Coucou ! :D
Voici donc le chapitre 2 auquel je donnerais bien, pour un passage, les paroles de la chanson "J'ai pas les mots" de Grand Corps Malade. Bien que je n'aime pas la chanson en soi et le style de Grand Corps Malade, je trouve les paroles très vraies. Elles m'ont rappelé bien des choses de mes propres expériences personnelles. Je vous conseille donc d'aller jeter un coup d'œil (mais ne mettez peut-être pas la chanson durant le chapitre, sans offense, le rythme jurerait beaucoup avec le reste, et je trouve que le style déconcentre dans la lecture x) ).
Chapitre 2 : Un visage
La pluie et le vent n'avaient cessé depuis que Loki avait laissé Thor dans sa chambre, quelques heures plus tôt. Maintenant, le dieu de la Malice fouillait un peu la maison, que ce soit pour l'en débarrasser des trop nombreuses bouteilles d'alcool ou plus sommairement vérifier qu'elle contenait de quoi se nourrir au moins sommairement. La réponse à cette question fut d'ailleurs négative, un constat après lequel il s'éclipsa une petite demi-heure pour régler le problème.
Loki avait roulé une tranche de jambon et s'était installé sur le grand canapé du salon, allongé de tout son long, jambes croisées repliées, quand il entendit des pas dans les escaliers. Il observa Thor se faire un chemin vers la cuisine en marmonnant « aspiriiiiine… » avec un air curieusement fantomatique que Loki ne le voyait jamais arborer. D'habitude, il était le spectre de la maison, pendant que Thor guerroyait joyeusement avec un aspect de buffle midgardien.
En tout cas, il ne savait ce qu'était l'aspirine, mais aux yeux de Thor, les trois cachets blancs entre ses doigts semblèrent primordiaux quand Loki le vit ressortir de la cuisine et se diriger vers lui, verre d'eau à la main. Il lui fit une place sur le canapé, son frère se vautrant dedans. Le dieu du Chaos le regarda du coin de l'œil, peu sûr de ce qu'il devrait faire.
– A propos… Commença Loki, avant de se gifler mentalement devant la stupidité d'une introduction commençant par ces mots. Où en sont les Avengers ? Je pensais les voir venir ici étant donnée… la situation.
Thor but son verre et avala les cachets, fronçant le nez à l'évocation des mortels.
– Je ne suis pas d'humeur à endurer une entrevue avec eux, et je le leur ai fait comprendre.
Le magicien haussa un sourcil.
- Tu noies littéralement le pays, Thor. Je serais étonné d'un mutisme durable de leur part. Contrôle au moins cela, si tu ne veux pas qu'on t'importune, proposa-t-il en désignant la fenêtre derrière laquelle la météo semblait même s'être aggravée.
– Plus facile à dire qu'à faire, ricana le blond.
– Tu n'essayes pas.
– Tu n'en sais rien.
Loki rit clairement, dédaigneux :
– J'en suis certain, c'est suffisant.
Il vit clairement la main de Thor se resserrer sur son verre tandis que le dieu du Tonnerre gardait son regard fixe devant lui, sec et impitoyable. Sa colère, Loki pouvait la palper et sentir sa propre magie l'avertir du changement soudain, mais ce ne fut pas pour autant qu'il retira ses mots. Si Thor voulait sortir de là, il ne devait pas être ménagé : Loki avait bien constaté au fil des siècles que laisser passer toutes les bêtises, colères et caprices du dieu ne menait à rien.
L'aîné se calma après plusieurs minutes, dans le silence, et bascula sa tête en arrière sur le dossier du canapé. Il demeura ainsi de longs instants, loin d'être sur le point de bouger pour les trois heures qui suivraient. Ce fait ne convint pas à Loki.
– J'ai toutes mes chances dans cette situation, murmura-t-il.
Le Jötunn plissa les yeux lorsque ceux de Thor s'ouvrirent puis tintèrent de stupéfaction et d'incompréhension, sa peau frémissant brièvement à la morsure glacée d'une lame contre sa gorge. Loki était penché au-dessus du blond assis, une botte sur le canapé, piégeant le guerrier.
– Je pourrais te tuer maintenant sans difficulté et m'exiler là où Asgard ne serait capable de me trouver. Ce serait tellement simple, Odinson.
Thor le fixa longtemps, indifférent, et ce fait même transperça Loki comme si on lui avait administré un coup de poignard.
Il s'était attendu à une réaction.
Il ne s'était pas attendu à cet air stoïque et résigné.
Thor ne se fatiguait pas même à parler, ayant sans doute croisé dans le regard du brun son choc et son hésitation. Il savait sûrement que le dieu de la Malice n'avait pas pensé sérieusement à le tuer. Ou plutôt, Loki voulait qu'il n'y ait pas cru, sinon voir le dieu de la Foudre aussi impassible aurait été bien trop troublant et inquiétant.
La dague sombre paraissait aussi d'une neutralité paralysante, le métal dépourvu des reflets du soleil cachés par les nuages orageux qui le faisaient habituellement luire tels les iris d'un prédateur vicieux. Sans vivacité et maladroitement, la lame se retira. Il y avait quelque chose de terriblement pesant, d'atrocement oppressant, de dangereusement las et d'affreusement impuissant qui serrait le cœur de Loki. Comme un tissu étouffant qui éteint une flamme, vous enserre et vous engouffre dans l'idée que la chose est au-dessus de vous, insoluble, impitoyable, lentement mortelle et insupportable. Comme cette boule qui noue la gorge, la déchire, la compresse et rend douloureux chaque mot, avec pour message que toute réflexion pour les utiliser à bon escient et astucieusement sera vaine et ne mènera qu'à un mur, celui de la peine et de l'abandon total de sa propre personne, ce mur que Thor avait lui-même érigé et derrière lequel il demeurait enfermé, ailleurs, quelque part dans le passé, jugeant que plus rien n'avait d'importance, incapable d'affronter le futur et refusant de le faire.
Loki, malgré lui, baissa les yeux pour faire lâcher prise au regard qui le harponnait et le rongeait. Il se laissa glisser, alors accroupi devant le dieu qui n'avait bougé du canapé.
Un Thor puissant qui essuyait une défaite avait quelque chose de plaisant. L'ombre de son frère passant sur un mur silencieusement, entourée d'une aura de vide désespéré, avait le goût âcre et déplaisant d'un abominable spectre improbable qui jamais n'aurait dû se présenter. Voir un homme qui, dans l'amour ou la haine, avait régi toute sa vie se dégrader par lui-même jusqu'à devenir intouchable et inerte était une sentence épouvantable qui le dégoûtait ; un châtiment immuable, puisqu'il pressentait qu'il ne sortirait pas Thor de là, même s'il était trop pessimiste de l'affirmer immédiatement.
– Loki, fit Thor d'une voix fatiguée en le sortant de ses pensées, il y a une chose que je peux te demander ?
Il hocha doucement la tête, un léger sourire aux lèvres. Il se surprenait à penser que, tant que Thor parlait un minimum sans qu'il ait à faire les questions et réponses, cela lui allait parfaitement. C'était même un soulagement certain.
– Jane n'aimait pas beaucoup toutes sortes de représentations d'elle-même, en particulier les photos. Il n'y en a qu'une ici, et je…
Il hésita un moment, ayant fermé les yeux.
– Je n'ai même pas pu la voir pendant les dix jours pendant lesquels elle a été captive, avant d'être tuée. J'ai peur de… l'oublier, et d'un jour ne plus arriver à me rappeler de son visage. Mais j'ai surtout envie… de le voir une dernière fois.
Loki s'humecta les lèvres, ses doigts entremêlés se crispant.
– Tu veux que je crée une illusion, c'est bien cela ? Soupira Loki.
Il n'eut pas besoin de la réponse de Thor pour en être certain.
– Ce n'est pas une bonne idée, déclara-t-il enfin. Ça ne pourrait être vraiment elle, et tu t'accrocherais d'autant plus à cette relation qui est maintenant terminée.
– Loki, s'il te plaît. Ce ne sera qu'une seule fois.
Une seule fois.
Une seule minute de plus, une seule histoire, une seule étreinte, un seul service…
Loki se souvenait que jamais ce type paroles ne demeurait tenu par son frère.
~oOOoooOOo~
– Non.
– Loki…
Celui-ci se retourna violemment et attrapa le col du plus âgé, le plaquant contre le mur le plus proche.
Il craquait à son tour.
– Ça suffit, Thor. Je t'interdis de me reparler de cela.
– J'en ai besoin !
– Non, c'est faux ! Vociféra le brun. Tu n'en as pas besoin ! Tu persistes à renouer avec ce qui est à présent passé. Reviens vers la réalité, Thor ! Tu ne peux me demander de créer à nouveau une illusion pour t'accrocher à ce que tu as perdu, car on s'accroche pas à ces choses-là ! On les laisse aller et on avance, c'est pour cela que tu es prince, futur roi, acclamé ! C'est pour cela que tu as été choisi ! Pour te battre, accepter les sacrifices, et non pour pleurer sur ton manque ! Et tu dois l'oublier, tu dois voir la réalité, pas les souvenirs !
Il se calma quelque peu et soupira :
– Tu dois perdre cet espoir qui hurle que tu peux retourner en arrière, trouver le moyen de combler l'espace qu'a laissé ta mortelle, l'intima Loki. Il n'y a plus rien à rattraper, Thor. Quand tu le comprendras, tu auras déjà laissé tomber le monde entier dans ta quête de retrouver Jane. Il sera trop tard et tu t'enfermeras. Mais ce n'est pas… ce n'est pas ton genre d'être aussi obstiné et… mal. Il y a quelque chose d'autre.
Thor plissa les yeux et Loki sut dès lors qu'il avait raison. Le blond se mordit la lèvre inférieure et poussa l'épaule du dieu du Chaos pour qu'il se détache de lui. Il porta ensuite une main à la manche gauche de sa chemise dont il défit les boutons avant de la relever, dévoilant une marque blanchâtre qui entourait son poignet.
– Tu sais déjà ce que c'est, dit-il seulement.
Loki avait écarquillé les yeux, le souffle coupé.
Oui, il le savait. Il se rappelait même parfaitement de ce type de cicatrices qu'il avait vu dans les contrées elfiques, au cœur de la forêt d'Álfheim. Il avait étudié les coutumes de ses habitants, avait passé énormément de temps là-bas, et parfois, en avait brièvement parlé avec Thor lorsqu'ils étaient plus jeunes. Et au sein des bois tortueux des alfes, en leur centre, au milieu de trois pics, s'établissaient nombre de mages capables d'exploiter l'aura mystique s'échappant des racines et de l'humus de la forêt, et d'établir un lien entre deux personnes, de les marquer à vie, rendant leurs sentiments étroitement perceptibles l'un pour l'autre, leur permettant de ressentir les moindres sursauts de l'âme de l'être cher.
Loki passa un doigt sur la cicatrice.
– Imbécile, souffla-t-il, maintenant conscient du déchirement que devait ressentir Thor.
Lorsqu'un lien ne menait qu'au vide, l'esprit se révoltait contre les faits et niait tout bonnement la vérité de la disparition de l'autre, et Loki comprit que les choses seraient bien plus compliquées qu'elles en avaient eu l'air. Mais il comprit aussi une toute autre chose : grâce à ce coup de tête, ce lien irréfléchi issu de sentiments aveugles, il avait obtenu un rôle à jouer dans cette histoire. Et les avantages à tirer de ce revirement de situation s'avéraient plus qu'attirants.
Lentement, il s'approcha de son frère avec une assurance nouvelle qu'il se garda bien de montrer et posa une main sur le haut de son bras, passant son pouce dessus dans un geste rassurant mais également propre à amadouer le guerrier afin d'obtenir ce qu'il souhaitait.
– Il y a trop de souvenirs dans cette maison, Thor, trop de pertes à déplorer. Rester ici ne nous avancera à rien. Il faut que nous rentrions, à présent. Ta place est auprès du roi et de la Cour, non à ruminer ici.
Thor le regarda, légèrement suspicieux :
– Pourquoi fais-tu cela ?
Le brun secoua la tête avec un rictus.
– Le sais-je moi-même ?
~oOOoooOOo~
Contre un rocher, Loki grava la date, puis redressa la tête pour contempler le brasier qui crépitait devant lui, dévorant la maison dans laquelle Thor et Jane avaient vécu.
Le dieu du Tonnerre, quant à lui, avait été aspiré par le Bifröst plusieurs heures plus tôt, inconscient du trait que tirait Loki sur sa vie passée à Midgard et son attachement pour sa mortelle.
Il était temps de repartir sur de nouvelles bases, ou plutôt, sur de nouveaux plans. Mais quand il remit une main dans sa poche, il sentit entre ses doigts un morceau de papier plastifié. Une photo, la seule et l'unique de Jane, sous le bras de son frère, collée contre son flanc, souriante. Rien qu'une photo trouvée sur un mur, et pourtant si importante pour Thor, si primordiale, que Loki n'avait pu se résoudre à la détruire également. Il ne voulait pas avoir son frère sur le dos, c'était tout. Il se serait fait une joie d'incendier ce souvenir maudit pour lui comme pour Thor.
Ou peut-être ne voulait-il juste pas écraser encore plus l'être qu'il tenait entre ses doigts et que, d'une pulsion, il était certain d'avoir à sa merci. Peut-être avait-il juste agi avec compassion.
Peut-être. Seulement peut-être.
Il siffla. Ça n'avait pour l'instant aucune importance.
Note : Il y a une référence à un manga connu dans la dernière scène (pour gros indice si vous connaissez, avec la maison et la date gravée).
Un gros merci pour vos reviews, je suis contente que ce début vous ait plu ! :D Bonne journée/soirée, et à bientôt !
