Chapitre 1
C'est l'Apocalypse !
C'est l'odeur qui réveilla Gynny. Une odeur de mort, comme si elle se trouvait au milieu d'un charnier. Tout son corps lui faisait mal, elle se sentait couverte d'hématomes et pleine de courbatures. Combien de temps était-elle restée inconsciente ?
Elle fronça le nez et réprima un haut-le-cœur tout en entrouvrant les yeux. Elle se trouvait apparemment toujours dans sa chambre, mais cette dernière était beaucoup plus délabrée que dans ses souvenirs. La vitre qui donnait sur l'extérieur était en morceaux, et les murs comme le plafond s'effritaient de toute part. De la poussière recouvrait tous les meubles, y compris le lit sur lequel elle était allongée.
La jeune fille se redressa lentement, poussant un léger gémissement de douleur lié à toutes ses courbatures, et sorti du lit.
- Vincent ..? Tu es là ? demanda Gynny d'une petite voix.
Seul le silence lui répondit.
Gynny se leva avec précautions et s'approcha de la fenêtre, le cœur serré à l'idée de ce qui se trouvait dehors.
Elle sentit ses jambes se dérober sous son corps en constatant ce qui restait de la ville. On ne pouvait même plus parler de ville, tout ce qui se trouvait dehors c'était une vaste étendue de ruines, des bâtiments écroulés de toute part, comme si elle se trouvait au milieu d'un champ de bataille. Seules quelques rares constructions comme la sienne tenaient encore debout, le reste n'était que gravats et poussière. Les rares arbres qui tenaient encore debout semblaient morts, comme si l'hiver était arrivé en avance.
Il n'y avait pas âme qui vive dans les rues, tout le monde était soit mort, soit caché à l'intérieur, essayant de rester à l'abri.
Qu'est-ce qui avait bien pu se passer ?
Gynny fut alors prise d'un affreux soupçon et un frisson de terreur lui parcourut le dos
Elle devait absolument vérifier quelque-chose. Elle sorti son téléphone portable de sa poche, et appuya sur le bouton de sortie de veille... L'écran s'alluma alors, et le regard de Gynny se posa sur les petites icônes en haut de l'écran... Pas de réseau. Pas de wifi.
Son téléphone lui glissa des mains et elle se sentit à nouveau défaillir. L'apocalypse pouvait-il être réellement si cruel ?!
Elle tomba à quatre pattes, et rampa jusque sous son bureau, se posant à côté de la tour de son ordinateur. Au moins ce dernier semblait aller bien, même si l'écran était désormais inutilisable. La proximité de cette pièce de technologie fonctionnelle la rassurait, et Gynny ferma les yeux un instant, profitant de cette présente réconfortante pour retrouver ses esprits. Tout n'était pas perdu. Tant qu'il y a de la technologie, il y a de l'espoir.
Maintenant que ses yeux étaient à nouveau fermés, Gynny réalisa que l'odeur de viande pourrie qui l'avait réveillée était toujours présente. Prise d'un doute, elle renifla ses vêtements, et fut soulagée de constater que l'odeur ne provenait pas d'elle. Enfin, pas que d'elle en tout cas, parce-que même si elle ne sentait pas encore comme un cadavre elle avait tout de même bien besoin d'une douche.
L'odeur semblait venir du salon.
Hésitante, Gynny sorti de sous le bureau et pénétra dans son salon d'un pas hésitant. Tout comme sa chambre, le salon était dans un état déplorable et les murs semblaient sur le point de s'écrouler. La plupart des meubles et des étagères avaient été renversés, seul le canapé et la table basse au centre du salon semblaient en bon état.
Et bien entendu, Vincent était affalé sur le canapé, occupé à dévorer un kebab dégoulinant d'huile et d'autres substances douteuses... Décidément, même après l'apocalypse certaines choses ne changeaient jamais.
Posé sur la table basse devant le canapé se trouvait un autre kebab, encore entier, duquel s'échappait l'odeur pestilentielle qui avait réveillée la pauvre Gynny. Est-ce que c'était Vincent qui avait préparé ça ? Il avait du prendre un coup sur la tête bien plus fort qu'elle pour en arriver à croire que ce qu'il mangeait était comestible.
- Non mais c'est une blague ?! s'exclama Gynny, hors d'elle.
Vincent écarquilla les yeux en voyant sa petite amie entrer dans la pièce, et manqua s'étouffer avec un morceau de kebab en tentant de répondre. Gynny ne lui en laissa cependant pas l'occasion.
- Alors moi je suis inconsciente pendant dieu seul sait combien de temps, et pendant ce temps là toi tu bouffes ! J'aurai pu mourir mais tu t'en fous totalement en fait ! T'es qu'un putain d'égoïste ! C'est l'apocalypse dehors et toi tu manges !
Vincent avala difficilement son morceau de kebab et répondit d'une voix hésitante :
- T'as dormi pendant deux jours, j'allais pas rester avec toi tout le temps, j'avais faim... Je t'ai gardé un kebab si tu veux ?
Gynny regarda le kebab posé sur la table et senti son estomac faire un looping à l'idée d'approcher cette abomination culinaire de son organisme.
- Ça va pas non ? Je vais pas bouffer cette merde ! T'as rien trouvé de mieux ? grogna Gynny.
- Mais mon amour... Y'a plus d'électricité pour cuisiner à l'intérieur et dehors c'est l'apocalypse ! Du coup je suis allé au kebab. Il restait plus que de la viande de rat je crois, mais on s'habitue vite à l'odeur !
- Bon, admettons... marmonna Gynny, peu convaincue. Est-ce que tu sais où je peux trouver du wifi ? Je veux savoir si Lucie a reçue ma fanfic.
- Mais bébé... C'est l'apocalypse, y'a plus internet nulle part, dit Vincent, la bouche dégoulinante de graisse de rat. Presque tout le monde est mort en plus, si ça se trouve Lucie...
- Ta gueule. l'interrompit Gynny d'un ton sec. Je connais Lucie depuis des années, c'est une sorcière de l'orthographe et de la grammaire, et il faudra plus qu'un apocalypse pour lui faire la peau.
Gynny se dirigea alors vers la cuisine d'un pas décidé et ouvrit le frigo en quête d'un repas... Il restait seulement un fond de coca tiède et des cornichons, mais ça suffirait. Elle but le coca d'une traite, et retourna dans le salon avec le bocal à cornichons pour s'asseoir à côté de Vincent.
- Tu sais si on a une carte quelque-part ? demanda-t-elle tout en grignotant un cornichon.
- Euh ouais, peut-être dans la voiture en bas de l'immeuble, pourquoi ? s'interrogea Vincent, n'osant plus continuer à manger son kebab.
- Plus qu'il n'y a plus ni réseau ni internet, il va me falloir un plan si je veux aller à Nancy.
- Nancy ? Pourquoi tu veux aller à Nancy ?
- C'est là-bas qu'habite Lucie. Si je ne peux pas lui demander par Skype ou par téléphone ce qu'elle a pensé de ma Fanfic, je vais devoir aller lui demander en personne !
Gynny tourna son visage vers l'avenir, et ce dernier lui paru radieux. Sa Fanfic serait l'héritage qu'elle laisserait aux générations futures pour les aider à reconstruire le monde.
Elle sortit un cornichon du bocal et le croqua avec détermination. Finalement, il restait un espoir. Ce n'était pas un petit apocalypse qui allait l'empêcher d'achever l'œuvre de sa vie !
