10 avril 1912

Southampton

C'était la folie sur le quais. Tout le monde se pressait pour voir l'immense Titanic. Et le Titanic était réellement immense. Un véritable monstre. Un géant.

Blair descendit de la voiture après que le chauffeur lui ai ouvert la porte, et releva son chapeau pour mieux admirer le paquebot. Au moins, un beau voyage s'annonçait, même si elle savait qu'à son terme, elle emménagerait aussitôt dans l'appartement que Jack avait acheté à New York. Jack, l'homme avec qui elle était censée se marier dans 2 mois. Plus le mariage approchait, plus elle sentait qu'elle étouffait. Surtout avec son fiancé qui la tenait par la taille d'une manière aussi... serrée. Comme s'il voulait l'empêcher de partir.

_ C'est beau, ne trouvez-vous pas, chérie ? chuchota-t-il à son oreille.

_ Magnifique. répondit-elle évasivement.

_ Il n'a pas l'air beaucoup plus grand que le Mauretania... fit remarquer Serena en arrivant au bras de Carter.

_ Il est trente mètres plus long que le Mauretania, et beaucoup plus luxueux ! Je sais que vous vous laissez difficilement impressionner, Serena, mais vous devez bien admettre que le Titanic est impressionnant ! répondit son fiancé.

_ Il est très impressionnant, en effet ! s'exclama Lily, arrivant en compagnie de son mari, de son fils et d'Eleanor.

_ Et il est dit insubmersible, avec ça ! renchérit William.

_ Eh bien, faisons confiance à Thomas Andrews pour cela ! Eric, mon chéri, veux-tu bien aller vérifier que les domestiques ne font pas n'importe quoi avec les bagages, s'il te plaît ? demanda Lily en se penchant vers son jeune fils de 14 ans.

_ J'y vais, mère. dit-il en s'éclipsant.

Il passa à côté de Chuck et Bart Bass, et Bart était encore une fois en train de mettre son fils en garde.

_ Charles, je connais bien ta réputation, tout le monde dans la société la connaît d'ailleurs, mais je compte sur toi : ne me fais pas honte lors de ce voyage. Je pense que tu es capable de passer ne serait-ce que quelques jours sans courir tous les jupons qui seront à ta portée, ou alors est-ce trop dur pour toi ?

_ Père, je vous l'ai déjà dit : ça va aller, c'est bon !

_ Ce n'est pas un jeu, Charles ! Tu crois que je n'ai pas observé ton petit manège avec Blair Waldorf, depuis quelques semaines ? C'est une chose que tu séduises toutes les jeunes filles à ta portée, mais dois-je te rappeler que Blair est fiancée à ton propre oncle ?

_ Je ne vois absolument pas de quoi vous parlez. Blair n'est qu'une amie très proche.

_ Trop proche. Je te conseille de prendre tes distances. Car tromperie et trahison familiale, et non seulement tu ridiculiseras le nom des Bass, mais en plus celui des Waldorf. Si jamais tu devais avoir une aventure avec Blair Waldorf...

_ Ça n'arrivera pas. Je vous le promet.

Seulement... il disait ça sans vraiment trop le penser. Car en vérité, il pensait sans cesse à Blair depuis qu'il lui avait parlé dans la cour, un mois plus tôt. Il savait qu'il devait se ressaisir, qu'il ne pouvait socialement pas détruire les fiançailles entre Blair et son oncle – ce serait un véritable scandale qui couvrirait les familles Bass et Waldorf de honte – mais il ne pouvait pas s'en empêcher. De toute évidence, Jack Bass ne rendait pas Blair Waldorf heureuse.

_ Oh ! Bartholomew, Charles ! s'exclama Eleanor Waldorf, tirant Chuck de sa rêverie.

_ Eleanor, vous êtes resplendissante ! Vous également, Blair. ajouta Chuck en regardant timidement la jeune femme.

Il ne mentait pas. Blair portait une longue et belle robe couleur chocolat à dentelles blanches sur le col et la jupe, avec de fines broderies un peu partout ainsi qu'un chapeau assorti, ses cheveux relevés en chignon. Elle ressemblait à une poupée en porcelaine.

_ Merci. Quand partons nous ? s'enquit la jeune brune.

_ Ce n'est plus qu'une question de minutes, à présent. répondit son fiancé.

_ Dan, bon sang, mec, bouge toi ! Tu veux qu'on loupe ce voyage ou quoi ? Tu veux que je te rappelles qu'on y a mis tout l'argent du poker pour se procurer ces foutus billets en 3ème classe ? Allez ! pressa Nate Archibald à son ami Dan Humphrey.

_ Nate, calme toi, mec ! On va pas arriver en retard ! rigola Dan.

_ Eh, les gars ! Oubliez pas qu'il faut passer à l'inspection sanitaire avant. Ils veulent vérifier si on a des poux. Oui, car les Troisièmes Classes ont tous des poux, c'est bien connu ! s'exclama Jenny Humphrey, la jeune sœur de 15 ans de Dan, en levant les yeux au ciel.

_ Oui, parce-que les Premières et Secondes Classes n'en ont pas, eux, évidemment... Ils n'iraient même pas vérifier, il est tellement évident que les riches ont les moyens de ne pas avoir de poux ! grommela Dan.

_ Que voulez-vous, c'est comme ça que le monde fonctionne pour eux. Allez, arrêtez de vous plaindre et venez ! s'exclama Nate.

Ses amis le suivirent à l'inspection sanitaire.

Jack regarda sa montre, et prit le bras de sa fiancée.

_ Bien. Il est temps d'y aller.

Le groupe avança vers le paquebot, Blair et Jack en tête, et les domestiques les suivirent avec leurs effets personnels.

_ Bonjour, bienvenue à bord du Titanic. Pourrais-je avoir vos noms afin de vous indiquer votre suite ? demanda un jeune homme quand Blair et Jack se présentèrent devant la Première Classe.

_ Jack Bass et Blair Waldorf. répondit Jack.

_ Jack Bass et Blair Waldorf... voilà ! Veuillez me suivre, je vais vous conduire à votre suite.

Et tandis que différents domestiques conduisaient les Premières Classes dans leurs suites, le Titanic quitta enfin Southampton.

Nate, Dan et Jenny parcouraient les couloirs de la Troisième Classe, cherchant leur suite du regard.

_ Ah ! C'est là. s'exclama Nate en ouvrant la porte d'une chambre avec juste deux lits superposés et un placard.

_ C'est... petit. fit remarquer Jenny.

_ C'est une suite de Troisième Classe, Jen. Ne me dis pas que tu t'attendais à un palace. répondit Dan.

_ Non, mais le Titanic est censé être le bateau le plus luxueux jamais construit, alors je m'attendais à un tout petit peu plus de confort, quand même.

_ C'est surtout luxueux pour les Premières Classes.

_ Allez, arrêtez un peu de vous plaindre ! On est sur le Titanic, bon sang ! On part pour l'Amérique ! Profitez ! s'exclama Nate, encore fier d'avoir pu gagner ce voyage pour ses amis et lui.

_ Votre suite vous plaît, Blair ? s'enquit Chuck auprès de la jeune femme juste après que son oncle soit descendu au salon fumoir avec Bart et William.

_ Oui, elle est parfaite. Et la votre ? répondit Blair en souriant.

_ Elle est parfaite aussi.

_ Où se trouve-t-elle ?

_ En face de la votre.

_ Bien. Mais dites-moi, vous n'êtes donc pas partis avec les autres au salon fumoir ?

_ Je les rejoindrais après. Je voulais d'abord vous voir, savoir si vous alliez bien.

_ Eh bien... je vais bien, merci. C'est très gentil de vous en soucier. Mais je vais devoir vous laisser, il faut que je rejoigne maman et les autres au salon de thé.

_ Faites. Mais... dites-moi, ce ne serait pas un tableau de Monet, que je vois, là ? demanda le jeune homme en désignant un tableau que Blair avait posé près d'une commode.

_ Si, ça l'est. Vous aimez son art ?

_ Oui, énormément.

_ Dieu merci, je trouve enfin quelqu'un de mon avis. Jack pense que ce sont des gribouillages inutiles.

_ Oui, mon oncle n'est pas vraiment ce qu'on pourrait appeler un «amoureux de l'art». Blair Waldorf aimant l'art de Monet, je suis étonné. Je ne m'en doutais pas du tout.

_ Eh bien, il y a un tas de choses que vous ignorez encore sur moi. Et je dois dire que je suis étonnée également.

_ Vous ne pensiez pas qu'un coureur de jupons comme moi puisse s'intéresser à l'art ?

_ Non, ce n'est pas ce que je voulais dire, je...

_ Je plaisantais.

_ Bien sûr. Je devrais peut-être rejoindre les autres, maman va s'impatienter. On se voit ce soir au dîner, Chuck.

Elle lui sourit et se dirigea vers le salon de thé, se préparant mentalement aux conversations futiles qu'elle allait devoir supporter : la couleur, la forme de sa future robe de mariée, les robes de demoiselles d'honneur, la décoration du mariage... Elle soupira profondément. Au moins venait-elle d'avoir une conversation intéressante avec Chuck. Ça changeait des éternelles et ennuyantes conversations avec sa mère sur son futur mariage avec Jack.

Une heure plus tard, Blair dût faire tout son possible pour ne pas soupirer de toutes ces forces. Elle n'en pouvait absolument plus. Sa mère et Lily Van Der Woodsen s'étaient lancées dans une longue et ennuyante conversation au sujet de la robe de demoiselle d'honneur que Serena portera au mariage.

_ Je pense que des robes couleurs tulipes conviendraient tout à fait. Blair avait choisi lavande, tout en sachant que j'ai horreur de cette couleur. Bien entendu, ma fille têtue ne l'a fait que pour me contrarier. minauda Eleanor, la tasse de thé à la main.

_ Serena est exactement pareille, à certains moments. Une fois, Carter était en train de lui demander quelles fleurs elle voulait dans la salle, et c'est à peine si elle lui a répondu ! Je lui ai donc dit «Serena, ma chérie, c'est de ton mariage dont on parle, et tu as de la chance d'avoir un fiancé qui t'aide au préparatifs» mais rien n'y faisait, le pauvre Carter a dû choisir les fleurs tout seul.

Blair lança discrètement un regard vers sa meilleure amie, qui levait les yeux au ciel. Elle se sentait désolée pour elle, mais en même temps soulagée de ne pas être la seule à vivre ça. Au moins, elles pouvaient en parler entre elle.

_ Mesdames, pouvons-nous vous joindre à vous ? demanda la voix de Jack derrière elles, interrompant la conversation.

Blair releva la tête, et aperçut son fiancé accompagné de Carter, Bart, William, Eric et Chuck.

_ Volontiers. sourit Eleanor.

Les hommes prirent place, Carter et Jack chacun aux côtés de leurs fiancées respectives.

_ Monsieur Andrews ! Monsieur Ismay ! s'exclama soudain Bart en apercevant les deux hommes entrer.

_ Monsieur Bass, c'est un plaisir. sourit Thomas Andrews en s'approchant de la table.

_ Je vous en prie, messieurs, prenez place avec nous ! dit Carter, invitant les nouveaux venus.

_ Eh bien, c'est aimable à vous de nous inviter, monsieur Baizen. répondit Bruce Ismay en prenant place.

_ Monsieur Andrews, vous avez construit un bien joli paquebot, félicitations. complimenta Blair, histoire de changer enfin de la conversation «mariage avec Jack».

_ Merci beaucoup, mademoiselle Waldorf. Mais vous savez, l'idée vient de monsieur Ismay. sourit l'architecte du Titanic.

_ Oui, en effet. Et j'ai décidé également de l'appeler le «Titanic» pour sa grande taille. La taille représente la stabilité, le luxe et par-dessus tout la force. répondit fièrement Bruce Ismay.

Serena leva les yeux au ciel. Elle supportait déjà difficilement quand Carter était vaniteux, mais là... elle n'en pouvait plus de tous ces hommes qui se croyaient les maîtres de l'univers. Elle le regarda froidement et lança, mordante :

_ Vous connaissez le docteur Freud, monsieur Ismay ? Ses idées sur la préoccupation des hommes au sujet de la taille pourrait vous intéresser.

Carter lui lança un regard noir, Eleanor manqua de s'étouffer avec sa gorgée de thé et Blair fit mine de s'essuyer le coin de la bouche avec sa serviette pour masquer – et tenter de réprimer – son envie de rire. Quant à Lily, elle jeta un regard outré à sa fille.

_ Serena ! Mais qu'est-ce qu'il te prend ? souffla-t-elle.

_ Veuillez m'excuser, je reviens. répondit la jeune fille en se levant brusquement pour sortir. Elle avait besoin d'air frais de toute urgence.

_ Veuillez l'excuser, en ce moment elle est juste un peu... bredouilla Carter.

_ Ce Freud, qui est-ce ? Un passager ? demanda Ismay, reprenant doucement ses esprits après cette légère humiliation.

_ Bon... euh... et si nous parlions du mariage prochain de ma splendide fille et de Jack ? sourit Eleanor pour changer de sujet.

Pitié, pas encore, Blair songea immédiatement. Elle n'était pas sûre de pouvoir rester polie bien longtemps si elle devait encore une fois parler de ce mariage.

_ Euh... Serena doit être calme, à l'heure qu'il est, je vais la chercher. dit-elle en se levant et en partant avant que qui que ce soit n'ait pu la retenir.

Si elle pouvait encore éviter une conversation ennuyante sur son mariage prochain avec Jack...

Dan et Nate discutaient sur le pont des Troisièmes Classes. Ils se sentaient tellement... fiers d'être ici, sur le paquebot dont tout le monde parlait ! Nate leva la tête un instant, et c'est là qu'il l'aperçut.

Sur le pont des Premières Classes, il aperçut une jeune blonde (elle ne devait pas avoir plus de 16 ou 17 ans), les cheveux relevés en chignon, portant une belle robe rose pale finement brodée. La jeune fille s'accouda à la barre et observa l'horizon, les yeux perdus dans le lointain. Nate n'avait jamais vu une femme aussi belle de sa vie. Elle ressemblait... à un ange. Ça semblait idiot à penser, mais c'était réellement l'impression qu'elle lui donnait.

Dan suivit son regard et aperçut la jolie blonde à son tour.

_ Oh non, Nate. Un conseil, évite de tomber amoureux d'une Première Classe. Car il y a aucune chance que tu puisses approcher une fille comme ça un jour, désolé.

Nate ne répondit pas, continuant à fixer la jeune fille. Elle tourna alors la tête et l'aperçut à son tour. Gêné qu'elle l'ai surpris en train de la fixer, il baissa les yeux, penaud. Elle haussa les sourcils et recommença à fixer l'océan. Puis, une jeune brune apparut à son tour. Elles discutèrent un moment et s'éloignèrent, et Nate les regarda s'éloigner, ne pouvant détacher son regard de la magnifique jeune fille blonde. Mais Dan avait raison. Jamais il ne pourrait approcher une jeune fille comme elle (qui était sans doute déjà promise à un autre, qui plus est. Et certainement pas à un Troisième Classe sans le sou).

_ Oh, Serena ! Tu es là ! S'exclama Blair en apercevant sa meilleure amie

_ Je... j'avais besoin d'air. répondit la jeune blonde.

_ Je m'en doute. J'ai dit que je venais te chercher. Enfin, c'était surtout pour éviter une énième conversation sur mon futur mariage avec Jack. J'ai pas envie d'y retourner. On va faire une balade sur le pont ?

_ Évidemment !

Les deux filles se sourirent et partirent bras-dessus-bras-dessous pour une balade.