Je tiens à préciser que dans cette fic "Leah" est comment dire... Un peu stupide ? Disons simplement qu'elle se mélangera souvent de mots dans ses phrases... ^ ^


Chapitre 02

Quittant la vaste cuisine du ranch, Edward sortit par la porte de derrière, traversa la terrasse en planches et alla s'appuyer au montant de la balustrade, à côté de l'escalier. Il inspira à fond l'air tiède de la nuit, où flottaient l'odeur entêtante du bétail et le parfum du foin fraîchement coupé. Les étoiles étincelaient comme des poignées de diamants jetées sur le velours sombre du ciel, et des lucioles dansaient dans l'obscurité.

Edward poussa un profond soupir. La paix qu'il trouvait là d'habitude, après dîner, lui échappait ce soir. Isabella Masen. Il n'avait pas encore trouvé le courage d'ouvrir le dossier qu'il avait jeté sur son bureau en rentrant de son entrevue avec Christopher cet après-midi même. Pourtant, tôt ou tard, il allait falloir qu'il se décide à mettre un visage sur ce nom et à regarder le passé en face…

- Edward ? La cuisine est propre. Tout est rangé.

Brusquement tiré de ses pensées, il se retourna pour découvrir une femme d'une cinquantaine d'années, petite, dans l'encadrement de la porte derrière lui.

- Merci, Leah. Je n'aurai pas besoin d'autre chose. Tu peux me laisser. Jacob doit attendre son dîner avec impatience.

- Oh, ce Jacob. Il a toujours une faim de taureau !

- De loup, corrigea Edward. Une faim de loup.

La Quileute hocha la tête.

- De loup. Si.

Elle fit une pause et secoua la tête d'un air navré.

- Edward, tu as le cœur triste, ce soir ? Tu n'as pas de sourire. Que des plis au front.

- Non, non, je vais bien. Il faut que je réfléchisse à certaines choses, c'est tout. Ne t'inquiète pas pour moi.

- Et qui va s'inquiéter, si Leah ne s'inquiète pas ? Tu as besoin d'une femme, et de petits bébés, qui jouent et qui rient, dans cette grande maison. Tu es beaucoup trop seul, Edward Cullen.

- Tu me l'as déjà dit cent fois, dit-il en riant tout bas. Allons, cesse de faire des histoires et va retrouver ton mari.

- Je vais, je vais, mais d'abord, tu souris.

- Oui, je souris. Bonne nuit, Leah.

- Bonne nuit.

La lumière s'éteignit dans la cuisine, et l'obscurité se referma complètement sur Edward. Une femme, des enfants. Il en avait rêvé autrefois, il y avait si longtemps ! Et puis il avait choisi une autre voie, plus sombre, plus dangereuse, une voie qui ne laissait aucune place pour une famille. Et maintenant il était trop tard. Trop d'ombres glacées menaçaient son âme, trop de fantômes le hantaient. Il resterait seul, sur le ranch, comme il l'avait décidé deux ans auparavant, lorsqu'il avait fui pour toujours le monde de trahisons, de mort, de mensonges et de haine des services secrets.

Il avait déjà travaillé dur sur ce ranch, et commençait à récolter les fruits de ses efforts. Le ranch était sa maison, son territoire, son refuge. Il y avait trouvé, sinon la paix, du moins une sorte de tranquillité. Et voilà que tout recommençait… Il poussa un profond soupir.

Isabella Masen. Il ne pouvait repousser indéfiniment la lecture de ce dossier. À pas lourds, Edward rentra dans la maison et se dirigea vers son bureau.


Bella tendit le sac rose pâle à la femme élégante qui lui faisait face, debout devant le comptoir. Celle-ci avait la quarantaine, un corps parfaitement conservéet un visage maquillé avec soin.

- Voilà, madame Newton. Je suis sûre que vous ne regretterez pas votre choix. Cette couleur pêche est ravissante.

- J'espère que mon mari partagera votre avis, dit la femme en riant. Après toutes ces années de mariage, il est temps de rappeler à mon Mike qu'il y a plus, dans la vie, que les puits de pétrole ! Au revoir.

- Au revoir, madame Newton.

Le sourire de Bella s'effaça lorsque la porte se referma en tintant doucement. « Des puits de pétrole, songea-t-elle en secouant la tête. Et des yachts. Et des maisons grandes comme des hôtels, des avions privés, des limousines avec chauffeur… » C'était là le lot ordinaire des femmes qui fréquentaient la boutique, MidieRoyal, et achetaient à des prix exorbitants quelques centimètres carrés de soie et de dentelle.

Son monde à elle était tellement différent de leur ! À vrai dire, elle n'arrivait même pas à imaginer comment on pouvait vivre lorsqu'on était riche. Les enviait-elle ? Oh, parfois, bien sûr, quand elle luttait pour tenir jusqu'à la fin du mois et joindre les deux bouts avec sa paye modeste. Mais pas profondément. Elle n'aurait pas échangé sa place contre celle d'une de ces femmes. Non, parce que dans son monde à elle, il y avait Nessie, son adorable petite-fille de dix-huit mois, son précieux bébé. Comparés à elle, l'argent et la position sociale ne valaient rien.

Un doux sourire lui monta aux lèvres tandis que l'image du bébé s'imposait à son esprit, une image si nette qu'elle aurait presque cru pouvoir toucher Nessie, là serrer dans ses bras, et respirer son frais parfum de talc et d'innocence. Un antidote miracle contre tous les souvenirs amers et douloureux du passé…

Le jour où sa petite-fille était née, l'existence de Bella avait brusquement émergé dans la lumière. Elle n'était plus seule désormais. Avec sa fille, elles formaient une équipe, toutes les deux. Ensemble, elles triompheraient des difficultés de la vie. Et Bella s'était juré de chérir et de protéger son enfant jusqu'à la fin de ses jours. Nessie n'aurait peut-être pas toutes les choses matérielles que l'argent procure, mais l'amour serait là, toujours et à profusion.


Edward se trouvait dans le petit parc situé juste en face de la boutique, MidieRoyal. Cela faisait plus d'une heure qu'il était là, nonchalamment appuyé contre un arbre, le visage impénétrable. Si jamais un passant se demandait ce qu'il faisait là, il concluerait sans aucun doute qu'il attendait sa femme, ou sa maîtresse, partie faire des achats dans les luxueuses boutiques du quartier.

Certes, il n'était pas particulièrement élégant mais cela ne voulait rien dire. Tout vrai Texan sait que les vêtements portés par un cow-boy n'indiquent pas forcément le niveau de son compte en banque. Certains attachent la plus grande importance à leurs bottes. D'autres concentrent leur attention sur la boucle de leur ceinturon, surtout s'ils sont amateurs de rodéo.

Edward Cullen, lui, tirait toute sa fierté dans son Stetson. Le chapeau était noir comme l'encre et aussi doux au toucher que la peau d'une femme. Il le possédait depuis bien longtemps, et il avait toujours représenté pour lui une sorte de symbole, le symbole de la vie qu'il mènerait enfin lorsqu'il se serait retiré des services secrets. Le chapeau était souvent resté accroché pendant des mois dans son bureau de Washington, lorsqu'il partait en mission à l'étranger. Et lorsqu'il revenait, las et démoralisé, il lui suffisait de le poser sur sa tête pour se sentir mieux. Le ruban était orné de petites médailles mexicaines, ciselées à la main dans de l'argent massif, et le chapeau avait su garder sa forme et sa texture en dépit des attaques du vent, de la pluie ou de la neige.

« Un sacrée Stetson ! » songea Edward en faisant courir un doigt sur le rebord de feutre. Et s'il le gardait si fermement sur son crâne en cet instant, c'était pour mieux se convaincre qu'il était un fermier Texan, et non un agent secret. Sa mission ne serait l'affaire que de quelques jours, après quoi il retournerait à son ranch et plus rien ne l'en éloignerait. Au moins, il avait de la chance que la veuve d'Anthony habite Houston. Comme ça, il pourrait dormir chez lui chaque soir. Et il comptait bien découvrir le plus vite possible les renseignements qu'il était venu chercher, à savoir, si Isabella Masen avait vraiment eu le temps de connaître son mari avant de l'épouser. Si ce n'était pas le cas, cela voudrait dire que ce mariage était un simple arrangement entre eux. Un marché. Qu'elle avait accepté d'épouser Anthony en échange de la liberté pour son frère. Mais qu'avait-elle promis en retour ? Et la liste faisait-elle partie du contrat ?

« Une pièce du puzzle après l'autre, mon vieux », se dit-il. D'abord, il fallait piéger la veuve en la questionnant sur son mari. Il n'aurait aucun mal à évaluer si elle disait la vérité parce que lui-même avait connu Anthony, et l'avait aimé, comme un frère. Si par hasard, et il n'y croyait guère, Isabella n'était qu'un pion innocent dans le double jeu compliqué d'Anthony, alors il devrait la protéger, avec son enfant. Si elle s'avérait être un agent de l'étranger, tant pis pour elle. Mais il s'assurerait alors que le bébé soit confié à de bonnes mains. Car rien, en aucun cas, ne devait arriver à ce petit être innocent. Edward ne le permettrait pas.

Il avait observé la boutique pendant un long moment. Rien de particulier dans les allées et venues de la clientèle, rien de suspect aux alentours. Aucun homme n'était entré dans le magasin depuis qu'il était là. Il serait le premier. Et à en juger par les dessous affriolants exposés en vitrine, il sentait d'avance qu'il allait avoir l'air plutôt déplacé dans cet univers exclusivement féminin…


Bella sourit en regardant par la vitre du magasin. Eh bien non, après tout ! Le cow-boy n'était pas définitivement englué à cet arbre !

Elle l'avait remarqué dès qu'il était arrivé, frappée par sa haute taille, sa large carrure et sa démarche chaloupée, nonchalante. Il était trop loin pour qu'elle puisse voir les traits de son visage, mais elle avait décidé que c'était sans aucun doute un très bel homme.

Pendant la dernière heure, elle s'était amusée à vérifier sa présence du coin de l'œil, entre deux clientes. Au bout d'un moment, l'immobilité parfaite dans laquelle il se tenait l'avait émerveillée. Et voilà que tout à coup le cow-boy s'était redressé. Les yeux de Bella s'arrondirent, et elle retint son souffle : il était en train de traverser la rue, droit vers MidieRoyal. Non, ce n'était pas possible ! Il allait tourner en arrivant sur le trottoir. Bien sûr, il arrivait qu'un homme entre dans la boutique, mais en général il était avec une femme. Les rares hommes seuls qui étaient parfois venus faire des achats portaient des costumes de prix et des montres Rollex en or.

Les cow-boys, et celui-là en était un vrai, un authentique, ne fréquentaient pas MidieRoyal. Elle avait vécu à Forks toute sa vie, et savait reconnaître au premier coup d'œil la différence entre un homme du terroir et un cow-boy d'opérette, à cause de son père qui fréquentait des personnes en tout genre. Mais non, il ne tournait pas ! Il avançait vers la porte du magasin, tendait le bras vers la poignée, et…


Edward entra dans la boutique, referma la porte derrière lui et baissa aussitôt les yeux vers ses bottes, qui s'enfonçaient dans une moquette aussi épaisse qu'un édredon. Les échos d'une musique douce flottaient dans l'air ainsi qu'un léger parfum de fleurs. Il parcourut la pièce du regard et se demanda vaguement combien pouvaient coûter les babioles arachnéennes exposées autour de lui. « Bah, il n'était pas là pour faire une étude de marché mais pour se renseigner sur la vendeuse », songea-t-il en fronçant les sourcils. Et son regard rencontra de plein fouet celui d'Isabella Masen.

Une étrange secousse électrique le parcourut et il lui sembla qu'une boule de feu explosait à l'intérieur de lui. La photo du dossier était bien loin de la vérité : un instantané un peu flou montrant une adolescente rieuse avec une longue tignasse de boucles brunes ébouriffées, un jean trop large et un T-shirt trop grand qui cachaient ses formes. Edward savait qu'elle devait avoir changé depuis le temps mais il ne s'attendait vraiment pas à une surprise aussi éblouissante.

Car la jeune femme qui se tenait devant lui était réellement éblouissante. Ses cheveux étaient plus longs, maintenant, auréolant de boucles brunes un visage d'une exquise pureté. Jamais il n'avait vu des yeux aussi grands, et ils étaient bruns comme du chocolat. Sa bouche… Sa bouche était irrésistible : ronde, pulpeuse comme un fruit mûr, un rien boudeuse. Sa robe rose pâle, toute simple, mettait en valeur les courbes élégantes de sa silhouette mince et élancée. Et elle soutenait son regard sans broncher, le menton levé avec une pointe de défi.

- Puis-je vous aider ? demanda-t-elle, arrachant brusquement Edward à sa contemplation.

Lentement, il marcha vers elle à travers la moquette couleur bois de rose, sans répondre. « Seigneur ! songea Bella, le cœur battant. Ce type est plus que séduisant, il est magnifique ! » Les traits de son visage étaient rudes, comme ciselés dans du bronze. Ses pommettes hautes, sa mâchoire carrée, la ligne dure de son nez et la sensualité de sa bouche, tout proclamait son indéniable virilité. Et cette démarche nonchalante, un brin déhanchée, une vraie démarche de cow-boy !

Edward s'arrêta devant le comptoir, et toucha du doigt le bord de son Stetson.

- Madame.

Bella lui rendit son salut par un léger hochement de tête. Elle n'ignorait pas que le geste qu'il venait de faire représentait le summum de la politesse pour un homme de l'Ouest. Une autre qu'elle l'aurait jugé un brin cavalier. Mais, elle savait que le fait qu'il n'ait pas ôté son chapeau en entrant dans la boutique n'était ni une marque de mépris ni une preuve de mauvaise éducation. C'était tout simplement parce qu'un cow-boy n'enlève pas son chapeau sans une raison impérieuse et justifiée.

- Est-ce que vous cherchez quelque chose de particulier, que je pourrais vous montrer, ou préférez-vous flâner et regarder ?

- Je ne suis pas venu ici pour acheter. À vrai dire, je viens d'apprendre par hasard que vous existiez, et j'ai décidé de venir vous dire bonjour.

- Que j'existais ? répéta-t-elle en haussant les sourcils. J'avoue que je ne comprends pas…

- Vous êtes bien la femme… la veuve d'Anthony Masen, dit-il calmement.

Les yeux de Bella se dilatèrent sous le choc, et elle agrippa le comptoir si violemment que ses jointures blanchirent. Un bourdonnement se mit à résonner dans ses oreilles, d'étranges taches noires dansaient follement devant ses yeux, elle vacilla, au bord de l'évanouissement…

- Hé !

Edward tendit les bras juste à temps pour la rattraper par les épaules. Bon sang ! Si cette fille se trouvait mal, il ne pourrait rien faire d'autre que se pencher au maximum par-dessus le comptoir pour la laisser finalement glisser par terre.

- Hé ! Restez avec moi. Doucement, ça va aller. Madame ? Madame Masen ? Isabella ? Isabella ?

Elle cligna des yeux, eut une inspiration saccadée, et rencontra son regard inquiet.

- Bella, murmura-t-elle. Oui, ça va. C'est juste que… Vous m'avez surprise. Je n'ai pas entendu son nom depuis si longtemps. Et puis… Qui êtes-vous ?

Edward la relâcha lentement, lui laissant le temps de se reprendre tout à fait, puis il se redressa et fourra les mains dans ses poches arrière de son jean.

- Je m'appelle Edward Cullen, dit-il.

Et il attendit, observant attentivement son visage, dans l'espoir d'une réaction. Il n'y en eut aucune.

- Anthony et moi, nous avons grandi ensemble à Austin, reprit-il. Il était mon meilleur ami jusqu'à ce que… Jusqu'à sa mort.

- Je vois.

Elle pouvait toujours sentir la force, la chaleur de ses mains là où elles avaient agrippé ses épaules, fermement mais sans brutalité. C'étaient des mains larges et calleuses, des mains fortes et rassurantes.

- Ma foi, j'ai bien peur qu'il n'ait jamais mentionné votre nom, monsieur Cullen.

- Edward. Anthony ne vous a jamais ennuyée à mourir avec le récit de nos escapades de gamins ? C'est surprenant. Il adorait raconter ces histoires, encore et encore.

Bella détourna son regard et se mit à tripoter les cartes de visite soigneusement rangées à côté de la caisse.

- Non, il n'a pas partagé ces souvenirs avec moi. Eh bien, monsieur Cullen…

- Edward.

De nouveau, elle leva les yeux vers lui.

- Edward. Merci d'être passé me voir. C'était un plaisir de rencontrer un ami d'Anthony. J'espère que vous n'êtes pas offensé qu'il ne m'ait pas parlé de vous, mais il travaillait sur un… projet très compliqué pendant le peu de temps que nous avons passé ensemble, et il était très préoccupé. Je suis sûre qu'il accordait la plus grande valeur à l'amitié qui vous unissait. Et maintenant, je dois vraiment reprendre mon travail. Merci encore pour votre aimable visite. Je…

- Prenez donc le temps de respirer, ou vous allez encore avoir des vapeurs. Quelle tirade ! Vous voilà bavarde comme une pie, tout d'un coup. Est-ce moi qui vous rends si nerveuse ?

Bella le fusilla du regard.

- Ne soyez pas ridicule, dit-elle.

Oh, comme elle aurait voulu qu'il parte ! Elle n'avait aucune envie de parler d'Anthony, de s'entendre rappeler qu'il avait existé.

- Adieu, monsieur Cullen.

- Ma foi, Bella, je veux dire madame Masen, « adieu » est un mot bien définitif. Je crois que je vais plutôt me contenter de quelque chose comme « à bientôt ».

- Non, je pense que non, monsieur Cullen.

- Edward. Moi, je pense que si. Et lorsque je veux quelque chose, j'arrive toujours à l'obtenir.

La jeune femme se redressa comme si un serpent l'avait mordue et ses grands yeux bruns lancèrent des éclairs.

- Une petite minute, dit-elle d'un ton glacial. C'est moi qui décide qui je vois, à qui je parle, et qui je…

- Je vous souhaite une très bonne journée, belle dame.

Sans lui laisser finir, il toucha du doigt le bord de son chapeau, tourna les talons et sortit sans un regard en arrière. Bella, pétrifiée, serra les bras autour de sa poitrine tandis qu'un frisson d'angoisse la balayait tout entière.