Disclaimer : Roderich et Gilbert sont des personnages d'Hetalia et appartiennent à Hidekaz Himaruya.

Note : Me voilà revenue d'Angleterre and God I want to go to London again 8D Le chapitre suivant de Twelve's Quest est en bonne voie mais il ne faut pas l'attendre avant la semaine prochaine... Et donc j'ai décidé de vous offrir le deuxième chapitre de Blind Liebe ^o^ Ce chapitre est un peu plus long que le premier et devrait déjà vous donner une idée du style dans lequel j'écrirai la suite.

Special Thanks : Nyhne ! Merci encore pour ta review, j'espère que ce chapitre te plaira ;)

Là-dessus, je vous laisse avec le chapitre deux. J'espère que vous aimerez et que vous n'hésiterez pas à laisser une review !


Chapitre II : Blessure

Eté 1850.

Ils arrivèrent en vue du manoir, situé près de Vienne.

Gilbert se dévissa le cou pour l'apercevoir par la fenêtre du fiacre.

Le petit garçon n'en fut pas impressionné, il était d'une taille plus ou moins équivalente à celui de son père.

Toutefois, c'était la première fois qu'il se rendait à l'étranger, qui plus était pour accompagner son père en mission diplomatique. Gilbert était à la fois surexcité et anxieux, il ne voulait surtout pas faire de bêtise. Sauf que faire des bêtises, c'était presque sa spécialité, même s'il ne le faisait pas toujours exprès.

Il savait que ce séjour en Autriche était important pour son père, alors il s'appliquerait pour être sage…

Il attendit que le cochet vienne ouvrir la portière, ensuite il descendit de la voiture, suivi de son père.

Des domestiques en impeccable livrée noire sortirent aussitôt du bâtiment imposant et se chargèrent des bagages de leurs hôtes.

A leur suite, un homme droit et fier les accueillit.

Lui n'était pas un domestique, c'était certain. Ses vêtements étaient de bonne qualité, élégants quoique simples. Il portait une lavallière blanche sur une chemise assortie, un gilet bleu nuit et un pantalon de la même teinte. Ses cheveux étaient bruns, ses yeux, bleus. Son visage, bien qu'il souriait au père de Gilbert, témoignait d'une certaine sévérité.

-Bienvenue en Autriche, Herr Beilschmidt.

-Merci de nous accueillir. Comme annoncé, voici mon fils, Gilbert.

Le petit garçon s'inclina légèrement tout en présentant un grand sourire au brun. Celui-ci le lui rendit, presque attendri par la bouille de l'enfant.

-Je vous présenterai Roderich lors du déjeuner. Suivez-moi, je vous prie.

Gilbert s'exécuta, en même temps que son père.

Le jeune Prussien ne cessait de regarder à droite, à gauche, à mesure qu'ils progressaient à l'intérieur du manoir.

Les murs des couloirs étaient décorés de magnifiques tableaux, de portraits de membres de la famille.

Ils croisaient des domestiques, de jeunes et jolies femmes de chambres ou cuisinières qui regardaient l'enfant avec un sourire attendri.

A vrai dire, Gilbert n'écoutait pas vraiment la visite guidée, de sorte que, seul, il serait incapable de se repérer dans le manoir.

Ils passèrent en face d'une double porte, peinte en blanc et rehaussée de moulures dorées. Elle était entrouverte et Gilbert pouvait distinctement entendre des notes de musique.

Du piano.

Il ne s'y connaissait pas vraiment en musique, car après avoir laissé Gilbert s'essayer au violon une fois, ses parents avaient décrété d'un commun accord de ne plus l'autoriser à poser les mains sur un instrument. Et de toute façon, son père avait décidé que Gilbert devait privilégier les activités physiques en prévision de la carrière qu'il avait choisie pour son fils. Ce qui, soit dit en passant, ne dérangeait pas le moins du monde le garçon, car bien qu'il était loin d'être bête, il avait plus de mal à se concentrer des heures durant pour exercer son histoire, sa géographie, sa littérature ou ses mathématiques.

Toujours était-il que le morceau de piano lui était totalement inconnu, mais qu'il appréciait. La mélodie le transportait.

Il ouvrit un peu plus la porte, découvrant une salle de musique parquée, éclairée par de larges fenêtres donnant sur un magnifique jardin verdoyant. Il y avait de tout: harpes, violons, instruments à cordes et à vent.

Et au milieu de la salle trônait le piano.

Le pianiste était assis sur un fauteuil de bois ciré surmonté d'un coussin de velours vert foncé.

Il jouait merveilleusement bien, Gilbert pouvait s'en rendre compte malgré son manque de connaissance en la matière. Ses doigts couraient d'un bout à l'autre du clavier et en martelaient les touches, tantôt brusquement, tantôt délicatement, presque amoureusement.

Le pianiste tournait le dos à la porte, Gilbert ne pouvait le voir que de dos. Il portait une chemise blanche, un pantalon et un gilet noirs. Son cou était souligné d'un fin ruban rouge lâchement noué. Ses cheveux étaient bruns, courts, et une mèche de devant rebiquait étrangement vers le haut. Il portait des lunettes, mais l'intrus ne pouvait voir ses yeux.

Gilbert y regarda à deux fois, surpris. Ou le pianiste était ridiculement petit, ou bien il avait son âge…

Il cessa de se poser la moindre question et profita seulement de la musique.

Le morceau s'acheva en douceur et Gilbert prit sur lui pour ne pas applaudir alors que mouraient les dernières notes.

Il continua à fixer le musicien, et finalement, le brun se sentit observé –à juste titre.

Il tourna la tête et Gilbert entrevit un petit grain de beauté près des lèvres du brun. Il fut aussitôt captivé par ses yeux.

Derrière ses fines lunettes brillaient deux gemmes améthyste, qui regardaient l'individu près de la porte, perplexe. L'un des fins sourcils du garçon se haussa sous la surprise.

Les yeux du musicien observèrent Gilbert de la tête aux pieds, furtivement, puis fixèrent son visage.

Ses yeux rouges.

Sa peau diaphane et pâle.

Ses cheveux blancs.

L'Autrichien écarquilla les yeux et s'en alla au petit trot par une autre porte, située à l'autre bout de la pièce et donnant sur un salon, en poussant un petit cri effrayé.

Gilbert aurait dû avoir l'habitude. Le pianiste n'était pas le premier, et certainement pas le dernier, a avoir eu peur de lui, à cause de son aspect quelque peu singulier.

Mais il ne pouvait pas s'empêcher de se sentir blessé lorsque quelqu'un réagissait de la sorte devant lui.

Et puis, il se sentait un peu –un tout petit peu– coupable…

Bravo, Gil.

Faire fuir et effrayer le fils de son hôte. Ca, c'était fait.

oOo

Gilbert n'eut pas vraiment de difficulté à retrouver son père et leur hôte. A vrai dire, ils avaient vite remarqué l'absence de Gilbert et étaient revenus sur leurs pas… Pour trouver le petit albinos près de la salle de musique, visiblement contrarié.

Autant dire que le père de Gilbert n'était plus d'excellente humeur à l'égard de son fils, même s'il essayait de faire bonne figure devant son homologue. Lorsque ce dernier eut tourné la tête pour reprendre la visite, toutefois, il lança un regard d'avertissement à Gilbert, qui baissa les yeux.

Il avait encore gaffé…

Mais l'Autrichien ne parut pas s'en contrarier, au contraire. Il surveillait Gilbert du coin de l'œil avec un sourire affable. Le Prussien se dit qu'il devait aimer les enfants, malgré son air un peu austère.

Finalement, lorsqu'ils eurent fait le tour des salles de réception, des salons, des salles à manger et des salles de jeux, Gilbert fut conduit au deuxième étage par une jeune femme de chambre blonde, qui l'accompagna jusqu'à sa chambre.

Il découvrit une pièce de taille moyenne, peinte de blanc, avec fenêtres ouvrant sur le jardin et même un balcon pour profiter du soleil généreux de l'été et de la superbe vue qu'offraient les espaces verts, en bas.

Ses valises avaient déjà été montées et les domestiques avaient pris la liberté de ranger ses affaires dans la large penderie de bois travaillé qui trônait dans un coin. Dans un autre, c'était une bibliothèque qui était mise à sa disposition, remplie de livres traitant de sujets divers devant lesquels Gilbert fit la grimace.

Enfin, le lit se trouvait contre le mur faisant face aux fenêtres, au milieu de la pièce. De bois, il comportait des baldaquins de velours rouge. Les draps blancs et les oreillers moelleux étaient avenants, mais Gilbert se devait de résister à leur appel, tout fatigué qu'il était à cause du voyage.

Il avait en effet reçu la consigne de se changer et de se rafraîchir dans la salle d'eau attenante à la chambre et de se trouver à midi pile dans la salle à manger.

Sauf qu'il ignorait complètement où elle se trouvait, mais c'était un détail…

Il ôta sa chemise blanche et s'aspergea le visage et le torse d'eau.

Il choisit ensuite l'un de ses gilets préférés, celui en taffetas bordeaux, qu'il accompagna d'un pantalon noir.

Il brossa distraitement sa tignasse argentée, ayant depuis bien longtemps renoncé à la dompter un jour.

Il s'adressa un sourire dans le miroir et puis quitta la salle d'eau, puis sa chambre, se retrouvant dans le couloir.

Il avait plus ou moins mémorisé le chemin pour retourner dans le hall depuis ses quartiers, mais après…

Il demanda à l'un des majordomes, qui le guida jusqu'à ladite salle, puis qui s'inclina avant de disparaître.

Ouverte sur le jardin, la salle était lumineuse et aérée. Un imposant lustre de cristal étincelait à la lumière du soleil.

Les murs, peints de rouge, étaient ornés de deux grands tableaux des actuels chefs de famille, qui se faisaient face sur leur mur respectif.

La longue table de bois ciré était couverte d'argenterie, de douces serviettes et de verres de cristal fin, attendant d'être remplis.

Près de la fenêtre ouverte, Gilbert vit son père et leur hôte discuter en contemplant les jardins, un verre de vin blanc en main.

Il ne savait trop quoi faire. Les rejoindre? Attendre patiemment qu'on l'y invite?

Le jeune garçon n'eut pas l'occasion de se poser davantage de questions. Un doigt tapota son épaule, timidement, par derrière.

Il se retourna instinctivement et fit face à un enfant d'à peu près sa taille, arborant des lunettes et un grain de beauté près de la bouche. Mais surtout, de magnifiques yeux d'une saisissante couleur violette.

Le brun rougissait légèrement.

-Je… commença-t-il. Je suis désolé de ma réaction de tout à l'heure. C'est que… Je ne pensais pas être écouté, et je ne savais pas que vous étiez arrivés… Je… Veuillez m'excuser. Repartons sur de bonnes bases.

Gilbert décida d'accepter ce prétexte à la fuite du jeune pianiste, plutôt que de se dire qu'une fois de plus, son albinisme avait effrayé quelqu'un.

Il eut un sourire en coin –son interlocuteur était adorablement gêné– et dit joyeusement:

-Il n'y a pas de mal! Soyons amis! Je m'appelle Gilbert Beilschmidt.

Il tendit la main au plus petit, qui hésita, puis la saisit timidement en ajoutant avec un sourire:

-Roderich Edelstein. Enchanté!

oOo

Mars 1864.

Roderich sortit de la voiture, contourna les chevaux et ouvrit la porte à Gilbert en lui présentant son bras pour qu'il s'y appuie.

-Nous sommes arrivés. Prenez mon bras.

Il esquissa un geste pour attraper la main de l'albinos, mais celui-ci en balaya les environs pour écarter Roderich.

-Je n'en ai pas besoin. répliqua Gilbert. Je ne veux pas de votre pitié, Docteur.

Toutes ses attentions dont on le couvrait l'étouffaient.

Il ne supportait pas de dépendre de quelqu'un, lui qui chérissait sa liberté.

D'autant qu'il savait que cela s'apparentait plus à de la pitié qu'à de la réelle inquiétude. Il percevait cette pitié dans les paroles, dans les actions du Docteur Edelstein. Ou bien c'était seulement de la froide conscience médicale.

Et ça le blessait profondément, dans les deux cas.

Gilbert avait eu l'habitude qu'on l'admire, depuis presque toujours. Il n'avouait que rarement ses faiblesses, il était quelqu'un de fier de nature, et conscient de ses capacités. Se retrouver ainsi diminué lui était insupportable.

Non, il n'avait pas besoin d'Edelstein pour sortir d'un bête fiacre.

… Mais il se serait royalement vautré par terre en descendant de la diligence si le médecin n'avait pas envisagé cette possibilité et s'il ne s'était pas préparé en conséquence à le recevoir.

Il le rattrapa et ne le lâcha plus. Il saisit sa main et le guida jusqu'à l'escalier de pierre menant à l'intérieur.

-Attention, il y a dix marches devant vous.

Gilbert répondit par un grognement et tâta le terrain du pied.

Il monta prudemment –cette lenteur avec laquelle il effectuait désormais toutes ses actions le mettait aussi hors de lui.

Dans le hall, Roderich prit l'escalier de gauche, non sans avoir prévenu Gilbert.

Il monta deux étages, et enfin, ouvrit une porte. Il entra dans la pièce, suivit de Gilbert et des domestiques qui apportaient les bagages du Lieutenant.

-Voici votre chambre. annonça-t-il à l'albinos.

-C'est charmant, dirait-on. grinça Gilbert.

Roderich décida d'ignorer ce trait de cynisme et lui enleva son manteau, qu'il alla accrocher au porte manteau installé près de la porte.

-Que diriez-vous d'aller dans le jardin avant le déjeuner? Il fait beau mais le soleil ne tape pas trop, vous ne risqueriez rien.

-A vrai dire, je m'en fiche. rétorqua Gilbert.

-… Ah. Fort bien. Dans ce cas, je vous laisse prendre connaissance de vos quartiers. Je viens vous chercher dans une heure pour le repas.

Sur cette phrase lancée plus froidement qu'il ne l'aurait voulu, Roderich quitta la pièce et se dirigea vers sa propre chambre, située elle au premier étage.

Mais une voix l'arrêta momentanément dans ses projets.

-Pourquoi vous ne m'avez pas laissé crever?

C'était la question qui taraudait Gilbert depuis qu'il avait appris sa cécité.

Roderich revint sur ses pas.

-Parce que, répondit-il, sauver une vie devient trop rare sur un champ de bataille que pour en laisser une partir.

Il allait ajouter quelque chose, se ravisa, s'éloigna à nouveau de quelques pas, puis se décida finalement:

-Et parce que je ne t'… Parce que jamais je ne vous aurais laissé mourir, Gilbert.

Il sortit définitivement de la pièce avec un soupir.

Cela faisait deux semaines qu'il cohabitait plus ou moins avec Gilbert, d'abord au camp lors de sa convalescence, puis lors du trajet jusqu'à Vienne.

Les échanges n'avaient pas été très fructueux.

Gilbert broyait du noir et ruminait sa situation, ce que Roderich pouvait comprendre, bien sûr. Le soldat n'était donc pas très enclin à la discussion et rembarrait le médecin presque à chaque fois qu'il proposait quelque chose ou engageait la conversation sur des sujets anodins.

Quant à Roderich, il avait décidé de ne pas se donner à connaître. Après tout, il lui avait dit son nom, et Gilbert n'avait même pas tiqué.

Peut-être que l'albinos l'avait oublié… Ce qui était peu probable, ou du moins le brun l'espérait. Après toutes ces années…

Mais Roderich voulait que Gilbert se rende compte par lui-même de l'identité de son médecin.

Question d'orgueil…

oOo

Le médecin parti, Gilbert se retrouva seul.

Seul.

Dans une pièce dont il n'était même pas capable d'évaluer la grandeur ou l'ameublement.

Dans une maison qui lui était totalement inconnue.

Loin de chez lui.

Gilbert goûta au silence.

Ca faisait longtemps. La dernière fois qu'il s'était retrouvé au calme remontait à plusieurs mois, avant d'être envoyé au front.

Il fit quelques pas de côté, tentant d'atteindre un mur pour le longer et visiter à sa façon.

Le silence et l'obscurité.

Tout ce dont il avait peur.

Il avait peur du silence, il le détestait. Jadis, il peinait d'ailleurs à se taire.

Et l'obscurité. Petit, il avait besoin d'une lanterne à côté de lui, la nuit. Et plus âgé, il dormait très mal s'il n'avait pas allumé une bougie à son chevet. Maintenant, plus aucune lumière ne pouvait éclairer ses nuits sans fin.

Et puis il y avait la solitude.

La solitude qu'il croyait avoir définitivement vaincu grâce à son ego et à la sociabilité naturelle qu'il possédait.

Mais cette fois, c'était son ego qui le poussait à s'isoler, sans même qu'il s'en rende compte. Avant le départ du médecin en effet, il avait cru que quoi qu'il puisse dire, l'Autrichien ne l'abandonnerait pas, à cause de sa conscience médicale. Mais Gilbert s'était trompé. Son hôte était un humain comme les autres, capable de se vexer et d'envoyer quelqu'un au diable.

Gilbert atteignit un meuble qu'il identifia comme un fauteuil et s'assit dedans.

Il avait à la fois besoin et horreur d'être seul.

Une bouffée de panique s'empara de lui.

Il était plongé dans le silence et l'obscurité, et il devait y faire face seul.

Et réaliser que lui, Gilbert le Grand, avait peur, s'en était trop pour lui.

Et puis il se posa une question.

Qu'est-ce que je vais devenir, dans cet état?

Il s'inquiétait de son avenir, à présent. Avenir qui s'annonçait difficile.

C'était décidément trop pour lui.

Il rejeta la tête dans son fauteuil, qui lui était étrangement familier.

Il posa sa main sur ses yeux meurtris et aveugles, pour que, si jamais quelqu'un le regardait, il ne puisse voir les larmes salées qui coulaient quand même le long de ses joues.


Juste une petite info sans réellement d'intérêt : la description du jeu de Roderich au piano, c'est vraiment mon ressenti quand j'écoute et je regarde mon meilleur ami jouer. Je n'y connais pas grand chose en musique, mais j'admire tous les musiciens.

Si vous avez aimé ou quelque chose à me dire, laissez une review :D

A bientôt ~