Regina sentit la conscience lui revenir lentement. Elle était allongée sur un sol dur, sec. Un soleil brûlant caressait son visage, et un vent doux charriait du sable chaud, lui griffant et irritant les joues. Elle gémit, se tourna et ouvrit les yeux. Devant elle s'étendait le désert, du sable orangé à perte de vue. Seul au milieu de cette immensité, se dressait un palais aux tours rondes, si blanc qu'il reflétait les rayons du soleil de plomb et en paraissait presque incandescent.

Elle se redressa en titubant et épousseta le sarouel blanc dont ses jambes semblaient revêtues, observant ses pieds qui paraissaient si sombres dans la lumière pâle, tout comme ses mains d'ailleurs. Ses cheveux lui semblaient également étrangement courts au toucher, presque comme lors de la malédiction, où elle avait décidé de les garder coupés, mais moins organisés aussi. Un éclat de soleil sur le sable attira son attention, un tesson de bouteille brune, brisée en mille morceaux. Son visage se refléta dans le morceau de verre, et elle ne put retenir un cri, portant la main à son visage. Sa peau avait bruni ses grands yeux noirs étaient maintenant placés sur un visage masculin, le sien, mais pas tout à fait. L'inconnu dans le miroir improvisé lui renvoya un regard interloqué, de son regard pourtant si familier. Elle s'observa un instaant en silence. Des pommettes un peu moins marquées et un menton plus large, plus carré. D'homme. Des épaules plus larges, à peine cachées sous un gilet violet ouvert sans manches, laissant entrevoir une musculature sans défaut. Une poitrine lisse, des hanches moins dessinées. Abasourdie, elle se laissa retomber dans le sable sec, sans forces. Elle attrapa un bout de verre, et plongea à nouveau dans ses propres yeux bruns, seul point de repère dans l'immensité autour d'elle.
« Où suis-je ? » murmura-t-elle dans un souffle. « Qu'est-ce qui s'est passé ? »
Soudain, elle se souvint. Son vœu. Elle avisa les restes de la bouteille, autour d'elle, et chercha autour d'elle le génie qui l'avait transportée ici. Il ne mit pas longtemps à se manifester, dans un nuage de fumée qui troua le ciel bleu, et elle leva des yeux interrogateurs vers l'homme, qui ici n'avait plus ses chaussures de lutins; en fait, qui n'avait plus de chaussures du tout. Ni de jambes: son corps se terminait au niveau du tronc, par une longue trainée de fumée, qui s'évaporait vers le ciel. Il la regarda de haut, immense, la surplombant de toute sa hauteur, et rit. Un rire faux, dissonant, maléfique.

« Libre… Enfin libre ! »

Il la regarda d'un air matois, comme un chat observe une souris avant de la dévorer.

« Petite humaine, avant ta fin, je dois te remercier… Tant qu'on y est, permets-moi de me présenter. Je suis Jafar, le génie le plus puissant de tous les temps. Le plus grand esprit maléfique jamais connu; l'aube et le crépuscule de ce monde. Je t'ai créé cet univers; et c'est ainsi que j'en finirai avec toi, avec vous, diables de héros. Après des centaines et des centaines d'années, depuis ce maudit Aladdin, je suis enfin libre ! Tu es dans mon univers, et j'y suis maître, maître de tout. Absolument tout… »

Regina fronça les sourcils.

« Attendez une minute. Je vous ai libéré de cette bouteille, et si j'en crois les contes de mon fils, vous me devez donc 3 voeux… Je n'en ai eu qu'un seul pour l'instant. Comment pourriez-vous être libre ? »

Il gronda, et lui jeta un regard noir. Des éclairs rouges éclatèrent autour de lui, tandis que des nuages noirs s'amoncelaient dans le ciel, effaçant le beau temps.

« Ma dernière attache, c'est toi fillette. Il te reste 6 jours, 6 petits jours pour récupérer ta princesse. Et si tu échoues… Ce monde deviendra le seul monde réel, à jamais. Et je règnerai en maître absolu ! »

Il éclata d'un rire diabolique et s'envola dans un nuage de fumée, laissant Regina à ses réflexions. Elle avait fait une terrible erreur en faisant confiance à Gold, bien sur... Evidemment, que ça allait lui retomber dessus. Des yeux verts recommencèrent à flotter devant son regard, et elle ferma les paupières pour les chasser avant de prendre la direction opposée au palais. Elle marcha longtemps, jusqu'à atteindre un petit village perdu au milieu du désert. Là, des marchands criaient à qui voudrait de leurs fruits et légumes, de leurs chaussures, bols et toutes sortes de marchandises. Elle flâna un moment dans les ruelles, perdue, lorsqu'elle entendit des cris et courut, pour trouver une jeune fille voilée aux prises avec un marchand de fruits.

« Lâchez-moi, mais lâchez moi !
- Cette pomme que tu as prise et donnée à cet enfant. Sais-tu, jeune fille, comment nous punissons les voleurs, ici, à Agrabah ?»

Alors que le couteau s'approchait de la main de la jeune fille d'un air menaçant, Regina s'interposa.

« Dieu merci, vous l'avez trouvée. Soeurette, combien de fois t'ai-je dis de ne pas t'éloigner ? »

TOujours incapable de voir le visage de la fille sous son capuchon, elle lui prit la main et l'éloigna du couteau, tout en lui murmurant « Fais comme si », puis offrit son plus beau sourire au marchand.

« Ne vous inquiétez pas monsieur, je m'occupe de tout. Elle est un peu dérangée, la pauvre… Mais je règlerai cette pomme, ne vous faites pas de souci."

Elle plongea les mains dans les poches de son pantalon, pour les en ressortir… Vides. Evidemment.

« Euh… » Elle recula discrètement, tirant la jeune fille par la main. « Je… »
Elle recula encore un peu.

« Cours ! »

Elle s'enfuit en courant, et entendit le pas léger de la fille qui suivait ses pas, ainsi que ceux, beaucoup plus lourds, de leurs poursuivants.

« Halte là ! Arrêtez-vous ! »

Elle accéléra encore le pas, son cœur tambourinant dans sa poitrine comme jamais. Aperçut une ruelle sombre, y tira la jeune fille et s'appuya contre le mur d'une maison pour reprendre son souffle, tandis que leurs poursuivants continuaient dans l'allée principale sans les voir. Lorsqu'elle eut récupéré un rythme cardiaque à peu près normal, elle se tourna discrètement pour observer à la dérobée celle dont elle venait de sauver la main qui, toujours pliée en deux, tentait de reprendre son souffle. Une silhouette gracile, dissimulée sous une robe brune et large. Une cascade de cheveux blonds ébouriffés s'échappaient de sa capuche toujours relevée, détonnant dans ce pays où tous ceux qu'elle avait croisés semblaient bruns. Puis la jeune fille se redressa, et les yeux verts la frappèrent de plein fouet, étrange mélange de cauchemar et de rêve éveillé. La jeune fille sourit à Regina, d'un sourire éblouissant, presque incongru dans une situation comme la leur.

« Merci, merci pour tout. Je m'appelle Emma. Et toi ?»


AN: Voilà le 2e chapitre terminé, j'espère qu'il vous a plu ! Merci à tous pour votre soutien et commentaires :) N'hésitez pas à continuer à me donner vos avis ou poser vos questions :)!