« Dans quel pétrin s'étaient-ils encore fourrés ? » se demandait Damon en regardant Quetsiyah leur parler. Si la sorcière apprenait que Stefan était le double mortel de Silas, elle n'hésiterait pas une seule seconde à tuer son frère. Et si Klaus l'apprenait, il ferait la même chose pour récupérer Blondie rapidement, et être débarrassé de Silas par la même occasion. Et le pire, c'est que Damon ne pouvait même pas leur dire que Bonnie avait brisé le lien, sinon Quetsiyah et Klaus risquaient de lui en vouloir et, peut-être, de la tuer.

Damon ne savait pas comment fonctionnaient les relations entre ancêtres et descendants : est-ce que Quetsiyah se sentait liée à Bonnie ? La protégerait-elle ou n'hésiterait-elle pas à la tuer si c'était nécessaire ? Ils ne connaissaient pas Quetsiyah, c'était une parfaite étrangère pour eux, et Damon n'avait aucune envie de lui faire confiance. La seule chose qui comptait, pour le moment, c'était qu'il parle à Bonnie pour mettre au point un plan. Malgré tous les problèmes qui les guettaient, Damon sourit à cette pensée : il n'avait pas travaillé en équipe avec Bonnie depuis longtemps et cela lui manquait. Il aimait tellement passer du temps avec elle et se battre contre leurs ennemis. Avec elle, il pouvait vraiment être lui-même : depuis leur première rencontre, quoi qu'il dise ou fasse, il savait qu'il ne décevrait pas Bonnie car elle avait déjà une mauvaise opinion de lui. Et au lieu de le faire mal se conduire, cette logique tordue faisait de lui une meilleure personne sans qu'il s'en rende compte. Puisque Bonnie savait qu'il était mauvais, Damon n'avait pas besoin de le lui prouver en faisant le con. Il se laissait même parfois aller à faire une bonne action, comme lui sauver la vie en la nourrissant de son sang. Si cela avait été Elena, elle aurait tout de suite imaginé qu'il devenait meilleur, et il aurait ensuite dégringolé dans son estime à la moindre connerie. Tandis qu'avec Bonnie, il n'avait pas d'explication à fournir : elle lui avait bien demandé pourquoi il l'avait sauvée, mais c'était de sa faute car il n'avait pas arrêté de lui reprocher d'avoir nourri Rick alors qu'elle n'en était même pas consciente. Le comportement de Bonnie envers Damon n'avait pas changé, ce jour-là : il l'avait sauvée parce que c'était nécessaire, pensait-elle, et pas par pure bonté. Et le fait que Bonnie ne lui ai pas rabâché les oreilles en lui disant que, finalement, il tenait à elle, ou bien qu'il n'était pas si mauvais, l'avait soulagé, car Damon détestait qu'on mette en avant ses bonnes actions. Les rares fois où Bonnie l'avait un peu enguirlandé, elle ne lui avait jamais dit, comme Elena : « fais-le pour moi » ou « sois un homme meilleur ». Bonnie lui imposait juste des limites en lui disant ce qui se faisait et ce qui ne se faisait pas. Elle n'en avait rien à faire qu'il soit Damon Salvatore, les règles étaient les mêmes pour tout le monde, et celui qui ne les respectait pas méritait d'être puni.

– Vous avez tous bien compris ce que je viens de dire ? leur demanda Quetsiyah. Pas de sale coup, sinon vous pouvez dire adieu à Caroline.

Ils n'eurent pas d'autre choix que d'acquiescer : la vie de Caroline dépendait maintenant de celle de la sorcière.

– Bien. Maintenant, j'aimerais bien prendre une douche et me changer avant de mettre au point notre plan pour vaincre Silas. Est-ce que quelqu'un peut me conduire chez Caroline ?

– Je t'accompagne, décida Klaus. Je n'ai aucune confiance en toi.

– Est-ce que tu as peur que j'abîme ce joli corps qui te fait tant envie ? demanda Quetsiyah, l'air dégoûté, tandis que Tyler la dévisageait.

Il ne parvenait pas à réaliser que ce n'était pas Caroline qui se trouvait devant lui.

– Je n'ai aucune intention de discuter de cela avec toi, répondit Klaus. Je veux juste m'assurer que tu ne nous caches rien.

– Puisque tu insistes... On y va, déclara Quetsiyah. J'aimerais beaucoup discuter avec toi tout à l'heure, dit-elle à Bonnie comme elle passait devant elle.

– Je viendrai ce soir, promit la jeune femme.

Lorsque Quetsiyah et Klaus furent sortis, Bonnie sentit une main serrer très fort son bras.

– Qu'est-ce que... dit-elle en se retournant.

– Il est hors de question que tu y ailles, Bonnie !

– Lâche-moi, Damon, soupira-t-elle.

– Tu ne te rends pas compte ! Si Quetsiyah voit Stefan, elle comprendra que c'est son double mortel et elle le tuera ! Et vu que tu as brisé le lien, Silas sera toujours vivant, et Quetsiyah et Klaus te tiendront pour responsable.

– Je sais ce que je fais, répondit Bonnie en se dégageant de son étreinte.

– Klaus est un originel, Bonnie, n'oublie pas qu'il peut t'hypnotiser pour connaître la vérité, si il a le moindre doute.

– Il ne doutera pas, lui assura Bonnie.

– Et si cela arrive ? demanda Damon en la dévisageant de ses grands yeux bleus.

Il détestait se montrer aussi possessif avec Bonnie, il savait qu'elle n'était pas une petite chose fragile qu'il devait protéger, mais, tout de même, se retrouver seule avec Klaus et Quetsiyah, c'était du suicide !

– Si Klaus m'hypnotise, je ne lui dirai pas que le lien est brisé.

– Ah oui ? Et comment tu comptes faire ça ? Tu as appris comment résister à l'hypnose d'un vampire originel ?

Bonnie était face à une situation étrange : la seule personne qui savait qu'elle n'avait pas brisé le lien était Caroline, et son amie était maintenant possédée par Quetsiyah. Bonnie se retrouvait donc seule avec le poids de son secret. Elle aurait bien aimé le partager avec Damon mais il était tellement impulsif, elle ne savait pas comment il réagirait. Et, en plus, elle lui en voulait un peu.

– Damon, ne t'en mêle pas, s'il te plait, dit Bonnie d'un ton las.

La jeune femme était fatiguée de tout cela, fatiguée de devoir choisir entre son envie de vivre une vie normale et d'être heureuse et son devoir de sorcière. Ils n'auraient jamais du partir à la recherche du remède. En plus, elle s'était laissée embobiner par Shane, qui l'avait persuadée qu'elle pouvait ramener Jeremy en faisant tomber le voile. Même si la mort de Jeremy lui avait brisé le cœur, Bonnie savait qu'elle n'aurait jamais du jouer avec cette magie noire et transgresser les règles de la nature : tout ce qui arrivait maintenant était de sa faute à elle, et elle ne pouvait pas laisser ses amis se faire tuer parce qu'elle n'avait pas envie de mourir, c'était ridicule : elle était une Bennett, et les sorcières de sa famille devaient faire honneur à leur lignée.

– Qu'est-ce qu'il t'arrive, witchy ? demanda Damon en l'observant attentivement. Tu n'as pas l'air dans ton assiette.

– Viens, dit-elle en l'entraînant par le bras jusque dans les toilettes des femmes.

– Voyons, Bonnie, je sais que tu ne peux plus te passer de mon corps, mais tout de même, dans les toilettes du Mystic Grill, dit Damon en roulant les yeux.

– Arrête tout de suite, j'ai quelque chose d'important à te dire. Et je te rappelle que ce qui s'est passé n'arrivera plus jamais.

– C'est ce qu'on verra, répliqua Damon, amusé. Alors, qu'est-ce que tu dois me dire de si important pour qu'on se cache ici ?

– Promets-moi que tu ne le répéteras à personne, pas même à Elena et à Stefan ?

– Pourquoi ?

– Damon...

– Je ne dirai rien à personne, dit docilement le vampire.

Bonnie respira un bon coup avant de parler.

– Le lien n'est pas brisé, Damon. J'ai menti.

– Quoi ?

Damon n'en revenait pas : depuis quand Bonnie se mettait à leur cacher des choses ? Et surtout à lui ?

– Je suis désolée, j'ai été lâche et je m'en veux. Maintenant, je vais dire à Klaus et Quetsiyah que j'ai brisé le lien comme ça Stefan ne sera pas en danger.

– Tu ne vas rien dire du tout ! Et pourquoi tu ne l'as pas fait ?

– Fait quoi ? demanda Bonnie pour gagner du temps.

– Brisé le lien ! répondit Damon, comme si c'était une évidence.

– Je... je ne m'en sentais pas capable.

– Ne me mens pas, je te connais Bonnie Bennett. Même à moitié morte, tu aurais quand même fait le sort.

Bonnie ne savait pas quoi lui dire : Damon avait entièrement raison, elle était capable de briser le lien mais elle n'avait pas voulu le faire car cela signifiait mourir. Elle avait voulu dire adieu à Damon et lui parler une dernière fois, avant de tuer définitivement Silas grâce à l'expression et d'en mourir. Bonnie s'était bien trompée : Damon n'avait toujours pas quitté Elena et Bonnie lui en voulait car si elle avait su que les choses s'arrangeraient entre Damon et Elena, du moins c'était ce qu'elle imaginait, elle n'aurait jamais fait l'amour avec Damon. Maintenant, elle se sentait vraiment coupable.

– Je n'ai aucune explication à te donner, Damon. Tu n'es rien pour moi.

Chaque mot qu'elle prononçait lui faisait mal et franchissait difficilement ses lèvres, mais Bonnie devait se ressaisir : elle avait fait une énorme bêtise, trahi sa meilleure amie et mis tout le monde en danger. Il était temps qu'elle règle tout ça, avant de retourner de l'Autre Côté. De toute façon, plus rien n'était possible avec Damon : elle avait voulu garder un bon souvenir de lui avant de retourner de l'Autre Côté, même si n'était que sexuel pour lui, et il avait tout gâché en lui mentant à propos de sa soi-disant future rupture avec Elena.

– Bien sur que je ne suis rien pour toi ! s'écria Damon. Je ne suis que celui avec qui tu as couché plusieurs fois. Tu espères qu'en te conduisant comme je le fais d'habitude avec les filles, qu'en m'utilisant pour ton plaisir et en m'ignorant ensuite, tu me feras du mal ? Hé bien, laisse-moi te dire une bonne chose, Bonnie : tu n'es pas capable de me blesser, mentit le vampire. Il n'y a qu'Elena qui puisse me faire souffrir. C'est la seule qui compte à mes yeux, les autres peuvent bien mourir, je n'en ai rien à faire !

Ni l'un ni l'autre n'avait conscience que leur haine et leur agressivité était une manière de masquer leurs vrais sentiments. Bonnie était blessée car Damon lui avait menti pour coucher avec elle : il était toujours avec Elena et il venait de lui dire qu'elle ne comptait pas pour lui, il n'y avait qu'Elena et personne d'autre. Damon était blessé également : il avait complètement paniqué en apprenant que Quetsiyah voulait voir Bonnie et il avait agi en voulant la surprotéger, ce que Bonnie détestait, il le savait. Il ne voulait pas étouffer Bonnie, mais il ne voulait pas non plus la perdre, et Bonnie était le genre de fille prête à se sacrifier pour sauver n'importe qui. Et elle avait fini par lui dire l'horrible vérité : il n'était rien pour elle.

– J'aurais du m'en douter, dit durement Bonnie. Toute cette histoire de rupture avec Elena, c'était bidon. Tu as endormi ma méfiance et mes scrupules avec tes mensonges.

Bonnie était un peu trop susceptible en parlant d'Elena, Damon le sentait. Se pouvait-elle qu'elle soit jalouse ? Damon était persuadé que non, sa petite sorcière le détestait de tout son être, elle le lui avait bien fait comprendre. Elle était loin d'être jalouse, elle devait probablement se sentir coupable.

– Crois ce que tu veux, rétorqua Damon, mais je ne t'ai forcée à rien.

– Je n'ai pas dit ça, corrigea Bonnie. Mais tu aurais du être honnête avec moi. Pourquoi as-tu prétendu que tu allais quitter Elena ? Pour me convaincre que coucher avec toi n'était pas un problème ?

– Parce que c'est ce que j'ai l'intention de faire, répondit Damon. Je ne sais juste pas comment m'y prendre.

– Tu n'es pas obligé de la quitter, Damon, c'est complètement ridicule, dit Bonnie en se demandant ce qui était en train de se passer entre eux.

Damon se justifiait devant elle, c'était totalement nouveau et cela la troublait. Elle n'avait pas envie que Damon quitte Elena, elle aurait juste voulu que le vampire ne lui mente pas pour l'avoir dans son lit, mais il était trop tard pour regretter, à présent.

– Tu n'as pas à te justifier devant moi, ajouta Bonnie. Ni à laisser tomber ma meilleure amie parce que tu as soudainement envie de te prouver que tu es quelqu'un de bien. Tu m'as menti pour m'avoir dans ton lit, reconnais-le, au moins.

– Je ne reconnaîtrai rien du tout, répliqua Damon. Je te dis la vérité, j'allais quitter Elena mais les événements se sont enchaînés et je n'ai plus du tout eu la tête à ça. J'ai passé des heures à te chercher partout, Bonnie. Si je t'avais menti, je serais resté avec Elena au lieu de partir à ta recherche, tu ne crois pas ?

– Puisque tu veux mettre un terme à ta relation avec Elena, pourquoi viens-tu de me dire qu'il n'y avait qu'elle qui comptait ?

– Parce que j'espérais te blesser, ou, au moins, te vexer. Mais j'oubliais que je ne suis rien pour toi, dit Damon en sortant brusquement des toilettes.

Bonnie ne comprenait vraiment pas pourquoi Damon ne la laissait pas tranquille, maintenant qu'il avait eu ce qu'il voulait. Qu'est-ce qu'il pouvait bien encore attendre d'elle ? Qu'elle l'accueille dans son lit tous les soirs ? Et, le comble, c'était ce qu'il venait de se passer entre eux : Damon voulait la blesser, la vexer ? Pour quelle raison ? Il était une vraie énigme et Bonnie savait qu'elle n'aurait jamais du tomber amoureuse de Damon Salvatore. Seulement, il avait été là pour elle lorsqu'elle en avait eu besoin, il l'avait ramenée à la vie, et elle avait craqué pour le côté sensible que Damon acceptait enfin de lui montrer, sans parler de l'attirance physique qu'ils ressentaient l'un envers l'autre depuis leur première rencontre.

« Il n'allait pas s'en tirer comme ça », se dit Bonnie en poussant violemment la porte des toilettes. Pourtant, lorsqu'elle aperçut Damon de dos, accoudé au bar avec son verre de bourbon, toute sa rancoeur s'envola. Bonnie jugea plus prudent de quitter le Mystic Grill immédiatement : elle avait besoin de prendre l'air.


...


– Qu'est-ce qu'il t'arrive ? demanda Matt à Damon en le voyant s'enfiler plusieurs verres d'alcool à la suite.

– Rien de tout, je vais très bien, répondit le vampire, le visage fermé.

– On ne dirait pas.

Ce n'était pas dans les habitudes de Matt de se mêler des affaires des autres, surtout quand cela concernait Damon, mais Bonnie était son amie et le jeune homme voyait bien que quelque chose clochait. Il venait de la voir passer devant le bar : elle paraissait furieuse mais son regard s'était adouci lorsqu'elle avait regardé le vampire et elle avait ensuite quitté précipitamment le Grill. En plus, Rebekah, Tyler et Jeremy étaient partis raccompagner April chez elle : il n'y avait donc aucun témoin gênant qui pourrait assister à leur conversation.

– C'est mon problème, pas le tien.

– Damon, arrête de boire et dis-moi ce qu'il se passe.

– Ne me provoque pas, Donovan. Pas maintenant, je ne suis vraiment pas d'humeur.

– Je sais très bien que c'est à propos de Bonnie, insista Matt.

– Bravo Sherlock, maintenant, est-ce que je peux boire mon verre en paix ou est-ce que je dois trouver un autre bar où picoler ?

– Damon, tu m'avais dit que tu voulais ramener Bonnie et j'ai gardé ton secret alors tu peux me faire confiance.

– Même si je te faisais assez confiance pour te parler de mes problèmes, tu ne pourrais pas m'aider, dit Damon en haussant les épaules.

– Dis toujours

Matt crut que Damon ne l'avait pas entendu ou qu'il n'avait pas envie de lui répondre car il y eut un blanc de plusieurs minutes.

– Est-ce qu'il t'es déjà arrivé de te dire que tu avais tout foiré dans ta vie, Donovan ?

Matt prit son temps pour réfléchir avant de répondre.

– Hé bien, étant donné que ma sœur est morte, ma mère est toujours partie je-ne-sais-où avec son petit copain du moment, je suis célibataire et j'ai arrêté mes études pour travailler dans un bar, je pense que je peux dire que oui, j'ai tout foiré dans ma vie.

En attendant Matt évoquer Vicky, Damon se sentit un peu coupable : c'était de sa faute si la jeune femme était morte, il l'avait transformée en vampire, sachant très bien qu'elle n'y survivrait pas car elle était instable. Damon aurait bien voulu dire à Matt qu'il était désolé, qu'il s'en voulait de lui avoir enlevé la seule personne qui lui restait, mais il n'y parvenait pas. Damon ne s'excusait jamais, cela ne faisait simplement pas partie de son caractère.

– Un point pour toi.

– Et toi, qu'est-ce qui te fait penser que tu as tout raté dans ta vie ? Je t'ai vu partir dans les toilettes avec Bonnie, il se passe quoi entre vous ?

– Rien du tout, la puissante sorcière fait équipe avec le méchant vampire et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, ironisa Damon, à moitié saoul.

– Je ne suis pas idiot, contrairement à ce que tu sembles penser, dit lentement Matt. Je... je sais que tu n'as pas seulement voulu ramener Bonnie pour Elena, c'était aussi pour toi. Et Elena sait que tu tiens à Bonnie.

– Vraiment ?

– Oui, Elena me l'a dit pendant que tu cherchais Bonnie sur l'île.

– Est-ce qu'on ne pourrait pas me foutre la paix, avec cette histoire ? s'emporta le vampire. J'aurais du la laisser mourir là-bas, dit Damon, conscient qu'il ne pensait pas ce qu'il disait mais la tristesse de n'être rien pour sa petite sorcière lui faisait perdre tout contrôle.

– Ne dis pas ça...

– Et pourquoi pas ? cria Damon, furieux. Je suis Damon, le méchant Salvatore, tu ne devrais pas être étonné que je sois un monstre. J'ai même transformé ta sœur, le provoqua-t-il.

– Tais-toi, Damon !

Le vampire aimait voir Matt triste en repensant à sa sœur, il se sentait ainsi moins malheureux car il n'était pas le seul à souffrir. Ce n'était pas bien, Bonnie n'aurait pas approuvé, il le savait, mais il n'était pas quelqu'un de bien, de toute façon.

Si Elena avait été là, elle lui aurait dit d'arrêter d'embêter ses amis. Mais Bonnie, elle, lui aurait dit de ne pas manquer de respect à Matt, car le fait d'être un vampire ne l'autorisait pas à rabaisser les humains. Damon s'était fait passer pour un monstre depuis le début et la jeune femme ne changeait pas d'avis sur lui, malgré les efforts qu'il avait faits pour Elena. Lorsque Bonnie avait fait l'amour avec lui, Damon avait été surpris car il avait toujours cru que Bonnie avait besoin d'être amoureuse pour cela, et elle ne pouvait pas l'aimer puisqu'elle était persuadée qu'il était mauvais, n'est-ce pas ? Damon était convaincu que Bonnie tomberait amoureuse d'un homme comme elle, qui aurait un grand sens moral et qui serait prêt à mourir pour sauver le monde. Damon avait été prêt à se sacrifier, lui aussi, mais uniquement pour Elena car c'était elle, son monde, du moins jusqu'à récemment. Que Bonnie tombe amoureuse de lui sans qu'il change était inconcevable pour Damon : elle était trop droite, trop morale. Et lui ne pouvait pas changer pour elle, même s'il l'avait voulu : à chaque fois qu'il essayait d'aller contre sa vraie nature, les choses empiraient. Pourtant, même si Damon n'en était pas conscient, quand il était avec Bonnie, il était différent : il était plus raisonnable, moins impulsif, et, surtout, au meilleur de sa forme. Il ne pouvait pas s'empêcher de la taquiner pour la voir soupirer, lever les yeux au ciel et lui répondre sur le même ton. Ils formaient une bonne équipe mais les choses s'arrêtaient là pour la jeune femme, pensait-il. Bonnie ne devait pas tenir à lui, elle lui faisait juste assez confiance pour qu'ils travaillent ensemble, point. Elle ne lui faisait pas des remarques sur son comportement parce qu'elle s'attendait à ce qu'il change - elle devait déjà le considérer comme une cause perdue, se disait Damon - mais parce qu'elle ne pouvait pas s'empêcher de lui dire le fond de sa pensée. Et si Damon l'écoutait, c'est parce qu'il n'avait pas cette pression sur les épaules : qu'il l'écoute ou pas, sa relation avec Bonnie ne changerait pas. Au pire, elle lui ferait un anévrisme, ils se disputeraient, mais cela s'arrêtait là. Tandis qu'avec Elena, à la moindre mauvaise action, elle lui faisait des reproches en disant qu'il ne pouvait pas agir ainsi avec elle, même lorsqu'ils n'étaient pas en couple, et Damon se sentait sous pression. Depuis qu'ils étaient ensemble, le vampire avait fait des efforts, c'était normal, mais il ne pouvait pas oublier cette sensation de marcher tout le temps sur des œufs, et il avait l'impression qu'au moindre faux pas, tout s'effondrerait. Et le fait d'être le frère de Saint-Stefan, le gentil vampire auquel tout le monde le comparait, n'arrangeait rien.

Damon ne disait plus rien, il regardait juste le fond de son verre en réfléchissant. Son côté impulsif lui disait de se défouler sur Matt, de boire le sang du jeune homme pour oublier que Bonnie n'en avait rien à faire de lui. Et après ? Bonnie serait furieuse, elle le lui ferait payer en utilisant ses pouvoirs, mais rien ne changerait entre eux. Malgré ce qu'il avait dit à Bonnie, elle avait le pouvoir de le blesser car il l'aimait de plus en plus, d'un amour différent de celui qu'il ressentait pour Elena. Il pouvait lutter autant qu'il voulait, il était attiré vers elle comme vers un aimant et ne s'imaginait pas vivre sans qu'elle fasse partie de son existence. Damon avait besoin de Bonnie, même s'il avait du mal à l'admettre.

Oui, il pouvait tuer Matt, mais cela ne ferait que confirmer ce que pensait Bonnie : il était une mauvaise personne. Bonnie continuerait sa vie sans lui, comme elle l'avait toujours fait. Elle accepterait peut-être de collaborer à nouveau avec lui, si c'était nécessaire, mais elle ne serait jamais aussi proche de lui qu'il ne le voudrait. Il pouvait tuer des gens, ou au contraire sauver des gens, Bonnie ne ressentirait jamais aucun sentiment pour lui. Elle ne se sentirait pas responsable du comportement de Damon car elle ne savait pas que le vampire était amoureux d'elle. Quand Damon avait voulu tuer Jeremy, c'était une réaction impulsive à la douleur, à la tristesse, mais aussi une sorte de « punition » pour Elena : puisqu'elle le faisait souffrir en jouant avec ses sentiments, il la faisait souffrir en tuant son frère. Avec Bonnie, c'était différent : elle ne jouait pas avec lui, ne lui avait jamais rien promis, il s'était attaché à elle malgré la haine qu'elle éprouvait pour lui et qu'il pensait éprouver pour elle. Bonnie ne sentirait pas coupable si Damon s'en prenait à des innocents, ce serait uniquement de sa faute à lui.

Il n'y avait qu'une seule manière pour que Bonnie et lui puissent être ensemble et que cela fonctionne : il fallait qu'elle tombe amoureuse de lui malgré ses mauvais côtés. Damon savait que cela prendrait du temps et n'arriverait peut-être jamais, mais cela valait la peine d'essayer.

– Je ferais mieux d'y aller, dit-il à Matt en buvant le fond de son verre cul sec.

Il avait une sorcière à apprivoiser.


...


Damon était vraiment un idiot, se disait Bonnie tout en conduisant. Non seulement il croyait qu'il avait le droit de se mêler de ses affaires parce qu'ils avaient couché ensemble, mais en plus, il se comportait comme si c'était elle la méchante et lui la victime. Elle ne comprenait pas ce qui ne tournait pas rond chez lui : il l'avait embrassée et était ensuite venu chez elle dans l'intention de la séduire. Que Damon ne veuille plus d'Elena, Bonnie pouvait le comprendre, même si cela lui paraissait complètement fou. Qu'il ait fait l'amour avec elle car il était en manque, ou énervé contre Elena, ou pour n'importe quelle autre raison, Bonnie le comprenait : ce n'était pas du tout romantique, c'était très loin de l'idée qu'elle se faisait de l'amour, mais elle savait ce qui l'attendait en disant oui à Damon. Ce qu'elle ne comprenait pas, c'était pourquoi il continuait à sous-entendre qu'ils allaient recommencer, et surtout, pourquoi il s'était énervé tout à l'heure. Avait-il apprécié leurs ébats au point de ne plus pouvoir arrêter d'y penser ? C'était improbable, mais pas aussi impossible que le fait qu'il soit amoureux d'elle.

« D'accord, Damon me trouve douée et c'est pour ça qu'il veut recommencer », songea Bonnie, à moitié flattée, à moitié vexée de n'être qu'un coup parmi tant d'autres. Elle ne pouvait pas en vouloir à Damon, elle s'était mise toute seule dans cette situation inconfortable. Si seulement il n'y avait pas eu toute cette histoire avec Shane, Silas et le remède, ils en seraient encore au stade amis/ennemis et tout irait bien.

Au début, Bonnie tolérait Damon car c'était le frère de Stefan et qu'Elena le lui avait demandé. Elle avait appris à le supporter, avec le temps, et à apprécier sa présence car même si elle trouvait que c'était un imbécile, ils formaient une très bonne équipe. Bonnie appelait Damon quand elle avait besoin d'aide parce qu'elle savait que le vampire était déterminé et qu'il n'hésitait pas à se salir les mains. Bref, elle pouvait compter sur lui. Cependant, elle n'avait jamais imaginé qu'elle puisse un jour le voir comme autre chose qu'un ami – quoique même le mot ami lui paraissait exagéré. Lorsqu'elle était de l'Autre Côté, elle l'avait vu faire tout son possible pour la ramener. Bonnie avait tout d'abord cru que c'était pour Elena, mais elle avait fini par se rendre compte que Damon tenait à elle, à sa façon. Elle s'était souvenue de tout ce qu'elle avait oublié, comme le jour où Damon l'avait prise dans ses bras sur l'île. Cela lui avait fait un choc que Damon se soit inquiété pour elle, et c'était le moment où Bonnie avait commencé à ressentir des sentiments à son égard. Elle avait tout fait pour les combattre mais elle n'y était pas parvenue car elle avait refoulé depuis trop longtemps l'attirance qu'elle ressentait pour Damon. Bonnie avait enfoui cette attirance au plus profond d'elle-même, la cachant sous de l'exaspération, et même parfois de la haine, comme lorsque Damon avait transformé sa mère en vampire, et tous ses sentiments remontaient maintenant à la surface sans qu'elle puisse les contrôler. Bien sur, Bonnie avait mis du temps à pardonner à Damon la transformation d'Abby : elle savait que c'était nécessaire pour sauver Elena, et qu'ils n'avaient pas le choix de transformer soit sa mère soit elle-même, Bonnie le comprenait, c'était la moins mauvaise des solutions. Pourtant, elle avait très mal réagi, et ce pour plusieurs raisons : déjà, Bonnie en avait marre de devoir toujours souffrir pour Elena. La jeune femme était son amie, mais Bonnie ne supportait plus de devoir se sacrifier pour elle, et surtout que sa mère souffre à cause de choses qui ne la concernaient même pas. Ensuite, même si elle savait qu'elle ne l'aurait pas supporté, Bonnie aurait aimé avoir le choix de pouvoir se transformer, elle, en vampire, au lieu qu'ils transforment Abby sans rien lui demander. Bonnie aurait été très malheureuse en vampire, c'est certain, elle n'était même pas sure qu'Abby l'aurait laissée faire, mais, au moins, ils lui auraient demandé son avis. Et, enfin, elle n'avait pas supporté que Damon ne lui présente pas des excuses convenables.

Sans s'en rendre compte, Bonnie avait roulé jusqu'au manoir. Inconsciemment, elle voulait y aller pour s'excuser auprès d'Elena. Elle ne supportait plus de mentir à son amie, malgré le bonheur qu'elle avait ressenti dans les bras de Damon. Elle voulait se libérer de sa culpabilité, même si cela risquait de détruire la fragile amitié qui recommençait à se développer entre elle et Elena. De toute façon, plus elle mentait à son amie, plus cela empirerait les choses lorsqu'elle découvrirait sa trahison.

D'un pas décidé, Bonnie se dirigea vers le manoir et frappa à la porte. Elle ne savait pas comment annoncer à son amie ce qu'elle avait fait avec Damon, elle aviserait en fonction de l'humeur d'Elena. Bonnie s'attendait à tout sauf qu'à ce qu'Elena lui ouvre la porte en ayant les yeux rouges.

– Elena, ça va ? demanda Bonnie, le cœur battant à tout rompre.

Est-ce que Damon était venu avant elle avec sa vitesse de vampire pour larguer la jeune femme, et, peut-être, lui avouer qu'il avait couché avec sa meilleure amie ? Ou l'avait-il prévenue par téléphone ?

– Non, pas trop, dit Elena d'une voix faible en lui faisant signe de la suivre.

– Qu'est-ce qu'il se passe ?

– J'ai un problème, Bonnie.

Tout en disant cela, Elena avait soulevé son pull : la petite tâche noire s'étendait maintenant tout autour de son nombril, et elle grandissait à vue d'oeil. Des veines noires palpitaient sur le ventre d'Elena.

– Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda Bonnie, les yeux grands ouverts.

– Je n'en ai aucune idée, mais c'est en train de me tuer, Bonnie, je le sens.

– Essaie de rester calme, lui dit-elle, en se mettant elle-même à paniquer. Il faut que j'aille chercher mon grimoire chez moi.

La porte d'entrée claqua, ce qui fit sursauter les deux jeunes femmes.

– Stefan, on a un problème, dit Bonnie en apercevant le cadet des Salvatore.

– Où est Katherine ? demanda Elena en fronçant les sourcils.

Un sourire de pure méchanceté apparut sur le visage du vampire.

– Perdu. Essayez encoore.

– Silas, murmura Bonnie.

– Je savais que c'était toi, dit Elena en se touchant le ventre. Qu'est-ce que tu m'as fait ?

Silas éclata de rire.

– Vous m'avez pris pour un collégien attardé dans votre genre ? demanda-t-il en se plaçant devant les deux jeunes femmes. Je ne fais pas confiance aveuglément aux gens, moi. Lorsque je t'ai kidnappée, expliqua-t-il à Elena, la barrière magique qui t'empêchait de sortir était en même temps un sort de fidélité : j'ai demandé à Bonnie de faire une petite chose pour moi et elle a accepté, du moins je le croyais.

– Tu ne pourrais pas être un peu plus clair ? demanda Elena, qui ne savait pas que le lien n'était pas brisé.

– Bonnie m'a menti, le lien n'est pas brisé. Et puisque tu étais mon otage et que Jesse a lancé le sort de fidélité sur toi, tu vas mourir, dit calmement Silas. Tu étais censée mourir sur le champ, mais d'après ce que j'ai entendu en vous épiant, la tâche noire qui te recouvre le ventre est une conséquence de l'utilisation de l'expression et non de la magie traditionnelle. Au lieu de mourir brusquement, tu seras consommée par la magie noire et tu souffriras atrocement, ce qui n'est pas plus mal, après tout.

– Comment as-tu osé..., commença Bonnie.

– Toi, comment as-tu osé me trahir ? l'interrompit Silas. Tu vois, Bonnie, chuchota-t-il à son oreille en lui caressant les cheveux, on ne me trahit pas sans être puni. Je t'avais demandé de briser le lien et tu ne l'as pas fait. Accepte les conséquences de ta trahison.

– Sauve Elena, et cette fois-ci, je te promets de briser le lien, déclara Bonnie en avalant difficilement sa salive.

– Désolé, mais les choses ont changé, répliqua Silas. Il y aurait peut-être une solution pour sauver Elena, mais je ne suis pas sur, il faut que je réfléchisse, dit-il en prenant bien son temps pour exaspérer la sorcière.

– Dis-moi, lui ordonna Bonnie.

– Êtes-vous prêtes à faire tout ce que je dis sans poser de questions ? leur demanda Silas en les regardant l'une après l'autre.


...


Voici enfin le 1er chapitre de ma nouvelle fanfiction :-) Pas beaucoup d'action mais beaucoup d'analyse de la relation Bamon et de leurs sentiments, c'est nécessaire pour comprendre leur relation dans cette 2ème fiction :-) Et aussi la découverte du mal qui atteint Elena :-) Vous retrouverez les autres personnages au prochain chapitre :-)