2. Dans l'antre de l'ennemi

Je reste figée. Je n'arrive toujours pas à prendre le contrôle de mon corps. Quelque chose m'en empêche. Je ne peux que regarder fixement le sable à l'endroit où se trouvait auparavant une boite bleue. Je suis sûre d'avoir rentrer les bonnes coordonnées. Le TARDIS aurait dû me ramener sur Terre. Que s'est-il passé ? Je pensais que le vaisseau, après tout ce que nous avions traversé m'aimait bien… Ou du moins, m'appréciait suffisamment pour ne pas me laisser en territoire hostile en plein milieu de la nuit.

J'entends des pas derrière moi. Je n'ai pas envie de savoir qui s'approche. Le visage du Docteur m'avait frappé. Je sais que ce qui vient pour moi ne me veut pas du bien. Mais que puis-je faire ? Je suis coincée, immobile, incapable de bouger. L'emprise sur mon corps est trop forte. Et je n'arrive pas à m'en défaire.

Puis les pas s'arrêtent. J'entends une respiration derrière moi, un souffle presque mécanique. Je sens comme une main invisible qui me soulève du sol, brutalement et me fait me retourner. Je suis face à…

Oui, voyager avec le Docteur permet de donner un autre sens au mot impossible néanmoins, il me faut du temps pour digérer tout ce qui me fait face. J'ai beau me répéter que, tout ce que je vois est réel, une petite voix dans ma tête n'arrête pas de me dire que ce n'est pas possible.

Parce que devant moi, je vois des stormtroopers et leur chef, en noir, se prend pour Dark Vador. Il faut vraiment que le Docteur se dépêche de revenir avant que ma raison ne flanche définitivement. Parce que, sans être une fan inconditionnelle de la première heure, j'ai tout de même vécu sur Terre et je connais Star Wars. J'ai vu les films, je connais l'histoire d'Anakin, Obi-wan, Luke, Leïa et Han Solo. Je sais qu'une autre trilogie est en préparation, j'ai même vu la bande-annonce mettant en scène l'homme qui se tient face à moi. Si mes souvenirs sont exactes, son sabre laser est rouge et ressemble plus à une épée qu'à un sabre. Dès que le Docteur serait de retour, il fallait que je discute avec lui. Il me détruit mes rêves d'enfance en me disant que Robin des bois et que le Roi Arthur n'existe pas et ne sont que des légendes et il omet de me dire qu'on pouvait visiter Tatooine ? Je me retiens de rire, ça ne m'aurait attirer que des ennuis. Mais là, c'est trop… Je sens mes nerfs craquer sous le coup de l'émotion.

Dark Vador junior se met à parler me faisant sortir de mes pensées :

« J'ai hâte que tu me révèles comment ton ami à pu disparaitre. »

Ah… il avait vu le TARDIS. La situation devient plus compliquée pour moi. Deux stormtroopers me passent des menottes aux poignées. C'est à cet instant que l'emprise qui m'empêchait de bouger disparut tout simplement. J'ai failli tomber de surprise, mais mes gardes m'en ont empêcher.

« Conduisez-là avec l'autre prisonnier. Tuez tous les autres. »

J'ai de suite moins envie de rire. Je n'ose pas regarder la population se faire décimer et je me laisse conduire vers le vaisseau principale.

On m'enlève les menottes une fois que je suis entrer dans ma cellule. Je tente de reprendre mes esprits et de ne pas paniquer. Le Docteur va venir. Il me l'a promis. Je n'ai qu'à patienter et à ne pas me faire remarquer. Je m'assois sur la planche de bois qui sert de lit, regardant mes pieds, espérant entendre le son du TARDIS.

« Hé ? »

Je relève la tête vers la cellule d'en face. Un homme me regarde, à travers les barreaux qui nous séparent. Je m'approche de lui. Il se met à chuchoter, pour ne pas que les gardes nous entendent :

« Je t'ai jamais vu. T'es de la Résistance ?

- Euh… on vous appelle pas les rebelles ? »

Il me fixe surpris.

« Tu as un peu trente ans de retard ma grande. L'Alliance Rebelle se battaient contre l'Empire et l'ont vaincu. Nous, nous nous battons contre le Premier Ordre. D'où sors-tu pour ne pas savoir ça ?

- Je viens de la Terre… »

Le silence dure un moment.

« Jamais entendu parler.

- Ouais, disons que c'est très loin. Je suis venue ici par accident. Je sais même pas sur quelle planète nous sommes.

- Jakku, me répond-il, puis, au bout d'un moment : Ma question va être un peu brutale, désolé. Si tu n'es pas de la Résistance, si tu es ici par hasard, pourquoi Kylo Ren ne t'a-t-il pas tué avec les autres ?

- C'est qui Kylo Ren ? »

Il n'a pas le temps de me répondre. La porte s'ouvre déjà coupant court à notre discussion. On ouvre ma cellule à ma grande surprise en premier. Je regarde une dernière fois mon compagnon de cellule, paniquée et même s'il tente de montrer un visage rassurant je sens bien que je ne vais pas aimer l'endroit où on va m'emmener. Je n'ose pas résister.

Pourtant, quand j'aperçois le siège qui m'attend pour l'interrogatoire, je commence à me débattre. C'est totalement inefficace et on m'y installe sans grande difficulté après que j'ai pris un coup dans le ventre, coupant ma respiration. L'homme masqué noir attend. Nous sommes bientôt seuls, face à face. C'est énervant de regarder un masque. Parce que ça fait peur, ça fait grand méchant et ça rappelle Dark Vador. Je suis sûre que s'il l'enlevait, je le trouverais de suite moins effrayant. Ce n'est pas la première fois que je me trouve dans ce genre d'endroit mais généralement, je ne suis pas seule, le Docteur n'étant jamais très loin. Comment fait-il pour garder un certain contrôle ? Hum… il commence par déstabiliser ses adversaires. Que puis-je faire pour surprendre ce type ?

Peu à peu, je trouve la réponse en faisant le lien avec ce que me disait l'autre prisonnier :

« Ah ! C'est vous Kylo Ren ? »

Il ne répond pas. Peut-être est-il vexé ? Je continue à jouer au seigneur du temps énervant pour gagner le plus de temps possible avant que les choses sérieuses ne commencent :

« Bonjour, moi c'est Alice. Enchantée. Vous savez, il y a d'autres moyens de faire connaissance avec les gens que des les attacher à une chaise…

- Silence ! »

Il tend la main vers moi, dans un geste reconnaissable entre mille : il utilise la Force pour me faire taire. J'ai l'impression d'étouffer, je sens la pression qu'il exerce sur ma gorge augmenter. L'insolence, il n'aime pas cela. Je commence à manquer d'air, je n'arrive pas à reprendre mon souffle, mais il continue. Au bout d'un moment, il arrête. J'hoquète, j'inspire difficilement et je sens ma tête qui tourne.

Le silence s'installe et je n'ai plus le courage de le briser. Il tend sa main vers mon visage et je me crispe, m'attendant à ressentir la même douleur que tout à l'heure… Je ferme les yeux, je serre les dents. Rien. J'ouvre timidement un oeil, puis le deuxième. Il est toujours en face de moi, sa main près de mon visage. Et il ne se passe toujours rien. J'imagine que ce n'est pas normal, que ce qu'il tente de faire ne marche pas car le moment est quand même très long et il ne me pose aucune question. Par contre, peu à peu, je le sens de plus en énervé. Je ne fais rien, mais ça ne lui va pas quand même. Il me gifle, très fort. J'ai le goût du sang dans ma bouche.

« Très bien, passons à l'autre méthode alors. »

Il prend une sorte de scalpel, laser. C'est à cet instant que je remarque des petits droïdes qui devait être utilisé dans ce genre de situation. Sans réfléchir, je me mets à parler.

« Vous savez, vous pouvez aussi poser vos questions d'abord et utiliser ce truc seulement si je n'accepte pas de répondre. »

Oui, mon courage comme ma dignité m'ont abandonné à la vue des instruments qui se trouvent à côté du scalpel et qui doivent être aussi munis de lasers. Il rie, augmentant ma honte.

« Très bien. Comment êtes-vous arriver sur Jakku ? »

Hum… là je peux répondre sans difficulté, inutile de mentir, il a vu le TARDIS.

« Par le vaisseau que vous avez vu…

- Quel est ce vaisseau »

Plus délicat, alors jouons l'ignorance…

« C'est mon ami qui le commande, moi je le suis c'est tout. C'est un vaisseau spatial, si j'ai tout compris »

C'est pitoyable de réduire le TARDIS à un simple vaisseau spatial mais il ne doit pas savoir ce dont est capable cette magnifique boite bleue. Je sens que je ne l'ai pas convaincu. Et il décide de passer à la question la plus compliquée pour moi.

« Qui est votre ami ? »

Voilà. Là, les choses sérieuses commencent. Vu les réactions du Docteur, il est déjà venu et il s'est attiré des problèmes. Puis-je dire que je voyage avec lui ? Peut-être qu'on le connait voire même qu'on le recherche… ce qui ne serait pas étonnant. Ce n'est pas prudent de révéler tout aussi facilement. Ou alors, si je dis que je voyage avec le Docteur, cela pourrait ne dire absolument rien à mon tortionnaire, il penserait que je me moque encore de lui et l'interrogatoire continuerait. Je ne sais que faire. Révéler son nom ou mentir. S'il peut apparaitre maintenant et faire diversion avec son tournevis sonique pour que nous puissions nous enfuir, ce serait le moment idéal. Je reste silencieuse. L'autre soupire, prend le scalpel et commence à l'approcher de ma joue. Ma respiration s'accélère. Avant qu'il ne touche ma peau, je craque :

« Il s'appelle John Smith. »

Il suspend son geste. Un moment. Je pense m'en tirer. J'ai répondu à toutes ses questions. Il n'a qu'à se débrouiller avec le nom de code du Docteur. Il n'aura rien de plus. Ce n'est pas en plus comme si je lui mens. Je lui dissimule juste certaines informations qui pourrait se révéler sensible… Cependant, je dois paraître peu convaincante. Il m'entaille la joue me faisait crier de douleur.

Il continue méticuleusement, en activant les droïdes. J'ai mal. Des larmes coulent. Il ne me laisse même plus le temps de lui répondre. Je sens qu'il se délecte, voire qu'il s'amuse de me voir ainsi. Je n'arrive plus à réfléchir. Il faut qu'il arrête. Je crie. Je n'en peux plus. Pourquoi je me suis dit que je devais lui cacher des choses ? Tout révéler aurait été beaucoup plus simple. Pourquoi ai-je voulu jouer les héros ? Cela ne m'aurait rien coûté de lui dire qu'il s'appelait le Docteur. Il m'aurait laissé tranquille ensuite… Ou il m'aurait demandé d'où nous venions et on se serait retrouvé au même point. Mes pensées sont confuses. Seule la souffrance est claire.

Il s'arrête un court instant. Quelqu'un vient d'entrer. C'est le moment pour moi de couper court à l'entretien. Je ne peux en supporter davantage. Il m'aurait posé n'importe quels questions, je lui aurais répondu. Et cela ne doit pas arriver. Continuant sur ma lâcheté, je feins de m'être évanouie. Lorsqu'il se tourne vers moi, je peux l'entendre s'agacer sur le stormtrooper qui l'avait interrompu. Il me gifle, pour me réveiller. Je reste sans réaction. Ce n'est absolument pas le moment de craquer. Je sens ses doigts parcourant ma joue, là où il avait passé la lame en premier.

« Tant pis. Nous reprendrons tout à l'heure. »