Chapitre 2 Etranges circonstances

La glace fondait doucement. Il ne fallait pas dégeler la bête trop vite, cela aurait risqué de la tuer. A présent, cela faisait deux bonnes heures qu'on avait commencé à la décongeler, et seul le haut du crâne était visible. Les scientifiques y posèrent des électrodes pour mesurer l'activité du cerveau. Le résultat était incroyable. Non seulement la créature était encore vivante, mais en plus l'activité de son cerveau était d'une intensité démesurée. Il fonctionnait à 70% de sa capacité.

C'était l'heure du dîner, il ne restait qu'une poignée de personnes en salle de recherche, la plupart étant au mess. Daniel observait attentivement le phénomène, scrutait l'expression sur son visage, surveillait le moindre mouvement. Elle avait une expression froide et fermée et un air supérieure de puissance marquait ses traits. A force de la fixer, il crut voir ses yeux noirs et sans expression bouger très rapidement, mais c'était impossible, son visage était encore sous la glace. Pourtant, cette idée lui donna des sueurs froides. Il préféra ne pas y repenser, et se dirigea vers le réfectoire pour rejoindre Jack et Teal'c. Il n'osa pas leur parler de ce qu'il avait cru voir de peur d'être pris pour un fou, même si ça n'aurait pas été la première fois.

Juste après le repas, Jack fit une annonce au personnel :

« Voilà comment nous allons fonctionner pour cette nuit, cinq équipes de quatre, deux scientifiques, deux militaires, se relaieront toutes les deux heures jusqu'à 8h00. Je veux qu'il y ait toujours quelqu'un en salle de recherche pour surveiller le spécimen. Les équipes sont affichées devant le mess. Pour les autres, bonne nuit. »

Une bonne partie de la nuit se déroula sans anicroche. Mais vers quatre heures du matin, l'alarme fut déclenchée, réveillant toute la base.

« Oh ! C'est pas vrai, pour l'amour de Dieu, j'aimerais bien faire une nuit complète juste une fois ! »

O'Neill se leva puis s'habilla rapidement, et se dirigea en courant vers la salle de recherche. Daniel, Teal'c et l'équipe qui venait prendre le relais étaient déjà là. Jack découvrit, horrifié, les corps atrocement mutilés de l'équipe précédente. Le laboratoire ne ressemblait plus qu'à une immense marre de sang. Des coups de feu avaient été tirés dans tous les sens, l'un des soldats avait la gorge tranchée, et le scalpel ayant visiblement servie à son meurtre dans la main. Le second militaire avait eu les yeux crevés, et on distinguait sur sa gorge des marques de strangulation. Les deux scientifiques avaient le corps criblé de balles.

« Mon Dieu, mais qu'est ce qui s'est passé ?

- Aucune idée, on les a trouvés comme ça, mon Général. » dit l'un des sergents présents.

Daniel s'était approché de la créature comme pour chercher en elle les réponses à ce drame. Sa tête était désormais complètement dégelée. Mais la bête restait immobile. Pourtant, il savait qu'elle les observait. La vision qu'il avait eu avant le déjeuner n'en était peut-être pas une. Il prit Jack à part un peu plus loin dans le couloir.

« Jack, il faut arrêter l'expérience, je suis sûr que c'est ce monstre qui provoque tout ça. J'ai vue ses yeux bouger hier, je suis certain qu'il nous observe.

- J'en ai comme l'intuition aussi, mais pour l'instant on est sûr de rien. Et je ne peux pas faire arrêter les recherches comme ça, il y a des gens au dessus de moi, Daniel.

- On va tous mourir si on reste ici.

- N'exagérez rien. On ne sait même pas avec précision ce qu'il s'est passé. Je mets la base en quarantaine et une enquête sera menée mais c'est tout ce que je peux faire pour le moment.

- Appelez au moins le Sanctuaire, ils nous seront d'une grande aide, Jack.

- Daniel, la dernière fois qu'on a appelé votre cher Magnus, on s'est retrouvé enfermé dans une grotte sans issue avec un vilain reptile qui voulait nous carboniser, alors non merci.

- Jack, on a quand même fini par sortir de là. Essayez de lui faire un peu confiance.

- J'ai dit non, Daniel. N-O-N, vous connaissez le sens de ce mot ?

- Bien mais ne venez pas vous plaindre après... »

Jack, exaspéré par l'insistance de Daniel, rejoignit les autres pour leur donner certaines indications... avant d'aller se recoucher.

« Bien, alors voilà ce que l'on va faire. La base est en quarantaine jusqu'à nouvel ordre. Personne ne rentre ni ne sort jusqu'à ce qu'on ait trouvé ce qui est arrivé à ces hommes. Envoyez les corps à la morgue pour qu'ils soient autopsiés, je veux les résultats au plus vite. En attendant, on continue les recherches en renforçant la sécurité. Je veux quatre militaires en relais 24h/24, et pas question de tirer au flan, on reste un minimum éveillé, messieurs.

- A vos ordres, mon Général.

- Sergent Alistair, allez informer vos camardes des événements. Daniel je vous laisse vous occuper des têtes chercheuses.

- Oui, mon Général, affirma Alistair.

- Pas de problème, comme ça je leur épargnerai le Jack O'Neill insupportable du matin. »

Jack ignora la remarque de Daniel et passa sa main sur son visage comme pour effacer la fatigue.

« Pourquoi faut-il toujours que ce genre de chose arrive sous mon commandement ? lâcha-t-il dans un soupir d'agacement.

- Maintenant, vous savez ce que ressentait le général Hammond. » sortit Daniel, fier de lui.

O'Neill chercha à lui faire peur en avançant brusquement d'un pas. Il obtint l'effet escompté, et, satisfait, repartit vers ses quartiers avec un sourire moqueur

Cette fois-ci, c'est un réveil au bip bip agaçant qui réveilla le général O'Neill vers 7 heures du matin.

« C'était trop beau pour être vrai... »

Il s'extirpa de son lit pour la deuxième fois aujourd'hui, se prépara et se dirigea vers le mess. A peine était-il sorti de sa chambre que deux scientifiques lui sautèrent dessus.

« Vous avez intérêt à faire vite et simple, les gars, parce que je viens de me lever et j'ai pas encore pris mon petit déjeuner, je risque de ne pas avoir beaucoup de patience.

- Euh... Oui, Général, dit l'un des scientifiques, en peu décontenancé par la réaction de l'homme.

- Alors...? Qu'est ce qu'il y a ?

- On a autopsié les corps comme vous l'avez demandé.

- Et ? Accouchez pour l'amour de Dieu !

- Il semblerait qu'ils se soient entretués.

- Et vous savez pourquoi ?

- Non, mais nous avons relevé un indice important. Ils ont tous un taux anormalement élevé d'adrénaline dans le corps, comme si, avant de mourir, quelque chose ou quelqu'un leur avait fait très peur.

- Leur taux d'adrénaline était vraiment spectaculaire, s'ils ne s'étaient pas entretués, encore quelques secondes et ils seraient tous mort d'une crise cardiaque, affirma le deuxième scientifique.

- Les quatre en même temps ?

- Sûrement.

- Bien, merci Messieurs. »

Vers midi, il alla retrouver Daniel dans ses quartiers et lui parla du rapport d'autopsie. Ce dernier maintenait que c'était la bête qui était à l'origine de ce taux hormonal spectaculairement élevé. Désormais, cette dernière était décongelée presque jusqu'à la moitié.

« Jack, faites stopper l'expérience et faisons venir Magnus et son équipe avant qu'il ne soit trop tard.

- J'ai appelé le Pentagone pour qu'ils fassent tout arrêter, mais ils refusent puisqu'il ne s'est rien passé depuis plusieurs heures.

- Ils attendent qu'il y ait d'autres meurtres ou quoi ?

- Daniel, ce type de projet coûte très cher, on ne peut pas tout arrêter sous prétexte d'un incident isolé, même si les circonstances sont suspectes. Moi, je suis d'accord avec vous, mais pas eux.

- Je préviens Le Sanctuaire !

- D'accord.

- C'était pas une question, dit Daniel en sortant de sa chambre.

- Ça m'aurait étonné. » répondit Jack alors que Jackson était déjà loin.