Voici le chapitre 2 ! J'espère qu'il vous plaira :3 Merci pour vos reviews !

La peur. Cela faisait bien longtemps qu'Izaya n'avait pas ressenti cela. Les battements de cœurs dignes des percussions les plus violentes, le souffle court tel un athlète revenant d'un marathon, les mains tremblantes, et sa peau d'habitude pâle l'était devenue encore plus. Il s'était enfermé dans son appartement de Shinjuku et avait même renvoyé Namie, sa secrétaire, chez elle pour le reste de la nuit. Il scrutait le moindre bruit de la nuit éveillée de Tokyo. Le bruit des moteurs, les rires des ivrognes, le vent tape contre les vitres de l'immeuble, et l'horloge semblait vouloir jouer avec les nerfs du jeune informateur. Bien que son ouïe soit sur le qui-vive, son regard était inlassablement plongé vers ses mains qui semblaient si frêles sous les tremblements. Son regard, d'ordinaire porté vers la fenêtre où son ordinateur pour observer, scruter, déchiffrer et manipuler les pauvres humains, ou non, de Tokyo, s'était accroché à son propre être, tel un élan incontrôlable d'égoïsme. Il voulait être seul. Seul avec lui-même ? Non, il voulait être seul, sans même lui-même. En effet, il avait peur, mais il ne savait pas de qui.

Etait-ce Shizuo Heiwajima –son précieux monstre…- qui en était l'origine ? Il le connaissait officiellement depuis le lycée, bien que Shinra lui ait narré ses actions depuis le collège. Il le connaissait, lui et sa force. Il l'avait exploité, il l'avait testé, pour connaître ses limites qu'il n'avait pas encore atteint. Cela l'amusait, tel un passe-temps absurde, ou plutôt un gamin qui aime admirer la flamme d'un briquet, sachant qu'il allait se brûler un jour ou l'autre, mais au fond, c'était cela qui l'excitait. Izaya se serait-il alors enfin brûlé ? Son cœur battant la chamade lui indiquait pourtant bien qu'il était encore vivant. Shizuo avait failli le tuer, comme souvent, mais cette fois ci, la victoire ne venait pas de sa stratégie ou de son agilité. Alors, comment avait-il survécu ?

Une force, dont il ignorait l'origine, l'avait sauvé miraculeusement. De quoi avait-il peur alors ? De lui-même sûrement, ce qui expliquerait son regard fixé sur ses mains d'où était sorti la force inhumaine. Inhumaine ? Cela était peut-être l'œuvre de Celty, mais cette dernière n'avait aucune raison de l'aider, de plus, elle ne serait pas resté dans l'ombre, bien que cette matière compose entièrement son être. Les mains d'Izaya tremblèrent encore plus. Serait-il possible que Saika, ou un autre sabre de ce genre, est pris possession de lui ? Etait-il encore lui au moins ? Ou bien son éventuel hôte avait déjà pris le contrôle ? Il se souvint soudainement de son combat contre la jeune Anri Sonohara. Ce fut bref, mais très intense, non pas dans la difficulté, mais plus dans la tension et la peur, la moindre égratignure pouvant lui faire perdre son intégrité, son humanité. Le combat datait de plusieurs mois, mais il était encore trop ignorant sur le sujet pour savoir si la contamination pouvait se faire à retardement. Il devait voir Shinra pour être sûr, mais la peur le paralysait encore.

Il resta à genoux dans son salon, devant la table basse où se trouvait un jeu bien étrange qu'Izaya avait conçu, mêlant échec, othello et shogi, le tout sur un plateau de jeu de go. Personne ne connaissait les règles, pas même Namie qui observait Izaya déplacer chaque jour les pions de façon plus ou moins aléatoire selon elle. Elle pensait ainsi avoir compris qu'un pion représentait une personne ou un groupe de personnes, et l'espace du plateau la hiérarchie entre les pions. Mais les règles étaient très certainement bien plus tordues que ça, tout comme l'esprit de son créateur. Sa main droite, toujours tremblante et incertaine se leva enfin, faisant luire la bague en argent qu'il portait autour de l'index, elle saisit deux pions et les glissa lentement le long du quadrillage du plateau en bois vernis. Un geste simple, bref, mais dont les conséquences étaient terrifiant pour l'informateur, et seul lui le savait.

Il se leva alors doucement, mais dut attendre que ses jambes retrouvent leur stabilité avant d'avancer lentement vers son bureau pour y prendre des portables et des couteaux qu'il rangea dans l'intérieur de son manteau, qu'il avait lui-même conçu à cet effet. Il se plaça sur le seuil de son appartement, ce lieu entre la sécurité illusoire de sa propriété et le danger de l'extérieur, qui d'ordinaire l'attirait tant. Il hésita, mais la peur reprit soudainement le dessus et s'enferma de nouveau. Il prit l'un de ses portables et appela directement Shinra, sachant bien que ce dernier travaillait surtout de nuit. Il dit deux, trois phrases dans le vide de son appartement pour vérifier l'assurance naturelle de sa voix puis passa l'appel.

Le ton joyeux de Shinra décrochant lui donna un sourire, mais pas le sourire carnassier dont il avait le tique, mais un sourire heureux, un peu nostalgique. La peur d'avoir un parasite en lui, la peur que tout ce monde qu'il s'était construit ne s'effondre, s'effaça un peu en entendant cette voix familièrement joyeuse. Quelque chose n'avait pas changé au moins. Shinra n'était qu'un pion dans son jeu étrange, mais avant cela, ils avaient eu un semblant d'amitié, avant Shizuo, avant la peur de la mort. La voix du médecin clandestin se mua en inquiétude quand Izaya demanda à ce qu'il vienne le consulter directement à son appartement. Cela fit rire l'informateur, il était un manipulateur, un «salaud» comme le disaient familièrement ses «victimes», et malgré tout, un idiot avec le cœur dans le creux de la main s'inquiétait pour lui. Ce rire eut au moins l'effet de rassurer le médecin.

Shinra se mit alors en route pour l'appartement d'Izaya. Mais ce dernier ressenti l'attente comme interminable, le temps sembla se suspendre comme quand la poutre avait foncé vers lui. Il n'arrêta pas de tâter son bras pour essayer d'y sonder quelque chose d'inhabituel. Il s'efforça également de créer le silence le plus parfait dans la pièce pour essayer d'entendre d'éventuelles voix étrangères dans son esprit, mais seule sa conscience bavarde et malsaine résonnait dans son être. Shinra finit par arriver avec ses instruments et médicaments à la légalité parfois douteuse. Il fit allonger l'homme et commença à l'examiner.

« Ça fait longtemps que tu n'étais pas venu demander mon aide, qu'est-ce qui s'est passé ? »

Le médecin souriait, comme d'habitude, son aura était uniquement composé de joie de vivre, peut-être parce qu'il vivait avec l'être qu'il aimait. Mais Izaya était bien trop lucide pour croire à ce genre de niaiserie. Il répondit avec un petit rire.

« Oh tu sais, Shizu-chan n'a pas pris ses calmants depuis un moment. Je veux juste savoir s'il ne m'a pas cassé quelque chose. J'ai…un peu mal au bras vois-tu. »

Le mensonge ne fut pas une éventualité mais bien une évidence pour le brun. Il avait une certaine confiance envers le doc mais quand quelque chose le concernait directement, Izaya prenait toutes les précautions possibles. Shinra caressa lentement le bras d'Izaya avant de l'examiner. Sa peau était toujours aussi pâle et douce, comme celle d'une femme désirée. Seules quelques cicatrices légères parsemaient cette peau parfaite, signature d'un certain blond en tenue de barman.

« Tu sais, beaucoup de lycéens pensaient que tu étais suicidaire à l'époque. Ils prenaient tes cicatrices pour des mutilations, et puis s'attaquer à Shizuo-kun et traîner sur le bord des toits ne sont pas les choses les plus sûres au monde. »

Le sujet aurait pu paraître étrange, tabou et malsain, mais le ton léger de Shinra et son sourire radieux, un peu nostalgique, adoucissaient la chose. Les deux hommes se connaissaient bien maintenant

.

« Hahaha ! Ça ne m'étonne pas ! Les gens pensent tout savoir mais ne savent absolument pas observer. J'ai peur de la mort plus que tout autre chose. Tu penses que c'est une de mes faiblesses ?

_ Je pense que la plupart des gens en ont peur tu sais, même s'ils n'y pensent pas forcément constamment… C'est pour ça que les gens se trouvent une religion ou essaye de profiter des petits bonheurs de la vie comme moi. Tu devrais faire pareil tu sais. »

Le regard d'Izaya passa furtivement vers l'étagère où était cachée la tête de Celty avant de se perdre dans le vide.

« Oh, je pense avoir trouvé tu sais. Avec toutes les choses bizarres qui se passent dans cette ville, quand on les croise, les compare, et qu'on recherche, on se retrouve confronté à des mythologies anciennes, oubliées, mais pleines de vérités et de faits forts intéressants.

_ Il n'y a que toi pour penser que ce genre de choses soit vrai. Tu es vraiment spécial Izaya-kun !

_ C'est une bonne chose non ? J'aime être unique comme ça~ »

Izaya ne préféra pas s'étendre sur le sujet en présence de Shinra. En effet, les croyances d'Izaya était pour le moins surprenantes. Il s'interrogeait depuis longtemps quant à l'origine de Celty, la Dullahan que le médecin clandestin chérissait tant, et dont il gardait précieusement la tête depuis maintenant plusieurs mois, dans le plus grand secret. Après maintes recherches et hypothèses affirmées, réfutées, modifiées et enfin validées, le brun avait conclu que Celty n'était autre qu'une valkyrie déchue. Cette créature de la mythologie nordique ne sont autre que les servantes du dieu Odin, ayant pour mission de récupérer les âmes des guerriers morts au combat afin de les emmener dans la Vahalle, la grande halle d'Odin, où ils pourront boire, manger et se battre aux côtés des dieux viking jusqu'à la fin du monde.

De nos jours, il était improbable qu'une personne sensée puisse croire à ces mythes, pourtant Izaya ne trouvait pas ça plus idiot qu'une toute autre religion plus commune. C'est dans cette pensée que l'informateur était parvenu à récupérer la tête de la Dullahan. Se considérant comme un piètre guerrier, il avait décidé de créer une guerre à sa façon, à l'intérieur même de Tokyo, d'Ikebukuro. Une guerre dont il serait le chef d'orchestre et qu'il gagnerait à tout prix, pour ainsi réveiller la tête sans vie. En récompense, la Valkyrie le choisirait sûrement comme le guerrier élu, lui permettant de vivre parmi les dieux. C'était ce que l'esprit tordu d'Izaya espérait de tout cœur.

Shinra finit alors d'examiner le corps du jeune homme et releva la tête avec son plus beau sourire.

« Voilà ! Hormis ton hématome au visage tu n'as rien du tout ! Tu t'en sors bien mieux qu'au lycée on dirait. »

Le brun ne put s'empêcher un petit soupir de soulagement en entendant ça, mais une peur encore plus grande le saisit alors. Pourtant il essaya de la contenir au maximum et congédia Shinra au plus vite. Il lui donna quelques billets, malgré que le médecin l'examine d'ordinaire gratuitement, pour accélérer son départ.

« Tiens, tu les mérites bien. Invite ta Celty à diner. Ah mince, c'est vrai qu'elle n'a pas de tête, désolé~ Oh, et tu devrais voir Shizu-chan, je l'ai bien amoché je pense.

_ Rah, tu exagères Izaya-kun ! Quand est-ce que vous allez enfin vous décider à faire la paix ? Je ne vous demande pas d'être amis, mais au moins arrêter de vous autodétruire !

_ Il n'y a qu'un seul de nous deux qui se détruit…

Il laissa partir Shinra avec un magnifique sourire carnassier dont Izaya en maîtrisait parfaitement l'art. Le médecin avait quant à lui perdu son enthousiasme de l'arrivée en entendant cela et se demanda lequel des deux était la victime. Mais il ne se doutait absolument pas que, une fois la porte refermée, Izaya se posait exactement la même question. La réponse était évidente ! Ou du moins, elle l'était avant cette soirée.

Il se demanda également s'il était vraiment rassuré ou non de ne pas être possédé par un des katanas maudits. C'était une bonne chose, certes, mais l'origine de sa force monstrueuse lui restait de ce fait encore inconnue, ce qui était très inquiétant. Izaya adorait savoir tout, d'où la passion qu'il mettait dans sa profession, par conséquent ne pas comprendre quelque chose, qui de plus, venait directement de lui, le rendait fou.

Mais ce n'était pas tout. Izaya se mit soudainement à éclater de rire. Un rire malsain, un rire sans joie, un rire nerveux, inquiet. Oui, le pire dans cette affaire n'était pas cette force, au contraire. Cette chose qui rendait à la fois le futur terrifiant et fort intéressant. Le fait était, que son seul complice, le seul autre être à connaître cette autre aptitude, n'était autre que Shizuo Heiwajima.