin, comment se battre. C'était en quelque sorte un deuxième oncle, il avait énormément de respect envers lui.
- Bofur, te souviens-tu de la dernière fois où tu les as vu ? demanda Thorin qui s'arrêta à sa hauteur.
- Non je... je ne sais plus trop.
- Ce n'est pas grave...
Mais il n'en pensait pas moins, la situation était grave. Fili et Dwalin étaient peut-être seuls chacun de leur côté, ils pouvaient être blessés, perdus, morts, tout était envisageable. Ces pensées venaient régulièrement lui hanter l'esprit. Il n'imaginait pas non plus ce qu'il pouvait se passer dans la tête de son autre neveu, c'était peut-être pire.
- Kili ! Ne t'éloignes pas trop, je ne veux pas te perdre toi aussi.
L'intéressé se retourna et se contenta de hocher la tête. Il prenait parfois les devants en n'attendant personne, ce qu'il venait de faire en ce moment même. Son comportement avait un peu changé depuis l'absence des deux nains, ce qui était tout à fait compréhensible. Dans un sens il s'en voulait de s'éloigner du groupe, étant un peu trop personnel, et dans l'autre, non. Il ne voulait pas attendre, si ça ne tenait qu'à lui, il ne s'arrêterait pas de courir, quitte à aller jusqu'à l'épuisement total, mais il devait suivre le groupe, ce n'était pas le moment qu'il s'égare.
- Je sais que tu es pressé Kili, on l'est tous, mais nous devons faire attention, ne t'aventures pas tout seul loin de nous, le mit en garde son oncle.
- Je sais Thorin, je suis désolé.
- Oui, et je ne pense pas que Fili tolérerait ça, surtout si tu te fais tuer. Nous allons les retrouver.
- Oui... je m'excuse pour tout à l'heure. De mon... comportement...
- Tu n'as pas à t'excuser Kili. Ta réaction était tout à fait normale.
- Hé ! Regardez ! Là ! les coupa Balin.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Nori intrigué.
- Il y a un chemin !
- Un chemin ? Ça ? Tu appelles ça un chemin ? Demanda Bofur en s'approchant.
- Tu veux que ça soit quoi d'autre ? répondit Dori.
- On ne l'a pas vu tout à l'heure, souligna son petit frère.
- Comment voulais-tu qu'on le voie, je te signale qu'on était poursuivi.
- Oui, et il faut vraiment avoir de bons yeux.
Un chemin très étroit menant dans une sorte de crevasse était à leur portée. La hauteur des murs de roche qui les entouraient était immense. La pénombre était minuscule, et c'était très oppressant, un claustrophobe ne pourrait pas y aller. Chacun d'entre eux regardait l'entrée se demandant s'ils allaient y passer ou non, jusqu'à ce que Thorin prenne la décision.
- Nous allons l'emprunter, dit-il d'un ton ferme.
- Quoi ? Pourquoi ? demanda Gloin.
- Parce qu'on les a peut-être perdu ici.
- Des orques sont peut-être passés par là. C'est possible qu'ils aient emprunté deux chemins, approuva Balin.
- Oui. Nous devons aller voir, le rejoignit Kili.
- Quoi ? Vous voulez aller voir pour savoir si des orques sont passés par là, c'est ça ce que vous dites ? s'exclama une nouvelle fois Gloin.
- En résumé, oui.
- Ou alors, Fili et Dwalin se sont peut-être cachés ici, le temps que les orques passent non ? tenta Nori.
- Et pourquoi ils ne sont plus là ?
- Nous ne savons pas du tout ce qui s'est passé, donc nous devons explorer toutes les possibilités.
- Il faut vraiment qu'on aille là-dedans ? C'est tout petit, constata Dori.
- Nous devons peut-être nous séparer, la grotte est immense, qui sait où ce chemin va nous mener ? Ce n'est peut-être pas le bon ? tenta Ori.
- Je ne permettrai pas de perdre encore l'un de vous, ce n'est pas la peine d'y penser c'est compris ? Nous restons tous ensemble, indiqua Thorin à Ori, qui parfois pouvait être un peu naif.
- Je vois mal des orques passer par là. On se trompe surement. Dori a raison, c'est très petit et les Orques sont quand même de grosses créatures.
- Il y en a peut-être des petits, ou il y a des gobelins. Eux passent. Si ça se trouve on s'est trompé, on a mal entendu. C'était peut-être des gobelins et non des Orques, lança Nori.
- On reconnait le bruit qu'ils font entre mille. Je peux t'assurer que ce n'était pas des gobelins, lui affirma Kili.
- C'est pour ça que nous devons aller voir. Nous ne les avons pas vu, personne ne les a vu.
- Alors on a des orques et maintenant il y aurait des gobelins ? Fili et Dwalin ne se seraient quand même pas fait avoir par des Gobelins ! s'exclama Bofur.
- S'ils sont nombreux si... tu as bien vu ce qu'ils pouvaient faire. Ils sont quand même redoutables malgré leur petite taille.
- C'est vrai...
- Donc qu'est-ce qu'on fait ? On y va ?
- Oui.
- On s'écarte quand même de notre chemin. Je n'ai pas l'impression que ça soit le bon. On s'aventure dans l'inconnu.
- Tout est inconnu ici.
- Oui, mais là... là, c'est... vraiment l'inconnu.
- Et si un de nous allait en éclaireur ? Pour voir si ça vaut la peine d'y aller ? demanda Gloin.
- Non. Je vous le redis, nous ne nous séparons pas. Aucun de vous ira en éclaireur. Personne ! Si on doit y aller, c'est ensemble ! souligna le roi sous la montagne.
- Il a raison. Il suffit qu'il arrive encore quelque chose.
- Tu es sûr que tu ne te souviens pas de la dernière fois où tu les as vu Bofur ? lui redemanda Thorin.
- Non... il faut dire que je me concentrais plus à courir qu'à regarder derrière-moi.
- Tu n'as même pas une fourchette ? Avant ou après ? lui demanda Balin.
- Je ne sais plus, c'était peut-être ici ou après, je ne sais plus, j'en ai aucune idée. Chaque recoin de cet endroit se ressemble, je ne peux pas vous dire.
- On y va. Et si l'on voit que ça ne va pas, on fait demi-tour, d'accord ?
- D'accord...
- Bizarrement, je le sens pas bien. Je ne vois pas pourquoi on passe là, mais bon... si nous devons y aller, en route.
- Ça va bien se passer.
- Je vous le répète. Si ça ne va pas, on s'en va. Kili, tu passes devant, je reste derrière.
- D'accord.
Kili passa devant pour les guider, quant à Thorin, il préférait assurer les arrières. Sait-on jamais ce qu'il pouvait encore se passer. Si l'un d'entre eux devait encore disparaitre, il le verrait. Ils s'y engouffrèrent un à un et marchaient à la queue leu leu, tous se suivaient les uns derrière les autres en faisant extrêmement attention.
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- Faites attention où vous mettez les pieds ! Il y a d'énormes cailloux, les prévenu Kili.
- Pas que des gros, j'ai failli trébucher, lui dit Bofur.
- Moi aussi. On ne voit vraiment pas grand-chose.
- Je n'aime pas ça, j'ai horreur des endroits comme celui-là. J'ai l'impression qu'on va rester coincé, grommela Gloin.
- Mais non, ne t'inquiète pas. Regarde, Bombur passe, alors tout va bien.
- Oui, mais ça n'empêche pas que je n'aime pas ça.
- Tu n'es pas le seul. Ça m'oppresse aussi, admit Dori.
- J'espère qu'on ne va pas rester là longtemps.
- Hé ! Il y a un mort là-bas, s'écria Kili.
- Quoi ? Un mort ? Ici ? demanda Nori surpris.
- Où ça ?
- Devant, quelle question.
- Oui, je me doute.
- Il y a dû avoir de l'activité. Il n'est pas mort comme ça, indiqua Balin.
- Il était peut-être blessé et il est mort non ? Que ferait-il ici ?
- C'est possible.
- Qu'est-ce que ça pue, c'est atroce.
Le squelette était assis entre les deux parois, tête en arrière, appuyée contre le mur, une main sur le ventre et l'autre à terre. Ses habits étaient en lambeaux et des vers sortaient de ses cavités orbitaires, prouvant qu'il était là depuis un long moment. Aucune arme n'était vers lui et rien ne pouvait indiquer la cause de sa mort. Sa chair avait pourri et les vers et autres insectes existant dans cette grotte s'étaient chargés de dévorer son organisme. Kili l'enjamba, l'observant d'un œil et les autres suivirent. Thorin s'arrêta quelques secondes vers lui, le regarda, mais sans aucune pensée, puis continua.
- Je me demande bien ce qu'il faisait ici, questionna Oin.
- Il y en a encore un autre ! Et encore un là-bas ! cria une nouvelle fois le jeune nain.
- Quoi ?! C'est pas possible !
- Encore ?
- Mais qu'est-ce qu'ils font là ?
- Qu'est-ce qu'on fait là nous aussi.
Il arriva vers le premier qui était allongé à terre, étendu de tout son long, comme si quelqu'un l'avait frappé de derrière. Kili s'accroupit vers lui pour l'observer.
- Une flèche ! dit-il en l'enlevant de l'os et en la cassant. Il a été attaqué !
La flèche avait traversé son corps, perçant son cœur en plein milieu, celui-ci n'avait eu aucune chance. Kili se dirigea vers le deuxième macchabée qui était également allongé quelques mètres plus loin dans la même position. Celui-ci était entouré de flèches, et une en particulière était plantée comme un piquet au sommet de son crâne.
- Lui aussi ! Je crois que tu avais raison Balin. Ils doivent passer par là aussi.
- Regarde. Comment cette flèche a pu atterrir sur son crâne. Tu as vu comment elle est disposée ? dit le vieux nain.
Kili le regarda et Balin leva les yeux au ciel, puis les autres firent de même. Personne ne s'était aperçu de quelque chose, pas un seul avait levé la tête depuis leur entrée. Pourtant leur ennemi pouvait les attaquer et les tuer du haut, ce cadavre était surement en train de courir essayant de leur échapper, et s'était pris une flèche en plein dans le crâne, lui donnant le coup fatal, puis était tombé face contre terre. Ils pouvaient apercevoir au-delà de la grandeur des murs, une fente qui était surement un passage. Le groupe se rendit compte qu'ils étaient en train de marcher dans un couloir de la mort, et pouvaient être tués à tout moment sans s'en apercevoir.
- Ils nous attaquent aussi du haut ! Il doit y avoir un endroit qui rejoint le dessus. Prenez garde ! s'écria Thorin.
- Ils peuvent nous attaquer par-devant, par-derrière et maintenant par le haut ?! Il manquait plus que ça. Je crois que je ne vais pas arrêter de regarder en l'air maintenant, déclara Bofur.
- Non ! Aucun de vous ne va regarder en l'air d'accord ? Seulement Kili et moi nous chargeons de le faire, ne vous en occupez pas, vous marchez et vous faites comme si de rien n'était.
Thorin avait les bons mots pour essayer de les rassurer, mais tous les nains ne pouvaient pas s'empêcher de faire le contraire, ils avaient les yeux partout. Ils avançaient prudemment et ralentissaient par moments sans s'en rendre compte, terrifiés à l'idée d'être attaqués par le haut. Leur vie ne tenait qu'à un fil, et en quelques secondes elle pouvait leur être enlevée.
- Je déteste cet endroit. J'ai l'impression qu'on va directement dans un piège et qu'on se livre à eux.
Ils marchèrent encore une bonne dizaine de minutes, puis Kili vit quelque chose. Il força sur ses yeux, mais n'était pas sûr car l'obscurité pouvait contredire sa vision.
- Hé ! Je crois que ça s'agrandit vers le fond !
- C'est vrai ?
- Je crois !
- Enfin !
Ils continuèrent de marcher à petite allure sans se précipiter, jusqu'à rejoindre l'agrandissement. Kili avait vu juste, le passage s'agrandissait bel et bien, mais il n'avait rien vu de ce qui les attendait derrière. Il stoppa net et arrêta les autres par la même occasion. Balin se cogna contre son dos, car il fut surpris de son arrêt, sans avoir rien dit.
- Pardon, s'excusa-t-il, mais Kili ne prit pas la peine de lui répondre, étant trop absorbé par ce qu'il voyait. Pourquoi tu t'arrêtes Kili ?
- Parce que... répondit-il les bras ballants, le regard perdu au loin.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi on doit s'arrêter ? Demanda Oin.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? Kili ?
- Kili ! Qu'est-ce qu'il y a ? répéta Thorin de l'autre bout.
- Euh...
- Quoi ?! dirent les nains en s'impatientant.
- Viens voir mon gars ?
Kili se poussa légèrement pour que Balin puisse voir l'image qui s'offrait à eux. Une lignée de trous, ayant une forte ressemblance avec les gouffres, allait leur faire obstacle, et il était impossible d'en déterminer l'étendue.
- Je crois que nous avons un petit problème.
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Alors ? Qu'en avez-vous pensé ?
