Le coin de l'auteure :

Bonjour !

Tout d'abord, mci à tous pour vos adorables reviews. Cette fic a démarré en trombe, je n'avais eu autant de lecteurs pour un prologue. Suite à ce démarrage en fanfare, voici le premier chapitre. Cette fois, l'action démarre pour de bon. J'espère que ça va vous plaire...

Bonne lecture !

Bises ;)

Peaseblossom

Disclaimer : cf. Prologue

Réponse aux reviews anonymes :

lilou : Merci beaucoup, je suis contente que ce prologue t'ai intriguée. Et pour la suite... Disons qu'avec Tristan et Yseult, il n'y avait pas trop d'espoir, alors... (non, non, pas de spoil !) En tout cas, je suis ravie que ça t'ait plu. Et puis, merci pour tes compliments. J'espère que ce chapitre va te plaire. A bientôt ! ;)

nel : Ah, merci beaucoup ! Je suis contente d'être tombée sur une des tes légendes préférées. Moi aussi, j'aime beaucoup cette histoire et je trouvais que ça fonctionnait plutôt bien avec ce couple. Donc voilà. J'ai pris note de tes hypothèses, mais il faudra attendre un long moment avant d'avoir les réponses... En tout cas, merci pour ta review ! J'espère que ce chapitre va te plaire et que la suite ne te décevra pas. A bientôt ! ;)

Miss Malloy : Merci, merci ! J'espère que la suite va te plaire. Non, il n'y a pas du tout de Harry/Hermione dans cette fic, comme tu vas le voir. C'est juste que j'envisage une relation très forte et fraternelle et Harry et Hermione. J'aime beaucoup l'idée qu'ils se voient comme les frère et sœur qu'ils n'ont jamais eu, ni l'un, ni l'autre. Donc voilà. En tout cas, merci beaucoup pour ta review et tes encouragements. A bientôt ! ;)


PARTIE I : Le philtre d'amour

« Belle amie, il en est ainsi de nous, ni vous sans moi, ni moi sans vous. »

« Le Lai du Chèvrefeuille », Marie de France

Chapitre 1 – Et soudain, plus rien ne compte

Drago se demanda une nouvelle fois ce qui lui avait pris d'accepter cette invitation. Moment d'attendrissement qui ne lui ressemblait absolument pas. Les mariages, ce n'était pas fait pour lui. Définitivement pas. Et puis surtout, fallait être crétin pour venir au mariage d'un Weasley quand on s'appelait Malefoy.

Il jeta un coup d'œil agacé aux mariés qui dansaient avec moult éclats de rire au milieu de la salle. La mariée était ravissante. La robe d'un blanc neigeux faisait des merveilles sur la peau sombre d'Angelina Johnson. Elle rayonnait littéralement. Quant au marié... Drago continuait de penser que les cheveux roux juraient avec tout, surtout quand on était un Weasley. Mais bon. Il était l'actionnaire principal de l'entreprise Farces pour Sorciers facétieux, aussi ridicule que cela sonne, et il avait tiré George d'un certain nombre de mauvais pas juridiques où ses inventions l'avaient parfois embourbé. Surtout en payant les avocats, en fait. Cette invitation n'était somme toute qu'un remerciement pour services rendus, et il aurait sans doute été mal venu de refuser. Mais dans le fond, personne ne s'en serait étonné, et il aurait pu passer une soirée tranquille, tout en ravivant un peu sa réputation d'emmerdeur égoïste, sérieusement mise à mal depuis quelques temps. Investir dans la boutique de Farces et Attrapes des Weasley n'avait sans doute pas aidé. Mais ça rapportait, aucune raison de ne pas en profiter.

Un Malefoy reste un Malefoy. Se faire de l'argent facile était une discipline familiale, dont on tirait reconnaissance sociale, influence et train de vie fastueux. Drago se voyait mal dans la position des Fawley ou des Shafiq, réduits à quémander des alliances juteuses et à lécher des bottes pour renflouer leurs caisses. Drago n'obéissait pas à une autre logique, mais ses démarches auprès de la famille Weasley, au lendemain de la guerre et de l'épuration, avaient tout de suite été vues comme une main tendue vers la paix, entre deux familles aux idéaux radicalement opposés, et ennemies depuis tellement longtemps qu'on ne savait même plus pourquoi.

Mais Drago n'était ni idéaliste, ni désintéressé. C'était un homme d'affaire sans scrupules. Son métier d'Auror n'était qu'un moyen comme un autre de passer le temps, tout en redonnant une image irréprochable à sa famille. Rien de tel que de faire régner l'ordre et la justice pour y parvenir. Et il était doué pour ça. Son père avait trop longtemps évolué dans des milieux interlopes pour que Drago ne sache pas les débusquer.

Il porta son verre à ses lèvres et avala une gorgée de champagne. Il était bon, c'était déjà ça. Parce qu'on ne pouvait pas dire qu'il se sentait le bienvenu. Il y avait un monde fou. Les Weasley avaient dressé une grande tente magique, décorée de blanc, de rouge, et de légères volutes dorées. C'était discret, mais encore trop Gryffondor pour les yeux de Drago. Quoi qu'il en soit, la plupart des gens qui s'y trouvaient ou bien se demandaient ce qu'il fabriquait là, où bien lui jetaient des regards assassins. George et Angelina l'avaient coincé entre Ginny et Fleur Weasley et en face de Potter, sans doute pour éviter un scandale diplomatique, et à présent, il attendait qu'une occasion décente de s'éclipser se présente. Merlin, qu'il haïssait les mariages.

Il termina sa coupe de champagne et se dirigea nonchalamment vers une table au fond du chapiteau où il comptait bien se trouver quelque chose à boire, puisque les mariés semblaient n'avoir aucune envie de s'éloigner de la piste de danse. D'autres couples les avaient rejoints et s'étaient lancés dans des chorégraphies sans la moindre esthétique. Heureusement que le ridicule ne tuait pas, autrement Potter n'aurait jamais eu besoin de Vous-Savez-Qui pour se mettre dans le pétrin. Présentement, il faisait tourbillonner Ginny qui riait aux éclats.

Drago observa la jeune femme, et ses pensées dérivèrent. Elle avait été la première à lui donner une chance. Pas sûr qu'il ait fait grand-chose pour la mériter. Il ne comptait pas changer sa nature. De toute façon, il n'était même pas sûr d'y parvenir. Il le lui avait fait comprendre. Mais elle avait insisté et il avait accepté, même si ça l'obligeait à être aimable avec Potter. Il avait très vite compris qu'elle obtenait toujours ce qu'elle voulait, et qu'elle n'aurait jamais accepté d'essuyer un refus. Après tout, elle avait voulu Potter et elle l'avait eu. Avoir six grands frères lui avait forgé un caractère en acier trempé. Ça lui allait bien. La force de sa détermination embrasait son regard marron et le rendait magnétique. Elle était plutôt jolie à regarder, par ailleurs. Mais elle n'était absolument pas le genre de Drago. Trop fonceuse, pas assez de retenue. Il ne pensait pas forcément que c'était un défaut, mais il préférait voir ce genre de fille dans le salon des autres que dans le sien.

L'image d'Astoria lui revint en mémoire, et il la chassa d'un coup de tête agacé. Sa relation avec la dernière des Greengrass était on ne peut plus chaotique. Il ne comprenait pas ce qu'elle attendait de lui, enfin si, il savait parfaitement, mais il refusait de se laisser embarquer là-dedans. Mais le pire, c'était que lui non plus ne savait pas vraiment ce qu'il attendait d'elle. Elle était belle, cette beauté glaciale qui attirait les Malefoy depuis une éternité. Des cheveux d'un noir de jais, des yeux d'aigue-marine, et une peau d'albâtre. Astoria était une sorte d'objet précieux, qu'on avait peur de casser à première vue, mais qui se révélait bien plus coriace que ses abords ne le laissaient présager. Obstinée, c'était le terme. Et encore une fois, il s'était énervé. Et encore une fois, ils avaient décidé de prendre du recul.

Il atteignit la table et saisit une bouteille au hasard. Vide. Vérification faite, c'était le cas des dix autres bouteilles qui s'y trouvaient. Il râla pour la forme et s'appuya contre la table. Il avait la poisse. Il était au beau milieu d'un mariage, alors qu'il détestait ça, et du mariage de gens qu'il n'appréciait que très moyennement, au milieu de gens qui ne l'appréciaient pas du tout. Et en plus, il n'y avait plus rien à boire.

« En train de te morfondre, Malefoy ? »

Il se tourna et tomba nez à nez avec Granger. Elle avait très peu changé depuis Poudlard. Ses cheveux avaient plus ou moins été maîtrisés en un chignon à moitié décoiffé. Sa robe rouge grenat tombait jusqu'à mi-genoux et rehaussait la pâleur fantomatique de sa peau. Un sourire mutin flottait sur ses lèvres. Ses yeux brillaient et ses joues étaient légèrement rougies. Elle avait dû un peu trop abuser du champagne.

« Ça te ferait trop plaisir, » ironisa-t-il.

Un rire léger lui échappa.

« Depuis quand noies-tu tes soucis dans l'alcool ? Je connais un très bon médecin qui s'occupe de ce genre de problème, si tu as besoin.

- C'est toi qui va en avoir besoin, » cingla-t-il.

Elle lui tira la langue.

« Très mature, Granger. »

Une trêve un peu étrange s'était installée entre eux. Ils travaillaient tous les deux au Ministère. Pas au même étage, ce qui n'avait pas été plus mal au départ. Même si elle avait pris la peine de plaider en sa faveur à son procès, ça ne voulait pas dire qu'elle oubliait ou qu'elle pardonnait ou qu'elle l'appréciait, et l'inverse était vrai, ils le savaient tous les deux. Ils s'étaient donc contentés de se saluer vaguement quand ils se croisaient dans l'ascenseur, le hall ou un couloir. Le statu quo avait tenu jusqu'à ce qu'ils soient forcés de collaborer sur une affaire.

Deux dangereux individus avaient été appréhendés par la brigade de police magique, et leur interrogatoire avait livré de sérieux soupçons quant à un vaste complot impliquant une magie inconnue et potentiellement dangereuse. Drago avait été chargé de l'affaire, et on l'avait envoyé se débrouiller avec un spécialiste du Département des Mystères pour tirer l'histoire au clair. Spécialiste qui, évidemment, s'était avéré être Granger. Ils avaient failli s'étriper une bonne demi-douzaine de fois rien qu'après avoir passé trois heures collés ensemble dans le même bureau minuscule. Par la force des choses, ils en étaient venus à s'astreindre au calme en la présence de l'autre. Ils étaient suffisamment intelligents pour ne pas compromettre une affaire de cette importance pour quelques querelles d'adolescents. Ça avait pris un peu de temps, mais ils ne se sentaient plus obligé de s'engueuler à chaque fois qu'ils restaient plus d'une minute ensemble. Drago n'aurait jamais poussé la plaisanterie jusqu'à dire qu'ils s'entendaient bien, mais ils limitaient la casse. Et dans le fond, c'était plus agréable que ce qu'il avait imaginé, Merlin le préserve d'avouer ça en public. Même si leurs discussions tournaient souvent au sarcasme, Granger était cultivée et avait du répondant. Au moins, on ne s'ennuyait pas avec elle, même si l'agacement finissait toujours par prendre le dessus, avec sa manie de toujours vouloir avoir raison.

Il la vit se pencher et récupérer une bouteille dans une caisse vide, sous la table. Il songea qu'il aurait pu y penser lui-même. La bouteille avait une couleur un peu bizarre, une espèce de rouge-violet, mais il ne se posa pas plus de questions. Les Weasley étaient bizarres. Ça expliquait bien des choses.

« Arrêt de râler, décida-t-elle. Tiens, bois ça. Ça t'évitera dire des âneries. »

Elle lui versa une grande rasade d'un liquide ambré aux reflets rougeâtres, mais peut-être n'était-ce dû qu'à la lumière qui inondait la tente. Puis, elle se servit à son tour. Appuyés contre la table, ils sirotèrent leur boisson en regardant les danseurs évoluer au centre de la tente. Drago jeta un regard étrange à son verre. Ça ne ressemblait à rien de ce qu'il avait déjà pu boire. C'était étrange. Pas mauvais, mais étrange. Il fit tourner le liquide dans son verre. Qu'est-ce que ça pouvait bien être ? Peut-être qu'il n'aurait pas dû boire ça, alors qu'il n'avait pas la moindre idée de ce dont il s'agissait.

Une sorte de fourmillement s'éveilla dans son estomac et remonta le long de sa gorge. Ça aussi, c'était étrange. Soudain, le monde sembla tourner au ralenti. Un vertige le saisit. Tout devint flou. Il lâcha son verre qui s'écrasa en morceaux sur le sol. Il n'entendait plus que l'écho de deux cœurs qui commencèrent à battre au même rythme. Alors seulement, il reprit ses esprits.

Il se tourna vers Granger. Elle respirait vite et fort, comme si elle venait de courir un marathon. Son verre gisait aussi à ses pieds. Elle leva les yeux et croisa son regard. Et là, il comprit. Il comprit que toute sa vie n'avait attendu que ce moment. Depuis toujours, il avait vécu avec ce vide au fond de lui qui venait soudain d'être rempli. C'était brutal, intense, presque douloureux. Mais pour la première fois, il se sentait complet. Parce qu'elle était là. Et parce qu'elle ressentait la même chose. Il le voyait dans ses yeux bruns. Le temps semblait comme suspendu. Il n'y avait plus qu'eux, et leur cœur qui battaient à l'unisson. Il aurait voulu se fondre dans son regard, tout oublier. Tout, sauf elle.

« Ça va ? lui demanda-t-il.

- C'est étrange, murmura-t-elle. Je n'avais jamais ressenti cela. »

Elle lui sourit. Il lutta contre l'envie de capturer ce sourire entre ses lèvres. Il y avait trop de monde. Si jamais quelqu'un apprenait… Il se contenta de répondre à son sourire. Une musique lente, envoûtante emplit la tente, et les lumières virèrent au bleu.

« Tu danses ? demanda-t-elle.

- Ce n'est pas moi qui suis censé t'inviter, normalement ? sourit-il.

- Trouillard. »

Il s'empara de sa main et la conduisit vers le centre de la tente. Un sourire triomphant errait sur ses lèvres. Merlin, qu'elle était belle… Il glissa une main autour de sa taille, sur le tissu soyeux de sa robe, jusqu'au creux de ses reins, et des frissons glissèrent délicieusement le long de son dos. Elle posa une main sur son épaule. Ils commencèrent à tourner lentement, en accord avec la musique. Ils étaient si proches que Drago pouvait sentir le souffle d'Hermione dans son cou. Son cœur s'emballa. Le sentiment qui se répandait en lui était si fort qu'il en aurait hurlé.

Personne ne semblait les avoir remarqués. Et ils tournaient, oublieux des autres, et de tout ce qui n'était pas eux deux. Drago sentit les doigts d'Hermione frôler sa nuque, y tracer des volutes légères. Il aurait voulu s'enfuir avec elle. Qu'il n'y ait plus qu'eux deux. A présent, il savait qu'il ne connaîtrait jamais la solitude. Elle était là. Elle souriait. Et à chaque seconde, l'envie de l'embrasser se faisait plus intense.

Elle se rapprocha de lui, jusqu'à ce que sa hanche frôle la sienne. Il sourit et se pencha à son oreille.

« Pas si près, amour. Ils vont finir par se demander ce qui se passe. »

Elle rit légèrement. Ses yeux brillaient plus fort que des étoiles. Et Drago se perdit dans ce ciel qui n'étincelait que pour lui. Tout ce qu'il ressentait était si neuf, si exigeant et tellement beau qu'il aurait voulu le jeter à la face du monde, pour voir s'il essayerait une fois encore de retourner contre lui ce qui lui arrivait de mieux.

Mais ils devaient éviter de se faire remarquer, ne surtout pas faire de vagues. Elle était avec Weasley, même si leurs disputes aussi fréquentes que bruyantes étaient déjà légendaires. Et lui… Il avait quelques obligations auprès d'Astoria, même si présentement, ils ne se voyaient plus. Et de toute façon, même s'ils avaient été libres, qui aurait pu comprendre qu'ils s'étaient trouvés ? Qu'ils ne pouvaient vivre sans l'autre ? Deux camps différents et une haine qui avait duré des années. Leur passé les rattraperait toujours. Ils n'avaient rien de mieux à faire que de se cacher, mais Drago ne voulait pas se priver d'elle, de sa présence, de la chaleur de sa peau, du parfum de ses cheveux.

« Pars avec moi, » souffla-t-il au creux de son oreille.

Sa peau se hérissa.

« Partir où ? murmura-t-elle.

- N'importe où. »

Un sourire tendre et rêveur erra sur ses lèvres. Elle appuya sa tête contre son épaule, le regard perdu dans le vide. Puis, un voile de tristesse glissa sur son regard, et elle leva les yeux vers lui.

« Ils ne nous laisseront pas partir, souffla-t-elle.

- Qui a dit qu'on allait leur demander la permission ? »

Elle sourit, mais le cœur n'y était pas. Son regard fixait un point derrière lui, et il aurait presque parié qu'il s'agissait de Weasley.

« Tu sais qu'on ne peut pas.

- Oui. »

Pendant quelques secondes, ils dansèrent sans rien dire, leur cœur battant l'un contre l'autre, dans la pénombre de la tente. Puis, Hermione se hissa sur la pointe des pieds.

« Retrouve-moi dans dix minutes auprès du saule, » lui souffla-t-elle à l'oreille.

Il sourit. La musique s'acheva sur un long vibrato, et Hermione se détacha de lui. Elle s'éloigna sans se retourner. Une lumière vive, rouge et dorée revint, et ce fut comme si ce moment n'avait jamais existé. Quelques personnes lui jetèrent des regards étonnés, comme si elles se demandaient comment il avait pu atterrir au milieu de la piste de danse, alors qu'il avait passé toute la soirée dans un coin, sans bouger, ni parler.

Il s'éloigna à son tour. Il passa devant trois enfants à l'air absolument horrifiés. Deux filles, l'une blonde et l'autre rousse, et un petit blond. Les enfants de l'aîné Weasley et de sa femme française, si sa mémoire était bonne. Il y avait de l'eau dans le gaz entre ces deux-là, d'après ce qu'il avait pu voir à table. Tous trois le regardaient avec une lueur paniquée dans le regard. Il haussa les épaules. Ce que leurs parents avaient pu raconter à son sujet ne l'intéressait pas.

Il se glissa à travers la foule vers la sortie. Hermione était hors de vue. Il jeta un œil à sa montre, un bijou clinquant que ses parents lui avaient offert pour ses dix-sept ans, et qu'il gardait plus par paresse que par sentimentalisme. Une heure et demie du matin. Déjà. Il n'aurait jamais pensé pouvoir tenir aussi longtemps dans une tanière de belettes surexcitées. Le rabat de la tente retomba avec un froissement dans son dos, et il se retrouva à l'extérieur.

La nuit était claire. Tous les bruits étaient étouffés, et Drago pouvait parfaitement entendre les soupirs d'un criquet solitaire. La lune était pleine, et sa lumière argentée donnait au paysage des allures de spectre. Le Terrier dressait devant lui sa masse sombre et bancale. Quelques lucioles dormaient dans les buissons qui entouraient la mansarde. L'air était frais, et l'herbe sous ses pieds sentait l'humidité du soir. Il avança tranquillement vers la clôture de bois tordue. Il entendit quelques rires de gnomes, mais aucun ne l'approcha, et c'était tant mieux. Il détestait ces bestioles. Il sauta agilement par-dessus la barrière et se retrouva dans un champ de hautes herbes. Le saule se dressait à quelques mètres de là, sur une légère butte.

Drago gravit le petit monticule et laissa les longues branches de l'arbre, agitées par le vent, caresser son visage. Il se glissa au milieu des feuillages, et suivit du doigt les crevasses et les nœuds du tronc. Hermione. Il n'avait que son nom à la tête. C'était comme avoir l'esprit embrumé, embrumé d'elle, mais ne pas vouloir que ce brouillard se dissipe. Il se demanda une nouvelle fois comment il avait pu ignorer cette sensation, là, tout au fond de lui. Cette sensation qu'il ne pensait même pas pouvoir ressentir un jour. Tout était différent. Il ne savait pas d'où cela venait, et dans le fond, quelle importance ? Tout ce qu'il avait besoin de savoir, c'était qu'il respirait le même air qu'elle.

Il resta là de longues minutes, à écouter le vent souffler dans les arbres, et courir sur la plaine. Et puis, des bruits de pas. Légers. Aériens. Un froissement de satin. Et un souffle.

« Drago ? »

Il écarta les longues branches et se retrouva nez-à-nez avec Hermione. Le clair de lune auréolait ses cheveux d'une couronne d'argent. Elle sourit et avança vers lui. Il laissa retomber le rideau de feuillages derrière elle.

Il devina dans la pénombre les contours de son visage et de son corps. L'arrondi d'une joue. La ligne pure d'une épaule. La courbe de la taille. Elle ressemblait à une apparition, nimbée d'argent par la lune.

Elle se glissa contre lui, et ses bras se refermèrent naturellement sur elle. Elle nicha son visage dans son cou.

« Embrasse-moi, » souffla-t-elle.

Son souffle chaud caressa son cou. Un sourire glissa sur ses lèvres. Lentement, il se pencha vers elle et déposa un léger baiser sur ses lèvres. Elle ouvrit les yeux, et une moue déçue voila son visage.

« C'est tout ?

- Je n'ai pas l'habitude qu'on me donne des ordres, se moqua-t-il.

- Puisque c'est comme ça… »

Elle se détacha de lui, et repoussa les branches qui encombraient sa route.

« Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-il.

- Je vais voir si Ron accepte de mettre un peu plus de cœur à l'ouvrage. »

Elle se détourna et s'éloigna d'un pas résolu. Il leva les yeux au ciel. En une enjambée, il l'avait rejointe. Il attrapa son poignet et l'attira de nouveau contre lui. Sans lui laisser le temps de se dégager, il posa brusquement ses lèvres sur les siennes. Sa bouche avait un goût de sucre et de rouge à lèvre. Il la sentit sourire sous la caresse. Elle noua ses bras autour de son cou. Il approfondit leur baiser. Il sentait son cœur battre à la folie contre le sien, ou peut-être n'était-ce que son propre cœur qui battait trop fort. Quelque chose de sourd et de brûlant s'alluma dans son ventre, prêt à le consumer entièrement. Peut-être était-ce déjà le cas. Ses doigts se perdirent dans ses cheveux à moitié défaits. Leur baiser s'emballa. Elle mordilla sa lèvre inférieure et un gémissement éraillé lui échappa. Il sentit les ongles de la jeune femme s'enfoncer dans sa nuque, malgré l'épaisseur de sa robe de sorcier. Ils se séparèrent quelques secondes, haletants, à bout de souffle, leur regard rivé l'un à l'autre. Elle avait les yeux brillants, et un souffle rauque s'échappait de sa gorge.

« Tu vois quand tu veux, » murmura-t-elle.

Il s'apprêta à lui lancer une réplique cinglante, mais elle le coupa en l'embrassant de nouveau. C'était doux et tendre et Drago abandonna ses velléités de protestation. Soudain, elle se raidit.

« Il y a quelqu'un qui vient. »

Drago se raidit à son tour. Il entendit les froissements de l'herbe, des éclats de rire qui s'en allaient dans leur direction, sans chercher à se faire discrets. Drago jeta un regard circulaire autour d'eux. Les longues branches du saule les gardaient hors de vue, mais pour combien de temps ? Si les intrus se glissaient à leur tour sous les ramures, ils étaient perdus. Hermione Granger et Drago Malefoy n'avaient aucune raison de se retrouver seuls en pleine nuit sous un saule pleureur. Sauf pour s'entretuer peut-être. Mais au vu des dernières évolutions officielles de leur relation, voilà qui paraîtrait peu crédible. Il n'y avait pas de cachette là-dessous. La seule solution…

« Accroche-toi, souffla-t-il. Je transplane. »

Il visualisa le salon de son appartement londonien, et en une fraction de seconde, ils disparurent de l'ombre protectrice de l'arbre avec un léger plop. Ils réapparurent aussitôt en plein milieu de son salon, sur le tapis, devant la cheminée. Ils n'avaient évité la table basse que de quelques centimètres. Drago sentait le bois cogner contre ses genoux. Ils restèrent là, dans le noir, enlacés, sans bouger, ni parler, pendant quelques secondes. Il fallut deux profondes inspirations à Drago pour dissiper le léger malaise qui le saisissait à chaque fois qu'il transplanait. Puis Hermione soupira et se détacha de lui. Il pouvait à peine la voir dans l'obscurité. Il tira sa baguette de sa poche. Un geste nonchalant du poignet, et une lumière douce et feutrée éclaira l'appartement.

La main d'Hermione courut sur le cuir du canapé noir et son regard brun détaillait tout ce qui se trouvait autour d'elle. L'appartement n'était pas très grand, mais Drago avait appris à s'en satisfaire. Le salon servait aussi de salle à manger, et une toute petite cuisine occupait tout le mur du fond. A gauche, la porte d'entrée, à droite, la porte de sa chambre, par où l'on accédait à la salle de bain.

Il se glissa derrière elle, et entoura sa taille de ses bras. Il posa sa tête contre son épaule et lui chuchota :

« Tu veux boire quelque chose ? »

Elle sourit.

« Non, merci.

- Dans ce cas, on peut passer à l'étape suivante.

- Qui est ? »

Il ne répondit pas, et se contenta de laisser ses lèvres errer sur son cou. Elle frissonna et un soupir échappa à ses lèvres. Ce soupir le rendit fou. Elle se retourna pour se retrouver face à lui. Il vit son regard embrumé par le désir. Il se jeta sur ses lèvres. Ses petites mains fines se perdirent dans ses cheveux. La flamme dans son ventre grandit, dévastant tout sur son passage. Une plainte rauque lui échappa, alors qu'Hermione rompait leur baiser. Ses lèvres coururent le long de sa mâchoire, puis glissèrent lentement, trop lentement, dans son cou.

Sans savoir comment, ils se retrouvèrent dans la chambre. Hermione vint à bout des boutons de sa chemise et Drago embrassa sa gorge, encore et encore, incapable de se rassasier de cette peau blanche et brûlante qu'elle lui offrait. Ce qu'il y avait entre eux était fort, trop fort, trop soudain. Passionnel. Irraisonné. Destructeur. Mais à cet instant, ils n'en avaient rien à faire. Le monde entier leur importait moins que les caresses de l'autre et le souffle erratique qui s'échappait de leurs lèvres. Oui. Le monde pouvait bien tourner sans eux, songeait Drago, avant que son esprit ne succombe au brouillard de sensations qui le submergeait. Eux n'avaient pas besoin de lui.