Chapitre 2.

"m'efieur 'ancak quef 'ai 'anfé" tenta d'articuler Dean Winchester, la bouche pleine, en voyant son frère sortir de la salle de bain et s'installer face à lui.

Sam fronça les sourcils, en essayant de décoder ce que son aîné avait bien pu tenter de lui dire.

"Les meilleurs pancakes que j'ai jamais mangés" parvint-il enfin à dire, après avoir dégluti bruyamment.

"Tu m'as déjà dis ça la semaine dernière en Virginie, et la semaine précédente en Arizona" remarqua Sam, sans humour. Il regarda ce que son frère leurs avait rapporté pour leur petit déjeuné, et après quelques secondes d'hésitation, se décida pour le café à moitié froid.

"Ouais, et bien cela sont bien meilleurs ! Tu en veux ?" lui proposa-t-il, tout en désignant la boîte à moitié vide.

Sam eut une moue de dégoût.

"Dommage ! Tu ne sais vraiment pas ce que tu rates" dit-il, en prenant une autre bouchée. "En faite, je nous ai trouvés quelque chose" se pressa-t-il d'ajouter, en tournant le journal local vers son frère.

"Dean !" renâcla Sam, en jetant cependant un coup d'oeil curieux à la photo qui ornait la première page.

"Non, Sam !" coupa le plus âgé de deux frère, avec fermeté. Il savait très bien ce que son jeune frère allait lui dire, mais il refusait de l'entendre. Ils avaient déjà eu cette discussion. En faite non, il avait cette discussion presque tous les jours ! Et Dean commençait sérieusement à comprendre ce que son père avait pu ressentir lorsqu'il se disputait avec Sammy.

"Quoi, non ? Nous n'avons plus que quelques mois !" se crispa Sam, face au détachement de son aîné par rapport à la situation.

"Nous ? Je ne crois pas Sam. C'est à moi qu'il ne reste que quelques mois, et j'ai décidé que nous irions enquêter sur cette histoire" s'opposa Dean avec autorité et en désignant le gros titre.

"Et s'il ne te reste que quelques mois, c'est parce que je suis mort" lui fit remarquer son cadet, en réprimant un frisson comme à chaque fois qu'il y repensait. Il avait le vague souvenir du couteau pénétrant dans son dos, d'une douleur fulgurante, et puis plus rien jusqu'à ce qu'il se réveille.

"Et moi j'ai décidé que tu ne mourrais pas ! Tu comprends ça ?" s'énerva Dean. Pourquoi Diable, Sam ne voulait-il pas comprendre ? Ce n'était pas lui qui s'était retrouvé à veiller sur le cadavre de son propre frère. Ce n'était pas lui qui se réveillait toutes les nuits, juste pour s'assurer que Sam respirait toujours, que son corps n'était pas froid, qu'il n'était pas mort !

"Pourquoi ? Pourquoi tu ne veux pas que je t'aide ?" le questionna Sam, en reprenant son calme.

"Sammy... Ce n'est pas que je ne veux pas de ton aide, mais j'ai fait mon choix. Et si je dois mourir pour que tu vives, alors je mourrai pour que tu vives. Je te demande de l'accepter, c'est tout" expliqua le plus posément possible Dean. Puis le démon avait été on ne peut plus clair quant au sort de Sam, si ils venaient à rompre le contrat. Et pour rien au monde, Dean ne voulait revivre ce qui c'était passé à Cold Oak.

"Et moi, j'ai fait le choix de trouver une solution" le contredit son cadet, sur le même ton.

Ils se dévisagèrent un long moment, en sachant qu'aucun des deux ne baisseraient les yeux, et encore moins ne changeraient d'avis. Ils n'étaient pas des Winchester pour rien !

"En attendant, veux-tu, s'il te plaît, faire plaisir à un mort en sursis, et lire cet article ?" finit pas lâcher Dean.

"Ce n'est pas drôle" s'indigna Sam, en attrapant le journal.

"C'est moi qui vait mourir, alors si je trouve ça drôle... Ok, c'est pas drôle !" admit-il en voyant le regard noir de son frère. Et il devait se l'avouer, même s'il ne regrettait pas son geste, il ne pouvait s'empêcher d'avoir peur de ce qui allait lui arriver. La damnation éternelle, ce n'était pas rien ! Mais cela, il n'était pas prêt à le confier à Sam.

"Je ne vois pas en quoi cela nous regarde" déclara Sam, au bout d'un instant. "C'est un banal suicide. Le type enlève une gamine, se rend compte de son geste, et se tue."

"Oh ! Tu n'as pas du bien lire la partie où il est dit que cette arme n'a plus servi depuis 60 ans, et celle où sa femme affirme avoir vu un homme en noir au-dessus du corps de son mari" rectifia Dean, étonné par le peu d'interêt que de son frère semblait porter à l'affaire. Mais il c'était rendu compte que Sam ne s'intéressait plus à toutes ces histoires ! Il ne le suivait que pour lui faire plaisir. Et Dean ne savait que trop bien pourquoi.

"Ce n'est pas parce que l'arme n'a plus servi depuis longtemps, qu'elle ne marche plus. Et quant à l'homme... je veux dire, elle trouve son mari avec une balle dans la tête, apprend que celui-ci est un pédophile, qu'il vient juste d'enlever une petite fille et que, s'il ne s'était pas donné la mort, il aurait plus que sûrement tué l'enfant ! Tu ne trouves pas que cela fait beaucoup, et qu'elle a peut-être juste voulu se masquer une partie de la vérité ?" expliqua Sam.

"Je ne savais pas que tu avais pris option psychologie à l'université ! Bon sang, Sam, ouvre les yeux ! Bien sûr que c'est une affaire pour nous !"

"Et même si cette affaire est pour nous, ce type n'était pas innocent !" continua à se braquer Sam. Il ne voyait pas en quoi élucider la mort de ce George Swayer était plus importante que de sauver la vie de Dean.

"Depuis quand es-tu juge et bourreau, Sam ?" gronda Dean. "De toute façon, je veux aller enquêter sur cette affaire, alors soit tu viens avec moi, soit tu vas chez Bobby !"

"Je n'ai plus besoin de babysitter !"

"Oh, alors peux-tu m'expliquer pourquoi à chaque fois que je te laisse cinq minutes seul, tu trouves le moyen de te faire enlever ?... Et il n'y a plus de pancakes !" se plaignit-il, en voyant la boîte désespérément vide.

"D'accord, on va voir" soupira Sam. Il ne voulait pas décevoir son frère, même si le sauver était plus important. Mais plus les jours passaient, plus ils s'approchaient de la date fatidique, et plus Sam commençait lentement à perdre espoir. Il ne voulait pas perdre son frère, et il ne voulait d'autant pas le perdre que cela était sa faute. S'il avait tué Jack dés qu'il en avait eu l'occasion, ils n'en seraient pas là !

"Alors en route !" s'égaya Dean, en vérifiant qu'il avait bien récupéré toutes ses affaires.


Chapitre 3 : dimanche.