A love detective is a broken detective

Rosie regardait Sherlock faire le mariole depuis sa chaise haute. Ou plutôt, elle pensait le voir faire le mariole. Sherlock était plus ou moins entrain de mélanger de l'acide sulfurique à de l'acide nitrique, entre autre… Pour créer une nano-bombe, avait-il expliqué à Mrs Hudson quand elle avait apporté une tasse de thé et un biberon de lait. Pourquoi ? Avait-il besoin d'une raison que diable ?!

Cela faisait plus ou moins un an que Sherlock et Rosie partageaient ensembles leurs mercredis. Rosie savait parler, un peu. Et Sherlock parlait toujours, beaucoup. John quant à lui était bien trop épuisé en sortant du travail pour parler à l'un ou à l'autre.

« Et si j'ajoutais un peu de fer, qu'en dis-tu ? » demanda Sherlock en jubilant intérieurement. Sa petite concoction prenait forme et il ne lui manquait pas grand-chose pour qu'elle soit parfaite.

« Yerlo ! » répliqua Rosamund, donnant visiblement son accord au détective.

Visiblement oui, Sherlock avait appris à interpréter les gazouillements ou tentative de langage intelligent de la gamine comme bon lui semblait. Un « Yapo ! » pouvait vouloir dire « Ajoute plutôt du zinc » ou bien « Excellent idée mon cher Sherlock ! ». Décidément, un bébé était tout de même plus pratique d'un crâne ou que John.

John…

Sherlock cessa son geste. Il se redressa, regarda par la fenêtre et évalua l'heure. John ne tarderait pas à récupérer Rosie. Il mit alors en pause son expérience et la rangea dans le congélateur, à côté des glaces à la vanille de Rosamund.

Il vint vers elle et la sortit de sa chaise haute :

« Comment se fait-il que j'en viens à passer plus de temps avec toi qu'avec John ? » questionna-t-il à la petite fille.

« Yerlo ! » ria la gamine. Brandissant ses bras pour que Sherlock la prenne dans les siens.

« Peut-être, admit-il. » Il obtempéra et la prise au bras : « Heureusement que ta crèche est fermée le mercredi et que ton père travail, sinon je ne te verrais même plus non plus. »

Il regarda les yeux bleus clairs de l'enfant : elle avait beaucoup de Mary en elle. Mary… Elle lui manquait. La culpabilité disparaît avec le temps mais pas l'attachement. Il la détailla encore un peu plus, lui semblant qu'elle avait grandi à chaque fois qu'il la voyait. Elle avait beaucoup de Mary en elle et si peu de John. Peut-être cette fossette sur le menton qui commençait petit-à-petit à se dessiner. Oui, ça c'était John. Son John.

Il fut coupé dans sa réflexion par une odeur effroyable. La couche, constata-t-il.

Gardant Rosie aux bras, il jeta les bouquins et autre bordel de la table de la cuisine et la coucha dessus. Il alla cherchait une couche propre et changea la gamine. Il prit l'impudent objet excrémenteux et le jeta dans la poubelle aux côtés d'innombrables autres choses insolites. Il pensa furtivement qu'il faudrait changer la poubelle quand John aurait récupéré la petite fille. Il le demanderait à Mrs Hudson.

Quand la porte de l'appartement s'ouvrit sur John, Sherlock se retourna le bébé aux bras :

« Alors ? Cette journée ? » demanda-t-il, alors que John se dirigeait déjà vers le canapé pour s'assoir.

« Epouvantable. » répliqua-t-il. « Une épidémie de gastro dans une colonie de vacance Allemande. Tous venu dans MA clinique. »

« Tu devrais démissionner. » répondit alors le détective en déposant Rosie dans sa chaise haute, rassemblant les affaires de la gamine. « Redeviens mon assistant. »

« On en a déjà parlé Sherlock. » répliqua John : « Il me faut un travail stable pour Rosie. »

Sherlock se retint de foudroyer l'enfant du regard. Tel un aîné qui verrait arriver son cadet au monde, lui privant de l'attention parental. Mais il en était autrement, en réalité. Bien que Sherlock veuille effectivement bien de l'attention. Il n'avait pas réellement besoin de John pour ses enquêtes, plus maintenant.

« Comme tu voudras. » répliqua-t-il en haussant les épaules. « Dans ce cas : à mercredi prochain. »

John ne fit pas beaucoup plus de cérémonie, se sentant tout de même un peu mis à la porte. Avant de quitter l'appartement, il demanda :

« Je ne t'ai pas vexé, si ? »

« Enfin John. » répliqua Sherlock. « Suis-je vraiment du genre à me vexer ? Rappelle-toi qui je suis. Un cerveau complexe, rempli de rouages et de mécanismes. J'ai un milliard de choses à penser- littéralement – pourquoi m'ennuierais-je à élaborer un semblant d'émotion inhibitrice, qui plus est, de mes modes de déductions ? »

Le médecin haussa les épaules :

« Bon, et bien bonne soirée alors. » il quitta alors l'appartement puis le bâtiment et Sherlock se retrouva seul.

Seul.

Sans John.

John.

Non, Sherlock n'était pas vexé, non. C'était simplement une de ses tentatives désespérées pour ramener le médecin vers lui. John était son ami, son seul ami. Non, il y avait Rosie, corrigea-t-il. Rosie aussi était une amie.

A vrai dire, John était son seul… John ? Une entité particulière : dans laquelle il plaçait beaucoup de chose. Son crédit, d'abord. Son affection ensuite. Son désir enfin… Oui, désir. C'était le mot. Mais un sociopathe n'avait pas ce genre de besoins, non. Ce n'était pas utile en soit. Pas une nécessité pour ses capacités cognitives ou sans santé. C'était secondaire, tout comme ça l'était au mariage de Mary et John. Ce qu'il ressentait, au fond de lui. Sentiments. Sherlock aurait pu bruler ce mot. Les émotions sont des choses bien trop contraignantes. Sherlock avait fait le choix depuis longtemps de ne plus trop s'y fier. Se contentant de conserver les primaires : la joie, la peur, la surprise, la colère, la tristesse. L'amour n'y avait pas sa place, jamais.

Mais la tristesse elle, avait fait son chemin. D'abord pour Marry. Puis pour Eurus, pour Barbe Rousse… Et maintenant, il ressentait cette tristesse pour John. Il préférait être triste qu'amoureux, c'était un choix, un parti prit.

Un détective amoureux est un détective cassé. Brisé. Il ne pouvait pas se le permettre.

Cependant Sherlock n'avait pas conscience qu'une vis de son méticuleuse machine était abîmé. Une vis qui se transformerait sans aucun doute en rouage puis en panne. A broken detective.