Chapitre 02 – Anger …
Ce que Blaine suspectait se confirma. Rien que les deux premiers jours, Shania travailla plus que de raison. Elle partait le matin avant 8h, pour ne rentrer chez eux que bien après 23h le soir. Et au bout d'une semaine, il se rendit compte qu'ils n'avaient pas eu un moment tous les deux pour parler.
Ce mercredi soir-là, en quittant son travail, après avoir jeté un sourire à Patrice à l'accueil, qui gloussa doucement, telle une midinette, il décida de traîner plutôt que de rentrer directement chez lui. Il avait besoin de se mélanger au monde. Son attention fut attirée par de l'animation qui se dégageait d'un Starbucks devant lequel il passait souvent le matin. Ils organisaient une petite soirée autour d'un groupe qui interprétait quelques titres de leur répertoire. Blaine ne connaissait pas ce groupe, Adam and The Apples. Peu importe, il avait besoin de distraction.
Lorsqu'il ouvrit la porte, il fut surpris de voir le café aussi plein. Ce groupe devait avoir sa célébrité, après tout. Tant mieux. Cela réchauffa le cœur légèrement amer de Blaine, après ces quelques jours de solitude forcée, qui se dirigea vers le comptoir pour se glisser dans la file d'attente. Voir les gens s'animer et discuter entre eux était agréable. Il se fit la remarque qu'il ne sortait pas assez et dépendait beaucoup trop de l'emploi du temps de Shania. Il se promit d'appeler Wes pour ses prochaines escapades. Wesley, de son vrai nom, était son plus fidèle ami, qu'il avait rencontré lors de leur parcours scolaire commun, à la Dalton Academy de Westerville. Ils avaient beaucoup de points communs, dont leur affection toute particulière pour le droit, ce qui les avait mené tous les deux à la New York Law School où ils avaient tous les deux obtenus leurs diplômes. Ils se voyaient peu, mais chaque retrouvaille était toujours des plus agréables.
Il avait un peu avancé dans la file d'attente lorsqu'une silhouette attira son regard, un peu devant lui. Ce long manteau noir, ce dos droit et ce regard si bleu. C'était l'inconnu du toit !
Blaine sentit bêtement les battements de son cœur s'accélérer un peu. Le jeune homme passa une commande pour un Mocha allégé. Il se décala de la file d'attente pour se placer sur la droite, attendant que sa commande soit prête. Blaine ne parvenait pas à lâcher des yeux le jeune homme, qui semblait fixer la scène où se préparaient les artistes – plutôt nombreux d'ailleurs - avec un léger sourire. Il commanda un double espresso. Il avait suivi du regard l'inconnu qui s'était installé seul sur une banquette, sur un côté de la salle, pas loin de la scène, contemplant les préparations du groupe, lançant parfois quelques signes vers l'un des membres qui le reconnaissait.
Blaine récupéra son café et hésita. Il sentait son estomac se contracter à l'idée d'aller déranger l'inconnu dans sa soirée. Mais une petite voix dans l'esprit de l'avocat lui souffla qu'il n'y avait rien de gênant dans le fait d'aller juste le saluer poliment. Il s'approcha lentement du jeune homme en réfléchissant à une approche simple.
- Bonsoir. La place est prise ? Finit-il par sortir, lançant son sourire le plus éclatant.
Le jeune homme tourna rapidement la tête vers Blaine en répondant un « Non » entre ses lèvres et se figea. Lorsqu'il sembla avoir compris où il avait déjà vu ce visage, un petit sourire se dessina sur sa bouche, ses yeux d'un bleu azur s'illuminant soudainement.
- Quelle étrange coïncidence de vous retrouver là … ! s'exclama le jeune homme.
- N'est-ce pas ?
Blaine s'assit près du jeune homme. Il lui sourit poliment et ignora le frisson qui le parcouru quand leurs jambes se frôlèrent. La voix de l'inconnu n'était plus emplie de tristesse comme la semaine dernière et cela rassura Blaine, sans qu'il comprenne vraiment pourquoi.
- Vous connaissez le groupe ? Demanda le jeune homme aux yeux bleus.
- Absolument pas, répondit Blaine en souriant. J'avoue que j'avais besoin de me changer les idées et j'ai remarqué de l'animation dans le café en passant devant. Donc, je me suis lancé.
Il fit une petite pause avant d'ajouter :
- J'ai cru remarquer que certains membres du groupe vous faisaient signe. Vous les connaissez ?
- Oui, si on veut. Adam and The Apples est en fait une chorale de NYADA, dont j'ai fait rapidement parti, lors de mon passage là-bas.
- Oh ! Vous êtes comédien alors ?
L'inconnu fixa Blaine avec étonnement et se mit à rire, à gorge déployée. Blaine regarda son voisin de banquette sans comprendre la réaction, mais ne pu s'empêcher de sourire, la bonne humeur de l'inconnu semblant contagieuse.
- Oh, excuse-moi … ! Tenta de dire le jeune homme entre deux rires. Euh … Excusez-moi, je veux dire …
- Blaine. Je m'appelle Blaine Anderson. Et toi ?
Il tendit sa main vers le jeune homme qui essuyait une larme de joie avec le dos de son autre main.
- Kurt, Kurt Hummel, ravi de faire ta connaissance.
- Ravi également, ajouta Blaine, souriant de plus belle.
Ils se serrèrent la main et Blaine ressentit à nouveau une sorte de décharge, de grands frissons dans son dos quand leurs mains se touchèrent. Il fit au mieux pour ne rien laisser paraître.
- Pourquoi cette crise de rire, si ce n'est pas indiscret ? J'ai dit quelque chose de drôle ?
- Non, absolument pas. Excuse-moi, je ne voulais pas te vexer. Mais j'ai beaucoup aimé le rapprochement entre mon passage à NYADA et le fait que tu penses que je sois comédien. J'ai été surpris du cheminement que tu avais du faire pour en venir à cette conclusion. Je suis même flatté. Mais je ne suis pas du tout comédien. Je suis l'assistant d'Isabelle Wright pour le magasine Vogue.
- Oh ! C'est énorme ! Juste même mieux que d'être comédien !
- Merci, répondit Kurt, en baissant légèrement les yeux. Et toi ?
- Oh moi, rien d'aussi extraordinaire. Je suis avocat. Je travaille dans le cabinet qui se situe dans l'immeuble où on s'est rencontré.
Au souvenir de cette rencontre, ils se regardèrent, un léger sourire se dessinant sur leurs lèvres. Ils furent tirés de leur silence par une voix dans un micro. Un grand blond avec un accent anglais à couper au couteau commença à remercier les personnes présentes et présenta son groupe.
- Bien ! Assez de blablas ! Installez vous confortablement et Enjoy !
Il se plaça au milieu du groupe parfaitement aligné. Blaine n'avait pas vraiment prêté attention à la diversité du groupe. Il y avait beaucoup d'individus différents, autant par leur physique que par leur style vestimentaire. Entre le garçon un peu fort habillé tout en cuir noir, à la jeune asiatique vêtue comme une poupée, au grand roux à la coupe de cheveux défiant la gravité ou à la toute petite femme toute fine habillée (si on pouvait utiliser ce mot) d'une sorte de grand rideau en velours jaune poussin, le mélange des genres était en fait vraiment évident.
L.A. face with the Oakland booty.
Lorsque Blaine comprit véritablement le sens de la chanson, il explosa de rire, comme une très grande partie de l'audience. Kurt sourit face à la réaction du public. Blaine lança un regard interrogatif à son voisin. Celui-ci s'approcha de son oreille :
- C'est avec cette chanson qu'Adam m'a fait connaître leur chorale. Je ne savais plus où me mettre !
- Ça a l'air vraiment sympa comme ambiance !
Kurt acquiesça d'un signe de tête et ils tournèrent leurs visages vers la scène.
Blaine passa une excellente soirée. La chorale interpréta une dizaine de chansons, toutes aussi originales les unes que les autres. Lors de la pause, après la cinquième chanson, Adam était venu saluer Kurt. Blaine les avait laissés seuls le temps d'aller acheter de nouvelles consommations. Lorsqu'il revint vers Kurt, ce dernier était seul, perdu dans ses pensées.
- Un Moccha allégé pour Monsieur Kurt.
- Merci bien, Monsieur Blaine, répondit le jeune homme, avec la même intonation de voix.
La compagnie de Kurt lui avait fait énormément de bien au moral. Le jeune homme s'était révélé être fan de comédie musicale, tout comme lui, semblait avoir un sens inné et aiguë de la mode (d'où son travail), qu'il adorait New-York, car il y était libre, qu'ils regrettait de ne pas avoir plus de temps pour chanter avec un groupe. Beaucoup de choses qui parlaient très bien à Blaine, à part peut-être la mode.
Il était plus de minuit quand ils se séparèrent devant le café. Blaine prit la direction de son appartement, situé à quelques blocks de là, avec quelques gargouillis étranges au fond de l'estomac. Il était content de sa soirée et c'est donc avec plein de bonne humeur qu'il rentra dans son appartement. L'appartement était vide, noir et froid. Il vit le voyant du répondeur clignoter. Il sorti son portable de sa poche. Aucun appel manqué. Il enclencha le répondeur pour écouter le message.
« Blaine, c'est Shania. Juste un petit message pour te prévenir que je pars quelques jours pour L.A. Mon patron veut que je rencontre des collègues avocats qui travaillent sur une affaire similaire à la mienne. Et je n'ai pas pu refuser. Désolé de te laisser en plan. Je reviens mardi prochain. Bisous. »
Il entendit qu'elle avait pris une petite pause, hésitant à ajouter autre chose que le « bisous ». Véritable douche froide. Blaine se sentit à nouveau seul, la soirée complètement balayée par un simple message. Pourquoi avoir laissé un message répondeur au lieu de l'appeler sur son portable ? Il ressentait une certaine colère gronder au fond de lui, à avoir été abandonné comme ça. Il aurait voulu lui faire partager sa bonne humeur, lui raconter sa soirée avec Kurt et la chorale. Il ne voulait pas être seul. Pas maintenant. Pas encore.
Il n'avait quasiment pas dormi. Il arriva le lendemain matin à son cabinet d'avocat où sa collègue Anita, petite rouquine un peu rondelette, le taquina de l'air fatigué qu'il avait.
- J'en connais un qui a passé une nuit bien chargée avec Shania, lui lança-t-elle avec un clin d'œil.
Il ne prit même pas le temps de s'arrêter, lui grogna un mot incompréhensible et alla s'enfermer dans son bureau. Il évita ses collègues toute la journée. Et la suivante. Le vendredi soir, en quittant son travail. Il soupira en pensant à son week-end complètement seul. Shania ne l'avait même pas appelé. Et il n'allait pas le faire, sachant très bien qu'elle ne lui répondrait pas, trop occupée à faire ce qu'elle faisait le mieux, travailler sans relâche. Alors qu'il errait sur les trottoirs de Manhattan, plongé dans sa rancune, il ne rendit pas compte que ses pas l'avaient conduit au Starbucks où il avait passé sa soirée avec Kurt. Ce souvenir lui réchauffa le cœur. Il ressentit l'envie subite de le revoir.
Il sorti son portable de sa poche et chercha le bâtiment de Vogue sur le GPS. Il ne se situait pas trop loin, il aurait une vingtaine de minutes de marche à pieds, il rentrerait surement tard.
- Peu importe, personne ne m'attend chez moi, de toute façon, chuchota-t-il pour lui-même, avec une voix teintée d'amertume.
Il ne savait pas pourquoi il avait décidé d'aller trouver Kurt sur son lieu de travail. Il y avait très peu de chances pour qu'il y soit. Mais une petite voix en lui le persuadait de tenter sa chance, cette même petite voix qui l'avait poussé à aller le saluer au Starbucks. Il trouva le bâtiment assez vite. Il s'installa sur un banc en face, avec un sandwich qu'il avait acheté en chemin, n'ayant rien mangé de la journée. Il resta installé là durant deux bonnes heures. Il vit beaucoup de monde sortir des bureaux, mais n'aperçut jamais Kurt. Il était 21h, lorsqu'il décida de rentrer chez lui, se sentant étrangement ridicule et déçu en même temps. Arrivé dans son appartement, il sentit à nouveau cette colère lui prendre les tripes.
Il allait à nouveau passer son week-end seul …
Les deux jours qui suivirent défilèrent très lentement. Il avait traîné au lit le plus longtemps possible mais son corps avait décidé que 9h30 était une heure suffisante pour se réveiller. Il erra dans son salon les deux jours, habillé uniquement d'un caleçon délavé et d'un t-shirt troué à la manche, écrivant les paroles de « Jealousy » dans son intégralité, l'interprétant encore et encore, crachant sa rancœur. Mais cela ne suffisait pas. Il sentait toujours cette colère au fond de lui, tapie, attendant le bon moment pour éclater. Il ne mangea quasiment pas, ne prit pas la peine de se laver. Il était 17h le dimanche lorsque son téléphone sonna.
- Chéri ?
- Oui, répondit froidement Blaine, c'est moi.
- Ca … Ca va ?
Il prit quelques secondes avant de répondre.
- A ton avis … ?
- Ecoute. Je sais que je ne suis pas excusable. C'est la première pause que j'ai depuis mercredi. Je n'ai pas eu une minute pour moi, entre rendez-vous et repas d'affaire. Tu n'imagines pas le rythme que cette affaire m'impose !
- C'est bien pour toi, c'est tout ce qui compte, répondit-il machinalement, d'une voix monotone.
Elle resta silencieuse quelques secondes avant de reprendre.
- Je te promets de bien m'occuper de toi à mon retour. Tu as toujours été là pour moi, tu mérites qu'on prenne soin de toi.
Blaine ne répondit rien. Il n'avait pas envie de faire d'efforts. Il sentit une énorme boule de colère grimper très lentement le long de son œsophage, colère qui avait mûrie toute la semaine dans son estomac. Non, elle était là depuis plus longtemps que la semaine dernière. Bien plus longtemps ... Il se demanda s'il devait laisser cette colère parler à sa place. Il se ravisa, sachant au fond de lui-même que ce n'était pas la bonne solution. Il ravala sa colère, littéralement.
- Ok. Prends soin de toi en attendant.
- T'inquiète pas pour moi, je suis bien entourée ici. A mardi, Blaine.
- Ouais, à mardi.
Il la sentit encore hésiter. Elle n'ajouta rien et raccrocha. Blaine fixa son écran de téléphone, où s'affichait une photo d'eux deux, souriants, amoureux, heureux. Il alla dans le menu de son téléphone et changea le fond d'écran, ne désirant pas voir une photo qui ne ressemblait pas à la réalité.
Blaine retourna le lundi soir devant les bureaux de Vogue. Il espérait secrètement tomber sur Kurt. Il n'arrivait pas vraiment à savoir pourquoi cela le travaillait autant, mais il ressentait le besoin de le voir. Rien que le voir. Il fini par abandonner son idée vers 22h (cela faisait 2h30 qu'il attendait sur ce banc, ça en devenait ridicule). Il passa le reste de la soirée à nettoyer l'appartement, vu le laisser-aller auquel il s'était adonné durant le week-end. Il était partagé sur ses sentiments vis-à-vis du retour de Shania. Il avait évidement très envie de la revoir, de la serrer contre lui, de l'embrasser, mais quelque chose au fond de lui ne parvenait pas à pardonner le fait qu'elle l'ait laissé seul durant cette semaine, sans vraiment le prévenir.
La journée du mardi passa très vite. Blaine se plongea dans son travail à plein régime. Il n'avait pas envie de ressasser sa rancune toute la journée. Heureusement, il travaillait en ce moment sur des dossiers importants qui exigeaient beaucoup de concentration. Il se pressa donc de rentrer le soir. Il était passé faire quelques achats, se disant qu'il préparerait un petit repas de bienvenue pour l'avocate. Il fît de son mieux pour atténuer sa colère grondante, se persuadant que cette situation était, de toute façon, temporaire et que tout redeviendrait normal quand elle aurait gagné ce cas, car il était persuadé qu'elle gagnerait.
21h17. Toujours aucune nouvelle. Il avait envoyé quelques SMS pour qu'elle le prévienne de son heure d'arrivée. Il n'avait (évidement, ironisa-t-il pour lui-même) reçu aucune nouvelle. Il tenta de s'installer devant un programme télé quelconque mais il ne parvenait pas à faire disparaître l'agacement qui montait en lui.
22h27. « L'avion vient d'atterrir, je serais là tard, je dois passer aux bureaux pour déposer mes dossiers ». Vraiment ? Déposer ses dossiers à 22h30 ? Cela ne pouvait pas attendre le lendemain ?
23h37. Le bruit de la clé qui glisse dans la serrure. Blaine était assis dans son sofa, dans la pénombre la plus complète. Seules les lumières de la rue éclairaient légèrement l'appartement. Il avait les yeux fermés. Il ne dormait pas. Il bouillait littéralement. Lorsque Shania ouvrit la porte, elle appuya sur l'interrupteur, et découvrit avec surprise que Blaine l'attendait. Elle sourit en posant son manteau sur le crochet derrière la porte mais elle se figea lorsqu'elle se rendit compte que son compagnon n'avait pas bougé d'un poil. Il patientait. Il devait être en colère. Elle s'approcha doucement de lui.
- Blaine ?!
Ce dernier ne broncha pas. Il ouvrit les yeux lentement, tourna la tête vers l'avocate, tentant de paraître le plus neutre possible. Shania s'approchait de lui, avec un sourire gêné. Il détestait ce sourire … !
- Je suis désolée, reprit-elle, en s'asseyant près de lui, doucement. J'aurais dû te prévenir que je rentrais tard. J'ai été débordée pendant toute cette semaine, ça été de la folie et …
- Evidemment, pourquoi me tenir au courant ? Coupa Blaine, la voix légèrement tremblante de colère.
Shania se rendit compte immédiatement de l'état de son petit-ami. Elle posa sa main celle de Blaine. Le contact aurait dû rassurer le jeune homme. Au contraire, il sentit que c'était la faute de trop, la fameuse goutte d'eau …
- A QUOI BON ME PRÉVENIR QUE TU DISPARAIS PENDANT UNE SEMAINE ? SANS M'APPELER OU ME LE DIRE EN FACE ? JUSTE EN ME LAISSANT UN PUTAIN DE MESSAGE SUR CE PUTAIN DE RÉPONDEUR DE MERDE ! TU NE M'AS APPELÉ QU'UNE SEULE FOIS CETTE SEMAINE ! UNE ! SEULE ! FOIS !
Il avait bondi hors du sofa et se tenait devant elle, cette dernière se recroquevillant légèrement.
- Je sais, j'ai vraiment pas assurée sur ce coup là, mais c'était une telle opportunité pour moi que je ne pouvais pas refuser l'offre de mon boss et …
- TU TE FOUS DE MOI ? Opportunité mon cul ! Tu n'es qu'une putain de carriériste de merde qui n'est heureuse que quand elle se fout à 200% dans son putain de taf sans prendre en compte les putains de dommages qu'elle cause autour d'elle !
- Blaine ! Je n'y peux rien si je réussi mieux que toi dans ce métier, je sais que tu …
- NE TERMINE MÊME PAS CETTE PHRASE !
Son corps tremblait sans qu'il ne puisse l'empêcher. Il se retourna et donna un violent coup de pied dans une chaise qui se trouvait dans son champ de vision. Celle-ci vola à travers la pièce pour aller exploser contre un mur en brique, dans un vacarme assez assourdissant.
- Mais tu es complètement malade ? s'écria la jeune femme en hurlant.
Il se tourna vers elle, les pupilles dilatées par la colère immense qu'il avait en lui. Il avait envie de lui faire du mal. Véritablement. Elle ne pensait qu'à elle. Elle ne voyait même pas pourquoi il était en colère. Elle, toujours elle. Encore elle. Il fallait qu'il s'échappe de cet appartement, de ce lieu, de cette prison. Il ne pouvait plus vivre ça …
Il parti en trombe dans sa chambre pour enfiler une tenue plus chaude. Shania s'était approchée de l'embrassure de la porte et tenta de renouer le dialogue
- Blaine, je t'en pris, calme-toi. Il faut qu'on en parle. Je ne peux vraiment pas me permettre de perdre du temps à gérer nos problèmes alors que je joue ma carrière sur cette affaire, tu le sais.
Il voulait qu'elle se taise. Qu'elle arrête de débiner toutes ses conneries. Qu'elle la ferme !
Il passa devant elle sans même lui jeter un regard, prit son manteau et sorti en claquant la porte. Elle ne chercha même pas à le retenir. Il marcha pendant de longues minutes, les poings serrés, les jointures de ses articulations légèrement blanchies par la force de la colère. Mais il sentait ses yeux le piquer, retenant les larmes qui cherchaient à s'échapper de toute leur force. Il avait mal. La colère et la tristesse se mélangeaient, l'envahissaient par gigantesques vagues, l'immergeant complètement. Il avait l'impression de se noyer sous toute cette pression.
Il finit par se laisser tomber sur un banc, sans trop savoir où il était rendu et hurla de toute ses forces, se penchant vers l'avant, la tête entre ses jambes, les poings encore plus serrés, comme si ses doigts allaient se déchirer du reste de ses mains. Il n'en pouvait plus.
Cela ne pouvait plus continuer comme ça. Il posa son visage dans les paumes de ses mains et fondit en larmes.
Non, il fallait vraiment que cela s'arrête …
