Mais les heures passent et je n'ai toujours aucun signe d'eux. Le soleil du matin a fait place à celui du soir sans que personne ne se soit présenté au bateau et malgré mon assurance, je commence à me faire du souci. La dernière fois que je me suis inquiété comme ça pour un de mes compagnons, c'est quand Ussop a failli quitter l'équipage. Nous étions sur le point de partir quand il est arrivé et mon cœur avait menacé d'exploser dans ma poitrine.

La lenteur des heures passées sur le mat, la douce chaleur de l'été printanier et le lent tanguement de mon navire m'ont presque endormis quand retentit soudain un grand hurlement. D'un bond je suis debout mais étant encore à moitié dans les vapes, je perds l'équilibre et vais m'écraser sur le pont.

« Oi ! Qu'est-ce qu'il se passe ? Qui a crié ? M'exclamais-je en me frottant la tête.

- C'est rien Luffy, me répond Nami avec un grand sourire. C'est Sanji qui a mal réagit en me voyant. Tu le connais.

- Ah ce n'est que ça. Alors tout va bien... Mais attends ! Tu viens de dire que Sanji est là ? Où ça ? »

Souriant toujours de toutes ses dents, Nami m'indique la porte de la cuisine qui est restée grande ouverte. À la vitesse de l'éclaire, je me redresse et me rus vers celle-ci.

Quand j'entre dans la pièce, Sanji se tient vouté au-dessus de la table et semble respirer avec difficulté. Mais je le connais. Ça a dut lui faire un choc de revoir Nami, et il réagira de même avec Robin, alors je ne m'en fais pas.

« Sanji ! Comme je suis content de te voir ! »

Sans attendre sa réponse, je lui donne une grande claque dans le dos et éclate de rire. Depuis qu'Ace est mort, je ne fais que ça. Rire. Encore plus qu'avant. C'est la seule manière que j'ai trouvé de me protéger contre la tristesse, les regrets, la solitude.

Mon ami ne redresse pas la tête à mon arrivée, et je remarque soudain qu'il tremble de tous ses membres.

« Sanji ?... Ça va pas ? C'est d'avoir vu Nami qui te mets dans des états pareil ? Elle est devenus belle hein ? Encore plus qu'avant !

- Luffy... Commence-t-il d'une voix hésitante. Tu l'as vu ? Tu l'as bien vu ? Tu ne trouves pas ça bizarre ?

- De quoi ? Demandais-je en fronçant les sourcils.

- Je n'ai pas confiance... Elle est devenue trop belle ! Ça ne peut pas être Nami ! C'est une fée venus nous jeter un sort ! »

Et dire que pendant un instant, je me suis inquiété ! Mais aux derniers mots de mon compagnon, j'éclate de rire. Il est vraiment fou à lier !

« Ne t'inquiète pas Sanji. J'ai vérifié et je peux t'assurer qu'il s'agit bien de Nami.

- Comment tu le sais ?

- Disons que mon crâne en a fait les frais. »

Silencieusement, il sourit et se redresse. Enfin, il me fait face et me rend ma claque, en deux fois plus fort. Je constate qu'il n'a pas vraiment changé, hormis un petite barbe qu'il s'est laissé pousser.

« Si elle t'a frappé, alors ça veut dire que c'est bien elle. Dans ce cas je...

- Hey les gars ! Zorro est arrivé ! » Hurle soudain Franky depuis l'entrepont.

Mon sang ne fait qu'un tour et je me précipite hors de la pièce tandis que Sanji se rallume calmement une clope.

« Déjà ? Demande-t-il. Incroyable. Je pensais que le marimo arriverait en dernier vus son sens de l'orientation pour le moins douteux. »

C'est vrai que ce jour est à marquer d'une pierre blanche : Zorro a retrouvé le bateau tout seul. Je me demande depuis quand il est en chemin. Deux jours ? Une semaine ? Un mois ?

En me précipitant vers le pont, je manque de me casser la figure et sort de la cuisine en titubant. Aussitôt, la première chose que je remarque, c'est une touffe de cheveux verts. Impossible de se tromper ; Zorro est là.

« Zorroooooo ! »

Me jetant du premier étage, je bondis sur mon ami qui a à peine le temps de se retourner avant de me recevoir de plein fouet dans l'estomac. Emportés par mon élan, nous tombons à la reverse et roulons sur le pont dans un méli-mélo de bras et de jambes.

Nous terminons notre roulé-boulé quand ma tête heurte violemment le pont et que Zorro m'écrase contre le mur. Par réflexe, je plaque mes mains sur mon crâne et gémis.

« Aïe, aïe, aïe ! Ça fait mal !

- Luffy... Je vais te tuer... marmonne mon ami en se redressant. Et arrête de faire semblant ! Tu es en caoutchouc ! Tu ne sens rien !

- Ah oui, c'est vrai. Zorro ! Tu m'as manqué ! Comment tu vas ?

- Ça allait avant que tu ne te jette sur moi ! Je ne suis pas comme toi ! Personnellement, je suis normal !

- Où pas, intervient Sanji. Si tu étais normal, ça se saurait. Tu aurais dut mourir des centaines de fois depuis qu'on se connaît. Et tu es toujours vivant à ce que je sache.

- Il n'a pas tort, continue Nami en souriant. Tu es aussi bizarre que Luffy et Franky.

- Je ne suis pas bizarre ! Proteste ce dernier. Franchement, Zorro et Luffy sont des cas bien plus graves que moi ! »

Alors que Zorro s'apprête à répliquer, j'éclate de rire. Immédiatement, tout le monde se tait et me regarde en souriant. Ça n'est qu'à cet instant que je comprends vraiment combien ils s'inquiétaient pour moi. Ils sont heureux de me voir rire ainsi. Comme si ils avaient craint que je ne sois plus jamais le même après ce qu'il s'est passé à Marineford.

Ce qu'ils ne savent pas, c'est que j'ai réellement changé. Si aujourd'hui je suis heureux, c'est parce que je les retrouve. Habituellement je suis bien plus taciturne. Bien plus triste.

Mais ça n'est pas le moment de déprimer. Maintenant que plus de la moitié de mon équipage est là, je ne doute pas que les autres viendront. Et quand on sera au complet on pourra enfin mettre les voiles vers l'île des hommes poissons. Après deux longues années, l'équipage de Luffy au chapeau de paille sera de nouveau sur pied, plus fort et près à faire face à toutes sortes d'épreuves.

Plus jamais je ne laisserais quelqu'un décimer mon équipage comme il y a deux ans. Si j'ai été incapable de sauver mes frères, je ferais tout pour sauver mes amis. Je ne perdrais jamais plus personne. Ils sont tout ce qu'il me reste à présent. Je ne laisserais jamais quiconque leur faire du mal.