« Vous m'aimez... Comment ça, vous m'aimez ? » demanda le roi en laissant tomber son morceau de pain sur la table. Perceval continuait à le regarder et répondit avec naturel :

« Ben je vous aime, Sire, c'est tout. »

« Non non attendez, je suis pas sûre de bien vous comprendre, il va falloir détailler un peu plus que ça. »

À ces mot, Perceval baissa quelque peu les épaules : « Ah c'est dommage, j'aurais espéré que vous comprendriez sans que j'ai besoin de vous expliquer. »

« Est-ce que c'est aussi lourd de sens que ce que j'imagine... ? » demanda Arthur en articulant bien tous ses mots.

« Ben c'est à dire que si Angharad s'est mise en pétard contre moi... C'est pas pour rien non plus. »

« Non mais parce que, entendez moi bien Perceval, il y a ''aimer'' et ''aimer'', si vous voyez ce que j'veux dire. »

« Heu... Ben c'est le même mot, donc je vous suis pas trop là, Sire, » répondit Perceval avec l'air d'un moineau perdu.

« Est-ce que vous m'aimez plutôt comme Karadoc aime Mevanwi ou... Ou comme il aime le saucisson ? »

Perceval secoua la tête : « Heu, ben c'est à dire que j'aime ni le saucisson ni Mevanwi, mais si je devais choisir, ce serait le saucisson... » Juste après avoir dit ce mot, le roi le regarda sans rien dire, si bien qu'il se sentit obligé de s'exclamer en levant les bras : « Je dis ça en toute innocence ! »

« Non, mais imaginez que vous êtes Karadoc. »

« Oui mais Karadoc il vous aime pas du tout. Enfin, pas comme ça. »

« Okay, » reprit le roi en se massant les tempes, « oubliez ça, je vais tout reprendre depuis le début : est-ce que ce que vous ressentez pour moi est plus proche d'un amour physique et émotionnel comme celui entre un homme et une femme, ou est-ce que ça ressemble plus à une amitié et une admiration très profonde ? »

Perceval laissa passer un bref silence durant lequel Arthur put voir qu'il était vraiment en train de réfléchir à la question. Les points du chevalier étaient tous les deux posés sur la table, serré. Il se mordilla les lèvres et finit par répondre : Le premier. »

« Vous êtes sûr ? »

« Ben une chaise, pourquoi ? »

Arthur cligna des yeux, sidéré par l'incompréhension dont Perceval pouvait parfois faire preuve.

« Vous par contre, Sire, vous avez l'air sur le cul, » dit le chevalier. « Heu... Je dis ça en toute innocence ! »

Arthur ne répondit pas. Il se gratta le menton en faisant le point sur la situation dans sa tête. Perceval se mit à le regarder d'un air inquiet : « Vous croyez que je suis malade, Sire ? »

« Non... » dit doucement Arthur en secouant la tête, « je pense pas que l'amour soit une maladie. Par contre, ça peut nous poser des problèmes. Enfin, surtout à vous. »

« Non parce que sinon moi j'ai pensé, je peux aller voir Merlin, » s'exclama Perceval, « il aura peut-être un truc, un remède de grammaire ! »

« De quoi ? De grand-mère Perceval, faites un effort... » dit Arthur en penchant la tête en arrière, fatigué.

« Mais c'est vous qui m'avez dit que c'était grammaire, zut, je suis tout mélangé maintenant ! »

« Ah ben oui moi aussi je me sens tout bizarre, Perceval, vous parlez d'une révélation ! »

« Non non mais je sais, hein, » dit le chevalier avec un air un peu embarrassé, « mais il fallait que je vous le dise. Ça faisait un petit moment que ça me trottait dans la tête. »

« Ah ben j'imagine oui, et vous l'avez compris comment, si je puis me permettre ? »

« Je sais pas trop... Je pense que j'ai toujours ressenti quelque chose de spécial pour vous. Au début je croyais que c'était de l'admiration, un genre de respect profond, un peu comme entre vous et Lancelot. »

« Oui , » coupa le roi, « enfin, Lancelot il s'est barré du château en embarquant ma femme, niveau respect et admiration on a vu mieux. »

« Je sais, » s'exclama Perceval en hochant la tête, « c'est pour ça que j'ai compris que pour moi, c'était plus fort. Je vous aime plus que Lancelot ne vous aime parce que moi, je me permettrai jamais de faire une chose pareille. Déjà votre femme, sauf votre respect Sire, elle m'attire autant qu'une épée attire Bohort. »

Le roi tourna la tête et dut retenir un sourire : « Ben ça nous fait un truc en commun. »

« Et puis surtout, moi jamais je pourrais vous trahir. Ça me ferait trop mal. Physiquement je veux dire. Quand vous êtes pas dans votre assiette, Sire, j'ai l'impression que j'peux plus respirer. C'est comme si il y avait une main qui se serrait autour de mon cœur. »

« Mouais, et vous êtes sûr que c'est de l'amour ça ? Parce que pour moi ça ressemble plus à une crise cardiaque, vous voyez. »

Arthur était sceptique. Il avait l'habitude que Perceval soit émotif et espérait que le chevalier se trompait simplement dans ses émotions. C'était facile de mélanger amitié, amour, respect... Mais pourtant Perceval avait l'air si déterminé. Ses doigts s'étaient mis à triturer la bord de son assiette lorsqu'il dit :

« Je sais pas, Sire, je pense pas que l'amour se résume à une seule chose. Je crois que c'est un ensemble de sentiments qui s'entremêlent et qui sont confus, mais puissants. Je crois que l'amour, c'est quand on peut rien faire sans vouloir que la personne qu'on aime soit à nos côtés. Et quand on pense à cette personne, on se sent léger. C'est comme boire de l'eau après une longue marche au soleil. »

Ces mots laissèrent Arthur bouche bée. Perceval le regarda dans les yeux, mais le roi fut incapable de dire quoi que ce soit pendant plusieurs secondes.

« Non, Sire ? Je sais pas, si je raconte des conneries vous m'dîtes, hein. »

« Heu non... C'est, heu, » bafouilla alors le roi, « c'est juste que des fois vous avez des montées de bon sens, ça me surprendra toujours. »

« Je fais qu'exprimer mes sentiments, vous savez, » répondit Perceval en haussant les épaules.


« Ah non mais écoutez, je suis amoureux de vous c'est comme ça, qu'est-ce que vous voulez qu'on y fasse. »

Le repas commençait vraiment à s'éterniser, mais Arthur n'avait même pas pensé à quitter la table une seule fois tant la révélation accaparait désormais tout son cerveau.

« Non, mais c'est que moi de mon côté vous voyez, » dit-il en essayant d'y aller avec le plus de tact possible, « je... Je suis pas très porté vers les hommes. »

« Ah non mais je le savais déjà Sire. Il y en a des paires de jambes qui sont passées par votre plumard, mais jamais avec un petit paquet en plus entre elles. »

Le roi se pinça les lèvres tout en regardant son chevalier, étonné qu'il aborde un sujet pareil.

« Je dis ça en toute innocence ! » s'exclama alors Perceval.

« Donc du coup, » fit Arthur, décidant d'ignorer la gêne qui s'installait et de revenir au sujet de base, « qu'est-ce que vous espériez au juste en m'avouant vos sentiments ? »

« Heu... Je sais pas. J'y avais pas trop pensé. »

« Non parce que moi, ça me fait de la peine pour vous, mais je peux pas... Je peux pas... Ben je peux pas quoi. »

Perceval cligna des yeux, semblant confus : « Vous pouvez pas quoi, Sire ? »

« Je peux faire ce que vous me demandez de faire. »

« Mais j'ai rien demandé. »

« Heu... Oui mais j'imagine que vous allez y venir, non ? »

À ces mots, Perceval haussa les épaules et fit une petite mimique avec ses lèvres : « Ben... Pas vraiment en fait. Je vois pas ce que je pourrais vous demander. »

Arthur fit un mouvement d'épaule un peu gêné. Toutes les déclarations d'amour qu'on lui avait faites jusqu'à présent s'étaient terminées – et c'était logique à ses yeux – par une demande plus ou moins formelle d'officialisation quelconque. Démétra, par exemple, lui avait dit : « Je vous aime, je veux être votre maîtresse. »

« En général les gens qui sont amoureux veulent que l'élu de leur cœur, heu... Non mais je vais pas vous faire un dessin non plus, Perceval. »

« Ah non non mais je vous en demande pas plus que ce que vous me donnez actuellement, » répondit Perceval en écarquillant les yeux, « enfin c'est sûr qu'un câlin de temps en temps ça ferait pas de mal, mais je sais que vous m'aimez pas comme je vous aime. Dans le fond, moi, tout ce que je veux, c'est qu'on soit ensemble. »

« Non mais Perceval, je peux pas, je suis désolé, je peux pas être avec vous dans le sens romantique du terme, » répondit Arthur.

Ce n'était pas la première fois qu'il répondait négativement à des avances, mais il avait peur de décevoir Perceval. Celui-ci cependant garda son air naturel et insista : « Mais vous voulez pas essayer au moins, Sire ? Admettez qu'on s'entend bien, on ferait un super couple ! »

« Non mais n'insistez pas, j'ai dit non. »

Perceval hocha la tête, puis ramena ses yeux vers son assiette. Arthur lui, détourna le regard. Il trouvait la situation assez gênante, jamais, ô grand jamais il n'aurait imaginer entendre Perceval dire une chose pareil ! Un couple ?! Mais après seulement quelques seconde de silence, la curiosité le piqua. Il tourna doucement son visage vers Perceval et demanda un peu suspicieusement :

« Vous entendez quoi par ''couple'' exactement... ? »

« Je sais pas trop, » dit le chevalier en haussant encore les épaules, « faire des trucs ensemble, j'imagine. Faire attention l'un à l'autre. En fait, que des trucs qu'on fait déjà, vous voyez. »

Arthur haussa les sourcils : « Et... Attendez, vous êtes amoureux de moi, et vous êtes près à vous satisfaire de si peu ? Vous avez pas... Vous savez, genre des désirs ? »

« Heu... Non mais c'est à dire que je pense que ni vous ni moi on est prêt pour aborder la question. »

À nouveau surpris par la justesse de Perceval, le roi ne put qu'hocher la tête.

« C'est pas faux, » dit-il.

Le silence s'installa à nouveau, seulement pour être rompu par la voix douce de Perceval, qui s'était mis à parler plus bas qu'à l'habitude : « Moi ça me dérange pas si vous continuez à voir vos maîtresses... Je suis tombé amoureux de vous pour la personne que vous êtes. J'ai pas envie que vous changiez. Ni que vous fassiez quoi que ce soit qui vous fait pas envie, Sire. Je suis prêt à accepter n'importe quoi, du moment que je suis avec vous, et que vous êtes heureux. »

Arthur osa lever son regard vers celui de Perceval et ne put s'empêcher d'être touché par la manière dont le chevalier tenait à lui.

« Eh ben... Le moins qu'on puisse dire c'est que vous êtes pas chiant vous. »


Eh voilà mon deuxième chapitre, je m'amuse vraiment comme une petite folle à écrire sur ces personnages, même si je n'ai absolument aucune idée d'où l'histoire va xD Je fais vraiment au feeling, en essayant d'être le plus fidèle possible aux personnages, j'espère que ça vous a plu et que ça reste un petit peu drôle, c'est un peu la première fois que j'essaye de mettre autant d'humour dans une de mes histoires !