TENTATION GRISE
Chapitre III : Il y a tant de différences entre ce que j'entends, ce que tu dis et ce que tu penses
-Et bien, quelle journée dîtes-moi !
Le blond pivote vers son collègue, relevant les yeux de la déposition d'une certaine voisine ayant découvert un certain cadavre.
-Oui, un meurtre et un braquage de banque en une nuit. Mais le coup de la banque ce n'est pas mon problème Uruha, c'est le tien, conclu t-il avec un sourire entendu.
Le grand blond se met donc en route sur les lieux du hold-up en sifflotant, témoignage d'une insouciance infantile. L'autre se remet à son interrogatoire.
-Donc, vous êtes entrée chez Luella Olivencia à neuf heures trente.
-C'est exact.
-Pourquoi êtes-vous allée dans son appartement ?
-J'avais besoin de sel, j'ai pensé qu'elle pourrait m'en prêter.
L'inspecteur Kiyoharu la considére un instant, avant de replonger dans ses notes concernant la victime, sceptique. Il relève le nez vers la vieille femme lui faisant face avant de demander un peu sèchement.
-Normalement à cette heure-ci, elle est déjà au travail. Comment saviez-vous qu'elle était chez elle ?
La voisine se rembrunit, cachant ses yeux fatigués par la vie sous ses paupières et ses cils grisonnants. Sa voix se fait réentendre après une courte réflexion.
-Je ne l'avais pas vu partir ce matin… j'en ai conclu qu'elle devait être en congé…
Quelques questions plus tard, le blond se dirige vers la petite salle de pose, se préparant un café court avec soin, réfléchissant sur cette affaire sordide. Une femme de vingt-cinq ans a été tuée d'une façon malpropre et lâche, tandis qu'elle prenait sa douche.
-Kiyoharu, ça a donné quoi l'interrogatoire de la voisine ?
L'interpellé se retourne vers son collègue et porte négligemment le gobelet brûlant à ses lèvres, aspirant la force du liquide coulant dans sa gorge, avant de le jeter dans une poubelle et de se frotter les mains, répondant enfin à la requête du nouvel arrivant.
-Rien. C'est juste une vieille qui passe ses journées à observer le couloir de l'étage par le judas de sa porte. Elle est un peu chamboulée par la découverte du corps, il faut dire que la balle qu'elle a reçu à fait un beau trou dans le dos de la victime.
-Il faudrait aller questionner les dernières personnes l'ayant vu en vie. J'ai appris qu'elle se faisait surnommer Tentadora et qu'une drogue rare circulait entre les clients le soir, dans son Bar.
-J'y vais.
oOo
Kyô ouvre la porte de sa cuisine avec lenteur. Il découvre un brun, occupé à lire une recette ornant le dos d'une boîte quelconque. Je n'en ai plus besoin maintenant, il serait judicieux de lui dire de partir.
oOo
La sonnerie semble percer ses oreilles, il sursaute tel un damné, avant de reprendre un peu de lucidité et de reposer son attention sur son ordinateur. Il clique sur un icône représentant une disquette, enregistrant ainsi ses écrits, et se lève pour aller ouvrir la porte. Un insigne de police se colle sous son nez à la minute où la porte ne le sépare plus du tiers continuant de sonner à l'aide de son autre main. Sa voix tente, avec une pointe d'agacement, de couvrir le bruit persistant de la sonnette.
-Vous pouvez arrêter de sonner ! Je suis là !
Un homme blond le regarde, souriant avec un air canaille, et lâche l'interrupteur.
-Inspecteur Kiyoharu, je voudrais vous poser quelques questions de routine.
Son ventre se creuse tandis qu'il s'efface poliment pour laisser passer l'intrus. Est-ce au sujet du cadavre qu'il a conduit à la déchetterie ?
L'agent de police s'assoit sur un fauteuil, sortant une cigarette avec un regard demandant l'autorisation de la consumer. Die hoche la tête, tentant de calmer son pouls qu'il sent presque cogner entre ses oreilles, l'abrutissant jusqu'à apogée de l'idiotie. Il réussit quand même à demander, en contrôlant les spasmes de sa voix,
-C'est à quel sujet ?
Kiyoharu le regarde, un air faussement stupide agrémentant son sombre regard, puis il avise l'ordinateur trônant sur la table basse, ouvert sur un document écrit.
-C'est pour votre travail ?, Questionne t-il en pointant du menton l'objet.
-…Oui, je suis nègre dans une maison d'édition…
Le blond le regarde de nouveau, avec un air cette fois-ci ahuri et surpris, avant d'éclater d'un rire benêt.
-Mais, à quoi ça vous sert d'écrire un roman alors qu'il sera publié sous le nom d'un autre qui s'appropriera votre talent ?!
Die hausse les épaules, agacé de cette vérité lui ayant explosé au visage maintes fois.
-Pourquoi êtes-vous ici ?
-Ah oui, c'est au sujet d'un meurtre… Je ne sais pas si vous êtes au courant.
Le roux sent ses jambes flageoler, aussi, avant d'exposer sa soudaine peur à l'inspecteur, il s'assoit brusquement.
-Qui…Qui est mort ?
-Une certaine Luella Olivencia.
-Je ne la connais pas.
-Elle se faisait également surnommer Tentadora.
Quoi ?!
oOo
-Tentadora ne m'a pas appelé, c'est étrange.
-Alors peut être que tu travailles finalement, renchérit Kaoru, occupé à verser une substance visqueuse dans un bol de riz.
-Non, sinon elle aurait eut une raison de plus de me prévenir de mon retard.
Le brun pose le récipient et fait volte-face, se retrouvant nez à nez avec Kyô.
-Tu ne vas pas te plaindre, tu n'as pas l'air de la porter dans ton cœur en plus !
-…Je la déteste au plus haut point.
-Et bien alors ?!
-Ca reste ma patronne.
Kaoru hume avec sérieux la chevelure de son vis-à-vis, soupirant d'extase.
-Et toi tu ne travailles pas ?, demande finalement Kyô, agacé de cette niaiserie l'entourant.
-Le sexe-shop n'ouvre qu'à dix-neuf heures.
-… T'es vendeur dans un sexe-shop ?
oOo
Passant devant une vitrine, Kiyoharu s'arrête pour se recoiffer en admirant son reflet. Une fois satisfait de son occupation capillaire, il saisit son carnet où sont notées les adresses des suspects. Une sonnerie de téléphone le coupe dans sa lecture et c'est avec calme et lenteur qu'il le porte à son oreille.
-Oui allô ?… Oui j'ai interrogé un certain Daisuke…Oui… Non il ne me semble pas fautif… Bien sûr, je sais…Je vais chez lui de ce pas… D'accord.
Il aura suffit d'une demi-heure pour arriver chez Shinya Terashi, chômeur, habitué de l'Euphoria.
Arrivé devant la porte de cet appartement miteux, Kiyoharu inspecte dédaigneusement le couloir négligé et crasseux en attendant que le jeune homme ouvre sa porte. Des murs lamentablement gris, où la couche de poussière représente presque deux centimètres d'épaisseurs, une odeur d'urine s'insinuant au plus profond des poumons, les détériorant de sa puanteur putride, une ampoule navrante qui se balance faiblement de gauche à droite, éclairant à peine un mètre autour d'elle.
Soudain des cliquetis se font entendre doucement, témoignant du nombre grotesque de verrous ornant le panneau de bois sec et presque cassant.
Une fine ouverture laisse apercevoir deux yeux jaunis, vides et cernés, fixant avec calme l'inspecteur. Celui-ci brandit son insigne comme une demande silencieuse à entrer. La porte s'ouvre timidement, dans l'embrasure on distingue avec mal un homme frêle, aux cheveux crasseux entre le roux et le blond, attachés négligemment avec un élastique trop lâche, vêtue d'un vieux tee-shirt un peu grand et de chaussettes montantes remplaçant un pantalon, entourant ses jambes fines et blanches.
Kiyoharu avance, ne quittant pas de son regard vif les yeux insipides du roux. Une fois dans l'appartement, une forte odeur de renfermé emprisonne ses poumons, comme l'avait fait la fragrance de déjection un peu plus tôt, hérissant les quelques poils couvrant ses bras. La nausée agrippant son estomac, il demande avec mal :
-Je suis bien chez Terashi Shinya ?
-…C'est moi.
Le blond tourne la tête, cherchant un siège mais ne trouve qu'un pouf usé et s'assoit dessus. Il observe le jeune homme face à lui, s'essuyant la transpiration coulant le long de sa nuque. Dégoûté, Kiyoharu se promet de ne jamais sombrer dans la drogue ou le chômage. Ou de ne jamais sombrer tout court.
-Je vous dérange ?
Un silence lourd et mort entoure l'environnement, l'air est pesant, l'officier de l'ordre n'ose ouvrir la bouche pour parler, un poids ayant élu domicile sur son torse.
Au bout d'un interminable échange visuel, Shinya répond avec une douceur contrastant fortement avec l'abjection des lieux :
-Non, je regardais la télévision.
Kiyoharu se tourne vers l'écran et observe avec pitié l'image grisonnante. Puis il s'arme de courage et tente de continuer son enquête.
-Monsieur Terashi, il me semble que vous connaissez une femme surnommée Tentadora n'est-ce pas ?
Le junkie recul d'un pas, apeuré.
-Je…Je n'ai rien à voir avec… Je n'ai jamais pris de drogue je le jure, je..
-Arrêtez ! N'ayez pas peur, je ne suis pas ici pour ça.
Les épaules du roux se rabaissent minablement et il s'assoit à même le sol pour écouter le nouvel arrivant.
-Tentadora est morte. Elle a été retrouvée dans sa douche, le corps criblé de balle.
Une lueur passe dans les yeux de Shinya, ses paupières s'ouvrent à leur paroxysme, il sert la mâchoire, déglutit et fronce les sourcils, avant de ne plus pouvoir se tenir et de courir aux toilettes, éjectant tout son écœurement, sa surprise, son incompréhension. Tentadora…Morte ? Un nouveau flot s'échappe de sa bouche, il se plie, gémit douloureusement, revoie le visage de cette brune qui l'a transformé en légume pitoyable.
Kiyoharu l'observe avec une tristesse ambiguë, habitué qu'il est à la comédie jouée par tous les suspects étant passés devant ses yeux.
Shinya tire la chasse et se relève avec mal, déglutit encore et fixe platement la cuvette, salie par ses vomissements tandis qu'une eau maculée tente de décrocher des parois les résidus de sa profonde antipathie. Le roux lève une main osseuse et tremblante vers une mèche de cheveux s'étant échappée de l'élastique et la replace derrière son oreille, ne réagissant plus à la texture crasseuse de sa fibre capillaire. Une goutte de transpiration coule le long de sa colonne vertébrale et il chancèle avec d'être rattrapé in extremis par le blond derrière lui.
oOo
Après avoir fait courir avec lenteur ses doigts sur le clavier noir, Die se redresse, déchausse ses lunettes où une fine couche de buée réside, lui obstruant la vue, et fait craquer les os de ses coudes. Nonchalamment, il saisit une mèche rouge et la fait tourner autour de son index en pensant à Tentadora. Cette femme représentait pour lui le mysticisme, il la voyait comme une idole en or plaqué que l'on vénère dans une église froide et dépeuplée.
Il soupire, en proie à un vague à l'âme qu'il juge déplacé. Se frottant les yeux, il songe un instant à Miyavi.
Maintenant que Tentadora est morte… Qui va distribuer la Dir en Grey ? Peut être que je vais retrouver un semblant de vie normale. Une vie que je te dédierais…À toi Miya… Rien qu'à toi.
oOo
Kiyoharu ferme la porte avec soulagement, s'essuyant les mains après avoir dû subir ce contact atroce d'une poignée métallique, froide et grasse. Le roux n'a fait que pleurer, se lamenter, se tordre dans tous les sens. Jamais il n'a vu quelqu'un jouer aussi bien, ses suspicions s'envolent aussi vite qu'il déguerpit de cette immeuble croulant.
Allongé sur la moquette sèche et trouée, Shinya cligne des yeux avant de se relever péniblement. Il se dirige vers sa fenêtre et bouge d'un mouvement peu assuré le rideau taché, observant l'œil hagard l'inspecteur pénétrer dans sa vieille voiture blanche. Ses sourcils se froncent tandis que paradoxalement, ses lèvres s'étirent faiblement en un sourire discret et insalubre.
Il se saisit de son portable, épave qu'il jettera une fois que des jours meilleurs l'auront pris en charge, et compose avec habitude un numéro répétitif. Au bout de quelques sonneries, une voix agacée lui répond, chuchotant furtivement :
-Je t'avais dit de ne pas m'appeler sur ce portable…
-Je sais mais j'ai une bonne nouvelle. Il y a eu un meurtre cette nuit. Donc les flics vont surtout s'occuper de cette affaire…Pendant un bon moment.
-…Ne crions pas victoire trop tôt…
-Oui, mais je voulais te prévenir. Je t'aime.
-Moi aussi mon ange.
-J'ai envie de te voir, tu sais.
-Bientôt mon cœur, bientôt.
oOo
Finement, avec une démarche féline, le jeune homme se dirige vers sa porte où on s'évertue à frapper avec véhémence.
-C'est pour quoi ?, demande t-il arrogamment.
Un insigne lui répond. Caressant une mèche bleue cascadant sur sa nuque, Toshiya dédie un sourire aguicheur à l'inspecteur avant de grimacer en le voyant rentrer dans l'appartement sans un regard pour lui.
Il lui propose un siège. Le blond renifle l'odeur parfumée en soupirant presque d'aise avant de se reprendre et de planter ses yeux las dans ceux pétillants d'un jeune homme qu'il sait pourtant accro à la Dir en Grey.
oOo
Un cadavre a été découvert.
oOo
Aucune réaction à l'annonce de la mort de Tentadora.
-Je ne la connaissais qu'à travers la Dir en Grey vous savez, je ne peux pas me venter de lui en vouloir pour quelque raison que ce soit, vu que je n'étais pas intime avec.
Toshiya croise ses jambes de manière féminine et assurée et fixe de ses yeux intensément noirs l'inspecteur qui le considère en réfléchissant.
Une sonnerie retentit, Kiyoharu sursaute et fouille dans la poche de sa veste pour en ressortir un téléphone.
-Oui ?…D'accord. Ville valo ? Ah oui, c'était un trafiquant, il a un casier chez nous... Mort ? Bien... Oui je m'en occupe… Oui c'est sûrement parallèle… Okay.
Il raccroche et reporte son attention sur Toshiya avant de baisser les yeux et de dire en soupirant :
-Bien, c'est bon. Je ne vais pas vous ennuyer avec cette affaire plus longtemps.
-C'est bien aimable, je trouve ça lugubre, répond-il en un sourire.
-Connaissez-vous un certain Ville Valo ?
Toshiya sursaute, le ton fracassant du policier l'ayant surpris. Puis il déclare :
-Non. Mais j'ai déjà entendu ce nom. Prononcé par le barman de Tentadora. Et pas de façon très flatteuse…
oOo
Kaoru, posé sur le fauteuil vert foncé, admire Kyô revenir des toilettes, pantalon à peine boutonné. Le blond, sentant une attention si insistante sur lui, lance un regard tendre et emprunt d'un sentiment dont Kaoru ne connaît pas encore la source à son vis-à-vis.
-Viens t'asseoir.
Kyô s'exécute, l'entourant de ses bras en songeant à un prétexte pour lui dire que tout ceci, cette nuit, ces baisers, ces caresses, n'étaient que des erreurs qu'il fallait effacer du tableau noir de leur relation.
Une sonnerie stridente les fait sursauter. Kaoru relève la tête du ventre de son compagnon et replace amoureusement une mèche qui s'échappait sur le côté, dû à un léger épis. Après ce mouvement, le propriétaire des lieux se lève et jette un coup d'œil par le judas. Une boule lui contracte l'estomac : un flic. Un putain de flic. Sa mâchoire se crispe et il inspire fortement posant sa longue main, ornée d'une bague à l'effigie d'une tête de mort, sur la poigné avant de la descendre méthodiquement, le stress augmentant à mesure que celle-ci se baisse pour enfin provoquer un déclique. La porte s'ouvre. Kyô cligne nerveusement des yeux et demande d'une voix hypocrite :
-Que puis-je pour vous ?
Kiyoharu entre, forçant le passage au blond et, fière d'avoir retrouvé son assurance qu'il avait un instant perdu face à la misère de Terashi, s'avance d'un pas rapide vers la table basse du salon, y jetant son carnet avant de s'asseoir face à Kaoru, les yeux écarquillés de surprise face à cette intrusion.
-Inspecteur Kiyoharu, je viens ici au sujet d'un meurtre ayant eu lieu cette nuit.
-Qui est mort ?, demande Kyô, intrigué.
-Luella Olivencia, votre patronne si je ne m'abuse.
Kyô s'assit d'un bloc, presque sur Kaoru. Celui-ci lui saisit la main nerveusement avant de lui lancer un regard se voulant rassurant. Kiyoharu continue, ne prêtant nulle attention à cette démonstration d'étonnement.
-Elle a été tuée cette nuit par balle, alors qu'elle prenait une douche.
Kyô fixe avec vacuité le blond avant de demander, affirmant plus que questionnant :
-Et vous me soupçonnez.
-Pas spécialement, mais j'interroge toutes les personnes l'aillant vu vivante pour la dernière fois. Il pivote vers Kaoru, Cela vaut aussi pour vous jeune homme.
Le dit-jeune homme lâche la main de son compagnon avant de s'avancer, le regard empli de défi envers l'inspecteur :
-Nous avons passé la nuit ici, la voisine de Kyô peut en témoigner.
Le blond l'observe un instant, presque admiratif avant de se souvenir de la discussion –ou plutôt dispute- de la veille avec cette chère Béatrice.
-Il dit vrai, vous pourrez l'interroger.
-J'y compte bien, rétorque Kiyoharu, dédaigneux.
Un silence plane rudement. Kyô se mord la lèvre inférieure. Kaoru fixe le flic qui, lui, ouvre et referme son calepin en réfléchissant, yeux dans le vague.
Agacé par ce bruit répétitif et abrutissant, le barman élève la voix, agacé :
-C'est tout ?
-Non…
-Alors ?
Kiyoharu relève la tête.
-Vous connaissez un certain Ville Valo ?
oOo
Un vent frais soulève deux mèches de cheveux flamboyantes. Le ciel est gris, le goudron dégage une odeur humide, le tonnerre gronde et quelques fines gouttes de pluie tombent directement des nuages lourds et noirs, terminant leur course sur le sol ou sur les passants.
Die soupire, marche plus rapidement, pressé d'arriver à bon port. Envie de se changer les idées en buvant un café bien fort. Last but not least, envie de se retrouver face à la douceur de ce serveur qu'il aime tant, son compagnon, Miyavi.
Mais une fois arrivé à la ruelle menant à ce bonheur qu'est le cocon des bras chaleureux de ce dernier, il se fige d'effroi. Immobile, il regarde deux personnes enlacées étroitement, assises sur un banc à peine dissimulé par un grand arbre dont les feuilles glissent délicatement.
Sa gorge se tarie. Ses yeux le brûlent, non, ça ne peut pas être lui. Non. Impossible.
Sa main moite cherche à l'aveuglette ses lunettes, posées sur le haut de sa tête. Il les chausse. La monture glisse un peu, sa peau est humide. Son cœur cognant contre sa poitrine lui chauffe les joues. Si.
C'est lui.
Il porte le tablier du café où il est serveur.
Ses cheveux bleu électrique cascadent sur ses épaules.
C'est lui.
Il embrasse une femme.
C'est définitivement lui.
oOo
Kyô ferme les yeux, le nom de son « ami » résonnant douloureusement le long du sentier impraticable qu'est devenu l'espace entre ses deux oreilles.
-On m'a fait comprendre que vous ne le portiez pas dans votre cœur, Kyô.
-Qui vous a fait comprendre ça ?
-« On », réplique inéluctablement Kiyoharu.
Agacé, le barman soupire bruyamment et rouvre les yeux.
-Je le haïssais…Plus encore que je ne détestais Tentadora…
-…Continuez…
Kyô jette un coup d'œil à Kaoru.
-Je ne l'ai pas tué.
-Ca ne me suffit pas, étoffez. Pourquoi le détestiez-vous ?
-…C'était mon client le plus violent, Annonce finalement le blond, sentant que le moment de parler de son ancien poste au sein de l'Euphoria est venu.
Il pose sa main sur celle de Kaoru et reprend son récit en la serrant spasmodiquement, comme pour s'empêcher de jeter un coussin sur l'inspecteur et de se ruer sur lui pour l'étouffer.
-Il venait régulièrement, et je ne pouvais rien faire d'autre que lui obéir. C'était mon job. Mais lui… Il ne venait pas simplement tirer son coup. Avant de me baiser, il jouait. Il me faisait faire des choses…humiliantes…
Kaoru fixe droit devant lui, il tente d'assimiler cette longue tirade, réalignant les mots en tentant de les comprendre. Le baiser ? Baiser un barman ?
Kiyoharu le devance, demandant :
-Mais vous n'êtes pas barman ?
-…Maintenant oui… Avant j'étais prostitué.
L'inspecteur acquiesce gravement, l'étage comportant des chambres n'était pas pour se droguer mais pour prendre du bon temps… Tentadora avait à son compte bon nombre d'activités illégales mais rapportant gros…
Kyô a baissé les yeux, la tête, les épaules. Il a lâché la main de Kaoru. Il s'en est même éloigné. Mais finalement, ils ont toujours été loin de l'autre.
-Je le déteste…, répète t-il, résigné.
Kiyoharu se lève, sort des menottes de la poche de sa veste et d'un mouvement sec de la main fait comprendre à Kyô qu'il doit se lever. Les yeux de Kaoru se posent sur le papillon tatoué sur l'épaule du blond avant que celui-ci ne sorte de son champ de vision comme le barman se lève.
-Je n'ai pas de preuves que vous êtes pour quelque chose dans ce meurtre, mais je dois vous arrêter pour vous garder à l'œil avant votre jugement.
oOo
Trois jours que Kyô patiente dans cette petite cellule du commissariat, entouré de prostitués et de délinquants de base.
Appuyé contre les barreaux, il tape du pied contre le sol humide, souillé par un liquide dont il n'ose deviner la provenance, et tente d'ignorer les appels d'une prostituée. Brune. Bronzée.
-Hey p'tit gars, arrête de faire du bruit et vient t'asseoir à côté de moi !
Il se retourne et la gifle, cette femme lui rappel Tentadora.
oOo
Shinya ouvre doucement la porte. Ses cernes sont encore plus creusées qu'auparavant. Toshiya est là, sur le seuil, le regarde avec des yeux pétillants, malgré le vide flagrant ayant prit place dans ses prunelles qui autrefois brillaient sainement…
Le brun entre dans l'appartement, habitué à cette puanteur insalubre, à cette poussière qui vole et s'incruste dans ses narines, le faisant éternuer naguère… Il avise son ami qui retourne se coucher sur son lit aux ressorts apparents. Ses yeux gonflés témoignent de larmes versées.
Debout, nonchalamment appuyé contre l'embrasure de la porte, il sonde la pièce, tentant de traverser de son regard la noirceur épaisse des lieux. Renonçant à percer l'obscurité, il élève la voix en fixant le néant face à lui.
-Pourquoi déprimes-tu ? T'es en manque ?
-…Oui…
-De la Dir en Grey ?
-……Non…
Triturant ses cheveux, il avance dans la pénombre de la chambre à coucher de son ami, ses jambes beaucoup trop fines supportant avec mal son poids, le faisant fléchir par instant. Quand enfin ses mollets entrent en contact avec l'apprêté du lit de Shinya, il se baisse et cherche du bout des doigts le matelas. L'ayant repéré, il s'assoit et pose ses mains sur ses genoux osseux, un sourire absent collé aux lèvres.
-Racontes-moi.
-…Kyô est en prison…
-Kyô ?, demande Toshiya, perplexe.
-Le barman de Tentadora.
Le brun frissonne.
-Je me souviens oui…Pour quelle raison est-il en prison ?
-…Il est soupçonné du meurtre de… Ville…Ville…
-Valo ?
-Oui… Il attend d'être jugé…
Toshiya cherche à tâtons le corps de son ami et saisit une cheville, osseuse et fine, qu'il sert rudement.
-En quoi est-ce un problème ?
-…Je l'aime, Toshiya. Plus que tout au monde… On devait partir ensemble…
oOo
Kiyoharu continue son enquête, retournant sur les lieux du crime, gants en plastique aux mains, décidé à trouver un quelconque indice dans l'appartement.
Au bout d'une prospection infructueuse, il découvre une lettre au fond d'une poubelle, chiffonnée et déchirée. Une lettre d'amour. Un amour envers la victime, non partagé à en jugé par le lieu où a été trouvé le morceau de papier jaunit.
Il la brandit telle un trophée et analyse le bas du document. La signature est quelque peu effacée mais il peut jurer lire des initiales : H et T.
Hara Toshiya ?
oOo
-Eh toi, le blond. De la visite.
Kyô sort de la cellule, un regard circonspect ornant son visage affaibli. Il réprime un vague mouvement de rage en apercevant Kaoru, attendant patiemment de pouvoir parler au barman.
oOo
Kiyoharu avance d'un pas décidé jusque chez Toshiya. Il en est sûr, c'est de lui que provient cette lettre. Une fois à hauteur de son appartement, il toque et entre dès que Toshiya tourne la poigné.
-Que me vaut l'honneur de cette visite ?
L'inspecteur lui brandit la lettre, protégée par un plastique, et demande, d'une voix froide :
-C'est vous qui avez écrit ça.
-Non.
-J'aimerais voir un manuscrit quelconque avec votre écriture dessus pour faire des tests.
-Vous n'avez pas le droit.
Kiyoharu baisse la lettre et sourit au brun, victorieux.
-J'ai un mandat.
Vingt-huit jours plus tard :
Kyô sort du commissariat, il est relâché et totalement blanchi de toute suspicion. Les tests ont prouvé que l'écriture de la lettre était bien celle de Toshiya Hara. Dans le même temps, lors d'une fouille complète de l'appartement de ce dernier, la police avait retrouvé une arme à feu dont les balles correspondaient parfaitement au calibre de celle ayant transpercé Tentadora.
Toshiya était passé aux aveux une semaine plus tôt, dans un sursaut de panique et de rage.
Tentadora avait une relation avec Ville valo.
Toshiya aimait désespérément la brune.
Il avait tué son rival pour prouver à l'Espagnole qu'il valait mieux le prendre au sérieux.
Et dans un élan de tristesse frustrée, il avait assassiné la femme hantant ses pensées, prit d'une folie amoureuse.
Soufflant de soulagement, l'ancien barman avance, escorté par deux policiers jusqu'à un portail. Enfin, lorsque ces derniers le laissent seul, il se met à courir, impatient de retrouver les lèvres de Shinya. Mais, dans sa hâte, il percute un officier de l'ordre.
-Tu peux pas regarder où tu marches, toi ?, explose t-il, dans une démonstration parfaite de mauvaise foi.
Soudain, l'homme aux côtés de Uruha se fige. Cette voix si particulière, il aurait juré l'avoir déjà entendu. Le soir du braquage, alors qu'il était de garde, et qu'on l'avait menacé. Cette voix…
Un mois plus tard :
La chaleur étouffante de cette après-midi ensoleillée fait suffoquer les individus marchant prestement dans la rue.
Dans un appartement, rendue sombre à cause des stores fermés, un homme est avachi dans le plus pur relâchement sur un canapé revêtu de cuir. Son corps suant colle contre la texture du sofa. La télévision est allumée sur une retransmission du journal télévisé de la veille au soir.
Des images défilent, décrites par une femme à la voix platonique. On peut apercevoir un homme, blond, entouré de trois policiers, être embarqué dans un camion de Police, suivit par un convoie semblable où cette fois un jeune garçon efféminé est conduit.
-Voici donc Niimura Kyô et Terashi Shinya, couple ayant commit un braquage à main armée dans une banque de Tôkyô. Le tribunal les a condamnés à dix ans de pris…
L'index appuyé sur le bouton off de sa télécommande et le bras tendu vers l'écran, Kaoru soupire de lassitude et de soulagement à ne plus entendre parler de cette affaire. Sa gorge se serre douloureusement et il laisse tomber son bras. La télécommande chute lamentablement par terre.
On s'est joué de lui.
Kyô s'est joué de lui.
Il ferme les yeux avec ardeur et tord sa langue dans tous les sens, serrant les doigts, crispant tout son corps… Avant de se relâcher et de laisser couler une larme.
Dégoûté de son état de faiblesse, il se lève et enfile un tee-shirt, avant de sortir de son immeuble. Son jean semble être comme une deuxième peau tant la chaleur plaque le tissu contre sa peau brûlante. Il n'en a que faire, il veut marcher… Il voudrait crier, hurler, frapper le premier venu…
Mais alors qu'aveuglé par sa frustration et sa haine, sa tête se baisse en un mouvement désespéré, il rentre dans un inconnu et relève les yeux avant de laisser murmurer à l'intention du jeune homme un faible :
-… Vous êtes…Die ?
FIN
Oh my god, c'est lent ô.o
oOo San, droguée à l'encens oOo
