Hollow

Chapitre 2

L'air était froid, pesant. Quelque chose venait de se produire ? Quoi donc ? Les miroirs brisés l'indiquaient. Ils étaient les derniers vestiges de la libération d'un esprit. Autrefois inondé, le sol ne présentait pas une trace d'eau. Jaunis, les éviers paraissaient on ne peut plus sec. Avant de perdre connaissance, elles avaient quand même bien vécu cela ? Non ?

Un toussotement se fit entendre et puis un gémissement. Hermione se redressa doucement, sa tête tournait et son corps ne semblait plus capable de supporter son poids. Ce dernier n'avait pourtant pas changé… Une douleur lança dans son dos et elle put voir un énorme bleu dans le miroir. Comment s'était-elle fait ça ?

Le gémissement venait de Pansy. Une blessure sur le dessus de la tête la gênait fortement. De plus, elle avait du être inconsciente un long moment car cela avait déjà coagulé dans un coin. La jeune femme regarda la seconde devant elle sans comprendre les précédents événements. Et apparemment, même celle qu'on surnommait ' Miss-Je-Sais-Tout ' ne comprenait, finalement, rien. Elle aussi. Sans un regard, celle-ci quitta la pièce en courant. La Serpentard se décida à faire pareil. Un bon appui sur l'évier et hop, tu peux te lever, Pans' ! Ca tournait pour elle aussi. Debout, ses yeux restèrent fermés quelques instants. Et un mal de tête ahurissant apparut. Se lever, fait. Sortir, fait. Courir chez Madame Pomfresh, en cours. Comment était-ce possible ? Que s'était passé plus tôt dans ses toilettes ? S'était-elle finalement battue… Avec Granger ? De vagues souvenirs d'elles deux, baguettes brandies lui apparurent.

Non, jamais Granger n'aurait commencé un duel dans l'enceinte de l'école. Les règles, elle les suivait. Et à la lettre ! Seulement, ce n'était pas son cas. Sa maison, complètement contraire à la Gryffondor, suffisait. Pansy Parkinson avait pu démarrer ce duel…

Un troupeau d'éléphants avait pris place dans sa tête. Les questions attendraient. D'abord, il fallait trouver le meilleur médecin de Poudlard.

Bien évidemment, avec tout ce qu'il avait du se passer dans les toilettes de Mimi Geignarde, les deux jeunes femmes avaient manqué un cours chacune; Arithmancie pour Hermione et sortilèges pour Pansy. Cette dernière étant habituée à ne pas se présenter à ce cours ennuyant. Elle connaissait tous les sorts de chaque programme pour toutes les années. Chaque été, la sang-pur s'entrainait afin de montrer qu'elle aussi pouvait être intelligente. Ce que, bien entendu, elle était.

Pour beaucoup, Pansy Parkinson n'était que la copine de Drago Malefoy. Une copine complètement débile et incapable de lancer un sort correctement. Les deux premières années, elle en avait ri et c'était joué de cette réputation. Malheureusement, cela s'est retourné contre elle. Et même ses parents avaient fini par penser cela. Pour y mettre un terme, il fallait prouver ses valeurs.

L'été avant la rentrée pour la troisième année, Pansy avait travaillé d'arrache-pied. Empruntant tel ou tel livre à Drago, l'écoutant attentivement, passant un temps fou dans la bibliothèque Nott à prendre des notes de tout ce que disait Théodore. La jeune femme avait même décider de pousser ses cours plus loin. Divination et des cours plus poussés en potion.

Il s'avéra que le cours de Trelawney était le plus inutile de toute son existence. C'était ce que les abrutis prenaient en plus histoire d'en réussir un. Un peu comme Crabbe. Et Goyle.

Les choix d'options en troisième année étaient très limités La Divination était clairement inutile. Elle n'allait pas continuer à suivre ce cours. L'Etude de Runes Anciennes la mettrait sans doute dans la même classe que Granger pour les trois prochaines années vu qu'elle était la seule élève de ce cours. Soins aux créatures magiques ne lui avait pas du tout plu après la morsure de Drago. Et l'Etude de Moldus n'avait rien de bien intéressant, elle s'en contrefichait. La jeune femme se dirigea donc vers l'Arithmancie.

Et donc, depuis sa troisième année, les gens la respectaient. Elle n'était pas débile. Son intelligence avait été prouvé. Loin de celle de la Miss-Je-Sais-Tout et Drago mais tout de même, une belle ribambelle d'Acceptable avec deux ou trois Optimal. De quoi faire taire ces rumeurs dont elle s'était jouée.

Allongée sur le lit de l'infirmerie, Pansy rigola doucement en repensant à tout ça. A son parcours du combattant pour rattraper deux années en deux mois. Heureusement qu'elle avait de bons amis. Intelligents.

« Pansy ? » Entendit-elle. Son prénom fut répété une seconde fois, plus fort. Et elle sursauta. Trop dans ses pensées, plus rien ne la perturbait.

« Désolée, j'étais dans mes pensées. »

« Hm… Où étais-tu durant le cours de Flitwick ? » Demanda Blaise, en lui souriant. « Drago aussi était absent. J'en déduis que... »

« Rien. Je n'étais pas avec lui. » Coupa-t-elle court à ses idées. Retenant ses larmes, la jeune Parkinson inspira profondément et continua fièrement, sans flancher. Sa voix ne devait pas la trahir. « Ce cours ne sert à rien. Je connais le programme par coeur. Je suis allée me reposer. Je manquais de sommeil. » Un simple mensonge avec un peu de vérité. Son passe-temps avec Drago l'avait beaucoup fatiguée.

« Ha. C'est tout de suite moins drôle. » On pouvait lire la déception sur son visage. Le jeune noir adorait les petits potins entre Malefoy et elle. Il était de ceux qui pariaient sur leur relation. Et chaque fois, il visait juste. Drago ne ressentait rien pour Pansy, il l'avait compris. Pas elle. Il se gratta l'arrière de la tête pendant qu'elle baissait la sienne. « T'es tombée en dormant ? »

« Hm ? Oh, ça. Je me suis réveillée trop vite. » Un petit ricanement et un petit clin d'oeil. Parait au moins convaincu Blaise et ne cherche pas plus loin. Ce qu'il fit, à son plus grand soulagement.

« Je vais te chercher à manger aux cuisines. Tu sors quand ? »

« Normalement, demain matin. »

Il acquiesça et se leva. Une conversation peu intéressante et très courte. Il ne fallait pas beaucoup entre son groupe d'amis Serpentard. Blaise lui embrassa le front et lui souhaita un bon repos. Il déposerait une assiette sur la table de nuit si jamais elle dormait.

Une fois seule, la brunette se permit de soupirer et s'étaler un peu plus dans le lit. Aucun souvenir ne lui revenait de son altercation avec Granger. Absolument aucun. Et cela s'avérait gênant. Étrangement perturbant.

« Harry, je t'avais dit de terminer ton devoir il y a de cela deux semaines. » Maugréa Hermione, d'une voix rauque et fatiguée. Sa nuit avait été très courte. Entrecoupée de visions étranges sans explication particulière. Seule une couleur verte revenait sans cesse. Sous forme ronde.

« A quoi bon, j'excellerais encore ! » Sourit-il de toutes ses dents. La jeune femme soupira et Horace Slughorn l'interrompit. Elle ne comprenait pas comment Harry avait pu du jour au lendemain devenir aussi fort en Potions. Il passait d'un Troll à un Optimal. Et, bien sur, quand on changeait de professeur ! En plus de ça, elle n'avait réussi à avoir que des Acceptables ! Même avec Rogue, elle n'était jamais allée plus bas que l'Optimal. Certes, c'était à contre coeur pour le maître des potions mais comment pouvait-elle perdre en savoir et en technique d'une année à l'autre ?

Cela faisait une bonne demie-heure que le cours avait commencé. Slughorn continuait d'expliquer la nouvelle potion à travailler durant quatre heures. Hermione engrangeait chaque mots, les réécrivant à sa manière afin de ne pas perdre un seul mot. Elle devait réussir. Mieux que Harry. Mieux que personne !

Quand il fut temps d'aller chercher le matériel et les ingrédients nécessaires dans l'armoire, sa liste en tête, elle prit rapidement tout ce dont elle avait besoin. Tout couper, correctement. Aplatir avec la lame du couteau et extraire un maximum de jus. Cela terminé, elle commença la potion. Ingrédients après ingrédients. Avec minutie. Elle allait réussir !

Alors que la jeune femme s'apprêtait à remuer pour la sixième fois dans le sens des aiguilles d'une montre sa potion, elle constata que celle d'Harry, un banc plus loin, avait une couleur plus clair que la sienne. Comment ?! Il avait quasiment fini alors qu'il lui manquait encore trois tours… Comment… ?

Enragée, ses tours se poursuivent plus brusques. Et, malheureusement pour elle, il y en eut un de trop qui éclaboussa la potion sur sa robe. Un énorme trou apparut donc sur sa manche, carbonisée. Pour finir tout ça, le professeur passa près de Harry en regardant sa potion, un 'Parfaite !' dépassa de ses lèvres. Et ce fut de trop. Comment avait-il su faire tout ça ? Potter était un idiot et un nul en potions !

La fin des cours se fit attendre, longuement.

Et quand cela arriva, elle se rua vers les toilettes de Mimi Geignarde. Il fallait évacuer toute cette colère. Sans surprise, ce n'était pas la seule présente dans ses toilettes. Pansy Pakinson. Encore.

« Stop. Je refuse de me battre à nouveau. » Dit-elle, la main levée devant elle, sa baguette sur l'évier. « J'ai besoin d'explications... Qu'avons-nous fait ? »

La question résonna dans la tête d'Hermione. Alors, elle non plus ne savait pas. Aucune des deux n'avait de souvenirs. Juste un vide. La lionne baissa la tête et expliqua son point de vue, sans réponse aussi. Même pas une avancée.

« As-tu démarré le duel ? »

Cette phrase suffit à interpeler Pansy. Comme elle le pensait… C'était elle. Bien sur. Comment une Gryffondor pouvait se lancer dans un duel débile dans des toilettes, qui plus est ? Tout était donc de sa faute. Le trou de mémoire venait d'elle. Quel sort avait-elle pu lancer ? Elle ne savait pas lancer d'impardonnables. Contrairement à ce que beaucoup pensait, la jeune dame n'était pas une mangemort. Pas encore. Peut-être jamais. Elle ne savait pas. Seuls Blaise, Théodore et Drago étaient au courant de son choix. Ce dernier s'était vu apposer la marque l'été dernier. Et une grande mission. D'ampleur capitale à l'avènement de Voldemort. Mais elle…

« Voldemort ? » Murmura Hermione en fronçant les sourcils. Pansy fit pareil. Elle y pensait justement, quelques secondes auparavant. « Tu es l'une des leurs ?! »

Baguette brandie, il fallait arrêter la Serpentard et la remettre à l'Ordre du Phénix. Elle pourrait être utile dans les renseignements. Et peut-être même les aider à l'anéantir.

« Je ne sais rien. » Stoppa-t-elle net.

Comment pouvait-elle répondre à ses pensées ? Non, Hermione avait juste parlé à voix haute sans vraiment y faire attention. Elle ne voyait que ça. Lire dans les pensées était possible uniquement à ceux qui pouvaient pénétrer l'esprit des autres, aux Legilimens. Pansy Parkinson était tout sauf ça.

D'ailleurs, elle n'en connaissait aucun et avait toujours cru que c'était un simple mythe. Comme les Occlumens.

Appuyée contre l'évier, l'élève aux couleurs vertes et argentées croisa les bras sur sa poitrine. Et celle en or et rouge entendit quelques vagues mots traversés son esprit. Alors elles comprirent. Quelque chose les liait. Chacune de leurs pensées étaient partagées entre elles. Cette capacité à pouvoir se comprendre sans même se parler était…

« Ecoeurante. »

« Incroyable. » Pensèrent-elles exactement au même moment. « Parkinson, sais-tu quel sort tu nous as lancées ? »

« La Miss-Je-Sais-Tout, c'est toi. » Fit-elle avec un petit sourire en coin. Sa répartie n'avait pas disparu, au moins. Maintenant qu'elles avaient compris ce lien entre elles, il allait falloir élucider tout ça.

Même si le dernier mot de Pansy avait été écoeurant, elle n'en revenait pas de partager ce lien avec Granger. Ca ferait quelques points en plus à son bulletin. Un ' n'y compte pas ' lui passa en travers de l'esprit et elle rigola. La jeune femme devant elle gardait les sourcils froncés mais son visage s'était adouci. Un soupir s'échappa.

« Je vais creuser à la bibliothèque ce qui a pu provoquer ça. Je te tiens au courant. » Termina-t-elle en pointant sa tête avec son index. Elle la tapota deux fois, doucement et s'en alla. Dans son dos, Hermione Granger se vit pas Pansy Parkinson l'index touchant son crâne. Elles ne partageaient pas que les pensées. Non. Les sensations aussi.

Le couvre-feu devait être passé depuis bien plus d'une heure et demie. Les préfets rejoignaient leurs appartements. Cette ronde resterait la plus longue de l'année. Beaucoup d'élèves de toutes années trainaient dans les couloirs, discutant et festoyant la victoire des Canons de Chudley au Mondial de Quidditch. L'équipe préférée d'Alannis Shepley.

La jeune blonde repoussa une mèche devant ses yeux en repensant à son baiser avec Michael Corner. Il était enfin libre ! Et elle allait remercier mentalement Ginny Weasley encore bien des milliers de fois. La défaite des Serdaigles contre les Gryffondors avait bien joué, évidemment. Mais toujours était-il qu'il était enfin célibataire ! Et, vu leur avancée, elle serait bientôt en couple avec lui !

Son petit soupir sembla raisonner dans le couloir. Surprise, elle se retourna et fit face à un mur. Impossible. Le tournant devait être dix mètres plus tôt, à peine. Et, bizarrement, une autre cloison froide la fit frissonner. A présent bloquée entre quatre remparts, elle frappa contre ces derniers de ses mains. C'était loin d'être un rêve.

Soudain, le coup qu'elle donna sembla lui revenir contre elle, l'heurtant violemment au ventre. Une seconde fois, dans le dos. Mais pas comme un violent coup lors d'une bagarre. Non, ce dernier était plus horrible. Une lame la transperça et descendit le long de sa colonne. Un hurlement déchira l'air. La même sensation, plus horrible, plus profonde se fit sentir à son estomac. Puis une de vide. A travers ses larmes, Alannis vit une poche rosée au sol, étalée sur son sang. C'est avec horreur qu'elle se rendit compte qu'il s'agissait de son estomac. Elle voulait s'en aller, s'enfuir, se réveiller. N'importe quoi mais sortir de ce cauchemar. Où étaient les instants où elle rêvassait d u jeune Corner ?

Une main froide enserra son cou et pressa, fortement, mortellement. L'air lui manquait doucement. Malgré ses débattements et ses hurlements, personne ne vint l'aider et son agresseur ne la relacha pas. Elle ne vivait pas de contes de fées comme elle le croyait. C'était juste un horrible tourment. Une réalité affreuse. Morbide.

Son énergie parut s'en aller, hors d'elle. Vidée de toute énergie, relachée, la jeune Shepley s'écrasa au sol. Blanche comme la mort. Tout semblait l'avoir quittée. Une dernière larme tomba sur le sol de pierre, irrécupérable. Si quelqu'un avait su la prendre pour savoir ce qu'il lui était arrivée, il aurait vu cette exhalation. Sa vie ne l'avait pas seulement quittée, sa magie aussi, aspirée. Et la dernière chose qu'Alannis Shepley avait vu était ses pouvoirs la quitter dans une couleur bien spécifique et bien connue. Verts.