Chapitre 2 : Comment en sommes-nous arrivé là ?

Shizuo reposa son verre sur la table en libérant un « ahhh » sonore, preuve qu'il était désaltéré. Bien qu'ils soient à l'intérieur et que l'endroit soit climatisé, la chaleur était telle qu'elle lui avait coupé toute envie de fumer. Son attention se recentra sur son interlocuteur qui était aussi son sauveur et accessoirement la personne qui allait payer pour la quantité astronomique de liquide qu'il venait d'ingérer. De ce fait, il lui devait bien la vérité. Par ailleurs, il ressentait aussi le besoin de formuler ce qui c'était passé à haute voix pour le rendre réel, car dans sa tête ça ne pouvait être qu'un horrible cauchemar.


Un horrible cauchemar qui portait le nom d'Izaya Orihara. L'énergumène se tenait devant le restaurant de sushi russe où Shizuo et Tom mangeaient, adossé à un réverbère et tapotant sur le clavier de son téléphone comme si tout était normal. Comme si la rue lui appartenait. Avec son petit air supérieur. Venant le provoquer jusque pendant sa pause déjeuner. C'en était trop ! Il sortir en grognant un « Izayaaa ! » et s'empara du réverbère sur lequel était installé le parasite, une seconde auparavant. Son opposant, tout sourire, sautilla joyeusement sur quelques mètres puis lui fit face, avant de le prendre en photo avec son portable. Ce satané portable… Il allait lui faire bouffer ! Shizuo lui lança l'élément urbain qu'il tenait à bout de bras et le manqua de peu. Son adversaire attrapa une échelle de secours, et se mit à grimper tel un macaque vers le toit de l'immeuble. C'était un piège. Shizuo le savait pertinemment. De toute façon, TOUT avec Orihara était un piège. Mais la colère le poussa tout de même à y aller. Il faudrait vraiment qu'il se mette au yoga…

Quand Shizuo arriva sur le toit il se trouva nez-à-nez avec son ennemi. Ou plutôt avec l'embout du fusil que son ennemi tenait.

Izaya : Poule !

Le garçon d'apparence fragile dans sa doudoune à fourrure n'avait pas hésité à tirer. Il ne sourcilla pas non plus au second coup de feu. Shizuo baissa les yeux vers son abdomen et arracha les deux tubes à aiguillon qui s'y étaient logés. Il voulut tendre le bras pour attraper le chasseur mais son corps refusa d'obtempérer. Il sentit sa masse s'effondrer lourdement sur le sol tandis que ses paupières se faisaient de plus en plus lourdes.

Le chasseur posa un pied sur le torse de la bête vaincue et prit une multitude de selfies dans diverses positions. Shizuo bouillonnait intérieurement mais lutter contre le sommeil demandait tant d'efforts qu'il ne pouvait rien faire d'autre. Cette bataille aussi, il finit par la perdre.

Le vent dans ses cheveux et un bruit assourdissant. Il voulut mettre ses mains sur ses oreilles mais ses poignets refusaient de venir à lui. Il était menotté. Tant bien que mal il ouvrit les yeux et regarda par la fenêtre qui lui faisait face : le ciel. Le ciel à perte de vue peuplé de nuages duveteux comme autant de moutons blancs. Cette vue lui plaisait, bien qu'elle soit porteuse d'une très mauvaise nouvelle : cette fois, cette fouine d'Izaya avait réussi son coup. Son attention fut détournée par deux présences humaines qui papotaient. Il tendit l'oreille.

Pilote : Il est drôle le patron ! « A l'autre bout du globe » ! Il n'aurait pas pu être un peu plus précis ?!

Copilote : C'est clair ! En plus, ce n'est pas la porte à côté « l'autre bout du globe » ! On va être obligé de faire de l'essence…

Pilote : Je te jure ! C'est la dernière fois que je bosse pour un gamin ! En plus, son comportement hautain m'a carrément mit de travers…

Copilote : Les mômes de nos jours… Moi, quand j'étais gosse, je courrai les filles, je ne planifiais pas de kidnapping !

Pilote : Ahahah ! Je te jure ! En parlant de kidnapping, il dort toujours ?

Copilote : Je vais voir, au pire je lui remets un coup. Mais avec tout ce que le boss lui a mis, c'est déjà surprenant qu'il soit encore vivant !

Un homme -qui semblait vraisemblablement se prendre pour Tom Cruise dans Top Gun- s'approcha de Shizuo et lui tapota le visage. Grossière erreur. Le garçon, qui avait repris du poil de la bête, arracha la paire de menottes qui le retenait et troua le toit de l'habitacle en se servant de la tête du copilote qui malgré son casque, fut sacrément sonné. Shizuo se tourna ensuite vers le pilote qui tremblait, un revolver dans la main. Pour répondre à cette menace, le collecteur de dette s'empara du premier objet à portée de main et l'arracha violemment. Le pilote se figea. Le copilote fit de même. Shizuo regarda le contenu de sa main. Une hélice. Merde. Presque immédiatement pilote et copilote bondirent hors de l'appareil, leur parachute sur le dos. Shizuo était seul dans cet hélicoptère qui n'était désormais plus qu'un « ptère » et qui fonçait droit vers le sol. Il attacha sa ceinture, se mit en boule, fermant les yeux et souhaitant très fort que la rumeur selon laquelle il était un monstre invincible soit fondée.


Shizuo finit la dernière gorgée de son verre et remercia le bédouin. Avant de repartir, celui-ci le présenta à un homme qui accepta de le ramener en ville avec sa jeep, moyen de transport qui est quand même beaucoup plus pratique que le dromadaire. Shizuo avait un but. Il devait rentrer au pays. Il devait retrouver Izaya.