Hey à tous !

Voici le premier chapitre de cette histoire, qui sera beaucoup moins obscur que le prologue. Je rappelle que, comme il s'agit d'une histoire longue, je prends mon temps pour poser mon intrigue, car tout ne peut pas se faire en un chapitre, cela n'aurait pas de sens.

Nota du 14/02/18 : Ceci est la nouvelle version du chapitre, plus élaborée. Cependant, une nouvelle version est à l'étude (mais elle comportera les mêmes éléments, seuls le style et la forme changeront) mais sortira tardivement du fait de mes études.

Sans plus attendre,

Enjoy it !


Chapitre 1 : Roanapura

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Les épices embaumaient l'atmosphère, diffusant leur fragrance exotique dans un étrange mélange voyageur, propice à la rêverie. La ville s'effaçait autour des passants, comme si elle n'avait jamais existé. Ils s'imaginaient sans peine à l'autre bout du monde, dans des contrées sauvages et encore inconnues, pleines de mystères qui ne demandaient qu'à être dévoilés. Seuls les commerçants qui les interpellaient les ramenaient à la réalité. Dès l'attention captée, ils leur proposaient aussitôt une aventure culinaire et gustative en son genre, qui éveillerait leurs sens d'une manière inoubliable. Ils essayaient de les intriguer, de capturer leur intérêt vers leurs étals. Puis, quelques mètres plus loin, les étoffes et les soieries se dévoilaient sous les fins rayons du soleil. D'elles émanaient des odeurs de safran et de cardamone qui, associées à la douceur des châles, poussaient la clientèle à lâcher quelques pièces d'or au marchand qui se frottait silencieusement les mains. Le souk fonctionnait ainsi les différents étals s'agençaient avec une logique toute méthodique pour s'entraider. Un peu plus loin pouvaient être aperçues de sublimes pierreries, parfaites pour sertir le cou d'une dame drapée d'une étoffe de cachemire récemment achetée.

Les conversations anodines et les rires gras résonnaient dans les allées, où tous s'exprimaient sans craindre de gêner leur voisin. Un simple sourire radieux, une excuse lâchée à la va-vite, et la colère éphémère se dissipait. Rien ni personne ne pouvait entraver cette joie de vivre qui irradiait les lieux. Le souk insufflait constamment une profonde sérénité que nul ne pouvait entacher. Ici, la mort délaissait ce marché, comme s'il lui était interdit. Ici, personne ne songeait à abandonner la vie ou à l'ôter. Ici, la vie était reine, la vie était déesse absolue. Les lois tacites prohibaient tout acte de violence, aussi minime soit-il. La paix, les échanges et l'harmonie régnaient entre ces étals, et nul n'avait le droit de briser cet équilibre. Tous les habitants respectaient à la lettre cette règle, même les trafiquants et les mafieux qui croisaient leurs rivaux dans les allées. Jamais le sang ne serait versé au souk. Quiconque brandissait une arme se retrouverait aussitôt avec des centaines d'ennemis en à peine une seconde. Ici, on célébrait la vie de toutes ses forces, non pas cette folie mortuaire.

Le reste de la ville pouvait très bien s'effondrer, tomber à feu et à sang le souk demeurerait, intact, inaltérable. Ce qu'il se passait en dehors des allées marchandes ne le concernait pas, et tout le contraste de cette cité résidait là. Si le marché était sécuritaire, transmettait un état d'allégresse, de paix intérieure, ou encore d'ivresse joyeuse, les rues respiraient et sentaient la mort. La ville était un véritable guêpier, une toile d'araignée qui piégeait les âmes innocentes. Un monde violent, sanglant, où les coups bas se révélaient être monnaie courante. Croiser la route d'un corps encore chaud relevait de l'habitude pour les habitants qui poursuivaient leur chemin comme si de rien n'était. Les affaires criminelles ne concernaient en rien les simples civils qu'ils étaient, alors ils fermaient les yeux et continuaient leur petite vie tranquillement, sans se soucier du reste. Plus personne ne s'étonnait de la mort, du nombre effarant de cadavres qui étaient retrouvés chaque jour. Son odeur pestilentielle disparaissait, et n'était plus présente que pour les nouveaux arrivants. Elle leur agressait les narines sitôt débarqués sur les docks, âcre, putride, annonciatrice d'un avenir funeste pour le malheureux imprudent. Les plus sensibles dégobillaient dans la foulée leur repas, et ne tardaient pas à reprendre la mer. Cette odeur leur collait à la peau, elle ne les lâchait pas, à moins qu'ils ne gagnent le souk. Cependant, face à ce monde nouveau et différent, ils ressentaient encore une certaine insécurité, jusqu'à ce qu'ils comprennent enfin.

Certains ne revenaient jamais en ville. Et pourtant, elle grouillait d'activité, jour et nuit les touristes continuaient d'affluer sans se poser de questions. Jamais elle ne se reposait, telle une véritable fourmilière vibrant à toute heure. La mort et la vie cohabitaient sans cesse, mais il fallait comprendre. Tous ceux qui fuyaient cette cité demeuraient bornés dans leur ignorance, car ils ne voyaient là qu'une promesse funeste, celle de la disparition de leur existence s'ils restaient une minute de plus. Ils s'imaginaient déjà finir égorgés, le corps jeté dans un caniveau. Ils n'avaient pas saisi l'une des évidences les plus flagrantes. Les civils, sauf s'ils jouaient les trouble-fêtes, étaient toujours épargnés, et ne se retrouvaient que très rarement impliqués dans des affaires mafieuses. À moins de passer par le quartier des Érinyes, leur séjour se déroulait sans le moindre accroc. S'ils ne causaient pas d'ennuis, aucune raison ne justifiait leur assassinat.

Ces ignares passaient également à côté de l'autre évidence qui pourtant régissait une minute après l'autre cette ville. Seule la vie était reine, et ces lieux chantaient chaque jour une véritable ode à la vie. Le souk la célébrait sans ambiguïté de tout son être, alors que les rues adjacentes la louaient en frôlant la mort. Les habitants, qu'ils soient des civils ou des criminels, flirtaient avec elle sans éprouver la moindre peur. Au contraire, ils se sentaient pleinement vivants, et profitaient alors de leur existence toute entière. Ils ne perdaient plus en futilités, et savouraient la vie, embrassant tant ses plaisirs que ses dangers. Ils se libéraient des contraintes pour accomplir leurs rêves cachés ou leurs simples envies, voire une quête éternelle pour toujours plus d'adrénaline. Ils écartaient d'un revers de la main ces entraves pour vivre comme ils l'entendaient, peu importe les règles, peu importe toutes ces lois qui freinaient cette ode à la vie.

Lui, il avait grandi là depuis sa naissance. Ces rues, il les connaissait par cœur, il pouvait avancer les yeux fermés s'il le désirait. Ses déplacements s'étaient transformés en réflexes, et réfléchir lui était devenu inutile depuis bien longtemps pour se rendre à sa destination. Il savait exactement quelle ruelle il devait prendre, laquelle il devait éviter, où se trouvaient les délimitations invisibles des différents Quartiers. La ville n'avait plus de secrets pour lui, comme pour bon nombre d'habitants. Tous connaissaient sur le bout des doigts les coins retors qu'il valait mieux contourner, comme ceux où les trafiquants se rassemblaient pour marchander leurs produits, ou les territoires farouchement défendus par les mafias. Même s'ils acceptaient de frôler constamment la mort, ils faisaient malgré tout preuve d'une prudence calculée. Ils se refusaient à accélérer vainement leur fin. D'un mot commun, tous s'accordaient à dire que certains lieux étaient à fuir, comme la Rue de la Soie, royaume du plaisir de la chair et du vice. Il évitait comme la peste cet endroit-là, sordide au plus haut point, puant la débauche et la mort encore plus que le reste de la ville. De nombreux échanges illicites avaient également lieu dans cette rue si particulière, et il convenait mieux de ne pas les interrompre.

Il connaissait aussi les marchands du souk, tout comme les propriétaires des petites échoppes. Ceux qui étaient nés en cette ville se fréquentaient depuis leur plus jeune âge ils avaient grandi ensemble, ou vu les autres grandir pour les plus âgés. Néanmoins, personne n'était dupe tous savaient très bien qu'il ne s'agissait que d'une connaissance superficielle. Seule la surface de l'individu s'affichait au grand jour, mais tant de remparts protecteurs et de secrets demeuraient autour de chacun. La confiance était volatile, incertaine il ne subsistait qu'une courtoisie apparente et de la pure hypocrisie. S'entretuer ne gênait aucun habitant de la cité, comme une seconde nature que tous possédaient. La mort rythmait leur vie alors qu'ils s'acharnaient en même temps pour vivre. Un voile hautement malsain, morbide, vicieux s'abattait sur cette ambiance qui dirigeait leurs jours, mais c'était leur existence. La sienne. Il baignait dedans depuis sa naissance, sans la moindre échappatoire à portée de main, mais il ne s'en plaignait jamais. Il ne pouvait renier une partie intégrante de lui, et il en valait de même pour tous les autres habitants.

Il marchait d'un pas rapide, déterminé, mais à la fois nonchalant. Il ne souhaitait pas attirer l'attention dans cette effervescence euphorique à l'approche du souk. Tous ses sens étaient en alerte, à l'affût de la plus petite menace qui pourrait se présenter à lui. Subtilement, difficilement perceptible, ses prunelles grises passaient d'un visage à un autre, identifiant chaque personne, observant le moindre de leurs faits et gestes. Rien n'indiquait un potentiel danger, mais il préférait rester sur ses gardes. Il ne pouvait pas se détendre, pas avec ce qu'il avait fait. La moindre seconde d'inattention pouvait lui coûter la vie, même s'il doutait qu'une telle chose arrive. Pour l'instant, la situation se déroulait comme il l'avait prévu, et il s'en sortirait indemne, libre de tout mouvement, et à l'abri des représailles.

L'entrée du souk se dessina au loin, avec cette arche de marbre qui la caractérisait tant. Les gravures représentaient une antique bataille qu'avait connue la ville, mais il ignorait laquelle. Et à vrai dire, une pause historique n'était actuellement pas dans ses priorités. Cela ne l'aiderait pas s'il se faisait serrer, même s'il se répétait que rien de tragique n'arriverait. Rien ne pouvait le relier à ce qu'il avait déclenché, alors il balaya ses craintes et franchit l'entrée sans hésitation. Ses narines ne tardèrent pas à être assaillies par les odeurs de la coriandre fraîchement hachée, de la cardamone mélangée à celle des fleurs de badiane. Le carré des Épices. Il inspira profondément, appréciant à leur juste valeur ces différentes fragrances, si prometteuses d'un ailleurs moins meurtrier, plus paisible. Il n'arrêta cependant pas sa route. Le temps jouait contre lui, il ne pouvait pas s'attarder plus longtemps que nécessaire.

Il traversa les différents carrés du souk, ne s'intéressant guère aux étals de chaque côté des allées. Il échangea néanmoins quelques signes de main avec les commerçants qui le saluaient, et il s'accorda un arrêt pour récupérer ses feuilles de tabac séchées. Il quittait la ville pour un temps indéterminé, alors il préférait se montrer prévoyant pour ne pas tomber en panne sèche. Il ignorait quand il pourrait revenir, car l'incertitude avait désormais envahi son quotidien, et la cloche de la Grande Horloge qui sonna les onze heures lui fit accélérer l'allure.

Le souk laissa place aux quais qui regorgeaient d'animation les marins s'affairaient à charger et à décharger leurs cargaisons sur leurs boutres, tandis que les pêcheurs s'esquintaient la voix pour vendre leur poisson fraîchement ramené du large. Les docks grouillaient de monde, et il était difficile de se frayer un chemin parmi cette masse compacte, mais cela ne le dérangeait pas, bien au contraire. Alors qu'il avançait avec une aisance digne d'un Ro'an, il gardait sa main droite fixée sur la crosse de son revolver tandis que sa main gauche se faufilait agilement dans les poches des passants pour les soulager de leur bourse, sans que personne ne le remarque. Le butin atterrissait aussitôt dans sa besace, à l'abri des regards.

Il finit par s'extraire de cette foule et, d'un pas rapide, il traversa la passerelle de bois qui reliait son navire au quai. Ce bateau, l'Aliénor, était la clef de sa liberté, la clef de son échappatoire. À son bord, il pouvait fuir le danger menaçant de cette ville sinistre qui l'avait vu grandir, même s'il ne pouvait pas s'en défaire totalement. Elle demeurait un point d'attache sur les flots, là où il avait vécu le plus longtemps, et là où il signerait probablement sa fin, comme tous les autres habitants.

– Déjà de retour ?

Il adressa à peine un regard à sa coéquipière aux mèches vert sombre qui lui valaient le surnom de « tête d'algue ». Il devinait déjà son attitude dédaigneuse, parfois désinvolte, avec son regard méprisant. Fai était tout sauf née à Roanapura, et elle exécrait cette ville et l'hypocrisie qui y régnait. Elle rabaissait sans cesses ses habitants, parfait exemple de ce dont elle tenait en sainte horreur. Fai était une véritable brute de décoffrage, parlant toujours franchement et sans la moindre retenue. Le respect disparaissait avec elle, et la tension était souvent électrique entre eux deux. Il s'était fait à sa présence, mais il pourrait tout aussi bien s'en passer.

– On lève l'ancre.

Elle ne prit même pas la peine de lui répondre, et aussitôt elle gagna le pont et interpella le troisième et dernier membre de l'équipage, Axell. Un contrebandier dans l'âme et formé à la vieille école, qui se plaisait à draguer constamment Fai, profitant de ses charmes avec ses mèches châtain et ses yeux émeraude. Il ne récoltait cependant que des répliques cinglantes, même si parfois elle acceptait de se plier au jeu.

Tous trois s'activèrent pour retirer la passerelle qui liait le navire au quai, et pour remonter l'ancre. Ils déployèrent alors les voiles et peu à peu, ils s'éloignèrent doucement sur les flots. Il jeta un dernier regard à la Grande Horloge, trônant au centre de la ville : onze heure et quart. Aucun imprévu à l'horizon, aucun bateau qui ne les prenait en chasse tout se déroulait pour le mieux, et surtout selon ses plans. Il serait déjà loin lorsque la situation tournerait réellement au vinaigre. Silencieusement, il contempla le rivage s'éloigner, lentement.

Roanapura. Tel était le nom de cette ville que nul n'ignorait par-delà les mers. La cité du vice qui vouait une ode à la vie. Là où la criminalité battait tous les records. Pas une seule ruelle n'était épargnée, les plus grandes mafias de la région s'y étaient implantées dans les moindres recoins, dominant les lieux tout en se livrant une guerre sans merci. Personne n'y échappait car tous étaient impliqués, à des degrés différents. Que ce soit les Natifs, les Ro'ans, les criminels venant d'autres villes, ou les nouveaux arrivants, tous avaient sombré tête la première dans cet univers malsain. Et personne ne pouvait en réchapper. Roanapura, c'était à la vie à la mort. Son attraction ne disparaissait qu'avec le refroidissement du corps.

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Le soleil déclinait doucement sur l'horizon, l'après-midi touchait à sa fin. Un léger vent soufflait, suffisamment fort pour que leur navire vogue tranquillement sur les flots. Depuis qu'ils étaient partis, aucun problème n'avait été rencontré, et la météo demeurait au beau fixe avec des températures plus qu'agréables malgré l'automne approchant. Parfait était le mot idéal pour décrire leur situation.

– Oy, Law ! On va pas t'attendre toute la soirée pour s'faire un cul d'chouette !

La voix de Fai résonna à ses oreilles, toujours aussi claquante. Elle ne mâchait jamais ses mots, même dans des situations aussi anodines que celle-ci. Il eut un léger sourire, songeant qu'elle ne changerait jamais, et son regard se détacha de l'horizon. D'un pas lent, il gagna le point où se trouvait sa coéquipière, assise sur un tonneau, mais il ne vit nulle trace d'Axell. L'avait-elle encore une fois fait lever pour rien ? Ses yeux d'acier captèrent son attention, et ils se dévisagèrent froidement, comme à leur habitude. Dès qu'ils se retrouvaient ensemble, ils se sentaient obligés de se chercher des noises en toute circonstance.

– Tu poses ton cul sur un tonneau, et puis c'est tout, ordonna-t-elle en devinant ses pensées. Ax' va pas tarder, il est allé chercher de quoi manger.

Un rictus apparut sur ses lèvres alors qu'il continuait de la toiser, puis il finit par s'asseoir. Il se servit à boire – l'avantage des tonneaux – et but quelques gorgées. Le silence se fit, et il se demanda ce que pouvait bien foutre Axell. Trouver de quoi manger n'était pourtant pas bien compliqué, surtout qu'ils avaient refait le plein de provisions lorsqu'ils étaient encore à Roanapura. Il décida néanmoins de mettre à profit ce temps libre son sourire mesquin se renforça alors qu'il fixait Fai.

– Tu préfères pas un chante-sloubi ?

– Tu peux toujours courir pour que j'accepte de jouer à tes jeux de dégénérés, rétorqua-t-elle aussi sec.

– Tu sais pas apprécier les bons jeux, tête d'algue.

– Un jeu avec des seaux de dés n'entre pas dans cette catégorie, dégénéré de Ro'an ! siffla-t-elle.

Elle le fusilla du regard alors qu'il souriait de plus belle. Elle avait toujours haï Roanapura et ses habitants, mais qu'y pouvait-il s'il était né là-bas ? Il n'avait rien demandé, alors il ne s'offusquait pas de ses virulentes critiques ou de ses insultes. Il avait très vite compris que tout Ro'an se faisait aussitôt traiter de « dégénéré » avec elle. Il préférait plutôt s'en amuser, appliquant les règles de survie de sa ville natale. « Ne laisser apparaître aucune faiblesse, quelle qu'elle soit. » Ne pas la respecter était presque automatiquement synonyme de mort, mais une autre raison expliquait pourquoi elle était autant suivie. Cette règle était avant tout une règle des Natifs.

Personne n'ignorait le nom des Natifs, cette communauté fermée et inconnue de tous, aussi mystérieuse que les plus anciennes légendes. Contrairement à leur nom, ils n'étaient pas spécifiquement des personnes nées à Roanapura, mais le secret régissait leur existence. Les informations qui filtraient à leur sujet se comptaient sur les doigts d'une main, ce qui se révélait déjà beaucoup. Les renseignements étaient rigoureusement bien gardés, et même les indicateurs les plus doués ne parvenaient pas à les dénicher. Et de toute façon, personne n'avait envie de tenter le diable. Ils n'étaient pas seulement craints dans la cité du vice, mais dans toute la région. Un Natif n'était jamais à prendre à la légère, qu'importent les circonstances. Les attaquer signifiait signer immédiatement leur arrêt de mort, les rendant intouchables. Les raisons de la profonde crainte qui les entourait avaient disparu avec le temps, créant là un autre secret. Ils se transformaient en un mythe bien réel, tapi dans l'ombre. Certaines rumeurs prétendaient qu'ils contrôlaient Roanapura, surpassant les grands chefs mafieux, et les faits semblaient les corroborer. Pourtant, malgré cette puissance dont nul ne doutait et qui s'étendait très certainement à l'ensemble de la région, ils se cachaient. Ils ne se dévoilaient pas. Leur identité demeurait secrète depuis de nombreuses années, seuls quelques noms apparaissaient parfois, souvent liés à de grandes familles mafieuses tenant les rues entre leurs mains.

Les Natifs baignaient dans un véritable mystère opaque, mais leurs règles, en revanche, avaient réussi à fuiter et elles avaient aussitôt été appliquées. Tous pensaient que suivre les pas des Natifs était le meilleur moyen pour assurer sa survie. Elles étaient peu à peu devenues des dogmes dont il ne fallait pas déroger, et elles s'étaient répandues comme une traînée de poudre dans toute la région. Elles restaient toutefois particulièrement présentes à Roanapura, où on posait toujours cette simple question aux nouveaux arrivants. « Tu veux vivre ? Alors suis les règles des Natifs. » Si cette communauté avait réussi à traverser les siècles grâce à ces sortes de commandements, alors leur utilité était plus que prouvée. Même les civils les suivaient à la lettre.

Et comme il appliquait également ces règles, il ne relevait plus les insultes de Fai. Se faire traiter de dégénéré ne lui importait guère, il avait connu pire. Grandir dans une ville comme Roanapura lui avait forgé le caractère, construit une résistance à toute épreuve, ou presque, et la tête d'algue ne risquait pas de devenir une menace pour lui avec de simples mots. Aussi, il admettait que les Ro'ans n'étaient pas les personnes les plus saines d'esprit qu'il connaissait, lui y compris.

– Oh, belle et divine Fai ! Ne laisse pas la colère déformer tes sublimes traits ! Un rustre comme lui n'en vaut pas la peine !

Fai et Law dévisagèrent Axell et son entrée des plus fracassantes avant d'éclater de rire. Il n'en manquait jamais une pour sortir ce genre de conneries alors que la minute d'avant, des insultes claquaient sur le pont du navire. Cependant, son sourire disparut bien trop rapidement, et il restait immobile, se tenant encore dans les escaliers qui descendaient vers les cales.

– On a un problème, annonça-t-il avec un sérieux qui ne lui ressemblait pas.

– Un prob…

Fai fut brusquement interrompue lorsque le contrebandier tira brutalement quelque chose de derrière lui, posée un peu plus bas dans les escaliers. Elle atterrit dans un grand fracas sur le pont, et les deux membres de l'équipage de fortune firent des yeux ronds en découvrant le corps vivant d'un jeune homme d'une vingtaine d'années. L'intrus était recroquevillé sur lui-même, et ses mèches corbeau un peu longues empêchaient Law d'apercevoir correctement son visage parsemé de taches de rousseur. Il semblait craindre pour sa vie, et il avait de quoi. Et pour cause, Axell, debout derrière lui, veillait à ce qu'il ne s'échappe pas au cours d'une manœuvre désespérée.

– Du genre passager clandestin, compléta-t-il.

La voix d'Axell était sans appel. Malgré ses airs de dragueur, il restait avant tout un contrebandier, l'un de ceux qui connaissaient les règles de la piraterie sur le bout des doigts et surtout, qui les appliquaient. Et un passager clandestin sur son navire était un homme à la mer.


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Deux-trois remarques par rapport aux deux OCs.

Fai n'est pas une version féminine de Zoro, malgré les cheveux verts et le surnom « Tête d'algue », je tiens à le préciser. Il n'y a strictement aucun lien entre les deux.

Axell peut en effet faire penser à Sanji avec son côté dragueur, mais c'est vraiment beaucoup moins prégnant chez lui, ce pourquoi j'ai gardé cet OC.

Tous deux ne sont pas là par hasard, et ils auront un rôle particulier dans la suite des évènements

N'oubliez pas que la review est bénéfique à l'auteur !

See ya !