Salut à tous ! J'espère que vous allez bien, et que ce premier chapitre vous plaira. Comme vous le remarquerez, il est assez long, car j'ai longtemps hésité à le couper en deux, avant de me dire que cela n'avait pas vraiment de sens. Après tout, l'introduction était mystérieuse, il était temps de commencer à poser les choses ! :D Je ferais rarement d'aussi long chapitres, mais la situation initiale est toujours importante :) N'hésitez pas à commenter, je suis ravi de lire vos avis :) Même si je dois encore trouver comment y répondre... ;) Enjoy !

CHAPITRE 1 : INCURSION

3 mois plus tard...

Les terres nordiques ne sont pas aussi stériles que beaucoup se plaisent à dire. La vie est partout, à la fois dans les profondes eaux des fjords que sur les îles rocailleuses de Norvège. Toutefois, il est un archipel qui se démarque des autres par son environnement hostile. Outre les dangereux animaux sauvages que l'on peut rencontrer dans ces régions inhospitalières, d'autres créatures avaient élues domicile dans cette région, régnant sur l'écosystème à la manière de super-prédateurs, ce qu'ils étaient.

Ce n'était toutefois pas la préoccupation première d'Astrid, alors qu'elle évitait adroitement les pics gelées lui faisant face. Sur le dos de son dragon-vipère, elle slalomait à la vitesse du vent entre des formations rocheuses qui surgissaient de l'océan à la manière de crocs. Malgré le froid, la guerrière souriait. Ses cheveux blonds d'or flottant au vent malgré sa capuche de fourrure la protégeant du vent océanique, elle jetait un regard absent sur les rochers alentours. Ondulant au même rythme que sa dragonne, Astrid se mit à rêver des mêmes mouvements avec un autre partenaire, mais de son espèce, cette fois. Secouant la tête en souriant, afin d'oublier la nuit précédente, elle appuya de ses cuisses sur les écailles de son dragon qui, sentant le changement d'attitude de sa maîtresse, décéléra et prit de l'altitude, avant de se laisser planer au dessus d'une fine couche de nuage. Astrid profita de la vue quelques instants, se rappelant de tendres souvenirs en compagnie de son amant, puis reprit ses esprits pour accomplir sa mission.

Maintenant que Harold était le chef incontesté de Berk, il n'avait plus que rarement le temps d'aller voler sur Krokmou pour explorer les environs de l'île, même si cela ne l'empêchait pas de fuir parfois ses responsabilités afin de profiter de son ami...et de sa fiancée. De fait, il revenait à Astrid, en tant que compagne, ainsi qu'aux autres membres de la bande, d'effectuer des patrouilles hebdomadaires, à la fois pour explorer de nouveaux lieux, mais aussi pour vérifier qu'aucun nouveau danger ne les guettaient.

La jeune viking fronça les sourcils alors que de désagréables souvenirs lui revenaient. moins d'un an auparavant, Drago Poinsanklan avait porté le deuil et la souffrance sur l'île de Berk. A la tête d'une armée de dragons et de mercenaires, il avait assiégé le village et pratiquement tout détruit sur son passage. Nombreux avaient été les vikings à payer le prix du sang, y compris l'ancien chef du village, Stoïk la Brute. Sacrifiant sa vie pour sauver celle de son fils, il avait accompli son ultime devoir de chef. Protéger les siens. Astrid eut les larmes aux yeux rien qu'en repensant au courage de cet homme. Il avait été tellement fier de l'appeler « sa future belle-fille », et il ne verrait jamais ce rêve se réaliser. Ils avaient bien failli tout perdre ce jour-là. Mais Harold s'était ressaisi, et les avait menés à la victoire en faisant fuir Drago et son Alpha. Harold avait perdu un père, mais il avait gagné une mère, ainsi que le rôle -douteux, selon lui- de diriger le village. Astrid savait que d'une certaine manière, cela culpabilisait Harold d'occuper cette place qu'il ne pouvait dissocier encore de l'image de son père. En cela, sa mère avait été d'une aide précieuse.

Valka, désormais de retour au village après 20 ans d'exil volontaire, avait soutenu Harold dans toutes ses décisions, et tentant de même d'alléger sa conscience. Astrid s'y étais aussi essayée, mais elle avait remarqué que tous ses soucis disparaissaient de son jeune visage seulement quand il volait sur Krokmou. Elle respectait cela, car le jeune homme et la furie nocturne avaient tissés un lien particulier, plus profond que l'amour que Harold pouvait ressentir envers sa mère...Ou envers Astrid. Elle n'en prenait toutefois pas ombrage, car il en allait de même avec elle et Tempête.

La pensée de son dragon la ramena à la réalité et elle tapota affectueusement le cou de la dragonne tout en regardant autour d'elle.

Au sud de l'archipel draconique, comme l'avait nommé Harold sur sa carte personnelle, les îles se faisaient moins nombreuses, mais étaient plus grandes et plus densément peuplées, accueillant parfois plusieurs villages en même temps. Certaines étaient pacifiques, mais d'autres n'avaient pas bonne réputation. L'île des Bannis, demeure du renégat Alvin et de ses pirates, ou encore l'île des Berserkers, ou le peuple du même nom montaient invasion sur invasion pour piller de lointaines côtes. Sous la direction de Dagur le dérangé, les relations entre les Berserkers et Berk s'étaient dégradées sans jamais se risquer à une guerre ouverte, la force des dragons n'étant pas une menace à prendre à la légère. Toutefois, les peuples de ces îles étaient connus de Berk, et c'était ce qu'il y avait de l'autre côté de l'immense mer séparant l'archipel du continent que se trouvaient de nombreux mystères.

Par les rares marchands qui remontaient si loin au nord, ainsi que par les esclaves ramenés des expéditions de leurs voisins sudistes, les habitants de Berk ne connaissaient que des rumeurs sur de gigantesques royaumes décadents en guerre perpétuelle les uns avec les autres pour le pouvoir et le contrôle. Beaucoup d'expéditions qui partaient au sud ne revenaient jamais, car c'était un long voyage et les risques de représailles nombreux une fois à terre. Mais les richesses ramenées compensaient largement les pertes, du moins aux yeux des plus belliqueux. Toutefois, la population de Berk ne se souciaient pas de pareilles conquêtes. Seul la paix et l'harmonie importait maintenant entre les dragons et les vikings.

Bien sûr, il y avait l'est, l'ouest et le nord, mais ces destinations étaient moins prisées. Au nord de Berk, il n'y avait que de la glace. A l'ouest, que de l'eau. A l'est, la mer rejoignaient les contreforts de gigantesques montagnes qui formaient une barrière naturelle à quiconque voulait se rendre au-delà. Pour se rendre véritablement dans les contrées de l'est, il fallait mettre cap au sud et faire un grand détour de plusieurs milliers de kilomètres pour pouvoir entrer dans les terres. Dans tous les cas, la direction restait la même. Cap au sud.

C'est justement dans cette direction que se dirigeait Astrid. Survolant l'une après l'autre les îles de l'archipel, les patrouilles servaient ainsi à prévenir de toute anomalie. Hors, droit devant, il semblait y en avoir une. Astrid plissa les yeux pour mieux voir, mais les nuages gênant sa vision, elle fit signe à Tempête de redescendre.

Passant la couche nuageuse, Astrid comprit enfin ce qui l'avait intrigué. À quelque distance de l'horizon, plusieurs colonnes de fumées noires s'élançaient de plusieurs îles. Ce n'était pas seulement des fumées de feux, on aurait dit que de gigantesques incendies faisaient rage en même temps à plusieurs endroits. Et Astrid connaissait suffisamment bien sa carte pour savoir que certains de ces endroits étaient des villages.

La dragonnière donna une petite tape sur la tête de sa monture. « Aller, ma grande, allons voir ce qui se passe là-bas. »

Le Dragon-vipère, fidèle à son nom, piqua entre les nuages à grande vitesse, plaquant ses ailes contre son corps pour accélérer la descente. Puis, ouvrant largement ses ailes, elle plana sur plusieurs kilomètres à basse altitude pour permettre à sa cavalière de mieux voir. Celle-ci frissonna devant tant de destruction. Plusieurs îles étaient la proie des flammes, victimes d'incendies qui ne pouvaient être naturels de par leur ampleur. Le trio de rochers concernés entouraient une quatrième île, plus grande que toutes les autres réunies. Astrid savait de par ses vols passés que ces quatre îles étaient la propriété de trois villages vikings, chacun habitant sur une atoll différent et luttant pour la quatrième. Astrid doutait toute fois que ces trois villages se soient entre-tués, car toute cette destruction ne pouvait être la conséquence de plusieurs affrontements.

Survolant l'île la plus au nord, rasant presque les derniers arbres encore debout, elle finit par faire ralentir sa dragonne et se posa au centre du village en ruines.

Plus aucun bâtiment ne tenait debout. De temps à autre, un pan de mur ou un encadrement de porte noirci se tenait, solitaire, mais rien n'avait survécu qui pouvait ressembler, de très loin à ces accueillantes maisons vikings. La fumée âcre piquait les yeux d'Astrid, qui n'en cherchait pas moins des signes de vie au milieu de cette désolation. Elle n'en trouva aucun et s'aventura plus loin dans le village, à la recherche d'informations qui pourraient se révéler utiles sur l'origine de cet événement. Elle se fraya un chemin parmi les débris jusqu'aux abords du village, à l'opposé de là ou elle avait atterri. Le village était saccagé, mais il n'y avait aucun signe de lutte, pas de trace de sang et aucun corps. Tempête la suivait pas à pas, regardant autour d'elle d'un air intrigué et inquiet, se rapprochant toujours d'Astrid qu'elle effleura de son bec.

-Tout va bien, ma belle, dit Astrid, il n'y a plus rien ici. On s'en va. »

Remontant sur sur sa dragonne, la jeune guerrière fit le tour des îles pour y découvrir à chaque fois des villages en cendres et des forêts en flammes. Ce n'est qu'en survolant finalement la quatrième île qu'elle entendit des clameurs.

Piquant sur la source des bruits, elle tira par réflexe sur le harnais de Tempête qui, comprenant la surprise de sa maîtresse, se mit à planer juste au dessus de la source de tous ces cris.

Sous elles, un gigantesque champ de bataille prenait place au milieu d'une plaine enneigée. De chaque côté du combat se dressaient des fortifications ou des machines de siège envoyaient de longs traits enflammés ou des filets de pierres sur les belligérants. Toutefois, si l'un des camps lui étaient clairement familier, avec ses lignes de pieux clairsemés, ses catapultes de pins et de grandes planches de bois enfoncées pour protéger les archers à la viking, l'autre était d'une facture totalement inconnue.

De la côte ou mouillait des dizaines de bateaux, certains pouvant accueillir plusieurs drakkars dans leur cale, jusqu'à la plaine ou les deux armées se faisaient face, tout n'était que tranchées et murs de bois. Formant un long couloir à double muraille, laissant ainsi un champ de mort entre chaque palissade pour les archers du deuxième mur si le premier venait à tomber, les fortifications allaient en ligne droite depuis un débarcadère au fort principal, construit sur une colline. Celui-ci, construit en carré, disposait de même de deux rangées de palissades, ainsi que de tours légèrement surélevées à chacun des coins, sur lesquels se trouvaient des armes ressemblant à des arbalètes géantes.

Tout autour du fort avaient été creusées de véritables douves dont la terre avait servi de base à la palissade. Deux portes avec des plaques de fer pour les renforcer avaient été placées au nord et au sud de l'oppidum. Au centre de la colline de terre, entourée par des rangées de tentes ordonnées en carré de 36 tentes chacune, se dressait une tour. S'élançant vers le ciel à plus de vingt mètres de hauteur, elle était terminée par une haute plate-forme servant à la fois de point d'observation et d'appui pour les archers. Au sommet de celle-ci, toutefois, se dressait deux hommes, munis de petits drapeaux qui à intervalles irréguliers, échangeaient des signes avec les premières lignes.

Astrid était impressionnée. Le travail nécessaire à la construction d'un tel fort avait dû prendre beaucoup d'énergie et une quantité impressionnante de bois. Maintenant la viking comprenait que les îles alentour soient en feu. Pour abattre un tel travail, les envahisseurs -car ils l'étaient, sans aucun doute- avaient dû se rendre sur les îles voisines pour en piller les ressources naturelles, se heurtant ainsi aux insulaires.

Reportant son attention sur le côté viking, elle remarqua que le nombre de bateaux étaient moins important que ce qu'il devait être. Elle espéra secrètement que l'évacuation des non-combattants en étaient la raison, même si son cœur se serra en apercevant des carcasses de drakkars sur les roches jouxtant la baie ou se déroulait le combat.

Elle observa enfin la bataille qui visiblement avait débuté peu de temps auparavant, les deux camps n'étant pas encore au contact. Chaque côté avançait maintenant l'un vers l'autre, afin de mettre un terme à cette attente.

Les vikings allaient au combat de leur façon habituelle. Abrités derrière un immense mur de bouclier qui les protégeaient des flèches, ils avançaient lentement, en trottinant, jusqu'à être suffisamment proches de l'ennemi pour pouvoir le charger, la distance équivalent généralement à une dizaine de mètres nécessaires pour prendre de l'élan et s'ouvrir un passage dans les rangs ennemis. Visiblement, les combattants des trois villages s'étaient rassemblés ensemble, mais même ainsi, ils étaient bien moins nombreux que ceux qui leur faisaient face.

Face à eux se tenaient des hommes vêtus d'armure segmentées en de fines plaques métalliques, suffisamment légère pour se mouvoir mais assez résistante pour repousser les flèches qui tombaient directement dessus. Ils portaient des casque recouvrant toute la tête et les joues, laissant toutefois le visage à découvert, et arboraient une tunique pourpre en dessous de leur armure. A l'image des vikings, ils se déplaçaient à couvert de leur boucliers, mais là ou ceux des vikings étaient petits et ronds, ceux des envahisseurs étaient grands et larges. De forme rectangulaire, chaque bouclier protégeait le côté droit du soldat à gauche du porteur. De fait, ils avançaient bien plus lentement que les nordiens, mais la discipline de fer qui régnait dans les rangs contrebalançait cet avantage. Ils marchaient au pas cadencés, ne levant le bouclier que pour éviter les rares flèches des archers ennemis, et avançaient à la manière de la marée, inébranlable.

Astrid frissonna devant tant de professionnalisme militaire, admirant la façon presque mécanique de ces soldats de marcher au combat. Elle remarqua un détail choquant : les soldats n'avaient pas de bottes, n'utilisant que des morceaux de tissus emmitouflés et serrés par des sandales aux lanières remontant jusqu'au mollet. Chaque guerrier tenait dans sa main deux javelots tandis qu'un glaive leur battait la cuisse.

Chaque compagnie de soldat était séparé de l'autre par un mince couloir jusqu'aux secondes lignes, ou se trouvaient d'autres soldats d'un genre différent. Ils n'avaient pas la même armure, celles-ci étant plus semblable à celles des vikings avec de lourdes cottes de mailles renforcées de cuir, de la fourrure et des bottes. Des casques d'étain semblables aux autres soldats protégeaient leur tête. Ils n'avaient toutefois pas la même discipline, agissant certes en rangs, mais de manière plus brutale et désordonnée. Sans doute servaient-ils de troupes de choc aux soldats devant eux. De fait, chaque compagnie avaient à sa disposition un porte-étendard et un officier -du moins elle le devinait grâce au plumet sur le casque de ce dernier- qui hurlaient leurs ordres et donnaient la cadence.

Soudain, alors que les deux rangs adverses n'étaient plus qu'à quelques dizaines de mètres l'un de l'autre, les envahisseurs s'immobilisèrent. Sur un cri de leur officier, les premiers levèrent leur bouclier devant eux tandis que les soldats situés derrière eux le levaient au dessus de leur tête pour former un toit protecteur. Ceux situés sur les côtés le tournaient vers l'extérieur, si bien que quel que soit le point de vue, ces formations n'arboraient que des boucliers.

Si cette action étonna les guerriers vikings, ils ne le montrèrent aucunement. Continuant à approcher derrière leur protection mouvante, ils commencèrent à frapper leur boucliers de leurs armes et à hurler des imprécations sur l'ennemi. Tactique de découragement facile, mais qui avait fait ses preuves. Toutefois les envahisseurs restèrent aussi immobiles que des statues, à l'exception des seconds rangs qui se mirent à hurler encore plus fort pour tenter de couvrir le bruit.

Au milieu de tout ce vacarme, un homme vêtu comme les premiers soldats et escorté par un porte-étendard arborant un aigle tenant trois éclairs entre ses serres s'avança. S'arrêtant à la limite des premiers boucliers, il se contenta d'observer calmement le mur nordien en approche.

Puis soudain, les vikings chargèrent. Rompant les rangs en hurlant des cris de guerre, la masse compact de ces centaines de combattants s'abattirent sur les premières lignes adverses. Mais à l'instant même ou le mur de bouclier se brisait, l'homme apparu plus tôt hurla un ordre, immédiatement relayé par ses subalternes. Les soldats se relevèrent, les quatre premiers rangs tenant un javelot dans leur main droite qu'ils jetèrent presque à bout portant sur les vikings. Privés de leur protection, la charge se désintégra. Des dizaines de guerriers tombèrent, fauchés par la pluie de lances. En raison de la taille de la hampe, certaines se brisèrent, mais les autres se levèrent vers le ciel alors que la pointe transperçait les chairs ennemies, gênant la progression des autres soldats. Presque immédiatement, les soldats ramassèrent leur second javelot planté dans le sol à leur côté, et d'une synchronisation parfaite, les lancèrent à nouveau.

Cette fois les vikings étaient préparés, si bien qu'ils se protégèrent de leur bouclier, mais les traits furent lancés avec une telle violence qu'à une distance aussi courte, les protections n'étaient que de paille. Certaines rondaches se brisèrent en deux sous le choc tandis que d'autres étaient simplement rendus inutiles par le poids des javelots plantés dedans. Dans un rugissement, certains vikings se mirent à découper les hampes pour se frayer un chemin vers l'ennemi. Ce fut à ce moment là que ces derniers se mirent en marche. Tirant leur glaive et enjambant les cadavres pour conserver les rangs serrés, les deux camps se heurtèrent férocement, mais sans l'élan dû à leur charge, les vikings furent rapidement désavantagés. Les envahisseurs avançaient implacablement. Taillant grâce à leur petites épées, ils ouvrirent des brèches sanglantes dans les rangs nordiens. C'est alors qu'Astrid remarqua que ces hommes étaient plus petits que les vikings. Utilisant cette différence de taille, les soldats laissaient venir à eux leur ennemis qui, plus grands, se jetaient sur eux. Pendant que ces derniers, avec leurs lourdes haches et lames, fauchaient l'air au-dessus de la tête de leurs adversaires, ces derniers les éventraient d'un coup de glaive bien placé.

Nombreux furent les guerriers à tomber de cette façon, si bien que la puanteur des entrailles recouvrit bientôt tout le champ de bataille. Bien sûr les assaillants essuyaient des pertes, les puissantes lames du nord taillant et tranchant dans ces petits corps comme un enfant démembrant une poupée, mais celles-ci étaient minimes par rapport à celles des vikings. Bientôt, gravement inférieurs en nombre, ils durent reculer, lentement, vers leurs bateaux.

Soudain, Astrid observa attentivement le champ de bataille et comprit que si elle n'agissait pas vite, ses compatriotes seraient bientôt massacrés. En effet, derrière les premiers rangs, les auxiliaires se déplaçaient rapidement sur les côtés, amorçant un grand tour pour les faire venir sur les arrières des vikings. Ceux-ci, concentrés sur le combat comme à leur habitude -car un viking ne songeait qu'à la gloire au combat- ne voyaient pas le danger. De plus, la jeune dragonnière voyaient que des cavaliers vêtus de l'étrange armure en plaques sortaient du fort avant d'amorcer à leur tour une courbe pour passer derrière les belligérants.

Piquant vers le sol, Astrid et sa dragonne survolèrent le champ de bataille, attirant l'attention de tous. La plupart des vikings connaissaient l'existence des dragonniers de Berk, mais Si elle comptait sur l'étonnement des hommes du sud pour gagner du temps, elle fut cruellement déçue. La première surprise passée, les officiers crièrent à leurs hommes de reformer les rangs, car dans la mêlée les lignes s'étaient entrecroisées. Les deux forces se séparèrent quelque peu, et les vikings refluèrent vers la côte tandis qu'Astrid se contentait de voler au dessus d'eux.

-Vous allez vous faire flanquer ! » Cria-t-elle par dessus le battements d'ailes de Tempête et les hurlements des blessés. « Ils ont des cavaliers ! »

L'un des plus grands vikings, sans doute le chef d'un des trois villages, leva le bras pour faire signe qu'il avait compris. Se repliant vers leurs fortifications, chaque guerrier en portait un autre blessé, tandis que ceux qui n'avaient pas cette charge luttaient pour retenir l'avancée ennemie. Astrid fit virer son dragon-vipère et passa entre les deux lignes, arrosant de feu l'espace pour empêcher quiconque de traverser.

Les soldats reculèrent des deux côtés en désordre, et Astrid remonta en chandelle. Ce fut alors que les balistes du fort se remirent à tirer. Projetant des filets à haute vélocité, ils saturèrent le ciel de cordes destinées à entraver les mouvement du dragon. Astrid tenta de les éviter, mais certaines s'enroulèrent autour des jambes et des ailes de Tempête qui perdit de l'altitude.

N'ayant plus assez d'aisance pour voler correctement, le duo commença à accélérer dans sa chute libre. Sortant une dague pour couper les cordes, Astrid voyait le sol se rapprocher dangereusement et coupa avec encore plus de frénésie les liens qui les retenaient, elle et son dragon. Réussissant finalement à se libérer, Tempête ouvrit grand les ailes pour freiner sa chute, qui, au vu de la distance entre elle et le sol, ne put que la ralentir avant qu'elle ne s'écrase lamentablement.

Astrid fut éjectée de sa selle et retomba dans la neige à plusieurs mètres de là, roulant jusqu'à heurter quelque chose de dur. Elle cria de douleur et s'évanouit.


Quintus Aquarius Falco retira son glaive de la gorge de son ennemi d'un coup sec, avant de parer de son bouclier l'attaque horizontale d'un autre barbare. Reculant d'un pas, il sentit la chaleur des flammes dans son dos.

Séparé du gros de l'armée quand le dragon avait craché son rideau de feu, il s'était trouvé piégé du mauvais côté de la barrière avec quelques autres légionnaires, à la merci des nordiens. Toutefois, ils s'étaient immédiatement mis en formation de quinconce, et avaient lutté jusqu'à ce que les flammes s'apaisent suffisamment pour laisser passer leurs compagnons. Cela ne faisait que quelques minutes qu'ils étaient piégés, mais il lui semblait être des heures. Voyant les vikings se replier vers leurs navires, il avait pris sur lui de mener un assaut. Cependant, à dix, ils n'étaient qu'une gêne, mais Quintus espérait que cela suffirait pour permettre au cavaliers de les flanquer.

Son adversaire ne lui laissa pas le temps de réfléchir plus longuement et se jeta sur lui, son énorme hache s'abaissant pour le fendre en deux. Pivotant sur le côté, Quintus lui trancha le bras d'un revers de sa lame avant de le repousser d'un coup de bouclier. Titubant sous la douleur, le viking n'eut pas le temps de crier que le légionnaire lui passa son épée au travers du corps. Ses yeux se révulsèrent et il tomba à genoux. S'appuyant sur l'épaule du cadavre pour retirer sa lame, le jeune homme regarda autour de lui. Des dix légionnaires avec lesquels il était parti harceler l'arrière des forces vikings, ils n'étaient plus quatre, lui compris. Non, plutôt trois, corrigea-t-il en voyant l'un des soldats se faire décapiter d'un coup de hache par une brute mesurant pas loin de deux pieds de plus que lui-même, qui était pourtant parmi les plus grands de la Legio.

S'avançant pour remplacer son camarade tombé au combat, Quintus laissa tomber son bouclier. Celui-ci, cabossé et abîmé de toute part par les coups, ne lui était plus d'aucune utilité, mais il eut un rictus en pensant à ce que son centurion lui dirait si il le voyait faire. Un légionnaire n'abandonnait jamais son bouclier, il était plus important que tout arme, car il maintenait la formation. Mais dans des cas ou la formation n'importait plus et ou seule l'agilité comptait, Quintus préférait se fier à son instinct. Il se soucierait plus tard des mots du centurion, si du moins il en sortait vivant. Voyant le guerrier tourner son attention vers lui et le charger, le légionnaire ramassa un pilum planté dans le sol et le jeta de toute ses forces sur son adversaire. Le javelot percuta son adversaire avec une telle vitesse que celui-ci fut soulevé de terre par son propre élan et retomba sur le dos avec fracas. Avisant sur sa gauche un trio de viking harcelant un légionnaire derrière son bouclier, il tira de son deuxième fourreau un autre glaive et se précipita en hurlant sur leurs arrière.

Surpris, l'un d'eux se retourna et le soldat en profita pour lui transpercer le crâne de son javelot avant de hurler de douleur et de s'effondrer, la lame d'un autre guerrier planté dans son dos. Celui-ci retira son épée du corps et s'avança avec son compagnon droit sur Quintus qui ne ralentit pas. Au dernier moment, juste avant le contact, il effectua une roula sur le coté de l'homme le plus à gauche, sentant une lame vrombir dans l'air au dessus de lui. D'un geste rapide, il trancha les tendons de l'homme qui s'effondra, ses jambes ne le portant plus. Puis, se relevant, il croisa ses lames au dessus de sa tête alors qu'une immense épée s'abattait sur lui. Le choc lui remonta dans les bras et lui fit grincer des dents, le mettant même à genoux, mais le légionnaire connaissait une parade très simple qu'il effectua. Faisant glisser la lourde lame le long de ses propres glaives, il accompagna le mouvement du guerrier qui alla planter son épée dans le sol. Puis, avant que celui-ci ne réagisse, il lui planta son coude dans le ventre. Le souffle coupé, celui-ci se pencha en avant et s'empala de lui-même sur l'autre glaive de Quintus. Ce dernier se releva et se débarrassa du corps d'une bourrade, avant d'achever le second guerrier qui gémissait au sol en se tenant les jambes.

Se retournant vers le mur de flammes à présent tari, il eut la satisfaction de voir ses troupes avancer en rangs serrés, les étendards en tête, comme à la parade. En tête du contingent venait la première centurie, menée par le porteur d'aigle et son officier supérieur.

Ces derniers s'arrêtèrent à ses côtés alors que les troupes continuaient leur avancée. Le centurion sourit lorsqu'il vit le jeune, mais son visage se figea ensuite en une moue réprobatrice. Le porteur d'aigle, de son côté, resta impassible.

-Quintus ! Par les anciens ! Combien de fois vous ais-je dit que votre bouclier était plus important ? Au moins cent fois, » continua-t-il sans laisser le temps au soldat de répondre. « Avez-vous oublié tout ce que je vous ai appris sur la discipline, mon garçon ? »

Malgré les circonstances, Quintus ne put s'empêcher de glousser. Au beau milieu du champ de bataille, voilà que son ancien instructeur le tançait, et ce presque devant tous les hommes. Ignorant l'officier, Quintus s'adressa au porte-étendard :

-Lupus, pourrais-tu dire à notre bon centurion que tout va bien ?

Le légionnaire détourna le regard du combat un instant pour lâcher un « tout va bien, centurion » avant de se concentrer à nouveau sur le déroulement de la bataille. Quintus suivit son regard, et un sourire de satisfaction traversa son visage.

La cavalerie avait réussi son encerclement, et tandis que les auxiliaires francs retenaient les hommes du nord, elle s'était emparé du camp adverse, détruisant les catapultes et mettant le feu aux bateaux. Maintenant, environ une centaine de guerriers vikings, accompagnés par autant de blessés, étaient encerclés par les troupes romaines. Quintus épongea son front et fit signe aux deux hommes de le suivre. En se dirigeant vers la lutte, le jeune homme s'adressa à l'officier :

-Nepos, quelles sont les pertes ? »

-A première vue, je dirais environ deux décuries, légat, » répondit le vieux centurion de son ton bourru. En tant que Prima centurio, officier de centurie le plus haut gradé dans la Legio IV Gallica, Nepos Secundus gagnait ainsi le droit de s'adresser à Quintus, le légat, d'un manière simple. Bien entendu, le fait qu'il ai aussi été son instructeur et son premier officier lorsque le jeune homme avait commencé ses armes dans les armées de Rome y était pour quelque chose. Nepos était un homme relativement grand, large d'épaules et puissant. Malgré ses quarante ans, il servait toujours fièrement la légion. D'origine grecque, il portait une courte barbe noire et ses cheveux sombres étaient plaqués en arrière, dévoilant un début de calvitie. Malgré les années, il semblait toujours aussi imposant à Quintus qui acquiesça en regardant son porte-étendard.

Lupus Servilius, de son côté, était l'antithèse de son commandant. Il était plus petit que le légat, lui arrivant aux yeux, et malgré ses cheveux noirs et son teint légèrement bronzé typique du Latium, il arborait avec fierté plusieurs cicatrices sur sa musculature parfaitement développée. Il était un romain pur souche, gagnant le droit de porter l'aigle de la légion au combat, signe de ralliement et d'honneur. Toutefois, c'était une lourde responsabilité. Si l'aigle était perdu, Lupus devrait s'ôter la vie pour expier sa faute. Toutefois, ce petit homme aux yeux sombres et à la peau glabre n'avait jamais failli à sa tâche depuis les deux ans qu'il portait l'Aquila. Quintus regarda son meilleur ami arborer fièrement l'insigne de sa fonction vers le ciel, et si dit qu'il n'aurait pu choisir un garde du corps si différent de lui-même.

De par son sang, Lupus conservait ce qu'on appelait des traits patriciens, relativement fins bien que taillés à angle aigu. Quintus, de son côté, avait hérité d'un profil plus hellénistique. Son père, chef de clan des Francs, avait épousé sa mère, Silvia Falco, une jeune patricienne d'une famille mineur de Rome, pour des raisons politiques. Par un heureux hasard, ces parents s'étaient aimés profondément jusqu'au décès de Silvia, assassinée par des barbares germains lors d'une chasse en forêt. Par égard envers son sang, Quintus avait eu l'honneur de recevoir l'éducation militaire romaine de son adolescence jusqu'à aujourd'hui, ou il commandait à seulement 21 ans la Legio IV Gallica. Il avait été éduqué pour commander, et depuis que les Vandales tentaient de traverser le Rhin pour s'installer dans les terres de l'Empire, il avait commandé la Légion au côté de son père et du peuple Franc, allié de Rome. De fait, il ressemblait plus à son sang barbare qu'à un véritable romain. Il était plus grand que la plupart de ses soldats, large d'épaules et châtain clair. Il avait les yeux gris de son père, mais ses expressions faciales lui faisait ressembler à sa mère. Vêtu de la Lorica Segmentata, l'armure emblématique de Rome, il imposait le respect et l'autorité.

Passant entre les rangs de ses soldats, il déboucha sur l'espace ou les vikings s'étaient regroupés. D'un signe de main, il fit venir un esclave à ses côtés. Celui-ci, vêtu misérablement, portait encore le maintien fier des hommes du nord, malgré ses yeux vides, brisés par la servitude. Pointant du doigt le groupe de vikings rassemblés, il dit : « Tu va leur traduire tout ce que je t'ai dit. »

L'esclave acquiesça, et se mit en route vers les guerriers. Une fois arrivés devant eux, il prit la parole d'une voix neutre, récitant le texte de reddition appris plutôt. Après quelques mots, toutefois, celui à qui il s'adressait laissa éclater sa rage et décapita l'esclave d'un coup sec de sa hache.

Quintus pinça les lèvres. « ils ont dit non. »

-Des hommes devraient savoir quand ils sont vaincus, » gronda Lupus.

-Le saurais-tu, mon ami ? » répondit le légat. « Le saurais-je ? » chuchota-t-il pour lui-même.

Il se retourna vers ses troupes, et tout en dégainant ses gladius, regagna les rangs. « Scuta tollere ! » hurla-t-il, et tous les légionnaires placèrent leur bouclier en avant.

Les vikings en profitèrent pour charger dans toutes les directions pour s'échapper du cercle de légionnaires. « Scuta Sursum ! »cria Quintus, et les légionnaires dressèrent leurs boucliers pour recevoir la charge. Ceux qui possédaient encore des javelots s'apprêtèrent, couverts par leur camarades. Quintus leva la main alors que la vague ennemie approchait. Puis il baissa le bras d'un geste sec. Les pilums s'envolèrent et atterrirent au milieu des nordiens, causant quelques pertes, mais abattant surtout les blessés qui n'avaient pu réagir à temps. Sentant l'adrénaline monter en lui, Quintus chargea à son tour vers l'ennemi. « Ad cladem ! » cria-t-il.

Les légionnaires rugirent et se jetèrent en avant pour engager l'adversaire.

Les deux armées se percutèrent avec violence, les corps se pressant les uns contre les autres dans des bruits écœurants d'os brisés et de membres tranchés. Certains, emportés par leur élan traversèrent les lignes pour se retrouver sur les arrières ou ils furent rapidement mis en pièce sous le poids du nombre. D'autres, comme Quintus, percèrent les lignes et se frayèrent un chemin sanglant à travers la mêlée, découpant, taillant et perforant leurs adversaires. Le jeune légat transperça un viking d'un coup sec avant d'en égorger un autre d'un revers de son glaive. Puis, prenant appui sur le tapis de corps qui s'amoncelait petit à petit sur le champ de bataille, il sauta sur un autre ennemi. Celui-ci surpris, ne put que regarder s'abattre la lame qui allait trancher le fil de sa vie et s'enfoncer dans son cou, à la jonction de son é é par son élan, Quintus roula à terre, et se retrouva face au guerrier qui avait exécuté l'esclave.

Celui-ci rugit quelques chose que le jeune homme ne comprit pas, car il ne connaissait pas encore assez bien la langue du Nord. Toutefois, le ton et les manières de l'homme était assez clair, ce à quoi Quintus répondit par un coup de taille. Le guerrier para de son immense hache, et riposta comme l'éclair. Par réflexe, le légionnaire recula et il sentit la lame siffler à quelques centimètres de son nez. Se mettant en garde, ses deux gladius croisés devant lui, il regarda attentivement celui qui lui faisait face. Plus grand que lui d'une tête, avec de larges épaules et un torse aussi gros qu'une barrique, le guerrier était bras faisaient la taille des cuisses de Quintus, et sa large hache à double tranchant tournoyait dans l'air comme un jouet. Les deux adversaires se regardèrent, ignorant du combat qui faisait rage autour d'eux, puis se mirent à se déplacer, chacun d'un côté. Chacun des deux étaient focalisés sur l'autre, gardant son sang-froid, la frénésie de la bataille laissant place au froid calcul d'un duel. Tournant en rond à la manière des requins autour d'un naufragé, ils se rapprochaient imperceptiblement à chaque pas.

Le viking, disposant d'une plus grande allonge, frappa le premier. Son bras se détendit et la hache siffla dans l'air. Quintus, sans réfléchir, se décala en dessous de la trajectoire comme il l'avait déjà fait tant de fois auparavant, mais senti soudain une violente douleur à l'épaule gauche. Le viking à anticipé le geste et d'une brusque torsion du poignet, avait fait pivoté la lame vers le bas. La hache avait ripée sur l'épaulière, causant une blessure peu profonde mais handicapante qui empêchait Quintus de bien bouger son bras. Il refusa pourtant de reculer, car même si le guerrier avait réussi son coup, le légat était tout de même passé sous sa garde. Si il reculait maintenant, il serait désavantagé par l'allonge de son adversaire et périrai à coup sûr. Tendant son bras blessé, il enfonça son gladius dans la cuisse de son ennemi, l'handicapant. Ce dernier hurla de douleur, mais repoussa Quintus d'un coup de genou qui lui heurta le crâne. Sonné, il s'écroula à terre, et roula sur le côté juste à temps alors l'immense hache se plantait dans le sol. Se relevant en titubant, le sang lui coulant de la bouche dans laquelle il avait plusieurs dents déchaussés, Quintus se remit en garde, accrochant son unique gladius à deux mains. Le second était resté dans la cuisse de l'immense chef viking qui boitait maintenant, le sang coulant à flot de sa blessure. Se tournant à nouveau autour, Quintus attendis que le viking repose le pied sur sa jambe blessé. Celui-ci ne s'y appuya que quelques instants, mais ce fut assez pour Quintus qui se fendit. Distrait par la douleur, le grand guerrier ne vit pas venir le coup qui frappa sa cuirasse à l'emplacement du cœur. Toutefois, l'armure du guerrier était lourde, et le petit glaive ne réussit pas à transpercer toutes les mailles. Le légat changea alors de tactique et frappa le bras de son adversaire, y laissant une large estafilade qui se mit à saigner elle aussi. Grognant de douleur, le viking balança sa hache qui fit sauter le glaive des mains de Quintus.

Désarmé, celui regarda autour de lui, la douleur de sa mâchoire brouillant sa vue de larmes. Tandis que son ennemi s'avançait en traînant vers sa position, le jeune homme recula. Un cri derrière lui le fit se retourner. Lupus, mi-courant, mi-combattant à l'aide de sa hampe d'étendard, prit son propre glaive d'une main et le jeta dans la direction de Quintus qui le saisit au vol. Il se retourna juste à temps pour parer un faible coup d'estoc destiné à l'assommer. Le choc lui fit trembler les bras. Dégoulinant de sueur et de sang, le légat tenta une manœuvre risqué. Comptant sur sa blessure pour ralentir son adversaire, il se jeta du côté gauche. Retombant sur son épaule blessé, la douleur lui coupa le souffle, mais il la repoussa et frappa de toutes ses forces le côté à découvert du guerrier. Celui-ci n'eut pas le temps de se retourner pour parer, et la lame du gladius trancha les mailles, le tissu et les chairs en dessous. Le viking s'immobilisa, puis tomba à genoux, et s'effondra dans la poussière, terrassé.

Quintus resta quelques instants à terre, savourant la fraîcheur du sol alors de léger flocons tombaient devant ses yeux. Levant son regard, il vit que de lourds nuages s'amoncelaient au dessus du champ de bataille. Il aurait voulu rester là et fermer les yeux pour se reposer, mais se força à se relever pour observer la fin de la bataille. Les derniers guerriers vikings étaient impitoyablement abattus, car l'ordre avait été donné de n'épargner personne. Aucun de ces guerriers ne devait se relever pour à nouveau défier Rome. Non loin, lupus planta la pointe de son étendard dans le corps d'un guerrier blessé, dressant ainsi fièrement l'Aquila au milieu des corps. Le légat échangea un signe de tête avec le porteur d'aigle, avant brandir son glaive. « Roma Victor ! ». Son cri fut repris par les légionnaires et les auxiliaires Francs qui s'étaient aussi bien battus. Ce défi de victoire couvrit quelques secondes le gémissement des blessés et les râles des mourants. Puis la réalité reprit ses droits et avec elle l'horreur de la guerre.

Quintus regarda autour de lui. Des centaines de corps, romains et vikings entremêlés, jonchaient le sol. Des hampes de javelots et d'étendard émergeaient du sol, et à certains endroits des monticules de cadavres s'élevaient au-dessus du carnage. Tous les légionnaires survivants étaient partagés entre joie et tristesse. La joie d'avoir survécu, mais la tristesse d'avoir perdu des camarades. Mais c'était la fatigue qui se lisait le plus dans leur yeux. Ils étaient partis de Francie depuis plusieurs mois, et ce n'était pas le premier combat qu'ils menaient contre les hommes du Nord. Il fallait vite en fini r avec cette expédition, se dit-il. Observant le champ de bataille, Quintus aperçut soudain quelque chose qui le fit tressaillir. Appelant Nepos et Lupus d'un cri, il se dirigea vers la source de son trouble. Les deux hommes le rejoignirent et tous trois s'arrêtèrent devant le dragon.

Celui-ci respirait, mais il était visiblement blessé suite à sa chute. Il tentait faiblement de se libérer de ses liens mais ceux-ci étaient trop bien attachés au niveau de ses pattes, l'empêchant de se relever. Elle déploya une aile vers l'extérieur pour chasser les intrus et poussa un croassement, son autre aile écrasée sous son corps. Quintus, l'observa un moment, puis, avisant la selle, il fronça les sourcils.

-Ce dragon avait un cavalier ? »

Lupus haussa les épaules avant de regarder autour de lui, et de désigner un corps adossé à un rocher. Quintus s'avança, le glaive en main, et le dragon rugit derrière lui alors qu'il s'avançait vers le cadavre. Intrigué, celui-ci se retourna et crut déceler une lueur de panique dans le regard de la bête. Se retournant, il s'agenouilla à côté du corps et poussa une exclamation de surprise.

-C'est une femme ! » S'écria-t-il. Il redressa le buste de la guerrière et remarqua immédiatement le sang sur la tête. Il inspecta rapidement la blessure et se rendit compte qu'elle n'était pas mortelle. Mais si le choc avait été trop violent, cela pouvait avoir de graves conséquences.

Rejoint par ses deux compagnons, Il posa la main sur sa jugulaire quelques instants. « Elle vit, » finit-il par dire au autres, « mais quand à savoir si cela va continuer, je l'ignore. Ramenons-là au camp, nous devons l'interroger. »

il saisit le corps de la jeune femme et la prit dans ses bras, avant de se diriger vers l'entrée du fort. En passant à côté du dragon qui se débattait frénétiquement de ses liens, il dit à Nepos : « Envoie des hommes l'attacher et le parquer. On le mettra avec les autres plus tard. » Puis, suivi de Lupus, il remonta vers le champ de bataille et le confort tout relatif de l'Oppidum.