COREE DU SUD, PROVINCE DU GYEONGSANG DU NORD, YEONGCHEON – 03h54, 5 Janvier 2158 :
Ses talons résonnent sur le carrelage blanc tâché de saleté, masquant toute trace de limpidité en rendant le sol aussi sombre que les tréfonds des océans. Ses courts cheveux anilines se balancent au grès de ses pas, son long manteau réglisse glissant jusqu'à ses chevilles alors que ses bottes vernies montent jusqu'à ses cuisses.
Elle avance dans la pénombre, les sirènes de la police, les voix hurlent par-dessus le brouhaha de la foule qui s'agite à l'extérieur des mûrs dans lesquels elle se trouve.
Elle ne risque rien de toute manière, ils ne peuvent plus l'atteindre.
Toujours avec cette noirceur qui l'entoure, la femme continue sa marche rapide pour ouvrir à la volée une lourde porte d'où jaillit pendant quelques secondes une lumière orangée, perçant l'obscurité d'un éclair presque aveuglant. Elle s'y engouffre, délaissant la nébulosité pour la clarté artificielle.
L'odeur de l'alcool lui emplit très vite les narines, les bruits de la foule alcoolisée accompagnée par le rythme saccadé d'une musique criarde l'agressant subitement. Elle regrette déjà les vociférations des pèlerins et le parfum du bitume froid et mouillé. Soupirant légèrement, la jeune femme se décide à traverser la masse de chair qui se dresse devant elle.
Cet endroit pue l'Enfer ; une odeur de transpiration mêlée à celle de l'alcool l'assaille de toute part. Du coin de l'œil elle peut apercevoir des corps s'entrechoquant dans la luxure ou dans la violence, divers bruits gutturaux accompagnant les dits gestes. Des sofas délabrés, à l'étoffe baroque, sont dispersés stratégiquement en formant tantôt des carrés, tantôt des angles. Les tables sont remplies de verres à moitié vide, des sachets contenant du tabac et d'autres matières illicites éparpillés aux quatre coins des meubles, la lumière teintée d'un orange sanguin donnant une atmosphère encore plus lugubre à la pièce. Derrière le bar, circonscrit contre un des mûrs de la salle, un barman s'affaire à servir les clients, agglutinés comme des porcs devant leur mangeoire tandis qu'un peu plus loin, une piste de danse bondée se dresse devant les yeux de la femme.
Les regards commencent à se tourner vers la nouvelle venue. La plupart d'entre eux, une vitre d'eau-de-vie devant les yeux, la scrutent avec curiosité. D'autres, en revanche, écarquillent leurs paupières, semblant paralysé de stupeur et d'incompréhension. La femme s'avance, la foule s'écarte doucement à chacun de ses pas résonnant dans l'espace clos, pourtant noir de monde.
Sous la lumière navel, avec sa peau légèrement bronzée, ses courts cheveux coupés aux carrés sombres et ses yeux perçants gris ornés de fins cils obscurs, on aurait cru voir s'avancer un diable. Cette femme, toute de noire vêtue, avec son long trench coat simplement posé sur ses épaules et ses cuissardes en cuir a cette espèce d'aura reconnaissable entre mille. Elle se différencie des gens présents dans cette pièce, elle n'est pas de leur espèce.
Les prunelles interloquées la suivent jusqu'au bar où elle vient s'asseoir élégamment, en prenant soin de croiser les jambes. Ceux dont l'alcool a imbibé tout leurs sens, et par la même occasion leur habilité à réfléchir, jettent des regards carnassiers sur la brune. Un homme, rachitique au visage de rat, termine de boire sa bière au goulot et se rapproche d'elle.
« Eh ben alors ma jolie, on vient s'amuser avec les méchants, demande-t-il d'une voix grasse. T'sais qu'c'est pas un endroit pour les jolies biches comme toi ici, hm ?
- Un soju je vous prie, demande la femme au barman tout en glissant un billet sur le comptoir. »
Ce dernier, un brin de panique dans la voix, bafouille quelques paroles en prenant expressément le billet. L'homme, piqué dans son égo, claque sa longue contre son palais tandis que ses collègues rient à gorges déployées.
« Alors Kwang-Ho, on s'fait remballer par une poupée, s'esclaffe un homme à la corpulence imposante dont le corps est criblé de tatouages.
- En même temps avec une dégaine pareille, impossible de chopper une nana comme ça, se moque une jeune femme à la peau presque transparente.
- Fermez vos trous à merde ! »
Le dénommé Kwang-Ho frappe avec violence son poing sur le comptoir, juste assez près du bras de la femme. Elle n'a même pas cillé. L'homme, le visage rouge et l'haleine fétide, arrive presque à se coller à la brune.
« D'où tu m'ignores espèce de salope ? Tu te crois trop bien pour moi c'est ça ? Une pute de ta classe peut pas parler à un mec comme moi, hm' ? Ici t'es personne, susurre-t-il avec colère, et c'est pas une connasse qui s'habille comme une sale bourge qui va m'ignorer. »
Le shot de soju atterrit devant elle. Sa main, gantée de noir, agrippe le verre pour le porter délicatement à ses fines lèvres. Le contenu fut absorbé en peu de temps, la tête légèrement renversée, les yeux l'entourant toujours fixer sur elle. Kwang-Ho, devant le silence que lui offre la brune, sort de ses gonds, sa main venant agripper fermement la maigre épaule de son « interlocutrice ».
« REPOND MOI SALE- »
Sa phrase reste en suspens, il n'a pas le temps de prononcer un mot de plus, d'esquisser un seul mouvement. Les badauds, ne comprenant pas ce qui est en train de se passer, rigolent et s'approchent des deux individus. L'homme gras de tout à l'heure prend la parole :
« Eh ben alors, on a perdu sa lan- »
La vision de la bouche dégoulinante de sang de Kwang-Ho suffit à faire taire l'homme tatoué. Enfin, dans un premier temps du moins. Quelques secondes après, les pupilles et le corps tremblant, il pousse un hurlement sourd, poursuivit par la foule autour de lui. Kwang-Ho a posé un genou à terre, il se tient fermement la gorge de la main gauche tandis que le liquide carmin peint sa peau rugueuse. Il suffoque, tend sa main libre vers la femme qui ne lui adresse toujours pas un coup d'œil. Le barman, calé entre deux étagères bardées de bouteilles d'alcool et de néon diffusant une légère lumière bleu, ne peut ôter ses yeux de la scène. Le regard anthracite de la femme le cloue littéralement sur place. Cette dernière affiche un doux sourire froid, avant de le pointer du doigt. Sa voix suave, grave et pourtant si féminine parvient jusqu'à ses oreilles, bien qu'elle soit prononcée dans un murmure :
« Je viens voir Unname. »
A la seule mention de ce nom, il comprit. La pièce, pourtant chauffée par le chaos environnant des corps s'agitant dans la pièce, devient tout de suite glaciale.
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La femme vêtue de noir fut emmenée dans une espèce d'antichambre, beaucoup plus intimiste et froide. Une lumière bleutée, artificielle, baigne l'endroit. Les murs, teintés de jais, ne reflètent aucun éclat, des canapés simples en tissu gris alignés contre la cloison font face à l'entrée, des tables basses en bois sombre devant ces derniers. La jeune femme aux cheveux réglisses remercie le barman d'un sourire poli, l'homme déglutis avec peine en sentant de nouveau ses prunelles grises se planter dans les siennes. Il referme la porte, la brune se tourne vers les sofas.
« Tiens tiens tiens... Ne serait-ce pas la fabuleuse Uimi qui vient me gracier de sa présence ? »
L'homme ayant prononcé cette phrase se tient assis sur le canapé le plus imposant : ses bras étalés sur les dossiers. Ses courts cheveux châtaigne forment des mèches irrégulières, une mince barbe mal rasée s'étale sur son menton et sa mâchoire carrée. Ses yeux sont cachés par un épais tissu rouge, les rendant invisibles pour Uimi. Un nez épaté et une lèvre supérieure plus charnue que celle du bas vient terminer son visage. La brune s'avance, sa bouche toujours relevée en un rictus courtois.
« Unname, ravie de vous revoir, le salua-t-elle. Je prends plaisir à constater que vous avez choisi un endroit discret cette fois-ci. »
Elle réussit à entendre son ricanement par-dessus la musique, toujours audible mais étouffée par les cloisons. Il relève son menton vers elle tout en prenant le verre à whisky posé devant lui. Son bras droit descend pour venir tapoter l'espace juste à ses côtés. Uimi obéit lascivement, elle s'assoit aux côtés de l'homme, assez loin pour ne pas à avoir à l'effleurer.
« J'ai vu tes exploits aujourd'hui, commence-t-il après avoir pris une gorgée de son verre. Mettre hors service la célèbre Tonghae... Je dois te féliciter, c'est un gros poisson que tu as eu là. »
La femme laisse couler quelques secondes de silence, se remémorant le moment où, plus tôt dans la journée, elle avait entendu les supplications de la célèbre héroïne coréenne. C'était le dernier cri qu'elle avait poussé, un de ceux qui arrivent à déchirer l'air, à percer les tympans. Il était empli de désespoir et d'incompréhension. Mais l'anéantissement qui habitai les yeux de l'ancienne héroïne avait été le clou du spectacle. Uimi se délecte encore quelques secondes de ce souvenir avant de reprendre la parole.
« Merci, j'ai pris plaisir à accomplir cette tâche moi-même, appuie-t-elle. Mais arrêtons de tergiverser, je suis venue pour des explications et non des félicitations de votre part.
- Mmh, oui, tu as raison, souligne Unname en posant son verre vide. Je suppose donc que tu prendras ta décision une fois mes éclaircissements finis ?
- Exact. »
Unname esquisse un rictus entendu tout en se replaçant confortablement dans le canapé. Il vient chercher un paquet de cigarette logé dans la poche intérieure dans sa veste de costume, la portant à sa bouche avant de venir l'allumer. La cendre rouge émet une faible lumière, perçant le bleu artificiel dont la pièce est imprégnée.
« Eh bien, c'est très simple... Nous sommes une organisation avec plusieurs contacts à travers le monde, nous connaissons des personnes importantes comme des personnes moins importantes, déblatère l'homme entre deux bouffées de cigarette. Notre objectif rejoint celui de pas mal d'aspirants justiciers et vilains, comme aiment les appeler les médias, finit-il en terminant de souffler son dernier filet de fumée. Débarrasser cette société manichéennes de ceux qu'ils appellent les « héros » est en quelque sorte notre principal but, mais je crois savoir que tu es déjà familière avec ce concept. »
L'homme garde son sourire en prononçant sa dernière tirade à l'adresse de la brune. Cette dernière lui jette un bref coup d'œil en biais, trop occupée à fixer ses mains entrecroisées sur ses genoux. Bien sûr qu'elle est familière avec ce concept, c'est bien la seule chose qui la tient en vie. Uimi répond par un bref hochement de tête avant de conduire ses yeux vers le tissu rouge qui cache ceux d'Unname :
« Qu'est-ce que vous voulez dire par « personnes importantes comme moins importantes » ? »
La cendre s'allume de nouveau.
« Informations confidentielles, à moins que tu nous rejoignes... Tu le sauras bien assez tôt de toute façon. »
"La décision est déjà prise dans tous les cas.", se dit Uimi. Elle fait mine de réfléchir pendant quelques secondes, puis, tend sa main vers l'homme, préoccupé à écraser son mégot de cigarette dans un cendrier en verre.
« J'accepte. »
Un sourire carnassier vient tordre le visage d'Unname. Prenant vigoureusement la main d'Uimi, deux fois plus petite que la sienne, il la tire vers lui. La brune écarquille légèrement les yeux, plus par surprise que par peur. Le visage de l'homme, à quelques centimètres du sien, souffle :
« Bienvenue chez toi Uimi, bienvenue dans cette sous-société qui va te permettre d'atteindre tes objectifs. »
Les pupilles tremblantes d'excitation, la jeune femme sourit.
C'est à ce moment-là qu'elle sut que tout allait enfin commencer.
➯ Je suis super anxieuse et excitée à la fois de publier cette histoire ! C'est un travail qui me tient vraiment à cœur et tout ce que j'espère c'est que l'histoire et mes personnages originaux vont vous plaire.
Je suis désolée pour ceux qui n'aiment pas tellement les chapitres à exposition, mais je me devais de faire de ce prologue un tableau pour l'histoire qui va suivre. Il n'y a aucun personnage appartenant à l'univers officiel de My Hero Academia qui a été cité et c'est bien normal, puisque je me suis concentrée sur l'introduction des « vilains ». D'autres OC's sont encore à venir donc préparez-vous mentalement à encaisser le choc !
J'ai la fâcheuse (ou pas) habitude de commencer mes fanfictions par les personnages non canons.
J'essaierai du mieux que je peux à faire en sorte que tout soit compréhensible pour vous, et surtout, de ne pas vous perdre en cours de route ! C'est tout à fait normal de trouver ça déroutant des personnages originaux qu'on n'est pas habitué à voir dans un univers qui nous est familier.
En tout cas j'espère vraiment que ce prologue vous a plu ! Si vous avez une quelconque critique à me faire je suis tout ouïe. Merci du fond du cœur, on se retrouve au prochain segment !
Oh j'allais oublier ! Malgré mes maintes et maintes recherches afin de trouver l'année où l'intrigue principale de MHA se passe, je ne suis arrivée qu'à des suppositions omises par des fans. Celle qui m'a parut la plus logique supposait que l'histoire se déroulait entre 2150 et 2200 : je l'ai donc prise comme marqueur de temps ! Ce n'est pas du tout une information confirmée par l'auteur et jusqu'à ce que lui-même se soit prononcé dessus je resterai sur cette date. (le lien vers la discussion pour ceux et celles que ça intéresse : What-year-does-Boku-no-Hero-Academia-take-place-What-are-your-theories)
