La force conquiert tout, mais ses victoires sont de courte durée

Abraham Lincoln

Spencer Reid était le héros du jour. L'histoire de l'altercation ayant eu lieu ce matin-là s'était répandue comme une trainée de poudre, et il s'était attendu toute la journée au retour de bâton, sans que rien ne vienne. Il avait découvert plus tard que Rossi avait intercepté Strauss et lui avait rappelé que 7 agents pouvaient témoigner que Reid n'avait agit qu'en légitime défense. Reid avait alors essayé de remercier Rossi, mais celui-ci avait répondu avec un petit sourire malicieux qu'il n'avait pas la moindre idée de ce dont il parlait.

L'agent Stevens, quant à lui, avait eu quelques problèmes. Plus tard dans la journée, Hotch avait informé Reid qu'à cause de son mauvais comportement et de ses problèmes avec l'autorité, l'agent Brett Stevens avait été renvoyé.

Des personnes étaient venues voir Reid à son bureau toute la journée ; ils étaient heureux de voir Stevens s'en aller et souhaitaient remercier le responsable. Les hommes lui donnaient une tape dans le dos et un sourire amical, ou un « bien joué ». Les femmes, dont la plupart étaient fatiguées des tendances sexistes de Stevens, s'arrêtaient pour le remercier de les avoir débarrassées de « ce porc ». Pour son plus grand embarra, certaines des plus hardies se pâmaient devant ses blessures en ventant sa bravoure. Et c'est absolument mortifié qu'il avait reçu le même traitement de Gary Brooks, un technicien de laboratoire des contrefaçons. Morgan et Emily s'en étaient beaucoup amusés, sans toutefois faire de commentaires.

Reid n'avait qu'une hâte, que la journée se termine. Il se sentait très mal. En partie pour le renvoie de Stevens, mais principalement à cause de la manière dont tout le monde agissait. Il n'avait jamais été une personne très populaire au FBI, et cela ne le dérangeait pas vraiment. Mais à présent, il était le héros du jour parce qu'il avait eu une altercation, et qu'il avait causé le renvoi de quelqu'un. Il avait le sentiment de ne pas valoir mieux que Stevens.

Au moment de partir, Morgan se leva et s'avança d'un pas nonchalant vers le bureau de Reid.

- Allez, Reid, je te dois bien un verre, dit-il en décernant au jeune agent un sourire rayonnant.

- Non, tu ne me dois rien, Morgan, répliqua Reid en secouant la tête sans lever les yeux de l'écran d'ordinateur. Si quelqu'un est redevable de quoi que ce soit, c'est moi. Si tu ne m'avais pas enseigné l'autodéfense, Stevens aurait probablement… enfin, cela n'aurait pas vraiment pu être considéré comme une altercation.

- Hé, ne te rabaisse pas. On ne sait jamais de quoi on est capable jusqu'à ce que l'instinct de survie se réveille, fit Morgan avec un petit sourire blagueur avant de redevenir sérieux pour ajouter : tu t'es vraiment bien débrouillé, Reid.

Reid hocha la tête.

- Merci, mais je pense que je vais remettre le verre à une autre fois.

Morgan dévisagea le jeune génie pendant un moment en pour décider s'il allait ou non essayer de le convaincre de sortir boire un coup. Finalement, il haussa les épaules.

- D'accord, on remet ça. A demain.

Après une tape sur l'épaule, Morgan rassembla ses affaires et se dirigea vers la sortie.

Emily fut la suivante à partir. Elle mit sa veste et s'arrêta devant le bureau de Reid.

- Stevens a vraiment dit tout ce qu'ils ont raconté ? demanda-t-elle à voix basse.

- Hm, oui, il l'a dit, confirma Reid.

Une expression incrédule apparut sur le visage ordinairement posé d'Emily.

- Pourquoi ? questionna-t-elle, incrédule.

Reid haussa légèrement les épaules.

- J'ai eu la place au BAU qu'il voulait. Gideon m'a dit qu'il n'y avait vraiment pas de compétition, Stevens n'aurait pas du tout fait un bon profileur. Mais Stevens semblait penser qu'il avait été mis de coté à cause de moi, ou quelque chose comme ça. Et depuis, il trouvait toujours plus de raisons pour ne pas m'aimer. Cela peut également être parce qu'il se sentait menacé. Beaucoup de personnes tendent à se sentir intimidées par ceux qui ont un QI plus élevé que le leur mais honnêtement je ne pense pas que cette peur soit légitime. Je veux dire, c'est le type de personne que l'on est, pas à quel point on est intelligent, et…

- Ok, j'ai saisi, le coupa Emily en riant un peu.

- Désolé… marmonna Reid en rougissant.

Emily lui sourit et lui donna une tape sur l'épaule avant de sortir. Peu après, Garcia sortit de son bureau et se précipita vers lui.

- Hé, lève-toi un peu, veux-tu ? dit-elle dans ce qui ressemblait davantage à un ordre qu'à une question.

Confus, Reid se leva et Garcia le serra dans une forte étreinte. Il siffla de douleur quand elle appuya sur les bleus laissés par Stevens sur ses côtes.

- Oh, je suis désolée ! Je n'y avais pas pensé ! Est-ce que je peux faire quelque chose ? demanda-t-elle en le lâchant aussitôt.

- Non, Garcia, c'est bon. Ce ne sont que des bleus, la rassura-t-il en secouant la tête tout en massant avec précaution ses côtes douloureuses.

Après l'avoir fixé avec suspicion pendant une minute ou deux, Garcia hocha la tête et l'étreignit avec bien plus de précaution, puis le laissa se rassoir.

- Est-ce que ça aide de savoir que je lui ai rendu la monnaie de sa pièce ?

- Garcia… qu'est-ce que tu as fait ? demanda-t-il avec incrédulité.

- Oh, mon chou, qu'est-ce que je ne ferais pas ? rétorqua-t-elle avec un clin d'œil.

Reid resta bouche bée, tandis qu'elle lui expliquait que c'était davantage pour son bénéfice à elle que pour le sien. Finalement, elle lui sourit doucement :

- Nous sommes tous fiers de toi, tu sais.

Reid acquiesça sans un mot.

- Bien. A demain, Superman, fit-t-elle avant de quitter à son tour l'open-space.

Avec un soupir, Reid commença à rassembler ses affaires. Il ne pensait pas pouvoir supporter plus de félicitations pour un événement dont il aurait préféré qu'il n'ait jamais eu lieu. Cependant, avant qu'il n'ait pu filer, il entendit son nom.

- Reid, fit Hotch depuis l'entrée de son bureau. Je peux te parler ?

Puisqu'à l'évidence il ne s'agissait pas d'une requête, Reid reposa son sac et sa veste sur sa chaise, puis se rendit dans le bureau de Hotch.

- Assied-toi, lui dit Hotch quand il arriva.

Reid obtempéra et attendit que son supérieur continu.

- Je trouve intéressant qu'une équipe constituée des meilleurs profileurs du pays soit incapable de voir que tu ne tires aucune fierté des événements de la journée, dit-il finalement.

Reid leva brusquement la tête et fixa son patron avec confusion.

- Je trouve presque aussi intéressant que tu sois incapable de dire pourquoi ils te félicitent tous, continua Hotch.

- Pardon ? s'enquit Reid, à présent totalement perdu.

- Reid, ils ne sont pas fiers de toi parce que tu t'en es bien sorti dans une altercation…

- Je crois qu'en réalité, Morgan en est assez fier, coupa Reid.

Hotch leva la main et continua comme s'il ne l'avait pas interrompu :

- …Ou parce que tu as fait renvoyer l'agent Stevens. Ils sont fiers parce que tu t'es défendu. De ce que j'ai entendu de la part de l'équipe et des autres agents présents dans la salle de pause, tu t'es plutôt bien conduit. Même si Stevens essayait de te provoquer, tu as refusé de lui donner ce qu'il voulait. Tu as essayé de partir, et tu n'as commencé à te battre que lorsqu'il t'a attaqué.

Reid ne répondit pas, le regard concentré sur ses mains posées sur ses genoux.

- Tu n'as pas à avoir honte de quoi que ce soit, Reid. Nous sommes fiers de la manière dont tu t'es comporté, pas de ce que tu as fait.

Reid écarquillé les yeux. Nous. Ils étaient fiers de lui. Ils étaient tous fers de lui. Et cela valait plus à ses yeux que remporter toutes les batailles qu'il ait jamais connu. Ils étaient fiers de lui parce qu'il avait fait ce qui était dans sa nature. Ils étaient fiers parce qu'il avait été lui-même.

Reid se leva et se dirigea vers la porte. Juste avant de sortir, il s'arrêta :

- Merci, Hotch.

Hotch hocha simplement la tête et suivit des yeux Reid qui descendait dans l'open-space, avec le moral l'air considérablement remonté. Se souriant à lui-même, Hotch repensa à ses paroles. Chacun de ses mots étaient vrai, il n'avait pas menti. Toutefois, personnellement, Hotch était assez fier que Reid soit parvenu à briser le nez de l'agent Stevens… mais ça il n'avait pas l'intention de le lui dire.

Il n'y a que deux puissances au monde, le sabre et l'esprit : à la longue, le sabre est toujours vaincu par l'esprit.

Napoleon Bonaparte.


Merci Justwritten7, Anthales et Jade181184 pour vos reviews, ainsi qu'à tous ceux qui mettent en favori et en abonnement !

kateryne1 : Ah je ne suis qu'à moitié d'accord, c'est vrai que je ne suis pas fan non plus du gentil et innocent docteur Reid, mais je pense qu'il ne s'agit pas tout à fait de ça. La série a montré qu'il peut être capable de sortir des tirades enflammées qui laissent sans voix, ou faire preuve d'un très, très mauvais caractère. Il peut être méchant, injuste, violent, mais pour moi il ne s'agira jamais de violence physique volontaire, les mots lui suffisent pour détruire quelqu'un s'il le veut vraiment. (Et ce n'était peut-être pas intentionnel de la part de l'auteur, mais la peur qu'il a ressenti en croyant avoir attaqué Stevens sans en avoir le souvenir je la comprends ainsi : cela pourrait faire penser à une des crises que pourrait avoir sa mère et cela joue donc sur sa peur d'être schizophrène).