Je remercie P'tite mimi, Voltage, Tinamour, Lot' et Poing d'Acier pour leur soutien dès le premier chapitre! Voilà le second. Enjoy!
Je réitère l'avertissement quand au contenu violent explicite pouvant choquer les plus jeunes.
Note: le vocabulaire militaire utilisé est expliqué en bas de page.
Chapitre 2 : Au début de la traque
Bon, déjà, je sais pas ce qu'ils ont mis dans leurs marécages, mais j'ai jamais rien senti d'aussi infect. Doit y avoir une usine de traitement du fumier qui relâche tous ses déchets dedans, je vois pas d'autre solution… Je fais un pas en avant, quittant la fragile plate-forme de bois qui localisait la porte, et je le regrette aussitôt. Ma jambe s'embourbe jusqu'au genou dans la fange verdâtre que j'avais pris pour de l'herbe. C'est vrai, je suis stupide, je vois du vert, alors je pense bêtement que c'est du gentil gazon. Mais non. Il faut évidemment que le sol soit instable, sinon la poursuite serait moins drôle. Eh oui, quoi de plus hilarant que de devoir chercher son chemin entre les tourbières alors qu'on est à la poursuite de quelqu'un ayant déjà toute une journée d'avance ?
Je maudis silencieusement l'idée maligne qu'ont eue les scientifiques en ouvrant une porte à cet endroit, et je dégage mon pied qui émet un bruit de succion écœurant en jaillissant de la boue. Avisant un chemin de terre qui a l'air à peu près stable, je m'y déporte d'un saut de côté, évitant ainsi de devoir traverser deux mètres d'eau stagnante. Par contre, maintenant j'ai la botte remplie d'eau et d'algues dégueulasses qui collent à mes chaussettes et font des « spouik spouik » quand je marche. Ça commence fort. Je prends donc le temps d'ôter ma chaussure pour en extraire les végétaux immondes qui la squattent, et en profite pour déterminer le chemin emprunté par… comment il s'appelle ce con déjà ? Et merde, j'ai jamais eu la mémoire des noms, et il est pas marqué sur la photo que je conserve dans une de mes poches. Reste plus qu'à espérer que les autochtones l'auront vu passer. Je remets ma botte et commence à avancer précautionneusement sur le minuscule sentier qui zigzague entre les mares troubles, mon fusil d'assaut à la main. Le premier type que je croise, je le bute histoire de calmer mes nerfs. Le second, je lui demanderais peut-être s'il connait ma proie avant de l'envoyer le rejoindre. Il me tarde de sentir de nouveau l'odeur entêtante du sang…
La brume qui plane un peu au-dessus du sol, si on peut appeler ça un sol, camouflant la plupart du paysage, je n'aperçois les petites lanternes plantées au bord de l'eau qu'au moment où je suis presque dessus. Je lève mon arme et me met en joue, tout en m'approchant le plus silencieusement possible. Cette dernière tâche est d'ailleurs rendue quasi impossible par le bruit de mon pied trempé, mais tant pis. Les flambeaux sont disposés comme s'ils montraient un chemin à suivre dans les marais. Mais à peine ai-je fait quelques pas dans leur direction qu'une vague tâche blanche attire mon attention dans l'eau. Un cadavre. Mais dans quoi j'ai atterri, moi ? Je pousse un peu le corps du canon de mon fusil et le retourne sur le dos. Il reste immergé entre deux eaux, mais au moins vois-je à présent son visage. Il a la peau blanche et flasque, et ses joues sont déjà un peu dévorées par je ne sais quel parasite aquatique. Il a les yeux clos, et des oreilles… des oreilles pointues ? « Qu'est-ce que… » ne puis-je m'empêcher de proférer. Un clapotis me fait me retourner, fusil levé, mais rien ne bouge dans la brume. « Sors de ton trou, sale rat ! » crie-je. « Allez, montre-toi ! A moi que t'ais trop peur pour ça ? » Mais rien ne me répond. Je me remets à observer le cadavre –qui a les yeux ouverts.
« What the hell…?! » Je me relève précipitamment et mitraille le corps, qui n'a aucune autre réaction que d'être un peu ballotté par l'impact des balles. Il ne saigne même pas, et ses yeux sont de nouveau fermés. J'ai dû rêver, c'est leur putain d'entraînement sur des cibles en carton qui m'ont vrillé la tête. Le vacarme de ma salve tarde à se dissiper dans le mutisme des marécages. Hors de question de perdre plus de temps ici. Sans quitter le corps des yeux, je reviens sur mes pas. Ces lanternes sont un piège, j'aurais dû le voir tout de suite ! Y'a un truc de pas net dans ces marais, et je détesterais en faire les frais. Je retrouve sans trop de peine mon propre sentier et le suit sans détourner mon regard du sol sous mes pieds. Autrement, même si je ne le désire pas, voir les lumières dans la brume va m'inconsciemment me diriger vers elles, et ça c'est hors de question. Un cadavre qui cligne des yeux, c'est déjà largement suffisant pour la journée, comme conneries !
Je marche durant au moins une heure avant d'entrapercevoir un changement de paysage. Faut dire qu'avec le brouillard, c'est franchement pas du gâteau de discerner autre chose que le bout de mon arme… et encore, c'est limite si je le vois pas. Bref, j'ai une montagne ou un truc du genre qui se dessine à l'horizon, et c'est pas pour me déplaire. J'aurais sans doute pas arrêté de marcher avant d'avoir trouvé un sol stable pour dormir, et non pas un tapis spongieux où mes pieds s'enfoncent jusqu'aux chevilles. Il me faut une deuxième heure à peiner dans la fange pour que je trouve enfin des rochers jalonnant la route, qui en prime s'élargit et passe du statut de petit sentier humide à celui de véritable chemin de terre battue. La montagne que j'avais cru discerner ne se trouve être en fait qu'une petite colline de roche grise. M'enfin, je suppose que ça vaut toujours mieux que des marécages hallucinatoires… Je me demande si c'est l'humidité ambiante qui m'a fait voir l'impossible, ou bien simplement si c'est mon trop long internement qui m'a rendu à moitié fou. Quitte à choisir, je préférerais la seconde solution, comme ça j'aurais une excuse si je massacre tout le camp en rentrant. Je souris en m'imaginant tous les enfoirés qui m'ont toisé de si haut pendant si longtemps en train de baigner dans leurs tripes, tous autant qu'ils sont. Ça me ferait franchement chaud au cœur si ça devait réellement arriver.
Je replace mon fusil en bandoulière et me penche sur le sol, à la recherche d'éventuelles traces. Si je-ne-sais-plus-qui n'est pas passé par ici, inutile de continuer la traque en ce sens, et j'aimerais autant être certain de ne plus jamais avoir affaire aux marais avant la tombée de la nuit. Tiens, d'ailleurs, je n'avais pas quitté la base en fin de journée ? La porte doit être tout aussi temporelle que spatiale, pour que le soleil soit encore aussi haut dans le ciel. J'espère juste ne pas avoir été trop décalé dans le temps et ne pas être tombé dans un trip du genre un futur où les aliens ont envahi notre Terre... Pour le moment, le sol est essentiellement caillouteux, mais la roche est recouverte de pas mal de poussière grise rendue humide par la cohabitation avec les marécages tous proches. Ça devrait pas être trop compliqué de relever des traces de passage, si y'en a.
Je parcours une dizaine de mètres en parallèle des marais avant de tomber sur un endroit où la terre a été remuée récemment. Je tiens ma piste… Je m'empare d'un de mes flingues et me met à trottiner, toujours plié en deux, en suivant les traces. Celui qui les a faîtes les a effacées de son mieux, mais ce dont il ne s'est pas rendu compte c'est que son camouflage hâtif se voit clairement au beau milieu des petites dunes de poussière qui s'amoncellent sur les pierres. Le large sillon qu'a laissé la branche qu'il a vraisemblablement traîné derrière lui me mène tout droit aux restes d'un camp. Les cendres d'un petit feu sont encore visibles, et un tas de bûches est entreposé entre deux rochers. Ça me laisse un peu perplexe, de voir qu'un type qui a pu s'échapper d'un centre de haute sécurité soit aussi maladroit quand à effacer les traces de son passage, mais bon… je vois pas trop qui d'autre aurait l'idée de venir se balader par ici, et camper en prime. Avec l'odeur que l'eau stagnante se paye, ça doit pas être un des grands lieus touristiques du pays.
Je m'approche des restes du feu, des fois qu'il ait laissé un truc pouvant l'identifier. Tout ce que je parviens à récupérer, c'est une pierre verte tenant dans la paume avec une rune bizarre gravée dessus. J'aurais dû emmener un chien de chasse pour pister ce type. Avec tout ce qu'il laisse derrière lui, un débutant pourrait le retrouver avec un bon limier. Mais j'ai pas de limier, et je suis pas non plus un bleu. La gâchette commence à me démanger, faudrait que je trouve une cible vite fait pour lui foutre un pruneau entre les deux yeux, ça me calmerait un peu, j'en suis certain. Toujours est-il que je suis pas sûr que le mec que je poursuis soit celui qui a allumé le feu. Il s'en faut de peu pour que je ne me mette à chanter Johnny sous l'effet conjugué de la frustration et de l'excitation. Putain, c'est vraiment le summum de la honte de penser à ça alors que je suis en chasse ! Les enflures qui m'ont laissé croupir un an dans un centre d'entraînement vont me payer ça, je le jure. En fait, en me penchant sur le sol autour du feu, je me rends compte qu'il y avait pas qu'une personne ici. Y'a eu un combat, les traces de sang disséminées un peu partout en témoignent. La marque des gouttelettes mène tout droit au sentier qui grimpe la colline. Le type blessé est parti par-là, mais était-ce bien celui que je recherche ?
Etant donné que je n'ai aucun moyen de déterminer si la piste que je tiens est la bonne, je me décide à la suivre quand même. Au pire, avec la tronche de psychopathe du type, y'a bien quelqu'un qui devrait le connaître dans les environs. Je rengaine donc mon pistolet à contrecœur et commence l'ascension de la colline. La montée tient plus de l'escalade que de la randonnée, mais les prises sont nombreuses et le seul problème qui m'embête vraiment est le poids de mon sac. Additionné à mes armes, mon chargement doit bien dépasser les cinquante kilos, et grimper sur une falaise pratiquement à-pic avec ça n'est pas à la portée du premier venu. Heureusement encore une fois, je ne suis pas le premier venu. Une fois en haut, je me rends compte avec déplaisir que ce que je prenais pour un surplomb rocailleux est en fait le contrefort de toute une zone de désert aride et poussiéreux. J'ai bien fait de pas prendre des rangers, je me serais explosé les tibias en moins de deux sur un terrain comme ça. Maintenant, ce qui m'embête le plus c'est que suivre une piste là-dedans va être pire que chiant, et que l'endroit a pas l'air de regorger de types stupides à qui péter la gueule pour se détendre un petit coup.
« Je te jure que j'ai entendu du bruit ! »
Ah, je retire ce que je viens de dire. Je me jette derrière un gros rocher et ressort mon flingue. Habituellement, je préfère assurer le coup avec un bon fusil face à un groupe, mais là, je compte bien faire durer le plaisir. Et avec un Desert Eagle tirant du 50mm, ça va saigner juste comme il faut. Y'a de quoi percer un blindage avec ça.
« Y'a rien du tout en Emyn Muil, abruti ! » fait une autre voix. « Pas la peine de prétendre voir quelqu'un pour faire du zèle ! »
« Ouais », commence un troisième. « Moins je vois d'humain dans le coin et mieux je me porte, moi. Alors on évite de s'attirer des ennuis pour rien. »
Les voix sont gutturales et maîtrisent à peine la langue, ça se voit. Quant à savoir qui ils sont pour parler des hommes comme s'ils étaient d'une race différente, c'est une autre affaire. Je retire lentement le cran de sureté de mon flingue, qui émet un clic assez plaisant à entendre. De l'autre côté du rocher, mes trois défouloirs continuent de parler à haute voix tout en s'approchant. D'après leur conversation, ils sont sensés garder le terrain face aux étrangers. Donc soit ils m'ont repéré et le font exprès, soit ils sont véritablement dépourvus d'intelligence pour pratiquement gueuler sur tous les toits qu'ils ont vu un truc louche. D'après leur élocution, c'est la seconde solution qui s'impose. Dès que je juge qu'ils sont assez prêt, je jailli de ma cachette et pointe mon Eagle vers eux.
« Salut, les péquenauds », dis-je. « On se balade ? » Mais mon sourire se fige dès que je pose le regard sur eux. Ils sont bien trois, là-dessus pas de problèmes, mais ils sont maquillés d'une façon tellement grotesque que mon étonnement se mut très vite en fou rire. Leurs visages sont barbouillés de noir et de brun, avec quelques traces de vert du plus bel effet. « Eh mais vous vous croyez à Halloween ou quoi ? Bravo pour le cosplay, vous feriez fureur dans un meeting de fantasy ! »
Ils ne semblent pas comprendre ce que je viens de dire, mais semblent au moins aussi surpris que moi au début. En plus de s'être étalé je ne sais quel mélange de peinture sur le visage et les mains, ils se sont visiblement amusés à se fabriquer des fausses oreilles en latex pour qu'elles aient l'air à moitié grignotées par des rats, et ils portent des morceaux d'armures qui ont l'air parfaitement authentiques. « Tu te crois où, l'humain ? » me lance l'un d'eux. « Je vous avais dit que j'avais entendu quelqu'un ! » continu-t-il à l'attention de ses potes. Ceux-ci brandissent des espèces d'épées éméchées qui ont-elles aussi l'air de sortir tout droit d'un film fantastique de seconde main.
Par contre, j'apprécie pas trop la façon dont il me parle. « Tu te calmes connard, si tu veux pas que je te bute en premier. J'ai reçu l'autorisation de tuer tous les potentiels témoins de mon passage ici ».
L'autre rigole. « Me tuer ? » Les autres le suivent dans son délire.
Je comprends pas trop, là. Il me prend pas au sérieux ou quoi ? N'importe quel abruti aurait reconnu un Eagle, y'en a dans tous les films dignes de ce nom ! Je me décide à forcer la dose. « Regarde, c'est très simple : j'ai juste à appuyer sur la détente, la balle part et ta cervelle se répand sur les rochers. Ton sang coule dans la poussière, et toi tu meures sur le coup. Ça te plait pas ? »
« A un contre trois, et avec un couteau primitif ? » Redoublement de son hilarité.
Un couteau primitif ? Il a jamais vu un flingue de sa vie ou quoi ? « Démonstration. » Je baisse légèrement mon bras et tire dans sa jambe. Son genoux se transforme instantanément en une belle buée noire, et lui ne crie même pas, tout occupé qu'il est à me dévisager sous le coup de la surprise. Par contre, mon bras se prend un fichu contrecoup. J'avais perdu l'habitude de ce genre de désagrément. Le morceau de jambe restant part en arrière, et arrive directement dans les bras d'un de ses copains, qui prend une mine épouvantée et siffle d'étonnement en se dégageant du morceau saignant que je lui ai offert. Là, je crois qu'ils ont compris.
« Comment il a fait ça ?! » pleurniche l'estropié. « Tuez-le ! »
« Toi, ta gueule. » Je tire une deuxième balle qui lui explose cette fois le crâne. « Chose promise, chose due. Je t'avais dit que le peu de cervelle que tu possédais irait décorer les lieus… » Les deux autres hésitent, et ça leur est fatal. Mon doigt presse une fois encore la détente, et le bras de l'un d'eux se détache de son torse, entraînant un cri de douleur tel que j'en ai rarement entendu. Quelles femmelettes… et encore, c'est insulter la gente féminine. J'ai connu des matrones plus solides que ça. Le dernier se décide enfin à agir et me fonce dessus, sa parodie de glaive au poing. L'assaut est balourd et maladroit, je n'ai qu'à faire un pas de côté pour l'esquiver, et à tirer une dernière fois dans le même mouvement. Atteint en pleine poitrine, il titube sur quelques mètres avant de s'affaisser dans la poussière. Je me tourne vers le blessé qui se traîne par terre à l'aide de son bras valide. « Où tu comptes aller comme ça ? » Je le rattrape en quelques pas et le chope par sa tunique crade et rapiécée. Ils ont pas lésiné sur les détails, pour leur jeu de rôle. Il me jette un regard épouvanté et gesticule dans tous les sens, ce qui a pour seule conséquence de faire gicler du sang noir sur mon visage. Il n'aurait pas dû.
« Démon ! Les elfes se sont alliés avec des démons ! »
« Les elfes ? Tu te crois dans un conte pour gosses attardés ? » Je le plaque contre la roche et rengaine mon flingue pour me saisir de la photo de ma cible. « Ce type, tu le connais ? »
« T'es avec les rôdeurs ! Je ne dirais rien, fils de pute ! »
Je lui fous mon poing dans le ventre, et plutôt deux fois qu'une. Il crache du sang, tout aussi noir que le reste, ce qui ne manque pas de m'étonner. Je n'y avais pas fait attention avant, mais ils ne saignent pas rouge, ces types ? Je range la photo et prend mon couteau. « Tu sais pourquoi personne ne connait mon père, connard ? » dis-je en faisant tourner les rayons du soleil sur la lame.
« Parce que t'es un démon ! » Il s'accroche à ses conneries d'élucubrations, mais au moins je dois reconnaître qu'il a des couilles pour continuer à me provoquer dans sa situation.
« Parce que personne ne nique ma mère » Copyright à Chuck Norris, mais ça convient trop bien pour que je me retienne de le dire. Je lui enfonce le couteau dans son moignon qui pisse déjà pas mal le sang, et il crie encore plus fort que précédemment. Son fluide vital sombre et poisseux coule entre mes doigts, rendant glissante ma prise sur l'arme. Histoire de ne pas laisser tomber le couteau, je l'enfonce un peu plus profondément. « Quand tu disais rôdeur, tu parlais de ce type, hein ? »
« Je sais pas ! J'en sais rien » Il gémit à chaque fois que je retourne l'acier dans la plaie.
Je dégage mon couteau et le plaque contre sa joue. « Tu ferais bien de le savoir, vraiment… » J'entaille sa pommette et passe la lame sous le lambeau de peau que je viens de détacher de sa chair, avant d'entamer plus sérieusement sa joue, l'écorchant lentement. Ses gémissements et ses cris sont tout ce qu'il y a de plus plaisant à entendre. « Toujours amnésique ? »
« Non, non, les rôdeurs du Nord ! Il est avec eux ! Ses yeux… ses yeux sont comme les leurs ! Mais j'ai dit ce que tu voulais, lâche-moi ! Pitié ! »
« Comment on se rend chez ces rôdeurs ? » demande-je. J'interromps néanmoins son dépeçage le temps qu'il me réponde.
« Continue dans cette direction, quand t'arrive au fleuve tu traverses et tu vas à l'ouest… Une fois que t'as quitté le Rohan, pars vers le nord… Les rôdeurs sont par-là, j'en sais pas plus, juré ! »
« Dernière question : tu es quoi ? » Un type possédant du sang noir, c'est normalement un type mort. Le noir est la couleur de la gangrène, et si le sang est infecté c'est le décès assuré. Alors pourquoi ces mecs étaient-ils en super forme avant qu'ils ne se frottent à moi ?
Il parait étonné. « Je suis un orque du clan des Snagas ! Au service de l'Œil ! »
J'ai dû abuser un peu sur la torture, le pauvre type divague totalement. Les orques, ce seraient pas les espèces de gobelins au service de je-ne-sais-plus quel seigneur des ténèbres qui règne sur je-ne-sais-plus quelle Terre ? Je regrette de m'être déconnecté du monde cinématographique depuis aussi longtemps. « Y'a des potes à toi dans le coin ? »
Il secoue négativement la tête et me supplie encore une fois de le lâcher. Je recule de quelques pas pour me placer au bord de la falaise qui surplombe les marais et exécute de bon cœur sa demande. Un bruit joyeusement immonde m'informe que ça vie vient de s'achever en même temps que sa chute. « Yipikaï, pauvre con. » Je me penche pour m'assurer de sa mort, et ça me permet en même temps de vérifier que tout son sang est noir. Différentes parties de son anatomie son répandues sur un rayon de trois mètres, créant une tâche sombre dans la poussière plus claire. Bon, n'empêche, j'ai utilisé quatre balles pour buter ces clodos, ça veut dire que j'en ai déjà plus que trois dans mon Eagle. Si je rencontre un groupe plus important, faudrait que je pense à utiliser mon autre flingue ou un fusil. Par contre si je croise un type seul, je me ferais un plaisir de vider mon chargeur en lui explosant les deux jambes et en l'achevant ensuite. Pas de gâchis de munition, comme ça, et je m'amuserais un peu. Je m'écarte du vide et vais m'essuyer les mains sur les habits rapiécés du mec que j'ai atteint en plein torse. C'est le seul qui n'ait pas pissé le sang au point d'en imbiber totalement ses vêtements…
Cette petite sauterie a au moins eu le mérite de me détendre un peu, sans compter que je n'ai maintenant même plus besoin de suivre une piste pour savoir où ma proie va se rendre : le type va forcément aller pleurnicher dans les jupes de sa mère en accusant les méchants de l'autre monde où il est allé et blablabla… C'est pitoyable, mais c'est la même chose à chaque coup. Dès qu'une de mes victimes se sent en danger, elle ne peut s'empêcher d'appeler sa mère, alors pourquoi celle-là serait-elle différente ? Enfin, j'espère juste que ça sera pas du désert durant tout le chemin, parce que j'aimerais franchement qu'il y ait à déplorer quelques victimes collatérales de plus sur mon passage. Dommage que je ne crois pas en Dieu, ça m'aurait permis de prier pour des rencontres amusantes. Il vaut mieux ne pas perdre plus de temps, aussi me met-je en marche dans les contrées désolées qui s'offrent à moi. L'avantage, c'est que contrairement aux déserts de sable, le soleil ne tape pas trop fort sur celui-ci, ce qui facilite assez mon avancée.
En trois heures, je ne vois toujours pas le bout de cette merde. Je sais pas ce que les mariols voulaient dire en désignant cet endroit d' « Emyn Muil », mais ça voulait signifiait sans doute « labyrinthe ». Il s'écoule pas plus de deux minutes avant que je n'ai une falaise à escalader ou un fossé à descendre. Je pourrais essayer d'en faire le détour, mais par expérience, ça ne servirait qu'à me faire tourner en rond. Je me demande ce que ces « orques » devaient garder, le paysage se charge lui-même de stopper toute intrusion. Je m'arrête pour boire un peu et lève le visage vers le ciel. La nuit ne devrait pas tarder à tomber, ce qui explique mon relatif épuisement. Epuisement parce que je n'ai pas dormi depuis trente-six heures, relatif parce qu'il en faut tout de même plus pour m'abattre, mon record étant de cent-huit. Oui, j'ai dormi deux jours d'affilé ensuite, mais je mets n'importe qui au défi de rester concentré autant de temps en scrutant sans cesse les rochers alentours dans la crainte d'en voir surgir des soldats ennemis.
Je m'arrête donc dans une sorte de gros tuyau d'évacuation en pierre. Y'en avait un peu partout sur le chemin, et ça pourrait expliquer l'odeur des marais. En tout cas, ils sont dans un tel état que je doute qu'ils puissent encore servir à transporter de l'eau moisie, alors autant qu'ils me servent d'abri. Je jette mon sac dans la cavité et pousse un soupir de soulagement. Il faut encore que je me déleste de mes fusils et de mon gilet pare-balle pour que je puisse me masser un peu les épaules. Elles sont quasiment ankylosées d'être restées si longtemps à porter un tel fardeau, et vaut mieux que je sois en forme si je me fais attaquer pendant la nuit. Le guignol m'a peut-être dit que ses potes traînaient pas dans le coin, j'ai aucune confiance en la parole d'un mort, même si c'est moi qui l'ai tué. Je sors ma couverture de mon paquetage et l'étends devant l'entrée du tuyau. Si jamais quelqu'un vient, je n'ai pas besoin d'y voir pour l'entendre, et j'aimerais autant pas qu'il voit mon armement avant que je ne m'en serve. Et puis ça me protégera un peu du vent qui commence à se lever.
Je m'assieds contre une des parois et m'empare d'une conserve. Je n'ai aucun moyen de faire du feu, la région ne présentant pas la moindre trace d'arbre, mais la plupart des rations militaires ont prévu ce genre de désagrément. Je me « régale » donc d'une First Strike Ration froide et purement dégueulasse. Le matériel américain est franchement à chier, décidément. Je regrette un peu de ne pas avoir pris le temps de mieux choisir mes provisions en partant. Reste à espérer que je me baladerais d'ici peu en forêt, pour pouvoir chasser de quoi me nourrir convenablement et surtout trouver de quoi allumer un feu. C'est pas que je me les gèle, mais un peu. Une fois mon repas, si j'ose appeler ça ainsi, avalé, je ramasse mon fusil de précision. Celui-là, je l'ai choisi avec soin. Un M40A3, dérivé d'un fusil de chasse déjà assez dévastateur. Si j'entends le moindre bruit dans mon sommeil, j'ai de quoi abattre la menace à à peine moins d'un kilomètre si besoin. Je le dépose délicatement sur mes genoux, canon tourné vers la couverture, et me blotti contre la paroi en prévision d'un petit somme. Le soleil levant ne manquera pas de me réveiller, je n'en doute pas. Et au pire, je peux me permettre de prendre un peu de retard dans ma traque.
Je sais où il est, après tout.
Desert Eagle: pistolet semi-automatique tirant des balles de 40mm à 50mm. Possède un chargeur d munitions, officiellement peu utilisé dans l'armée, mais très prisé chez les particuliers.
M40A3: fusil à longue portée dérivé d'un fusil de chasse. Portée utile de 920m à 960m, utilisé dans les armées de l'OTAN.
First Strike Ration: ration militaire américaine, apportant 2900 calories par jour. Souvent considérée comme obsolète par les armées autre que les USA.
Merci de m'avoir lu! N'hésitez pas à poster une petite (les grandes sont elles aussi les bienvenues xD) review, ça fait toujours plaisir :)
