Bienvenu à tous,
voici ma première fic; je suis heureuse de la partager.
En espérant qu'elle vous plaira…

Résumé:
Est-ce une coïncidence si le garçon possédé par le démon Renard, l'héritier survivant du Sharingan et l'orpheline solitaire de Kiri sont amenés à faire équipe ? Face aux dangers et aux aléas de la vie quotidienne, ils apprennent à se connaître et tissent des liens d'une intensité que l'amitié seule ne peut expliquer…

Première partie d'une fiction qui pour l'instant est censée se poursuivre jusqu'au-delà des Shippuden. L'intrigue suivra les grosses lignes de l'original pour un certain temps, mais j'y ajoute mon petit grain de sel, Solan. Pour vous donner une petite idée, il sera question d'amitié, d'un passé mystérieux, de chakra, de Rokoudo et de Kyuubi. Vous pouvez jeter un coup d'oeil à mon profil pour en savoir plus.

Disclaimer:
Tout ce petit monde (sauf Solan et les Hanayuki) appartient au tout-puissant Masashi Kishimoto; qu'il ne m'en veuille pas de lui emprunter un petit peu de son génie…

[NOTE DE L'AUTEURE: PREMIERS CHAPITRES EN COURS DE RÉÉCRITURE]
J'ai définitivement abandonné la narration à la première personne; il n'est jamais trop tard pour changer^^ Par soucis de cohérence, j'ai entrepris de modifier les dix premiers chapitres. Même si j'ai vraiment peaufiné la rédaction, le fond demeure inchangé, évidemment.

Je m'excuse d'avance si certains oublis apparaissent, du genre un « je » ou un « mon » en plein paragraphe; j'ai tout relu, mais on ne sait jamais.


CHAPITRE 1: L'ORPHELINE DE KIRI

- SOLAN ! Cette salle de cours n'est pas un dortoir au cas où tu ne le saurais pas !

La voie d'Iruka-sensei lui parvint aussi clairement que s'il s'était trouvé juste à côté d'elle.

Réfugiée au dernier rang, elle avait naïvement espéré qu'il ne remarquerait pas qu'elle faisait semblant d'écrire, la tête négligemment appuyée sur l'une de ses paumes. À peine eut-elle le temps de se réveiller à l'entente de son prénom que le sifflement familier d'une craie fendant l'air déclancha chez elle un réflexe bien rodé.

En un éclair, elle se pencha sur le côté et laissa le projectile de son professeur s'écraser lamentablement contre le mur du fond. Se retournant à moitié, elle jeta un regard au nouvel impact blanc et poussiéreux qui venait de rejoindre les précédents. Un demi-sourire se dessina sur ses lèvres tandis qu'elle se mit à jauger Iruka d'un œil ostensiblement provocateur.

- Iruka-sensei… Heureusement que vous êtes plus doué dans le lancer de shuriken.

- Petite insolente ! Puisque tu parles de lancer de shuriken, je te signales que ta technique laisse plutôt à désirer, tu te souviens ? On dirait qu'à chaque fois tu fais exprès de viser à côté des cibles, idiote !

Une partie de ses camarades se mirent à rire en lui lançant des coups d'œil amusés; vexée, elle croisa les bras en claquant de la langue d'un air agacé.

- Et donc, poursuivit Iruka une fois que les rires se furent tus, peut-être que cette leçon sur la trajectoire des shuriken selon le poids et la distance ne te serait pas complètement inutile, tu me suis ?

- Je n'ai pas besoin d'encombrer mon esprit de détails aussi ennuyeux, répliqua-t-elle avec dédain, je sens naturellement très bien ce genre de choses, un peu comme un génie, quoi…

- Je vais te donner une punition que ton poignet sentira passer lui aussi, tu m'entends ? vociféra Iruka en la pointant du doigt.

Solan souffla en tournant la tête vers la fenêtre pour regarder au-dehors. Le professeur reprit sa leçon, mais elle ne l'écoutait que d'une oreille.

Bien évidemment, sa forfanterie n'avait rien de sincère. Elle vivait à Konoha depuis suffisamment longtemps pour que ses éventuels talents cachés se fussent faits connaître s'ils avaient seulement existé. Les nuages défilaient dans le ciel d'un bleu parfait, et la paix de cette vision raviva en elle le souvenir de son arrivée au village caché de la Feuille, huit ans auparavant.

Ce fut par-dessus les épaules d'un membre des forces spéciales qu'elle avait pu le voir pour la première fois. Du haut d'une colline le surplombant, ses yeux émerveillés de petite fille l'avaient regardé s'étendre dans la lueur du soleil levant. Des maisons de toutes les tailles, de toutes les couleurs et de toutes les formes s'étalaient à perte de vue, parfois en partie dissimulées par la forêt qui poussait au sein même des murs d'enceinte. La spontanéité du cri de surprise qu'elle avait poussé fit rire son porteur et ses deux équipiers. Elle n'avait depuis jamais mis un pied en dehors du village.

Elle grandit à la fois seule et entourée; solitaire, mais jamais abandonnée, et ce en partie grâce aux soins du Troisième Hokage. Pendant des années elle ne le rencontra jamais, mais put profiter au quotidien de sa bienveillance envers les orphelins et les enfants réfugiés. A l'âge de huit ans, toutefois, l'irrépressible besoin de liberté qui s'empara d'elle la poussa à menacer quiconque voulait bien l'écouter qu'elle fuirait le village si on l'obligeait à rester à l'orphelinat avec les autres enfants. Le Troisième Hokage, pour une raison qui lui restait encore inconnue, l'avait alors convoquée au sommet de sa tour.

Elle avait cru devoir subir ses foudres; il lui annonça contre toute attente qu'il consentait à lui prêter un petit logement vacant. Elle avait cependant fait la moue lorsqu'il déclara avec un sourire qu'une condition existait à ce prêt généreux. « Je me disais aussi... » avait-elle bougonné en croisant les bras d'un air boudeur, ce qui n'eut pour seul effet que d'agrandir son sourire. « J'aimerais que tu intègres dès la rentrée prochaine l'académie shinobi de Konoha ».

Dans un premier temps, elle avait failli éclater de rire: le vieil homme ignorait que logement ou non, elle avait bel et bien l'intention de se faire apprentie ninja. Résistant à l'envie de se moquer de lui, elle se tut et acquiesça d'un air solennel, de peur qu'il ne la charge à la place d'une vraie corvée si elle lui révélait la vérité.

Comme si son entrée à l'académie devait marquer l'un des plus grands tournants de sa vie, elle avait pour l'occasion entrepris bon nombre de résolutions. Solan coupa ses cheveux, s'imposa un entraînement des plus rigoureux avant la rentrée et fit même la promesse de se montrer plus disciplinée envers ses aînés, et plus sociables envers ses camarades. Bien qu'elle renonça très vite à ses derniers engagements, elle ne lésina jamais sur la pratique des exercices qui incombait à sa condition d'élève ninja, ne s'épargnant aucun effort de ce côté-ci.

Au fond d'elle-même, la gratitude si profonde qu'elle éprouvait envers ce village qui l'avait accueillie à bras ouverts lui fit jurer qu'un jour ou l'autre, elle serait en mesure de se montrer digne de cette générosité, et que tant qu'elle vivrait ce serait dans le but de l'aimer et de le protéger de toutes ses forces.

- SOLAN ! NON MAIS C'EST PAS VRAI, ENCORE EN TRAIN DE DORMIR !


- Solan ! Hé, Solan !

La cloche venait de retentir. Au comble du soulagement, elle avait profité du brouhaha coutumier des fins de classe pour se faufiler hors de la salle en faisant mine de ne pas entendre Iruka lui crier quelque chose à propos d'une certaine punition.

Alors qu'elle marchait dans le couloir, une voix familière l'interpella de loin. Bien décidée à ne pas répondre, elle poursuivit son chemin sans ralentir.

- Solan ! insista Naruto en parvenant à la rattraper. Dis, ça te dirait de...

- Laisses tomber, Naruto. Fiches-moi la paix.

- Oh, allez… Tu es encore en colère contre moi pour hier ? C'est juste ça ?

- Juste ça ? répéta-t-elle en s'arrêtant brusquement. Juste ça ?

Sans crier gare, elle le saisit vigoureusement au col de son blouson. Ne se souciant pas des regards qui convergeaient sur eux, elle le secoua furieusement d'avant en arrière.

- Imbécile ! Tu as osé faire des graffitis sur les portraits de nos vénérables Hokage ! Tu te rends compte de qui sont ces gens et de ce qu'ils ont fait pour le village, hein ?

- Mais qu'est-ce qui te prends ? Lâches-moi ! s'écria-t-il en la repoussant. J'en ai marre qu'on me fasse toujours la même leçon, d'abord Iruka-sensei, ensuite toi ! Et d'abord, qu'est-ce que ça peut bien te faire, tu n'es même pas originaire de Konoha, je me trompe ?

Son visage perdit toute expression menaçante tandis qu'elle détournait les yeux en rougissant. Soufflant avec dédain pour masquer son embarras, elle se remit à marcher, Naruto sur ses talons.

- Là n'est pas la question, rétorqua-t-elle froidement, là n'est vraiment pas la question.

- De toute façon on ne peut pas dire que tu sois un modèle de conduite non plus, mademoiselle je-dors-en-cours-au-lieu-de-prendre-des-notes...

- L'idiot du village qui me fait la leçon maintenant, j'aurais tout entendu.

- ARRÊTES DE ME PARLER SUR CE TON ! TU N'ES QU'UNE CHIPIE, ET MAL COIFFÉE EN PLUS !

Comme à son habitude, la cocotte-minute avait explosé sans se soucier des gens qui l'entouraient et lui jetaient des regards courroucés.

Continuant à marcher sans lui accorder un regard, Solan eut un petit sourire. Quoi qu'elle pouvait en dire, elle appréciait énormément Naruto. Ses perpétuelles excentricités ainsi que son caractère imprévisible l'amusaient autant qu'ils exaspéraient les autres habitants. Elle le savait lui aussi orphelin et ne devinait que trop bien le malaise intérieur que masquait un comportement si déplacé et tape-à-l'oeil.

- Naruto, lança-t-elle doucement sans se tourner vers lui.

Son visage passa de la rage à l'étonnement d'une manière si soudaine qu'elle dut lutter pour ne pas éclater de rire.

- Qu... quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il d'une voix soupçonneuse.

- C'est demain qu'ont lieu les examens pour passer gennin, répondit-elle d'une voix neutre. Si on allait s'entraîner au terrain vague jusqu'à ce soir ?

Ainsi qu'elle s'y était attendu, il s'empressa d'acquiescer avec une excitation qui lui fit momentanément regretter de marcher à côté de lui. Le laissant à ses explosions bruyantes de joie, elle tourna la tête sur le coté en sentant une présence sur sa gauche.

Elle se fit dépasser par un garçon brun de leur âge, reconnaissable entre tous. Sasuke Uchiwa, la coqueluche de toutes les filles de l'académie, s'avançait seul, comme à son habitude, au milieu de la cour, les mains dans ses poches et la tête baissée, indifférent à l'émoi que provoquait son simple passage chez les groupies qui ne se lassaient pas de l'épier.

Alors qu'il passait à quelques centimètres d'elle et de Naruto, il se tourna légèrement et sembla lancer un regard dans leur direction. Attirer son attention n'était pas chose des plus aisées; Solan savait qu'un simple coup d'œil de sa part signifiait bien d'avantage.

- Sasuke ? lança-t-elle à brûle-pourpoint.

Naruto s'arrêta subitement de parler et remarqua enfin sa présence. Il grogna et fronça les sourcils, son regard se posant alternativement sur Solan et Sasuke.

- Hmm ? se contenta de répondre celui-ci sans se retourner.

- Tu veux venir t'entraîner avec nous ? interrogea-t-elle, les yeux fixés sur l'éventail dont s'ornait son dos.

Naruto s'apprêtait à protester mais un regard glaçant qu'elle lui adressa suffit à le réduire au silence. Prenant son temps pour répondre, Sasuke finit par tourner légèrement la tête vers eux. Solan contempla son beau profil alors qu'il s'exprimait avec sa froideur coutumière.

- J'accepterais de venir m'entraîner avec vous si j'avais définitivement renoncé à progresser.

Solan pinça les lèvres; sa propre naïveté l'exaspéra d'avantage que la dureté de Sasuke.

- PARDON ? RÉPÈTES UN PEU POUR VOIR ! s'écria Naruto. Tu envois balader Solan alors qu'elle te propose gentiment de venir avec n…

- Je n'ai besoin de personne pour m'améliorer, continua Sasuke sans changer de ton. Et on ne fait que régresser en fréquentant des ratés dans votre genre.

- JE VAIS TE…

- Ça va, Naruto… Laisses tomber, lui intima Solan en lui barrant la route de son bras droit. Laisses tomber et gardes tes forces pour notre entraîn…

- Alors là, tu rêves ! Il est hors de question que je me laisses insulter sans rien…

- Tu me casses les oreilles à la fin ! s'emporta-t-elle en se tournant vivement vers lui. Arrêtes de faire le gamin !

Ignorant ses cris indignés, elle observa Sasuke s'éloigner peu à peu; la peine qu'il lui inspirait l'empêchait d'éprouver une quelconque rancœur pour lui. Elle savait son coeur emprisonné par une haine qui lui interdisait de s'ouvrir au bonheur, comme un otage de sa propre souffrance.

Elle poussa un soupir discret et reporta son attention sur Naruto sans vraiment l'écouter. Naruto, Sasuke, elle-même… ils avaient tous connu divers aspects de la cruauté humaine qui avaient lacéré leur coeur et y avaient laissé gravées des cicatrices qui ne guériraient probablement jamais. Ils traversaient la solitude qui allait de paire avec elles; plus ou moins à l'extérieur, certaine et totale à l'intérieur. Chacun à sa manière tentait de vivre malgré la douleur permanente, et pour le moment Solan ignorait qui des trois s'en sortait le mieux.

Elle demeurait toutefois convaincue d'une chose tandis que Naruto rougissait en la voyant le fixer ainsi, perdue dans ses pensées: il valait mieux pour les ninjas de Konoha et la pérennité du village qu'aucun des trois ne se retrouve dans la même équipe d'aspirants qu'un des deux autres.


- C'est bien, tout le monde a réussi le premier test. Nous allons passer à la suite, maintenant.

Les tests écrits qui constituaient la première partie de l'examen d'admission au grade de gennin venaient de s'achever. Les élèves avaient eu droit à une pause d'une heure et demie afin de laisser aux correcteurs le temps de faire leur travail. Iruka était finalement sorti dans la cour pour annoncer les résultats de la matinée.

- A l'appel de votre nom, vous viendrez vous présentez dans notre salle de classe habituelle afin de passer l'épreuve pratique. Des questions ?

- En quoi consiste l'épreuve, Iruka-sensei ? l'interpella Solan de la branche d'arbre où elle était perchée.

- Elle testera votre capacité à créer des clones.

- Non ! se désola Naruto juste en-dessous d'elle. Non, ce n'est pas possible ! Je suis maudit !

Iruka ne fit pas attention à lui et rentra sans ajouter un mot dans l'établissement. Solan regarda Naruto s'affaisser d'exaspération sur sa balançoire tandis que les autres se réjouissaient d'avance de l'indiscutable facilité de l'épreuve.

- On dirait bien que ce ne sera pas encore pour cette fois, Naruto, lui lança-t-elle, un sourire moqueur sur les lèvres.

Il ne répondit rien et gardait la tête baissée; son manque de réaction l'inquiéta. Prise d'un certain remord, elle sauta avec souplesse de son perchoir et atterrit juste à côté de lui. Les mains sur les hanches, elle se pencha vers lui en fronçant les sourcils.

- Tu n'as aucune chance si tu pars déjà perdant, andouille, déclara-t-elle froidement. Créer un clone n'est pas un exploit; tout le monde y arrive ici, il n'y a pas de raison pour que tu sois le seul à échouer à cette épreuve.

Toujours aucune réponse. Elle pencha la tête sur le côté, s'interrogeant sur le temps qu'il lui faudrait pour réagir à la provocation.

- Ce n'est pas toi qui dit vouloir devenir Hokage ? poursuivit-elle, prête à esquiver au moindre mouvement. Tu crois sérieusement pouvoir prétendre au titre si tu es incapable de créer ne serait-ce qu'un seul clone ?

Un léger mouvement de tête la mit en garde. La rupture était proche; des années d'asticotage réciproque l'avait rodé à la perfection. Bientôt, ses épaules et ses mains allaient se mettre à trembler de rage tandis que la colère déformerait son visage. Il lui hurlerait dessus en sautant sur ses pieds, les poings dangereusement serrés. Elle savait qu'il la détesterait sur le moment, mais au moins le but aurait été atteint: lui donner une raison de plus pour ne pas échouer -depuis qu'elle le connaissait, c'était toujours la manière dont il fonctionnait.

Alors Solan tomba de haut lorsqu'il releva vers elle un visage rayonnant.

- Tu as raison ! lui dit-il avec un rire. Je veux devenir Hokage, et je ne laisserais pas un exercice aussi bête m'éloigner de mon rêve !

Interloquée, elle resta immobile tandis qu'il sautait de sa balançoire en pointant du doigt la porte d'entrée de l'académie.

- C'est un clone que vous voulez ? vociféra-t-il en ignorant les regards qui se tournaient vers lui. Je vais vous en donner des milliers, s'il le faut ! J'obtiendrai mon diplôme, parce que moi, Naruto Uzumaki, je ne peux pas me permettre d'échouer !

Il se mit à courir à toute allure et s'engouffra à l'intérieur du bâtiment sous les regards à la fois effarés et exaspérés des autres élèves. La surprise passée, Solan se tourna lentement et s'assit à son tour sur la balançoire, un sourire au coin des lèvres.

- Cet abruti ne réussira jamais à décrocher le grade d'aspirant, fit une voix sur sa gauche.

Elle n'eut aucun besoin de se retourner pour identifier celui à qui elle appartenait.

- Ça me surprend que tu daignes gaspiller ta précieuse salive pour me faire part d'une constatation aussi évidente… surtout concernant cet abruti de Naruto, comme tu dis, rétorqua-t-elle d'une voix narquoise.

Sasuke eut un claquement de langue agacé et s'écarta de son pas nonchalant. Solan l'écoutait s'éloigner, un sourire satisfait étirant peu à peu à ses lèvres.


Le soir-même, elle observait son reflet d'un œil critique dans le miroir de sa chambre; elle avait obtenu son diplôme et le bandeau à l'effigie de Konoha qui allait avec. Confrontée à l'éternel tracas de toute kunoïchi fraîchement promue, elle réfléchissait à la manière dont elle devait le porter sans se couvrir de ridicule -pour rien au monde elle ne voulait ressembler à cette fille qu'elle avait un jour croisée, et qui n'avait rien trouvé de mieux que de nouer son bandeau autour de ses affreux cheveux roses, comme un ruban emballait un œuf de Pâques particulièrement désagréable à regarder.

De la main droite, elle releva les courtes mêches noires qui barraient son front. C'était à cet endroit que les ninjas portaient le plus fréquemment leur bandeau; il allait falloir qu'elle arrange sa frange. Lentement, savourant chaque instant de ce geste si chargé de signification, elle tendit le bandeau devant son visage et noua les deux bandes à l'arrière de sa tête. Elle l'ajusta d'un dernier geste sec et lâcha le tout. Redressant doucement la tête, elle ouvrit les yeux et apprécia l'image que le miroir lui rendait. Tournant la tête de tous les côtés, elle s'observa sous tous les angles.

- Bon, c'est pas mal, conclut-elle en adressant un sourire rayonnant à son reflet.

La nuit était sur le point de tomber, mais elle ne pouvait résister à la tentation d'aller se pavaner dans les rues en arborant son tout nouveau bandeau. Fière d'avoir obtenu le grade d'aspirant, elle souhaitait que tous les habitants fussent au courant et comptait bien le crier sur les toits s'il le fallait. Elle sortit sur son balcon, sauta en équilibre sur la rambarde et s'avança comme un funambule vers la corniche. D'un bond souple, elle la rejoignit et s'y tint le dos plaqué contre le mur de l'immeuble. Après une série de sauts durant laquelle elle faillit descendre bien plus vite qu'elle ne l'aurait voulu, elle posa finalement le pied au sol, saine et sauve.

Vagabonder seule dans les rues de Konoha alors que le soir tombait avait toujours constitué l'une de ses occupations favorites. Elle habitait le quartier commerçant dont l'activité se poursuivait toujours jusqu'à une heure avancée de la nuit. Instinctivement, elle se dirigea vers la pâtisserie la plus renommée du village afin d'y acheter son gâteau préféré.

Comme à son habitude, elle le savoura assise en tailleur sur le trottoir, à regarder les passants défiler devant ses yeux: elle aimait à imaginer leur vie rien qu'en les observant tels qu'ils étaient sur l'instant. Des couples, des familles, des adolescents en groupe, des vieux, des jeunes… Certains paraissaient heureux, d'autres juste pressés. Un petit garçon se mit à crier, en proie à un caprice pour obtenir quelque chose que sa mère semblait bien décidée à lui refuser.

Elle pensa d'un coup à Naruto; l'imbécile avait finalement bel et bien échoué à l'examen de passage. Comme elle ne l'avait pas revu depuis qu'il s'était éclipsé dans l'académie avant l'épreuve, c'était Iruka qui le lui avait appris. Bien que Naruto n'était pas du genre à broyer du noir, elle soupçonnait que ce nouvel échec avait fortement dû entamer son entrain inépuisable. Poussant un soupir résigné, elle se leva du trottoir avec la ferme intention de le sortir de sa probable déprime.

Il logeait à quelques rues de là, et elle frappait à sa porte cinq minutes plus tard. Par soucis de tact, elle retira en hâte son bandeau frontal alors qu'il tardait à lui ouvrir.

- Naruto… appela-t-elle d'un ton irrité en levant les yeux au ciel, regrettant déjà le trottoir et le goût exquis de son gâteau. Naruto, c'est moi; Solan. Bon, tu m'ouvres maintenant ? Je ne vais pas t'attendre une heure…

Le silence derrière la porte était total; elle se résigna à passer à la vitesse supérieure.

- Je voulais t'inviter à manger des nouilles chez Ichiraku, mais apparemment tu préfères rester dans ton coin à bouder comme un bébé…

Elle ne comptait pas dépenser un centime pour lui remonter le moral mais connaissait l'effet persuasif de mots tels que nouilles ou Ichiraku sur lui. Aussi abattu qu'il pouvait être, il allait probablement sortir en trombe de son appartement et la prendrait dans ses bras, les yeux brillants de larmes. C'était du moins ce à quoi elle pouvait s'attendre, car au bout d'une minute il ne lui avait toujours pas ouvert.

- Naruto, j'entre, le prévint-elle avec un soupir.

Elle poussa la porte qui n'était évidemment pas fermée. Après avoir fait le tour de son appartement en désordre, elle dut finalement se rendre à l'évidence. Posant les mains sur ses hanches, elle fronça les sourcils en se demandant où il avait bien pu passer. Soudain, un bruit dans son dos la fit sursauter.

Elle se retourna vivement et se baissa in extremis afin d'esquiver un kunaï qui filait droit dans sa direction. Terrifiée, elle releva immédiatement la tête, prête à s'enfuir lorsqu'on lui saisit les poignets pour les croiser avec rudesse dans le dos. Elle poussa un cri de douleur tandis que son agresseur la força à s'agenouiller.

- Doucement, tu vois bien que ce n'est pas lui ! fit une voix un peu plus loin. Relâches-là, tu vas finir par lui casser les bras…

Comme la pression s'allégeait, elle se dégagea d'un geste brusque en faisant face aux deux intrus. Non sans stupeur, elle réalisa qu'il s'agissait de deux ninjas de Konoha.

- Mais qu'est-ce qui vous prend ? s'écria-t-elle d'une voix que la colère et la peur rendaient tremblante.

- C'est sa petite copine, déclara celui qui l'avait maintenue en l'ignorant complètement. Tu sais où il se trouve, toi qui traîne toujours avec cette canaille ?

Elle sentit une légère chaleur se diffuser dans ses joues. Ignorant la douleur encore lancinante, elle croisa les bras en soufflant.

- Premièrement, Naruto n'est certainement pas mon petit copain, rétorqua-t-elle d'une voix moins assurée qu'elle ne le souhaitait. Deuxièmement, si je savais où il se trouvait, je ne serais pas venu le chercher chez lui où, manifestement, il ne se trouve plus... Vous avez l'air un peu lent à la détente pour un chunnin, ajouta-t-elle sournoisement en jetant un coup d'œil à la barrette sur son épaule.

- Espèce de petite impertinente ! Ça ne m'étonne pas que tu t'entendes si bien avec ce garnement, vous êtes aussi mal élevés l'un que l'autre !

Solan releva la tête et le toisa d'un regard dur; une vague colère s'insinua en elle. Que les enfants fussent cruels entre eux était une chose, mais de la part d'adultes cela induisait de l'ignorance, mêlée à une méchanceté certaine. L'autre homme sembla se rendre compte lui aussi du malaise qui venait de s'installer; il adopta une attitude plus posée.

- Tu vois bien que Naruto n'est pas là, lança-t-il à son compagnon. Laisses tomber, on y va. Petite, tu n'as vraiment aucune idée de l'endroit où il pourrait se trouver ? Ça lui rendrait service autant qu'à nous, tu sais…

- Pourquoi êtes-vous à sa recherche ? s'enquit-elle en oubliant sa colère. Il était encore à l'académie cette après-midi…

Il ne répondit pas tout de suite, rechignant apparemment à lui révéler la raison du remue-ménage.

- Il a dérobé les rouleaux des techniques interdites de Konoha, finit-il par lâcher d'une voix froide. Tu réalises l'ampleur de la situation, maintenant ?

Solan haussa les sourcils et eut un petit rire incrédule.

- Il a… quoi ?


Les ninjas quittèrent l'appartement aussi vite qu'ils étaient apparus, la laissant seule avec toute son indignation. Deux jours auparavant, il avait gribouillé les portraits sculptés des Hokage; elle n'aimait pas que l'on porte atteinte à l'image de Konoha mais cette fois-ci, d'avantage qu'une simple provocation, il mettait définitivement en danger le village et ses habitants. Consciente de la menace qui pèserait sur la communauté si les techniques venaient à tomber entre des mains ennemies, elle mit peu de temps à se décider.

- Naruto… déclara-t-elle à voix haute en secouant la tête. Tu vas me le payer… je te garantis que tu vas me le payer.

Elle visita tous les lieux où ils avaient l'habitude de se rendre ensemble. Ichiraku, le terrain vague à l'Est du village, les berges du lac à l'Ouest, les bains thermales et leurs cascades au Nord, le petit bois au Sud… Ayant croisé à plusieurs reprises les équipes de recherche, elle savait que Naruto demeurait toujours introuvable.

- Quel idiot ! s'exclama-t-elle avec colère.

Essoufflée, Solan s'appuya contre le mur du restaurant d'Ichiraku qu'elle visitait pour la troisième fois depuis le début de la nuit.

- Toujours pas retrouvé ? lui lança le chef alors qu'il abaissait son rideau.

- Non.

- Tu vas continuer à le chercher ? demanda-t-il d'une voix pas complètement innocente.

- Je me fiche pas mal de Naruto, s'empressa-t-elle de répliquer, mais vous vous rendez compte de ce que risque le village si on ne retrouve pas les rouleaux ? Tout le monde doit s'y mettre…

- Oui, évidemment, évidemment... Eh bien, bonne nuit, Solan, et bon courage...

Elle le salua à son tour en haussant les épaules et se remit à parcourir les rues de Konoha. Elle avait espéré que connaître les habitudes de Naruto lui donnerait un avantage certain sur les shinobi lancés à sa poursuite; à quatre heures du matin, cependant, elle fut obligée de se rendre à l'évidence: elle n'avait pu mettre la main sur lui, et qui savait désormais ce qu'il avait fait des précieux rouleaux…

Epuisée par sa nuit blanche, elle s'apprêtait à rentrer chez elle lorsqu'une silhouette familière à l'autre bout de la rue retint son attention. Plissant les yeux pour mieux la distinguer, elle reconnut immédiatement Iruka. Le professeur était accompagné d'une autre personne, plus petite, et vêtue d'une combinaison reconnaissable entre mille.

- Solan ! Ohé, Solan ! l'interpella-t-il en s'élançant dans sa direction.

Elle avait fini par connaître sur le bout des doigts le nom des rues de Konoha à force de tourner dans le village, et lui paraissait aussi frais que s'il sortait d'une sieste.

- Devine quoi ! s'exclama-t-il en tentant de reprendre son souffle. Il m'est arrivé un truc incroyable...

- Vraiment, toi aussi ? lâcha-t-elle avec un sourire crispé.

- Tu n'imagines pas ! Quand j'ai...

Bien qu'elle était exténuée, la gifle qu'elle lui asséna fut suffisamment puissante pour lui faire faire un quart-de-tour sur lui-même.

- Espèce d'imbécile ! s'exclama-t-elle. Est-ce qu'il t'arrive de réfléchir parfois, ou c'est une fonction que ton cerveau n'a définitivement pas intégré ?

Hébété, Naruto porta une main sur la joue qu'elle venait de frapper en la fixant d'un œil médusé. Il l'avait rarement vu aussi grave et ignorait s'il devait être inquiet ou enchanté.

- Tu te rends compte de ce qui aurait pu arriver ! poursuivit-elle tandis qu'Iruka-sensei s'approchait subrepticement.

- Solan... intervint-il avec prudence. Tu sais, j'ai eu un peu de mal à le ramener en un seul morc...

- Absolument rien à faire ! le coupa-t-elle avec rage. Je n'ai rien contre toutes les bourdes que tu fais à longueur de temps, seulement tu es en train de dépasser les bornes ! D'abord les graffitis, maintenant les rouleaux ! Qu'est-ce que tu comptes faire ensuite, te faire passer pour le Hokage et aller pisser sur les frontières des autres pays pour déclencher une guerre ?

- Solan… dit Naruto avec un sourire goguenard auquel elle ne s'attendait pas. J'étais pressé de te dire que j'avais reçu le grade d'aspirant, mais je viens de me rendre compte que c'est décidemment mon jour de chance. Tu t'es fait du mouron… pour moi ?

Un instant perplexe, elle baissa la tête en se mordant la lèvre, signe apparent qu'elle faisait tout son possible pour se contenir. Le sourire de Naruto fondit en un instant, et il recula précautionneusement d'un pas. À son plus grand soulagement, Solan releva la tête, et son visage n'avait plus rien de menaçant.

- Comment ça, tu as reçu le grade d'aspirant ? interrogea-t-elle d'un ton sceptique.

Effectivement; à la place de ses éternelles lunettes, elle remarqua qu'il portait désormais un bandeau semblable à celui qu'elle avait obtenu.

- Tu étais trop occupée à me taper dessus pour t'en rendre compte, bougonna-t-il en le réajustant. Franchement...

- Alors tu étais à ce point désespéré que tu ai volé celui d'un autre gennin ? rétorqua-t-elle d'une voix qui avait retrouvé toute sa suffisance.

- N'importe quoi ! Figure-toi que j'ai réussi à créer un clone, et même plutôt cent fois qu'une !

- Moui, et Sasuke t'a demandé en mariage… Arrête avec tes bobards.

Elle tourna vers Iruka un regard perplexe. Finalement calmée, elle commençait à se rendre compte qu'un certain nombre d'événements avaient dû avoir lieu cette nuit: une quantité importante de sang maculait l'uniforme du professeur. Par ailleurs, il semblait avoir été touché à divers endroits du corps; il aurait paru probablement plus en forme après avoir servi de cible à un entraînement au lancer d'armes. Incrédule, Solan se tourna à nouveau vers Naruto.

- Qu'est-ce que c'est que ce délire ?

- Tu as le temps ? L'histoire est assez longue à raconter… C'est toi qui invite ?