Chapitre 1 :

-Shiguré ?! Qu'est-ce que tu fais ici ?

Akito lui faisait face une expression d'extrême surprise sur le visage.

-Je venais vous dire bonsoir, répondit-il tranquillement en s'approchant d'elle.

La jeune fille fronça les sourcils.

-A cette heure-ci ? dit-elle d'un ton dubitatif.

Shiguré haussa les épaules en souriant.

-C'est une belle nuit, vous ne trouvez pas Akito-san ?

Elle détourna les yeux et tourna brusquement les talons, lui lançant par-dessus son épaule :

-Ne reste pas planté là tu m'énerves ! Entre !

Il la suivit à l'intérieur, visiblement elle était déjà couchée, le lit était défait et Shiguré sentait l'odeur de son corps qui émanait des draps ouverts.

-Vous dormiez ? demanda-t-il.

-Non, répondit-elle sèchement.

Il lui sourit gentiment et se rapprocha d'elle, ignorant le regard noir qu'elle lui lança.

-Insomnies ? dit-il doucement.

Les yeux de la jeune fille s'étrécirent.

-Qu'est-ce que ça peut te faire ?

-Je vous connaît Akito...je sais que vous dormez peu, pas assez au goût d'Hatori soit dit en passant..., il lui sourit encore et la jeune fille sembla se détendre un peu. Qu'est-ce que vous faisiez ?

-Je lisais...

Le regard du jeune homme s'éclaira, ça il connaissait.

-Quoi donc ?

Il s'assit sur le futon, lui signifiait par là même qu'il n'avait pas l'intention de repartir immédiatement. Elle soupira et s'assit à ses côtés, mettant une distance respectable entre eux.

-Tolstoï, murmura-t-elle.

-Anna Karénine ?

Elle hocha la tête sans répondre.

-« Toutes les familles heureuses se ressemblent...

-...mais les familles malheureuses sont malheureuses chacunes à leur façon », termina-t-elle.

Shiguré sourit.

-Excellent choix, approuva-t-il, je vous conseille toute la littérature russe et plus particulièrement Dostoïevski.

-Je n'ai pas besoin de tes conseils, répliqua-t-elle froidement.

Le jeune homme ne s'en formalisa pas et la détailla des yeux. Elle avait beaucoup grandi depuis le jour où il lui avait appris à lire, il se souvenait de son sourire et de ses yeux qui s'étaient éclairés lorsqu'il lui avait proposé d'être son professeur. Oh oui, elle avait beaucoup changé depuis...Elle était de plus en plus jolie, son visage était presque devenu celui d'une femme et il était sûr que d'ici quelques années elle serait encore plus belle que sa mère.

-Pourquoi tu me regardes comme ça ? demanda-t-elle d'un ton soupçonneux.

-Vous êtes très jolie Akito-san.

Le rouge lui monta aux joues et accentua le sourire de Shiguré.

-Ne dis pas de bêtises, répliqua-t-elle en détournant les yeux, elle attrapa son livre et se mit à le feuilleter nerveusement.

Son geste fit légèrement glisser son yukata sur ses épaules et Shiguré aperçu la naissance de ses seins. Il savait qu'il aurait dû regarder ailleurs, qu'elle allait finir par sentir le regard brûlant qu'il posait sur sa peau d'une blancheur hypnotisante, mais il en était incapable... Pire que tout il sentit que son corps réagissait lentement, bon sang si jamais elle s'apercevait de ça il était fichu ! Il se traita mentalement de pervers ; fantasmer sur une môme de quinze ans qui plus est le chef de famille et le dieu du zodiaque, il y avait de quoi se faire massacrer ! Et portant, à cet instant tout ce dont il avait envie, c'était de glisser ses mains dans l'échancrure de son yukata, de caresser les rondeurs qu'il devinait sous le tissu mince de son vêtement... Au prix d'un énorme effort Shiguré s'arracha à sa contemplation, respirant profondément pour calmer le feu dans ses reins.

-Akito ?

-Mmm...

Elle ne leva même pas les yeux vers lui.

-Vous êtes fâchée ?questionna-t-il.

Elle referma brutalement son livre et le regarda droit dans les yeux.

-Qu'est-ce que tu veux Shiguré ?

« Si vous saviez » songea-t-il en la regardant pensivement.

-Je n'ai pas le droit de venir vous saluer ? répondit-il tranquillement.

-Moi aussi je te connais et je sais que tu ne serais pas venu à une heure aussi tardive sans avoir quelque chose derrière la tête, répliqua-t-elle. Qu'est-ce que tu veux ?

Le jeune homme se renversa sur ses coudes, fermant à moitié les yeux. Akito sentit les battements de son cœur s'accélérer tandis qu'il l'observait silencieusement, nonchalant. Qu'est-ce qu'il pouvait l'agacer à feindre l'indifférence comme ça ! Et en même temps... Quand il n'était pas là il lui manquait à en mourir, elle n'attendait qu'une chose c'était de le voir, son sourire, ses cheveux en désordre, sa chemise négligemment déboutonnée... Elle se demanda brièvement s'il se rendait compte de l'effet qu'il lui faisait en voyant son sourire s'agrandir.

-Shiguré...

-Vous vous souvenez de ce que vous m'aviez dit ? Sur ce qu'il y a dehors ?

Les yeux de la jeune fille s'ouvrir en grand, bien sûr qu'elle se souvenait, mais que lui s'en souvienne c'était plutôt inattendu !

-Je vous avez promis qu'un jour je vous enlèverais d'ici et que je vous emmènerais voir l'extérieur, continua-t-il sans la regarder.

-C'était il y a très longtemps, murmura-t-elle.

-C'était une promesse...

Il se redressa et s'approcha d'elle si près qu'elle sentit l'odeur de musc de sa peau.

-Akito..., le son de sa voix la fit frissonner. Venez avec moi, venez voir la vie hors d'ici. Une fois, juste une seule fois vous pouvez être qui vous voulez...

-C'est impossible...

-Impossible n'existe pas, murmura-t-il, vous vouliez tellement être comme les autres un seul instant. Laissez moi vous montrer l'extérieur comme vous ne l'avez jamais vu...

-N-non, la jeune fille tremblait.

-Akito..., il effleura sa joue, caressant sa peau jusqu'à son oreille, une nuit rien que nous deux, personne pour vous dire ce que vous devez faire semblant d'être.

-Je ne peux pas..., chuchota-t-elle.

C'était plus de la résignation qu'une affirmation.

-Vous êtes Dieu...vous avez tous les pouvoirs.

Il s'écarta d'elle légèrement plongeant ses yeux gris dans ceux plus sombres de la jeune fille, il pouvait voir le combat qui se menait dans son esprit, la raison contre l'envie... Il avait presque gagné, il fallait juste qu'elle le dise. Il revit en pensée la petite fille de sept ans : « Dis Shiguré, c'est comment à l'extérieur, c'est joli ? C'est grand ? Dis moi ! ». Elle avait l'air d'avoir tellement envie de découvrir ce monde qu'il lui avait promis qu'un jour il l'emmènerait avec lui... Les années étaient passées mais Shiguré n'avait pas oublié sa promesse, il attendait juste le moment propice.

-Faites-le, murmura-t-il ses lèvres à quelques centimètres des siennes, sinon vous le regretterez toute votre vie...

La jeune fille ferma les yeux et il attendit en silence, le cœur battant à lui briser la poitrine qu'elle prenne enfin sa décision.