Tout d'abord je suis très heureuse que le prologue vous a donné envie de lire la suite, enfin, surtout la potentielle présence d'Eric dans la fiction, ne soyons pas dupes ! hihi Mais il n'y a aucun mal ceci dit, Eric est juste le meilleur ! \o/
Ensuite, je tiens à faire quelques petites précisions avant d'attaquer le vif du sujet : Dans cette fanfiction, Will n'est pas mort, et il s'occupe par ailleurs avec Eric de l'instruction des jeunes initiés transferts. Cela ne veut pas dire que Quatre ne sera pas présent, seulement Will prend en quelque sorte sa place. Pour ce qu'il s'agit de sa romance avec Christina, vous verrez bien ce qu'il en est :p
Chapitre I : Ne pas choisir, c'est déjà choisir (oui, petite citation de Sarte, soyons fous !)
Mes paupières commençaient à brûler, me faisant signe de me réveiller. Les rayons de soleil perçant dans ma chambre, j'entrouvris un œil, ce que je regrettai aussitôt. Ce soleil n'était pas humain, comment pouvait-il être aussi chaud et aveuglant à une heure aussi matinale ? On n'était même pas encore en été... Je soupirai lentement, puis décidai de me lever, ou du moins de m'asseoir au bout de mon lit. Ma chambre était assez banale. C'était une vraie chambre de Fraternelle, les murs étaient en bois de cèdre, du parquet au sol, une commode en noyer, un vase avec des jonquilles fraichement cueillies par mon père et un parfum constant de Fraternel ; de fragrance florale mélangée à une odeur de cuisine. Ma mère devait déjà être en train de préparer le petit-déjeuner.
J'allai donc en direction de la salle à manger, où je trouvai mes petits frères jumeaux, mon père et ma mère tout deux en cuisine. Seulement... Aucun d'eux n'était assis, me laissant encore face à ma hantise du choix. Sur quel siège m'asseoir ? Cela en devenait ridicule. Je laissai à nouveau un soupire m'échapper, que ma mère remarqua.
"Qu'est-ce qu'il y a encore Angèle ? Ça ne va pas ?" me demanda-t-elle presque inquiète, alors qu'en 16 ans, elle devrait commencer à comprendre que quelque chose n'allait pas chez moi. Je ne répondis rien, et m'assit à la chaise que mon père m'indiqua. Il vint derrière moi, et me serra dans ses bras, enfouissant sa tête dans mon épaisse tignasse brune roussie qui me servait de chevelure.
"Mais qu'est-ce qu'elle a ma p'tite Angèle ?" me dit-il sur un ton bébé et taquin "Elle a faim, c'est ça ? A table tout le monde, on va manger !" s'égaya-t-il en tapant sur une casserole en cuivre pour faire signe à mes petits frères de venir s'attabler... Ce qu'ils firent au quart de tour. Ma mère nous servit alors une salade de fruits, de la confiture et du pain frais. Elle se tourna vers moi au moment de servir la salade.
"Est-ce que tu veux que je rajoute une goutte de sérum pour toi, ma chérie ? Tu as l'air un peu fatiguée ?" me proposa ma mère. Je haussai les épaules. Sérum ou pas sérum, ça ne m'aidera pas pour mon choix tout à l'heure. Le sérum chez les Fraternels nous aidait à garder notre sympathie, bienveillance et bonne humeur constante, et préservait le pacifisme et l'émulation dans notre faction. Ma mère prit la décision à ma place, et m'ajouta quelques gouttes de sérum mélangé à du miel dans ma salade de fruit. Je la remerciai et commençai à manger.
"Tu es prête pour ta cérémonie ma puce ?" me demanda mon père, comme tout excité. Je ne répondis rien et soupirai simplement. Non, je n'étais pas prête du tout. Mon père remarqua mon air abattu, prit mon petit frère qui chahutait sur ses genoux, puis me tapota l'épaule.
"Ça va bien se passer, peu importe ce que tu choisis" me rassura ma mère. Oui, j'aimerais bien moi aussi. Mais ce n'était pas aussi simple. J'avais toujours trouvé un moyen jusque là d'échapper aux choix qui s'étaient présentés, mais là... Il n'y avait aucune manière de fuir. J'étais coincée par ma propre vie.
Alors que je quittais avec mes parents la maison, je pris conscience d'une chose : ayant des aptitudes pour les Érudits, et pour les Fraternels, je pourrais tout simplement faire la plouf devant les récipients. Ce pourrait être une solution... Ou pas. Pourquoi exclure les autres choix ? L'Altruiste l'avait dit de lui même, aucune faction ne me correspondait plus. Ce qui avait déterminé mon test d'aptitude ce n'était que ma simple volonté de ne faire aucun choix, mon côté Érudit, c'était mon côté "je réfléchis, pour me trouver une excuse de ne faire aucun choix" et mon côté Fraternel, c'était mon héritage familial. Dans quelle impasse j'étais...
Le trajet en train fut silencieux. Mes parents s'égayaient tous les deux devant le ciel, et les teintes propagées des aurores matinales, mais à part ça, la rame était assez silencieuse. En fait, l'ambiance était presque morne. Je pouvais voir plusieurs autres familles semblables à la mienne, mais dont les visages des parents paraissaient inquiets, fermés voire gravement sérieux. Ils devaient craindre que leurs enfants ne leur reviennent pas, qu'ils choisissent une autre faction. Je me tournai alors vers mes géniteurs.
"Oh et regarde là ! On dirait un éléphant à tambourin !" s'exclama mon père devant un nuage, devant les yeux émerveillés et enchantés de ma mère.
"Mais non, c'est un stylo qui pète !" corrigea ma mère, et ainsi gloussèrent-ils comme deux grands enfants.
"Mais enfin ma chérie, ça ne pète pas les stylos !" se moqua gentiment mon père.
"Bien sûr que si ! Pourquoi ne pourraient-ils pas ?" s'obstina ma mère. Je détourne alors le regard, esquissant un petit sourire. Qu'ils étaient heureux et comblés. J'espérais que mon choix, peu importe ce qu'il serait ne leur fera pas de peine. Je n'avais pourtant jamais été exactement proche de mes parents. Non pas que je les détestais, mais nous n'étions que très rarement sur la même longueur d'onde. Nous ne rions jamais pour les mêmes choses, et les conversations étaient bancales, les échanges entravés comme si nous parlions une langue différente. Mais nous nous aimions tout de même, puisque nous savions que nous formions une famille, et que nous resterions soudés coute que coute. Bien que la Faction passe avant les liens de sang...
Enfin arrivés chez les Érudits, dans leur hall de conférence, mes parents et moi prîmes place. Une grande partie des Sincères et des Altruistes était déjà là, tandis que la totalité des Érudits était réunie, formant une sorte de vague bleue roi. Les Audacieux n'étaient pas encore arrivés, et à ce que j'en entendis, on s'attendait déjà à une entrée fracassante de leur part. Et en effet, près d'un quart d'heure plus tard, les portes s'ouvrir brusquement, et dans un vacarme monstrueux, mélange de cris, de bruits de chaînes et de coups dans les sièges, les Audacieux déboulèrent dans le hall et vinrent sauter sur leurs sièges avant de s'asseoir. Quand même... Il ne faut pas penser gratuitement du mal d'autrui, mais qu'est-ce qu'ils ont l'air ridicules. On aurait dit une horde de babouins bavant d'envie devant une banane gesticulante. Je parle bien sûr de Jeanine Matthews, la grande représentante des Érudits. C'était une femme très charismatique, qui dégageait beaucoup d'autorité et de respect par sa simple stature, droite, assurée, et confiante. C'était une femme de pouvoir, une femme ambitieuse et déterminée.
Elle tapota le micro, avant de se racler doucement la gorge avec un air de lady. Quelle classe quand même. Les Audacieux se turent immédiatement. Elle imposait sacrément de respect. Je m'enfonçai dans mon siège, m'armant de bonne volonté pour rester éveillée lors du discours que je sentais arriver à des kilomètres à la ronde.
"Mesdemoiselles et messieurs, jeunes gens de toutes les factions ici représentées, je suis Jeanine Matthews, et je vais me charger de l'orchestration de votre Cérémonie du Choix. Comme vous le savez... "
Sa voix était ferme, mais à la fois relativement chantante. Juste ce qu'il fallait pour captiver un auditoire, et maintenir son attention, ce qui n'était pas chose aisée étant donné la majorité de jeunes ados de 16 ans présents dans la salle. Cette femme était une véritable enchanteresse, son discours était d'une rhétorique magnifiquement organisée et sublimement articulée. Un mot et pas un autre. Elle pourrait galvaniser bien des foules avec des discours comme celui-ci, et aurait bien plus de crédibilité et de conviction - ou plutôt de persuasion - qu'un discours de Sincère, si elle proclamait les déclarations publiques à la place des Altruistes et Sincères. Mais cela pouvait également être dangereux, si cette rhétorique était utilisée à des fins douteuses. Cette femme était bien capable de nous faire avaler n'importe quoi si ça lui chantait. Autant dire que ce n'était pas très rassurant. Mais bon, je devrais arrêter de me prendre la tête avec des remarques pareilles, sans doute quelques émergences de ma pensée Érudite, ça ne servait à rien, et ça ne valait pas la peine de se donner une migraine à cogiter sur le potentiel bienveillant d'une personne, qui plus est une Érudite. Leur rôle n'était pas politique après tout.
Enfin, le discours terminé et les manifestes lus, Jeanine nous présenta les récipients posés sur une table tout à fait à l'avant du hall, près d'elle. Dans le premier en partant de la droite, du charbon pour les Audacieux, ensuite du verre pour les Sincères, puis des galets gris pour les Altruistes, de la terre pour les Fraternels et enfin de l'eau pour les Érudits. Jeanine commença la liste en partant de la fin, ce qui était un peu surprenant, mais après tout on s'en foutait un peu de l'ordre, tout le monde finirait par être appelé. Mes parents eux brûlaient littéralement d'impatience. Mon père était tout rouge et ma mère se ventilait la face avec ses mains, ce qui lui donnait un air un peu bêta.
"Roh et imagine qu'elle aille chez les Sincères ! Elle serait tellement mignonne toute en noir et blanc avec un air de petite femme sérieuse !" s'extasiait presque mon père, alors que ma mère et lui commençaient à s'imaginer des scenarii tous plus fous les uns que les autres quant à mon futur. Je soupirai. Sincère. Ou peut-être Altruiste, Érudite ou Audacieuse, ou tout simplement toujours Fraternelle. Je ne parvenais toujours pas à me décider.
"Angèle Marais" mon nom retentit dans le silence pesant et stressant du hall. J'écarquillai les yeux, et croisai le regard bleu azur de Jeanine posé avec insistance sur moi. Elle leva un sourcil, puis hocha la tête. Oui, elle venait bien de m'appeler. Ma mère et mon père tremblaient et s'excitaient en chuchotant comme de véritables enfants au cinéma, me poussant gentiment vers l'allée, pour que je puisse rejoindre Jeanine et la table aux récipients. Je relevai un peu les pans de ma robe pour descendre les marches de l'escalier de l'allée. Aujourd'hui, j'avais mis une robe longue aux rayures horizontales blanches et jaunes, un classique un peu criard mais indémodable de la garde-robe Fraternelle.
J'arrivai en face de Jeanine. Celle-ci me fit alors un signe à la fois très simple et très sec, en tendant sa main ouverte vers les récipients. M'invitant à faire mon choix. Je me tournai alors vers les récipients, face à toute l'assemblée. Face à toutes les factions silencieuses et tendues par la Cérémonie et l'idée que leurs enfants puissent ne plus jamais revenir dormir dans leurs lits. Je pris dans ma main droite la petite dague au manche en bois admirablement sculpté des symboles des cinq factions, un travail d'orfèvre Fraternel. Serait-ce un signe du destin ?
J'apposai alors la lame du couteau contre ma paume gauche molle et rebondie, et tire légèrement l'ustensile vers moi, tailladant l'intérieur de ma main. Je grimaçai intérieurement au picotement provoqué, bien que cela restait tout à fait surmontable. Je fermai alors la main et reposai la dague à ma droite. Le moment était arrivé. Il me fallait impérativement choisir, je ne pouvais plus reculer. Je sentais le sang chaud se frayer un passage dans les plis de ma main gauche, il allait bientôt couler. Alors, Audacieuse ? Sincère ? Altruiste ? Fraternelle ? Érudite ? Je commençai à trembler. Choisis. Écoute ton instinct. Choisis juste.
Soudain, il y eut comme un courant d'air qui ouvra la porte à ma gauche, je me tournai alors légèrement pour voir de quoi il s'agissait et c'est alors que... Le sang dégoulina. Ma main pile au dessus des charbons brulants. Deux gouttes de sang vinrent tomber et couler le long de ces morceaux noirs, symboles Audacieux.
"Audacieuse" entendis-je Jeanine annoncer. Une hola de cris et une ovation de réjouissances vint soulever la foule des Audacieux, qui m'applaudirent et me félicitèrent à gorges déployées. Je restai un moment immobile, incapable de comprendre ce qui venait de se passer. Jeanine dût remarquer mon petit instant de blanc littéral, et secoua sa main devant mes yeux, comme pour réveiller une personne dont le regard commençait à se fondre dans le vide.
Je repris conscience du lieu où j'étais, le hall. De ce qu'il venait de se passer, mon sang avait coulé sur les charbons brûlants. De la faction qui allait désormais être la mienne, les Audacieux. J'esquisse un bref regard vers mes parents, qui semblent hurler de joie. Les deux avaient vraisemblablement parié sur cette faction. Je baisse les yeux, et me dirige presqu'à reculons vers les Audacieux. L'un d'entre eux vint me serrer dans ses bras :
"Bienvenue petit bisounours ! Tiens, un câlin pour pas trop te dépayser !" Puis un autre Audacieux vint me donner une grande tape dans le dos, qui me fit presque m'étouffer avec ma propre salive.
"Haha tu vas découvrir la vraie vie, petite troubadour !" Et ainsi, à tour de rôle, tous les Audacieux natifs qui avaient décidé de rester dans leur faction d'origine vinrent me souhaiter la bienvenue à leur manière, à coups de petites tapes dans le dos, de petites railleries, d'ébouriffage de cheveux, de tirage de joue et j'en passe et des meilleures. Il semblerait que pour eux j'étais une "petite nature sentimentale qui joue du banjo et enterre les fleurs quand elles sont mortes pour leur redonner une vie et de belles couleurs". Ce qui n'était en soit pas tout à fait faux. On me fit alors signe de m'asseoir sur un siège vide, près d'autres transferts. C'est ainsi que je m'asseyais près d'une Érudite encore vêtue d'un bel habit proprement repassé bleu marine.
"Elizabeth" se présenta-t-elle en me tendant sa main. Je la regardai tout d'abord d'un air un peu perdu. Serrer la main... J'avais déjà vu des gens le faire dans la rue pour se dire bonjour, mais je ne l'avais jamais fait. Pour dire bonjour chez les Fraternels, nous nous enlaçons, ou au moins nous embrassons. Et comme d'habitude, lorsque je ne sais pas quoi faire, je ne fais rien, je m'abstiens. Elizabeth néanmoins semble se montrer compréhensive, elle me prend la main d'elle-même, et me la serre en la secouant légèrement. Alors c'était ça, se serrer la main. Bof, pas très chaleureux ni concret. Ca fait un peu "Bon, tu es bien gentil mais ne me refile pas tes microbes, alors évitons les câlins entre nous". Il allait falloir que je m'y habitue, chez les Audacieux non plus pas d'enlaçades pour se dire bonjour.
"Et toi c'est Angèle, c'est ça ?" me demanda Elizabeth, visiblement en l'attente d'une réaction de ma part.
"Oui, c'est ça, Angèle" lui répondis-je un peu timidement, d'un ton à peine inaudible. Bon il fallait que j'avoue que pour une Fraternelle, j'étais pas franchement des plus sociables. Je veux dire, dire et demander des nouvelles, ça je savais faire, mais concrètement commencer à nouer des relations ou des amitiés c'était pas vraiment ma tasse de thé. Et pourquoi ça ? Parce qu'il fallait choisir si on était d'accord pour qu'une personne passe du statut de connaissance à intime, et là encore je ne savais pas quoi choisir. De base, on pouvait relativement faire confiance aux Fraternels, qui étaient tous très amicaux, mais ce n'était pas spécialement le cas pour les autres factions. A l'école que je fréquentais, nous étions mélangés avec des Sincères et des Altruistes, et autant dire que si les Altruistes étaient encore supportables, les Sincères étaient de véritables soupes au lait difficiles à intégrer dans un cercle amical. Il fallait que je travaille sur ça aussi...
Enfin, une demi-heure plus tard, la Cérémonie fut conclue, et toutes les factions quittèrent la salle. Maintenant, ce n'était plus les Fraternels que je devrais suivre, mais les Audacieux. Ceux-ci se précipitèrent et s'élançaient à l'extérieur, si bien qu'Elizabeth et moi durent nous mettre nous aussi à courir pour les rattraper. Une fois à l'air libre, les Audacieux se dirigèrent vers les charpentes de la voie ferrées et... commencèrent à grimper dessus pour rejoindre la plateforme à une dizaine de mètres au dessus du sol. Elizabeth et moi restèrent quelques secondes bouche bée à les regarder agilement escalader la structure. Puis finalement, Elizabeth me fit un signe de tête, et se jeta à l'eau. Elle s'accrocha à une barre, et commença elle aussi à grimper, déchirant légèrement sa belle veste cintrée.
"Quand faut y aller, faut y aller !" me cria-t-elle pour nous motiver. C'est marrant quand j'y pense. Cette devise n'était absolument pas la mienne. Il semblerait que j'aie trouvé en Elizabeth mon parfait opposé. Néanmoins, il n'y avait aucun choix à faire, il fallait que je suive les Audacieux et que nous rejoignions leur faction. C'est pourquoi, je n'y réfléchis pas à deux fois, et saisis à mon tour une barre à ma hauteur, avant de me hisser le long de la structure en métal. Une fois arrivée en haut, j'esquissai un regard derrière moi... puis un en bas, que j'aurai peut-être dû me garder d'oser. Je n'avais pas le vertige, mais la hauteur restait tout de même incroyablement impressionnante. Une main vint me saisir le coude, et m'aida à me relever, c'était un des Audacieux natifs qui m'avait salué dans le hall.
"Pas mal l'amie !" railla-t-il presque. J'eus un petit sourire de remerciement, puis me tournai vers Elizabeth qui avait un peu plus de mal que moi. Pas étonnant, j'avais passé mon enfance à grimper dans les arbres, elle avait dû passer la sienne assise dans une bibliothèque. Je la voyais essayer de faire de son mieux pour se dépatouiller de manière efficace, mais elle avait un peu de mal. Je ne savais alors pas quoi faire. Lui proposer mon aide ? Peut-être qu'elle n'en avait pas besoin après tout, ou qu'elle préférerait réussir seule. Mais d'un côté, peut-être qu'elle ne refuserait pas un petit coup de main. Je restai donc à la regarder, en attendant son feu vert pour agir. Mais elle n'en fit rien, et ce n'est que lorsque son pied glissa, et qu'elle manqua de tomber dans le vide que j'agis instinctivement, et lui saisis le poignet de mes deux mains, l'aidant à se reprendre et à finir de grimper le dernier mètre pour arriver sur la plateforme.
"Mer... Merci" déclara-t-elle à bout de souffle en me gratifiant d'un sourire sincère. Mais le repos ne fut que de courte durée, puisque lorsque le train arriva, à une centaine de mètres plus loin, il roulait à toute vitesse et ne semblait pas sur le point de s'arrêter. Alors on allait le faire. L'espèce de truc dégénéré que je voyais les Audacieux faire de temps en temps. Ceux-ci commencèrent à trottiner le long de la plateforme, et Elizabeth et moi en firent de même. Le train arriva alors et siffla, perçant dans une rafale de vent. Je vis les Audacieux saisirent des poignées situées à l'extérieur du train, presser des boutons pour ouvrir les portes des wagons, et sauter dedans. Il fallait que je fasse la même chose. Il fallait que j'attrape une poignée, n'importe laquelle. Celle-ci ? ... Ou celle-ci ? Encore ce problème de choix. Laquelle serait la plus idéale ? Laquelle me permettrait de rentrer vite et de manière efficace dans un wagon ?
"L'Amie ! Décide-toi, dans 20 mètres y'a plus de plateforme !" me lança l'Audacieux natif. Et en effet, à quelques mètres plus loin, c'était le vide complet, et je le voyais arriver à toute allure. Mon rythme cardiaque s'accéléra violemment, j'attrapai la première poignée que je vis passer et me jetais à l'intérieur du train. J'eus juste le temps de sauter, que la plateforme avait déjà disparu de sous mes pieds. Je n'en revenais pas, et soufflai bruyamment.
"Angèle !" m'appela Elizabeth "J'ai eu peur que tu te rates !" me dit-elle en me donnant une petite tape dans le dos, alors que je m'accrochais à la barre centrale du wagon. C'était fou. C'était complètement fou. Les Audacieux étaient fous. Ils étaient même fous à lier ! Pourquoi risquer sa vie pour sauter dans un train en marche, alors qu'il s'arrête à toutes les stations ?
"C'est complètement dément, pas vrai ?" me confirma Elizabeth. Je hochai de la tête pour affirmer. M'enfin, je suppose que ça allait devenir notre quotidien, il allait falloir qu'on s'y fasse. Mais nous n'étions pas au bout de nos surprises, puisqu'à peine une demi-heure plus tard, d'autres transferts se ruèrent aux fenêtres avec des airs paniqués. Nous les imitâmes.
"Angèle... Ne me dis pas qu'il... sautent ! Ils sautent du train et se jettent sur le toit du bâtiment !" s'écria Elizabeth. Et beh mon vieux... Je levai un sourcil et soupirai. Je sens qu'on a encore rien vu. Heureusement, nous avions quelques Audacieux natifs dans notre wagon, qui nous expliquèrent - bien que de façon succincte - ce qui allait se profiler. L'un d'entre eux pressa le bouton, et ouvrit ainsi la porte du wagon. Une bourrasque de vent vint souffler, levant les jupons des demoiselles et les cravates des messieurs.
"Bon, alors écoutez bien. On doit atterrir sur ce bâtiment là-bas. On ne dispose que de 7 secondes à cette vitesse pour y arriver, donc il va falloir réagir très vite. On va ouvrir les deux autres portes du train, comme ça on va pas tous sauter du même endroit et donc pas créer d'embouteillage. Souvenez vous ! Soyez rapides, ou soyez aplatis !" Voilà de quoi bien nous motiver. Mais nous restâmes très concentrés, près à sauter d'un moment à l'autre. Si bien, que lorsque le bâtiment approcha, nous nous jetâmes tous à l'eau et nous élancèrent avec le plus d'élan possible dans le vide. Mes pieds heurtèrent le sol, et je me réceptionnai mal, roulant sur le dos pour finir sur les fesses, les jambes presque écartées. Je les refermai aussitôt, n'oubliant pas que j'étais en robe et que les culottes bouffantes en coton blanches des Fraternels n'étaient pas des plus sexy. Elizabeth vint rouler et finir sa chute à côté de moi, son beau tailleur bleu tout poussiéreux. Elle souffla de soulagement, et un rire lui échappa, qui me contamina légèrement, puisque je gloussai aussi discrètement.
"C'est bon, pas de bobos chez les transferts ?" se moqua une voix rauque. Je me redressai, et avec Elizabeth, nous nous dirigeâmes vers son propriétaire, qui était monté sur le rebord du bâtiment. C'était un homme de forte carrure, d'environ 1m80 sinon plus, à la peau bronzée et aux yeux aussi noirs que la nuit du solstice d'hiver. Il portait un t-shirt sans manche noir qui lui moulait un torse et une ceinture abdominale incroyablement travaillée, tandis qu'une veste en cuir recouvrait ses épaules, qu'on devinait tout aussi musclées.
"Mon nom est Max" nous informa-t-il "Je suis le leader des Audacieux, et ici vous êtes chez moi. Et pour rentrer chez moi, il faut s'en montrer digne et franchir le premier obstacle" puis il nous montra d'un signe de tête le vide derrière lui "C'est en bas. Il n'y a qu'un moyen d'y parvenir, c'est de sauter dans le trou" Alors, un brouhaha de chuchotements parcourt notre groupe de jeunes, parmi lesquels même les natifs semblaient abasourdis. Finalement, un Sincère décide de prendre la parole, une fois de plus prononçant tout haut, ce que tout le monde pense tout bas.
"Il y a quelque chose pour nous rattraper en dessous ?" demanda-t-il, de la voix qu'il essayait de faire la plus confiante possible, mais qui laissait transpercer outrageusement un mélange de peur et d'inquiétude.
"Vous le verrez bien. Bon, qui se lance ?" proposa Max. Mais visiblement, l'Audace n'était pas au rendez-vous, puisque personne ne fit le premier pas "Allez, j'ai pas toute la journée !" s'impatienta le leader. L'idée de me proposer me traversa alors l'esprit. Pourquoi pas après tout, peut-être que cela pourrait me permettre de gagner des points auprès du leader, de me montrer intrépide et audacieuse, et puis ça m'étonnerait très franchement qu'il n'y ait rien pour nous rattraper en dessous, ce serait quand même une manière assez ridicule de se débarrasser des nouveaux arrivants. Mais d'un autre côté, je ne voulais pas me faire remarquer, et déjà qu'étant la seule Fraternelle à les avoir rejoint, je n'avais qu'une envie, c'était de me faire toute petite. Soudain, une autre bourrasque de vent nous bouscula, et Elizabeth en perdit sa veste qu'elle avait retirée. Je m'avançai et la saisi en plein vole pour la lui redonner, quand je pris tout à coup conscience que ce mouvement de ma part, ce pas en avant que j'avais fait n'avait pas été exactement interprété de la même manière par le leader qui avait posé son regard pile poil au bon moment sur moi, j'étais devant Elizabeth et je m'apprêtais à retourner me fondre dans la masse.
"Oh, mais nous avons une péquenaude parmi nous ! Volontaire en plus, si c'est pas merveilleux ! Allez va, saute et tu pourras câliner tes instructeurs" il descendit du rebord pour me laisser la place et sauter devant tout le monde. Cette fois-ci, je ne pouvais pas me défiler. J'avançai d'un pas pas très assuré, et grimpai avec précaution sur le rebord. J'esquissai un regard vers le bas. Il y avait un autre bâtiment beaucoup plus bas, et un énorme trou noir. Impossible de voir le fond. Je regardai derrière mon épaule à la dérobée, Elizabeth hocha la tête, me faisant signe de me lancer.
"C'est pour aujourd'hui, ou c'est pour demain ?" s'impatienta à nouveau Max. Quel caractère de merde, il ne donnait vraiment pas très envie de se jeter à l'eau. Néanmoins, lorsque je le vis arriver vers moi, je pris soudainement peur qu'il ne me pousse ou me jette dans le vide, et je décide de sauter de moi-même, sans réfléchir. Je fléchis légèrement les genoux et m'élance. La chute se fit dans un vent glacial, qui sifflait et perçait à me taillader les joues. Puis lorsque j'entrai dans le trou, ce fut comme si on eut éteint la lumière, et l'obscurité emplit ma vision. Puis soudain, ma chute fut brusquement interrompue et mon corps brutalement arrêté dans sa descente par une surface flexible, qui me fit rebondir quelques mètres plus haut, avant de définitivement m'arrêter. J'étais sur dos, étalée sur... un filet. Bien sûr qu'ils ne se débarrassaient pas de leurs nouveaux arrivants comme ça. Le filet bougea et me fit alors rouler sur le côté, et je fis face à un bel homme Audacieux, qui m'était familier, c'était celui qui m'avait aidée à me débarrasser du Peter en ville... Que était son nom déjà... Ah oui, Will c'est cela.
"Tu as été poussée ?" me demanda-t-il, avec un petit rire en me reconnaissant. Je restai bouche bée quelques secondes, avant qu'il ne me saisisse par les aisselles et me fasse descendre du filet, me ramenant à la terre ferme.
"N... Non, enfin je ne pense pas" répondis-je en bégayant. Il eut un petit sourire, dont je ne saurais dire s'il était moqueur ou amusé.
"Et donc tu t'appelles commentb elle amie ?" me demanda-t-il. Puis ce fut le blanc. Il eut un petit sourire bienveillant "Tu as le droit de changer de nom, ou de donner un surnom, mais choisis bien, tu n'auras pas d'autres occasions" Et là, la panique vint submerger mon corps. Choisir.
"Ang... " commençais-je. Mais je n'eus pas besoin de choisir un autre suffixe, puisqu'il entendit visiblement un prénom fini.
"Première à sauter, Angie !" cria-t-il à l'intention de quelques autres Audacieux, installés dans l'ombre, en retrait "Va te poster près du pilier, on va attendre les autres" m'indiqua-t-il. Je m'exécutai illico, et me dirigeai vers le pilier en question, passant devant les Audacieux dissimulés. Ils étaient deux, une jeune femme d'une vingtaine d'années, aux longs cheveux bruns et à l'air assuré, une femme de caractère sans doute. Puis, il y avait un homme tapi dans l'ombre, dont la silhouette qui se détachait n'était pas des plus avenantes.
Mon regard intrigué vint se poser sur cet Audacieux qui était en retrait, presque totalement fondu dans l'ombre. Il était adossé contre le mur, les bras croisés sur sa poitrine musclée. C'était là encore un homme de forte carrure, mais qui à la différence de Max dégageait quelque chose de plus que simplement provocant, celui là avait l'air véritablement intimidant et presque malveillant par le regard insidieux qu'il me lançait. Je levai involontairement un sourcil au ciel, avec nonchalance, ce qu'il ne sembla pas interpréter d'une très bonne manière, au vu du bruit que firent ses phalanges lorsqu'il craqua son poing droit. Je tressaillis mentalement à l'ouïe de ce son atroce. Il devait donc rester encore un peu de sérum fraternel dans mes veines.
Elizabeth fut la septième à sauter, et je remarquai qu'elle avait définitivement abandonné sa veste sur le toit. L'Audacieux qui m'avait réceptionnée cria alors "Lize" et je devinai donc qu'elle avait opté pour un petit changement de prénom. Lorsque le dernier sauta, je réalisai que j'étais définitivement la seule Fraternelle. Parmi les autres transferts, au nombre de 11, se trouvaient 5 Sincères, 5 Érudits, et à ma plus grande surprise une jeune Altruiste, qui répondait à l'humble nom de Marie. Une fois tous réunis, l'Audacieux qui s'était chargé de nous sortir du filet nous fit face, et prit la parole :
"Je suis Will, et voici Lauren et Eric" commença-t-il, me permettant de poser des noms sur les visages desdits Audacieux "Nous serons vos instructeurs pour votre initiation. Lauren se chargera des natifs, et Eric et moi-même nous chargerons des transferts" Un Sincère me donna un petit coup de coude et gloussa :
"Haha, ils ont besoin de deux mecs pour nous contrôler, alors que les natifs ont qu'une nana !" se moqua-t-il, mais le regretta aussitôt lorsqu'il sentit le regard foudroyant d'Eric se poser sur lui.
"Une remarque initié ?" demanda ce dernier d'un ton à la fois posé et ferme. Mieux valait ne pas chercher de noises à celui-là non plus.
"N... N... " ne parvenait pas à mentir le Sincère "Pourquoi on a besoin de deux mecs et eux qu'une nana ? On est si difficiles à encadrer ?"
Soudain, Eric s'approcha dangereusement du Sincère, à tel point que je fis un pas de côté instinctivement. Il vint plonger son regard dans les yeux paniqués et déjà humiliés du Sincère qui devint blanc comme un linge.
"Ton nom à toi c'était quoi déjà, Roy ?" demanda-t-il d'un ton meurtrier. Le Sincère acquiesça sans prononcer un mot "Et bien Roy, tu vas devoir apprendre à fermer ta grande gueule si tu veux rester en vie plus d'une heure ici" le menaça Eric. Si cette déclaration ne venait pas de lui, j'aurais sans doute considéré que ce n'était qu'une parole en l'air pour effrayer Roy, mais avec le ton, le regard, l'aura de Eric, cela pouvait vraiment passer pour une menace de mort.
"Bon les natifs" reprit Will "vous savez où vous devez aller, simplement demain rendez-vous avec Lauren à 8h dans la salle de combat. Pour les transferts suivez-moi, je vais vous faire la visite des locaux et vous montrer votre dortoir. Demain, nous attaquerons directement l'initiation" déclara-t-il. Bon, maintenant que j'y étais, je n'avais plus qu'à me laisser faire, on verra bien où ça me mènera.
Voilà, voilà. Je publierai le chapitre II incessamment sous peu ! Néanmoins, j'attends vos reviews de ce premier chapitre avec impatience. Surtout n'hésitez pas à me dire ce que vous aimeriez lire, le genre de scènes que vous aimeriez trouver, si vous avez des suggestions ou des conseils, étant donné que je n'ai qu'une très vague idée de là où la fiction se dirige pour l'instant, et que j'aimerais que vous preniez plaisir à la lire ^^
