En fait, je publierais chaque chapitre quand j'aurais fin de les traduire ;)
Chapitre 2
- Ici, Bofur? Tu l'as trouvé ici?
Bilbo garda sa voix à un volume raisonnable, ne voulant pas trop attirer l'attention. Ils étaient, après tout, dans une prison.
- Ben, le type en question était pas en prison quand je l'ai gagné contre lui.
- Tu as triché, tu veux dire.
- On va dire que je l'ai gagné à un jeu où j'avais un petit avantage.
- Bofur!
Son exclamation attira l'attention d'un groupe d'ivrognes qui commencèrent à secouer les barreaux de leurs cellules. Bilbo se souvint donc encore une fois de pourquoi elle avait renoncé à habiter à Bree. Bofur fit un geste que Bilbo ne connaissait pas, dans ce langage par signes que les Nains utilisaient, mais à en juger par les rugissements furieux qu'il provoqua, ça devait être insultant.
- Alors, la dernière fois que je l'ai vu, les gardes étaient en train de l'entraîner donc j'ai pensé qu'on pouvait parier qu'il serait ici. Et regarde!
Il désigna la cellule vers laquelle le gardien, un type renfrogné, les avait menés.
- J'avais raison!
- Toi!
Le rugissement provenant du fond plongé dans l'ombre de la cellule fit sauter Bilbo en l'air. Un énorme Nain se jeta contre les barreaux, regardant Bofur comme s'il voulait le réduire en cendres sur place.
Il se résumait à une masse de poils. De longues mèches noirs striées de gris obscurcissait la plus grande partie de sa figure, et au moins la moitié du reste était recouverte d'une barbe hirsute, ou de sang sèché provenant d'une entaille à peine refermée au dessus du sourcil. Il était terrifiant. Ou tout du moins, il aurait dû l'être, aussi brutal et rasseux qu'un Nain pouvait l'être, mais ses yeux bleus ôtaient cette impression. De la couleur d'un ciel d'hiver et tout aussi froids, c'était les yeux d'un homme qui avait fait beaucoup de choses, en avait vu encore plus, et ne s'était pas brisé.
- Rend moi ce que tu m'as volé, pourriture!
- T'avais qu'à pas le mettre en jeu si tu voulais pas le perdre, répliqua Bofur. J'ai gagné en bonne et dûe forme.
- En bonne et dûe forme?
C'était un grognement.
- Ça suffit!
Bilbo s'interposa entre eux.
- Nous ne sommes pas là pour ça.
Ce regard hivernal se fixa immédiatement sur elle, et Bilbo fut soudain très consciente de quelle impression elle devait donner à ce Nain. Ils avaient atteint la prison par la route, mais même avec la poussière du voyage les maculant, ses vêtements étaient de bonne qualité et d'une coupe étranr pour les gens de Bree. Elle s'était habituée à combine les styles hobbits et elfiques pendant son séjour à Rivendell, et il n'y avait aucun doute qu'elle devait être une vision en soit. Ses jupons descendaient à ses chevilles, biens plus longs que ce qu'une Hobbite respectable porterait, mais elle avait gardée son gilet en forme de veste, et abandonné les volumineuses capes elfiques en faveur d'un pardessus droit. Ses boucles s'étaient évadées de leurs respectables épingles et elle les sentait balayer ses tempes et ses joues.
- Nous...nous voulons savoir comment atteindre la ville sur la carte, dit-elle après une pause trop longue.
C'était dure de ne pas être intimidée par cet étrange Nain impérieux.
- Jusqu'à Belegost.
- C'est un mythe, répondit-il trop vite.
- Au moins, dites-nous comment vous avez eu cet objet, demanda Bilbo. Le cylindre. Vous l'avez acheté?
- Pas acheté.
- Volé, alors?
- Je ne suis pas un voleur, cria-t-il en direction de la prison. Peu importe ce que ces gens peuvent dire!
Le garde dans sa cellule lui faucha vicieusement les genoux, et le Nain fut forcé de se raccrocher aux barreaux pour ne pas se fendre le crâne contre eux.
- Je l'ai trouvé, dit-il en grimaçant, dans les Monts Brumeux.
- Oh.
- Et je l'ai suivi, continua-t-il, jusqu'à Belegost.
- Vous y êtes allé?
Bilbo ne pouvait empêcher la suspicion de pointer dans sa voix, mais ça semblait amuser le Nain crasseux, parce qu'il y avait un sourire qui faisait légèrement se releve les coins de ses lèvres, et qui transformait complètement son expression.
- J'ai suivi les traces de mes Pères.
- Et bien, je suis sûre que ce doit être très impressionnant.
Le sourire disparut alors que le Nain roulait des yeux et reportait son attention sur Bofur.
- Tu devrais faire sortir ta pouffiasse d'ici.
Bofur ricana et Bilbo couina d'indignation.
- Pouffiasse?
Elle se rapprocha assez pour pouvoir marteler son large torse à travers les barreaux.
- Sachez que je suis une érudite d'un certain renom! La découverte de Belegost est une incroyable opportunité pour votre peuple. Vous devriez vous réjouir à l'idée de recouvrir une part aussi importante de votre histoire!
- Et le fait que la ville soit pleine à craquer de toutes les anciennes richesses des Khazâd ne signifie rien pour vous.
- Voue pouvez vous le garder, votre fichu trésor. Jetez le dans un puit de mine si ça vous amuse, dit-elle sur un ton sarcastique.
Derrière elle, Bofur s'étrangla de protestation.
- Vous voulez savoir?
Le Nain lui fit signe d'approcher.
- Vous êtes sûre?
Bilbo hocha la tête, se pencha vers lui et se trouva bien trop choquée pour réagir lorsqu'il l'agrippa par la nuque et pressa sa bouche sur la sienne.
Ses lèvres étaient un peu plus douces qu'elles ne s'y serait attendue.
Sa barbe hirsute grattait un peu ses joues et c'était plus agréable qu'elle ne l'aurait envisagé d'une barbe.
Tout scintillait, doux et chaud, et Bilbo émit un son qui ne résonnait pas aussi outragé qu'il aurait dû l'être. Et puis soudain le Nain n'était plus là.
Deux hommes l'avaient tirés en arrière. Il réussit à se débarrasser du premier et se débattit contre le second.
- Alors, délivrez-moi! cria-t-il avant qu'ils ne l'emmènent.
Bilbo resta figée pendant un moment avant qu'un rire aigre ne résonne et ne lui éclaircisse les idées. Elle se tourna pour réprimander Bofur, mais ce n'était pas lui qui se moquait d'elle. Le ricanement provenait de la cellule adjacente où un Nain roux essayait tant bien que mal de contenir son hilarité.
L'ignorant, Bilbo se tourna vers le gardien.
- J'ai besoin qu'on libère ce Nain.
- Pas possible.
- Faites en sorte que ça le soit, cria-t-elle.
Ç'eut au moins le mérite de faire cligner le gros homme des yeux, et il la regarda enfin en face.
- Il a volé le maire, et le magistrat, et au moins la moitié des maisons de la ville. Il y a aussi des rumeurs comme quoi les Elfes dans l'Est auraient mis une prime sur sa tête. Il vont le pendre.
Bofur siffla d'agacement, l'entraînant hors de portée du garde.
- La pendaison est pas une belle mort pour un Nain. Nos cous se brisent pas si facilement, ça peut durer longtemps.
Bilbo se sentit devenir malade en regardant le grand Nain se faire entraîner, se battant bec et ongles à chaque pas.
- Je pensais qu'ils avaient pris la main, depuis le temps.
Le rouquin de la cellule d'à coté drapa ses bras autour des barreaux.
- Je lui aurais pas fait porter le chapeau si j'avait su qu'ils l'enverraient à la corde.
Bofur et Bilbo le fixèrent, choqués.
- Vous êtes le voleur? s'exclama-t-elle d'une voix un peu trop haute.
- Moins fort.
Personne ne les regardait, ils étaient tous bien trop interessés par ce qui se passait dans la cour de la prison.
- Plutôt lui que moi. Les Humains pensent qu'on se ressemblent tous de toute façon.
Bilbo se mit à courir.
- Mais il n'est pas coupable! implora-t-elle le gros homme qui faisait office de gardien-chef.
C'était un humain odieux à regarder, avec une calvitie précoce qu'il tentait visiblement sans succès de cacher. Il se présentait lui-même comme le Maître, ce qui était un moyen ridicule de se donner de l'importance.
- Vous devez le laisser partir.
- Je suis désolé, ma petite dame, dit-il avec une expression qui laissait entendre qu'il n'était pas désolé du tout, mais il est connu que le Roi des Elfes de Vertbois n'apprécie pas ce Nain, et je veux que le Roi des Elfes m'apprécie.
Sur le gibet, ils étaient en train de passer une corde autour du cou puissant du Nain.
- Je peux vous payer, offrit Bilbo. Cinquante pièces d'or.
- Thranduil me paierait autant juste pour lui raconter le spectacle en détail.
- Cent.
- Pas conclu.
Il agita une main impérieuse et la trappe s'ouvrit, le Nain chuta brusquement et Bilbo tendit instinctivement et inutilement une main en avant.
Bofur avait raison, sa nuque ne s'était pas brisée. Chaque muscle exposé par sa tunique déchirée se tendait douloureusement alors qu'il se débattait pour aspirer l'air dans ses poumons.
Elle retourna son attention vers les yeux cupides du Maître. Il n'allait pas céder pour de l'or, pas pour les sommes que Bilbo lui avait offertes. Il voulait un statut, du pouvoir.
- Ce Nain est un Roi, cria-t-elle.
Toute la prison semblait retenir son souffle avec Bilbo alors que l'attention du Maître se reportait sur elle.
- Un Roi.
- Oui.
Elle avait toujours été une bonne conteuse d'histoire, et les mensonges lui venaient quasi-naturellement.
- Il...La raison pour laquelle le Roi des Elfes veut la mort de ce Nain est qu'il y a longtemps, ses ancêtres, les Nains de Belegost, lui ont volé un Silmaril. Un joyau apprécié même des Valar.
- C'est un conte pour enfants.
- Ah, mais Belegost n'en est pas un. On dit que son emplacement est perdu depuis le Premier Âge, et que son peuple est dispersé et a oublié leur origine, mais...
Il suivait son histoire, à présent, elle le voyait dans ses yeux.
- Les Nains savent garder leurs secrets, mais la lignée royale sait où la ville se trouve. La dernière cité naine légendaire, où même les murs sont fait d'or.
Elle s'approcha plus près, comme réticente à partager le secret.
- Il est le seul qui sache où la trouver.
- Vraiment?
- Oui, promit Bilbo. Libérez-le et il vous donnera un dixième de tout ce que nous trouverons.
- La moitié, demanda immédiatement le Maître.
- Vingt pour cent.
- Trente.
Il affichait un sourire cupide sur sa figure à présent, qui donnait la chair de poule à Bilbo.
- Un quart, offrit-elle. Un quart des richesses de tout un royaume nain.
- Vendu!
Et il se leva, criant au bourreau de détacher le Nain tandis que Bilbo tentait de ne pas afficher sa satisfaction trop ouvertement.
- Et, ajouta-t-elle en haussant la voix pour couvrir les cris des prisonniers, je veux le rouquin aussi.
- Comment saviez-vous? siffla le Nain alors qu'on le conduisait vers elle.
Bilbo le dévisagea, surprise.
- Savoir quoi?
Bilbo laissa Bofur à la prison pour gèrer leurs nouvelles acquisitions et il revint avec un bel oeil au beurre noir et un plan leur donnant tous rendez-vous le matin suivant au pont de Brandevin, afin de faire la majeure partie du voyage en bateau.
La meurtrissure était toujours violette le lendemain, mais le temps était beau et clair. Et ils étaient seuls sur les docks.
- Il ne vient pas, n'est-ce pas?
Bilbo était surexcitée, elle le savait, mais ne pouvait pas s'en empêcher.
- Après tout ce qu'on a fait pour lui, il ne viendra pas. J'aurait dû m'en douter. C'est juste un salopard crasseux et mal elevé, n'est-ce pas?
- Moins crasseux, maintenant.
Une voix profonde interrompit sa tirade. Bilbo se retourna pour voir arriver quelqu'un qui ne présentait qu'une très lointaine ressemblance avec le forçat de la veille.
La crinière noire hirsute avait été brossée jusqu'à briller et soigneusement tressée, scintillante de perles d'argent. Il portait une cotte de maille sans manche par dessus une tunique d'un bleu profond, en dessous d'un manteau de cuir sombre. Une ceinture de métal travaillée et des gantelets gravés complètaient l'apparence d'un guerrier sauvage et fier. Il ressemblait jusqu'au bot des ongles au Roi que Bilbo avait prétendu qu'il était, et elle ne pouvait pas s'empêcher de penser que personne ne lui refuserait une danse.
- B...Bonjour, Maître Nain. Nous espérions justement ne pas vous avoir manqué.
- En fait, pas manqué mais complètement loupé, ajouta Bofur, avec un manque de tact flagrant.
Le Nain les considéra, impassible pour un moment.
- Je me suis perdu.
- Heureusement pour vous, je l'ai trouvé.
Le voleur rouquin se fraya un chemin à coups d'épaule à travers la foule vers le bateau, saluant Bilbo de la tête.
- Nori à votre service. Bouge-toi, Écu-de-Chêne.
- Oh, c'est votre nom? s'exclama Bilbo. Dans la confusion, j'avais complètement oublier de vous demander.
- Certains me nomment ainsi, Madame...Sacquet, c'est ça?
Il hocha la tête en direction de Bofur.
- Et Monsieur Sacquet.
- Ah, non, pas exactement.
Bofur s'inclina légèrement.
- Bofur, fils de Bomur des Torses-larges d'Ered Luin. La dame se nomme Bilbo Sacquet de la Comté, bien qu'elle ait récemment vécu à Fondcombes, et est une très bonne amie.
Écu-de-Chêne tiqua un peu à la mention de Fondcombes mais s'inclina profondément.
- Je suis Thorïn, fils de Thraïn, fils de Thròr de la lignée de Durïn, à votre service.
- Je...
La bouche de Bofur s'ouvrit et se referma lusieurs fois sans qu'un seul mot ne puisse en sortir.
- Excusez mon ami, je vous en prie, le couvrit Bilbo. Il est si peu habitué aux bonnes manières qu'il ne sait jamais comment réagir. Allez vous installer et nous vous rejoindrons.
Le regard de Maître Écu-de-Chêne sembla s'adoucir instantanément et il acquiesça avant d'emprunter la passerelle.
- Tu viens de dénicher la veine de mithril, fillette.
Bofur semblait à deux doigts de s'évanouir.
- Ferais mieux de passer rapidement aux choses sérieuses avec lui.
- Je ne suis pas sûre de comprendre ce que tu insinues, dit-elle dédaigneusement.
Elle était trop contente de pouvoir enfin monter sur le bateau et ainsi éviter le prochain sous-entendu mortifiant de Bofur. Mais avant qu'elle ne puisse faire un pas de plus, un Elfe la bouscula et la renvoya directement dans les bras du Nain.
- Vous pourriez faire attention!
Elle le gratifia de son regard le plus méprisant quand il se retourna.
- Regarde où tu mets les pieds, Semie-Homme.
- Hobbite, insista Bilbo. On est en territoire Hobbit, ici. Il n'y a aucune excuse pour ne pas le savoir.
L'Elfe ignora son commentaire et hocha impérieusement la tête avant de tourner pes talons.
- Oh, honnêtement?
Bofur haussa les épaules et lui prit son sac.
- Les Grandes-gens. Tous ces centimètres supplémentaires doivent leur oppresser le cerveau.
reviews?
*puppy eyes*
