Titre : Laissez-moi vivre – Bonus I.
Auteur : Rukyoshû & son alpha lecteur qui souhaite garder son anonymat.
Déclaration d'auteur : Désolée, les chapitres sont très irréguliers (soit très courts, soit très longs) mais ce n'était pas simple de diviser en chapitres égaux.
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Bonne lecture !
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II – Début des problèmes.
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« Je veux pas y aller ! protesta pour la énième fois Takeru auprès de son frère. »
Il défit son sac, éparpillant ses affaires partout.
« Tu seras même plus là si on m'embête, et en plus Maya sera encore dans ma classe, j'en suis sûr ! Mais je le déteste ! »
« Hey, du calme d'accord ? souffla Wataru en vérifiant qu'il n'avait rien oublié. Peut-être qu'il sera plus là, qu'est-ce que t'en sais ? »
« Mais si, il sera forcément là ! En plus, il est grand et il arrête pas de m'embêter ! »
Reste calme… C'est juste une crise de rentrée…
« Tu l'as déjà dit à ton prof qu'il arrêtait pas ? »
« Non ! Je vais pas aller me plaindre au prof, après on va me prendre pour un mouchard fayot ! »
« Mais n'importe quoi… soupira Wataru. Si tu n'y vas pas, c'est moi qui le ferai de toute façon. Maya peut pas continuer à venir t'embêter sans arrêt. »
« Non, fais pas çaaa, supplia Takeru. »
« Alors fais-le toi. Je suis plus là, je pourrai pas l'empêcher de venir quand je serai au collège. Alors il faudra bien que quelqu'un le fasse à ma place. »
Takeru fronça les sourcils, récupéra ses affaires pour les fourrer au fond de son sac et descendit en courant en bas des escaliers. Il récupéra sa veste et partit en claquant la porte.
Wataru soupira de nouveau, endossa son sac, et partit de l'autre côté. Après tout, pour lui aussi c'était difficile. Maintenant qu'il passait au collège, il allait être seul. Libre de toute présence familiale, certes, mais c'était un peu effrayant. D'autant plus qu'il allait sûrement passer toute la journée à se ronger les sangs pour son frère.
Traînant les pieds, il se dirigea vers l'école avec une mine renfrognée. Il entrait en CM1, et il avait vraiment hâte d'apprendre de nouvelles choses, mais savoir qu'il allait être loin de son frère toute une journée était particulièrement déprimant. Et angoissant, même s'il ne l'avouerait jamais. Son frère avait toujours été là pour lui, à n'importe quel moment, et savoir qu'il allait devoir passer ses journées sans lui dorénavant ne lui plaisait que moyennement. Il soupira, shoota dans un caillou et passa les grilles de la petite école avec un air encore plus renfrogné.
Côté renfrogné qui, à n'en point douter, n'allait pas s'arranger. A quelques pas de là somnolait un jeune garçon, déjà plus grand que les autres, aux cheveux ébènes, et négligemment adossé à un mur. La plupart du temps, il avait l'air profondément blasé, malgré son âge. Et quand il n'avait pas l'air blasé, il avait l'air méchant. C'était ainsi, Maya était de ces gens très calmes, mais au tempérament peu prévisible. Et quand il vit débarquer Takeru, seul, dans la cour, il sortit de sa torpeur.
« Salut mon lutin, lança-t-il en le regardant fixement. »
Il ne répondit rien, ne releva pas la tête et ne fit pas un seul mouvement qui pouvait indiquer qu'il avait entendu son camarade lui parler. Mais si on y regardait de plus près, un de ses poings s'était refermé brutalement, crispé à l'extrême.
Sans un seul signe montrant qu'il était vexé, Maya sortit une sucette de sa poche et la mit dans sa bouche. Il était accro aux sucettes.
« Lutin, t'es pas sympa. »
« M'en fiche, marmonna-t-il pour lui-même en allant se poser dans un coin de la cour. »
« Faudrait savoir ce que tu veux lutin. »
« Que tu me foutes la paix, 'spèce d'ogre ! »
« T'es vraiment pas sympa avec moi, lutin. »
« Tu l'es pas non plus avec moi ! »
« Ah. »
« Pourquoi tu vas pas embêter quelqu'un d'autre d'abord ? Puisque t'es un ogre, tu devrais aller dévorer le petit poucet ! »
« J'ai assez des sucettes, merci. »
« Puis, pourquoi tu manges toujours des sucettes ? Ta maman t'a pas dit que ça donnait des caries ? »
« T'as des caries que si tu te laves pas les dents après, expliqua-t-il placidement. Et ma mère me dit pas grand chose. »
Il ouvrit des grands yeux.
« Comment ça ta mère te dit pas grand-chose ? »
« Nan. Elle dit pas grand chose. »
Il haussa les épaules.
« Je m'en fiche toute façon, je veux juste que tu me fiches la paix ! »
« Et si moi j'ai pas envie ? »
« Et pourquoi t'as pas envie ? »
« Parce que tu réagis quand on t'emmerde. C'est plus drôle. »
Takeru fit une grimace, croisa les bras sur son torse et détourna la tête pour l'ignorer.
« T'es encore un bébé en fait. »
« Et alors, qu'est-ce que ça peut te faire ? »
« Rien. »
Takeru ouvrit soudain de grands yeux en se rappelant d'une chose très importante.
« J'ai oublié de prendre mon médicament ! s'exclama-t-il brutalement. »
« Et ? »
« C'est la première fois que ça m'arrive, mais mon frère m'a dit qu'il fallait que je le prenne tous les jours ! »
« Et ton frère est pas là. »
« Comment tu le sais ? s'étonna-t-il. »
« Bah ça se voit. Et il est au collège maintenant. »
« Qu'est-ce que je dois faire ? s'inquiéta-t-il en faisant un tour sur lui-même. »
« Qu'est-ce que j'en sais. C'est loin chez toi ? »
« Non, pas très. »
« Bah vas les chercher. »
« Hm. Tu veux bien surveiller mes affaires ? »
Il haussa un sourcil.
« T'as pas peur que je les bouffe ? »
Il haussa les épaules, laissa son sac près du mur et partit en courant. Il fusa jusque chez lui, ouvrit la porte en essayant de reprendre son souffle et se dirigea vers la salle de bain en se tenant aux murs. Il trouva rapidement ses gélules, en prit une et l'avala avec un verre d'eau. Puis il rangea le tout, ressortit, ferma la porte à clé et courut en sens inverse.
« T'es du genre rapide, remarqua Maya qui s'était assis près de ses affaires. »
Takeru s'effondra à moitié sur lui, ses jambes ayant lâché subitement.
« Pardon ! s'exclama-t-il en roulant sur le côté. »
Limite indifférent, Maya se contenta de le regarder se remettre droit.
« T'as du coton dans les jambes ou quoi ? »
« Ca te dérange ?! se vexa-t-il en s'asseyant finalement à ses côtés. »
« Non. »
« T'es trop bizarre comme mec ! »
« Pourquoi ? »
Il se releva et récupéra ses affaires.
« J'ai pas envie de parler avec toi, merci pour mes affaires ! »
Et il lui tourna le dos en s'éloignant.
Maya ne s'en formalisa pas et attendit calmement que les cours commencent pour aller s'installer à sa place.
Quand la sonnerie retentit, Takeru était encore plus sinistre qu'en arrivant. La maîtresse les plaça par ordre alphabétique et, par chance, Maya Yamazaki était fortement éloigné de Takeru Miyawaki.
Par chance, Maya se retrouva dans le fond de la classe et il eut ainsi tout le loisir de prendre ses aises comme il le voulait. Ce n'était pas que les cours ne l'intéressaient pas, mais il aimait bien être installé confortablement et prendre son temps. Même s'il pouvait être vif quand il le voulait.
La journée sembla vraiment très, très longue pour Takeru et quand la sonnerie qui indiquait qu'il pouvait rentrer chez lui résonna, il rangea ses affaires en vrac dans son sac et fila rapidement. Ce fut le premier à sortir de la classe. Il esquiva agilement les gens et fusa jusque chez lui en priant pour que son frère soit rentré.
Wataru lui était dans leur chambre, en train de déposer toutes ses affaires sur son bureau. Il avait déjà des devoirs, alors autant s'y mettre tout de suite avant de ne plus avoir le courage…
« Je suis rentré, hurla Takeru en refermant la porte. »
« Moi aussi ! répondit Wataru de sa chambre. »
Ôtant ses chaussures et sa veste à toute vitesse, il grimpa ensuite les marches quatre à quatre pour rejoindre Wataru.
« Grand frère, s'exclama-t-il joyeusement. Comment c'est le collège ? »
« Grand, avec plein d'élèves, plein de profs, et plein de devoirs. »
« Beurk, je veux pas aller au collège alors. »
« Et toi, comment c'était ? »
« Nul. En plus, j'avais oublié mon médicament, j'ai dû courir jusqu'ici pour le prendre avant de retourner à l'école. J'ai même dû demander à Maya de garder mes affaires, t'imagines ?! »
« T'étais désespéré à ce point ? »
« Tu m'as dit que c'était important que je le prenne alors j'ai eu peur que ce soit grave d'avoir oublié. Et comme Maya m'embêtait déjà, bah, je lui ai demandé de tout surveiller. »
« Et ça a donné quoi ? »
« Bah il s'est installé à côté en attendant que je revienne. On dirait que rien lui fait plaisir ou l'embête, il semble toujours blasé, comme si rien ne l'intéressait. Il est trop bizarre ! »
« Et il t'a encore embêté aujourd'hui ? »
« Oui. En plus il m'appelle lutin ! bouda-t-il. »
Wataru pouffa de rire. Il fallait avouer que Maya n'était pas si loin de la vérité.
« C'est pas drôle ! protesta-t-il en croisant les bras. »
« Pardon… souffla-t-il en réprimant un nouveau rire devant la tête de son frère. Mais il a pas l'air si terrible que ça. »
« Je m'en fiche, il m'énerve ! »
« Ca arrive. Enfin, on verra bien au cours de l'année, c'est que la rentrée… »
« Ouais. Bon, je te laisse travailler, je vais lire ! »
Il sortit un livre de sa table de chevet et s'installa sur son lit pour être tranquille.
Après un dernier regard amusé à son frère, Wataru se repencha sur ses exercices du jour. Vive le collège, et vive les devoirs…
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Quelques mois plus tard, rien n'avait changé. Si ce n'est que Takeru évitait de toutes les manières possibles de devoir se confronter à Maya. Il continuait de prendre ses médicaments et ne les avait plus oubliés depuis la rentrée. Il n'avait plus non plus fait de crises depuis près d'un an. Peut-être qu'il guérissait ?
En tout cas, c'était l'espoir qu'entretenait Wataru. Peut-être que son frère entrait dans une période de rémission… Si c'était le cas, il espérait qu'il en serait totalement débarrassé dans quelques années, et que l'ombre de le voir mourir comme son père disparaîtrait à jamais.
C'était un soir comme un autre, Takeru lisait sur son lit, juste après avoir fini ses devoirs, et Wataru faisait les siens sur son bureau, quand leur mère rentra. Takeru se redressa avec un sourire quand une voix d'homme retentit.
« Maman a un invité ? demanda-t-il à Wataru. »
« J'en sais rien, répondit-il en haussant un sourcil étonné. Elle a pas prévenu en tout cas. »
« On doit la laisser ou on doit aller saluer ? »
C'était difficile de trancher.
« Hm… On devrait peut-être aller voir… »
« Moi, ça me plaît pas, lança Takeru en se levant quand même. »
Wataru le suivit dans le couloir, et ils descendirent au rez-de-chaussée. D'après ce qu'il pouvait entendre, sa mère et son visiteur semblaient rire et plaisanter. Ils les retrouvèrent au niveau du salon.
« Ah mes chéris, venez que je vous présente. Kyogi, voici Wataru, mon plus grand fils. Et voici Takeru, le plus jeune. »
« Enchanté vous deux, sourit-il en leur ébouriffant les cheveux. »
Takeru se recula d'un pas. Personne ne fit de remarques.
« Les enfants, je vous présente Kyogi, un collègue et ami. »
D'accord, Wataru n'avait que dix ans, mais ça faisait presque cinq ans qu'il était « l'homme de la maison », alors il trouva un peu gamin que quelqu'un lui ébouriffe les cheveux. Mais il ne fit pas de commentaire, sa mère semblait bien s'entendre avec lui. Il devait être gentil avec elle…
« Bonjour, souffla poliment Wataru, en espérant que son frère ne fasse pas de gestes inconsidérés. »
« Bonjour, salua celui-ci en gardant la tête baissée. »
Il ne voulait pas que quelqu'un s'immisce dans leur famille.
Wataru ne savait pas franchement quoi dire. Entre les adultes tout sourire et son frère totalement à l'opposé, il se retrouvait presque en position de médiateur.
« Tout va bien ? demanda-t-il alors à sa mère. »
« Très bien chéri, sourit-elle. Vous avez fini vos devoirs ? »
« Euh… il me restait un truc à finir, mais comme on t'a entendue rentrer… »
« Vous êtes vraiment des amours. Tu peux aller finir sans crainte, je vous appellerai quand on passera à table, d'accord ? »
Takeru acquiesça d'un signe de tête et se précipita dans sa chambre.
« D'accord… acquiesça-t-il. »
Il eut un geste d'excuse envers l'invité, puis remonta à la suite de son frère pour venir s'affaler sur sa chaise de bureau.
Takeru avait la tête enfouie dans son oreiller et était complètement immobile, comme s'il voulait disparaître.
« Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Wataru en réprimant un soupir. »
Il avait une petite idée de la chose, mais autant demander.
« E… m… a… souffla-t-il dans son coussin. »
« Quoi ? »
Il mettait vraiment de la mauvaise volonté des fois.
Il se redressa.
« Je l'aime pas. Il veut nous piquer notre maman ! »
« Attends, tu l'as vu une fois, comment tu peux dire ça ? »
OK, à priori lui non plus ne l'aimait pas beaucoup. Mais c'était idiot, il ne le connaissait même pas.
« Parce que je le sais, c'est tout. Je te le dis, il veut piquer notre maman ! »
« C'est un collègue, et maman a l'air de bien s'entendre avec non ? »
« C'est un piège ! Parce que comme ça, ce sera encore plus simple pour nous la voler ! »
« Arrête, on vole pas les gens comme ça… Et tu crois que maman nous laisserait comme ça ? »
« S'il réussit bien, ouais. C'est comme ça que ça s'est passé à la télé la dernière fois ! »
« A la télé ? souffla Wataru, incrédule. »
« Hm. Ils ont dit que c'était d'après une histoire vraie. »
« Raconte, c'était quoi ce truc ? »
« Bah, tout pareil qu'on vit ! Les enfants avaient plus de papa, et la maman a ramené un collègue à la maison. Et petit à petit, le monsieur faisait tout pour que la maman soit d'accord avec lui et elle s'occupait de moins en moins de ses enfants ! »
« Comme si maman ferait ça… »
« Comme si la madame elle aurait fait ça, répliqua-t-il. »
« C'est un film Takeru ! Maman ferait jamais une chose pareille à cause d'un type qu'on connaît même pas. »
« Le jour où ça arrivera, tu viendras pas dire que je t'ai pas prévenu, bouda-t-il en se rallongeant pour se cacher sous sa couette. »
« C'est n'importe quoi… »
Et il se replongea dans ses devoirs, de très mauvaise humeur.
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A suivre...
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