Vous voyez le rating M, là ? Il n'est pas là du tout pour faire joli. Le sujet central sont des relations sexuelles (certes consenties) entre une élève mineure de moins de quinze ans et son professeur, ce qui est illégal dans à peu près tous les pays. Pas de lemon, parce que mine de rien la charte l'interdit et que de toutes manières, ce n'est pas ma tasse de thé, et je rappelle que ni l'univers, ni les personnages ne m'appartiennent…

Un millier de merci à Alexelle pour ta formidable review, parce que c'est exactement ce que je voulais transmettre. Quant à l'âge de Rose, j'en suis très consciente et je te promets de faire extrêmement attention.

Cette histoire vient d'un défi lancé par Claaire (id : 1766206) sur un Draco Malfoy/Rose Weasley se déroulant durant les années scolaires de cette dernière à Poudlard alors qu'il serait son professeur de Potions. J'ai juste changé ce dernier élément, puisque Draco Malfoy n'est pas professeur de Potions mais de Métamorphose.

En espérant que cette histoire lui plaise et en vous souhaitant une excellente lecture !


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Maman, j'ai un amant

Partie 2

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« Une noise pour tes pensées, » me chuchote Mila à l'oreille, tandis que le professeur Binns évoque d'une voix monotone massacres et pillages sans parvenir à éveiller le moindre intérêt chez ses élèves qui, à quelques rares exceptions près, dorment les yeux ouverts.

« Peste, non, » dis-je en griffonnant artistiquement un croquis qui pourrait passer, si on le regarde de loin et en plissant légèrement les yeux, pour la fleur dont je porte le nom, « elles sont bien trop vilaines.

─ Je monte à une mornille, alors.

─ Hum, je vois que tu es bien décidée à m'extorquer mon secret. Et bien, je me demandais si les fantômes avaient une vie sexuelle… Je suis sûre que si Binns se tapait Mimi Geignarde, le monde en deviendrait meilleur.

─ Beuh, grimace mon amie en fouillant dans sa poche et en me tendant une petite pièce d'argent, je donnerai volontiers le double pour ne pas avoir demandé.

─ L'ignorance est le bienfait des crétins et des vertueux.

─ C'est stupide. C'est de qui ?

─ De moi, merci bien. À propos, il faut que tu restes avec moi après le cours. Scorpius va passer par hasard et il va te demander de l'accompagner au bal de Noël. »

Mila a un petit glapissement, qui ne passe pas inaperçu auprès du professeur Binns mais qu'il attribue faussement à sa description minutieuse de l'écorchement, l'éviscération et la décapitation finale d'un leader rebelle gobelin. Il a une moue fantomatique de dédain sur son visage opalescent. Nul doute qu'il en conclut que l'étude de l'illustre et passionnante matière qu'est l'Histoire de la Magie ne convient pas à des demoiselles, du moins pas dans le siècle où il reste fermement ancré malgré toutes les tentatives d'exorcisme entreprises à son encontre par des générations d'élèves.

« Tu es sûre ? Il va me demander à moi ? » me demande la Serdaigle d'une voix légèrement plus aigüe et altérée que de coutume.

Je lui jette un instant un regard à la dérobée, et je l'examine, le plus froidement que je peux.

Mila n'est pas seulement jolie, Mila est belle, et c'est une nuance qu'on apprend vite à faire quand votre tante est Fleur Weasley, née Delacour, quart de Vélane de son état, et qui a jugé bon de bénir le monde de trois enfants dont le plus laid passerait pour une gravure de mode, même habillé d'un sac poubelle et couvert de boue.

De toutes manières, l'oncle Bill arrive à être beau avec les cicatrices qui lui couvrent le visage, et je ne parle même pas des photographies d'avant l'attaque de Fenrir Greyback. (J'ai d'ailleurs eu dans mon enfance un terrible béguin pour lui, mais à l'exception de Maman, personne n'est heureusement au courant que j'ai dormi pendant des années avec son portrait sous mon oreiller.)

Ma cousine Roxanne, elle, est jolie. Elle a hérité de sa mère une peau d'une nuance de café au lait qui contraste magnifiquement avec les yeux bleus qu'elle tient de son père. Ça vient aussi de son éternel sourire, de sa gentillesse et de sa douceur qui semble éclairer son visage d'une lumière intérieure. Elle attire les regards, certains s'y attardent plaisamment, mais elle ne les retient pas.

Mila n'est pas comme ça. Elle pourrait être la pire des garces, pleurer, faire la gueule, elle n'en aurait pas moins de magnifiques et grands yeux d'une improbable et envoûtante couleur violette, des cheveux noirs qui, toujours lisses, toujours brillants, ressemblent à de la soie mouvante et une peau parfaite des moindres imperfections qui font le cauchemar ordinaire du commun des adolescents. Ses traits sont fins et parfaitement dessinés et il y a dans tous ses mouvements une grâce innée, même quand elle marche, d'une certaine manière, on dirait qu'elle danse.

« Mila, je finis par dire, tu es la plus jolie fille de quatrième année, je ne vois pas ce que ça a de surprenant qu'un garçon t'invite pour le bal.

─ Mais c'est Scorpius ! Et je pensais que… enfin que toi et lui, que vous… Vous êtes tout le temps ensembles ! Comme ensembles ensembles et…

─ Et bah non, je la rassure avec un petit geste de dénégation. Mais si tu veux mon avis, tu es quand même trop belle pour lui. »

Elle pique un fard, qui bien sûr, colore exquisément son teint pâle, et dit : « Parfois, j'ai l'impression que tu te moques de moi.

─ Alors ne m'écoute pas, vous ferez un couple épatant. Mariez-vous et ayez beaucoup d'enfants, mais j'exige d'être la marraine de votre premier-né. »

Elle lève les yeux au ciel, puis me demande avec un petit air malin : « Et toi, tu y vas avec qui au bal ?

─ Je ne sais pas. Toute seule probablement.

─ Aucun garçon ne t'a demandé de l'accompagner ? Enfin, tu as encore le temps, c'est dans plus d'un mois.

─ Je n'ai pas tellement envie d'y aller, » je dis dans un élan de franchise qui me surprend moi-même. Je devrais être folle de joie d'aller à ce stupide bal. Je suis une adolescente de quatorze ans et je ne peux qu'en rêver. La grande salle brillamment décorée, des bougies flottantes, le plafond magique ruisselant d'étoiles, sous la voûte duquel pour la première fois, j'échangerai mon premier baiser avec un garçon enchanteur. Ce sera la première fois où je pourrais y assister de bout en bout puisque traditionnellement, les élèves des trois premières années sont renvoyés dans leur salle commune à dix heures et ce n'est qu'à partir de la quatrième que nous pouvons défier le couvre-feu jusqu'à minuit.

Je devrais, mais je ne le suis pas.

« Tu sais, finit par souffler Mila, je crois qu'en fait, tu es amoureuse. »

Parfois, je déteste les Serdaigles.

« Et tu en conclus cela parce que… ?

─ Oh, j'en conclus beaucoup plus. Que c'est quelqu'un de plus âgé, que ce n'est pas réciproque et qu'il a probablement une petite amie de son côté... »

Trois sur trois, même si au lieu d'une petite amie, c'est une épouse qu'il traîne. Non vraiment, je déteste les Serdaigles.

« Merlin, dis-je en portant ma main à mon front d'un air mélodramatique, tu m'as devinée, je suis folle d'Aidan Pucey et chaque fois que je le vois ventouser Daisy Dunstan, une partie de moi meurt dans d'atroces douleurs. »

Aidan Pucey est le préfet-en-chef de Serpentard, et lui et Daisy sortent ensembles depuis leur première année. (Oui, depuis qu'ils ont onze ans, c'est à la fois stupéfiant et un peu répugnant…) Quand ils arrivent à trouver la force de volonté de descotcher leurs organes buccaux, ils sont plutôt sympathiques. De plus, Pucey est le seul autre membre en dehors d'Hugo qui ose annoncer à voix haute son affiliation au fan-club des Canons de Chudley. (J'en suis membre aussi, bien sûr, mon père m'a inscrite le jour de ma naissance, sans doute même avant de remplir les papiers de l'état civil mais je range plutôt cette information dans la catégorie tare familiale que dans celle de précieux patrimoine.)

Mila plisse les yeux. « Je trouverai, tu sais.

─ Bonne chance, alors. »

La sonnerie de la fin du cours interrompt heureusement une discussion qui pourrait devenir dangereuse (encore que même si Mila découvrait cette partie de la vérité, j'en serai quitte pour quelques moqueries amicales et sûrement beaucoup de compassion, parce que je ne crois pas qu'elle puisse s'imaginer précisément la situation dans son ensemble…) et nous rassemblons notes et parchemins que les plumes à papotes se sont chargées de remplir à notre place.

La nervosité reprend Mila, qui en oublie mon amoureux imaginaire, et qui commence à jeter des coups d'œil frénétiques à la ronde alors qu'il est matériellement impossible que Scorpius ait eu le temps de sortir de sa classe de Runes et d'être déjà là.

La foule des élèves s'écoulent lentement vers leur prochain cours, et alors que des seconde année de Gryffondor et Poufsouffle commencent à s'amasser devant la salle de Binns, j'aperçois au bout du couloir une silhouette plus que familière.

Je prends Mila par la main et l'entraîne dans la relative intimité de l'embrasure d'une fenêtre, avec un grand signe à l'attention de Scorpius.

Mila tremble presque, et je me demande ce qui peut provoquer cette réaction chez elle. Scorpius est mignon, gentil, plutôt marrant (sauf si on le réunit avec mon cousin Albus et son meilleur ami Michaël Thomas, auquel cas ils commencent à parler de trucs moldus ; leur grande passion les trucs moldus, allez savoir pourquoi, et pour reprendre une de leur expression, il vaut mieux se tirer une balle), pas tout à fait bête (sauf si on le réunit… bis). Bon d'accord, Scorpius est génial, mais…

Malgré moi, ou peut-être pas tant que ça, un autre visage se superpose à celui de mon ami, semblable et à la fois différent. Scorpius est génial, mais Scorpius est un gamin. Du haut de mes sages et vénérables quatorze ans, je savoure toute l'ironie de la situation, surtout qu'il a effectivement deux mois de plus que moi.

« Je vous laisse, » je déclare joyeusement au moment où Scorpius nous rejoint enfin, ignorant le regard implorant qu'il me jette. « Soyez sages surtout… » puis pour me venger de Mila, je rajoute « Et si vous ne l'êtes pas, ne vous faites pas prendre ! »

Ma brune amie a un gémissement mortifié, et je m'éloigne en courant.

J'ai absolument et totalement cours de Botanique avec le professeur Londubat, que j'ai toujours du mal à ne pas appeler Neville en public, et qui est, du moins du point de vue strictement professoral, mon enseignant favori. Et j'ai cours avec les Gryffondors de quatrième année, c'est-à-dire avec Albus, Michaël et Fred et c'est la classe la plus drôle et bordélique que l'on puisse imaginer. On en ressort rarement propre mais toujours en riant aux éclats.

Cela dit, je connais aussi par cœur l'emploi du temps d'un certain professeur de Métamorphose et lui n'a pas cours à cette heure-ci. C'est donc tout à fait naturellement que mes pieds, gentiment aidés par mon cerveau, me conduisent jusqu'à la porte de son bureau à laquelle je frappe selon un signal convenu de longue date. Du moins par moi. A-t-il remarqué que je frappe toujours de cette manière ou s'en moque-t-il éperdument ?

La porte s'ouvre sur un professeur Malfoy qui a l'air d'humeur plutôt médiocre. Cela correspond à exécrable chez le reste des mortels.

« Que faites-vous là, mademoiselle Weasley ? Vous n'avez pas cours à cette heure-ci ?

─ Est-ce que je peux entrer ?

─ Non.

─ Nous allons donc avoir cette discussion sur le pas de la porte ? »

Avec une mauvaise grâce qui ferait honneur à l'un de ses plus célèbres prédécesseurs à la tête de la maison de Serpentard, l'infâme Severus Snape dont mon pauvre cousin a hérité le prénom, le professeur Malfoy s'écarte légèrement, mais pas assez pour qu'en passant, je ne l'effleure pas de la hanche (plutôt maigre), et ce absolument délibérément.

Dans le bureau, la porte sur la salle de classe est entrouverte et l'on entend le sifflement d'une dizaine de bouilloires.

« Ah, la transformation de tortue… Merlin, j'ai détesté cette leçon l'année dernière, » dis-je en m'asseyant avec insouciance sur le bureau rempli de papiers.

« C'était en effet une de vos plus pathétiques performances, ce qui n'est pas peu dire vu vos résultats habituels en Métamorphose.

─ Vous êtes injuste monsieur, j'avais d'autres sujets en tête à l'époque. »

Il blêmit, ce que je n'aurai pas cru possible tellement sa peau est déjà pâle d'ordinaire. Il a des cernes, des traits fatigués, des cheveux courts de la même blondeur blanche que ceux de son fils, un peu en bataille comme s'il venait de se réveiller. Ils commencent déjà à se raréfier au niveau du front. La calvitie le guette, ce sera dans quelques années. Pourtant, et sans que je puisse dire pourquoi, je pense que je n'ai jamais vu un homme plus beau de toute ma vie, ni Louis et son sang de Vélane, ni Teddy aux traits mobiles, pas même l'oncle Bill dans toute la beauté de sa jeunesse passée.

« Qu'est-ce que vous voulez ?

─ Scorpius va aller au bal de Noël avec Mila Davies, je l'informe. C'est une Sang-Pur. Ça devrait vous faire plaisir.

─ Scorpius est assez grand pour faire ses choix, et je les respecte.

─ Il voulait m'inviter, j'ajoute avec malice et avec l'espoir de provoquer une réaction. Mais je ne pouvais pas dire oui, bien sûr. Les Serpentards n'ont pas d'honneur, mais danser avec le fils quand je danse aussi avec le père… »

Il me contemple de ses yeux gris et froids, des yeux d'acier liquide dont Scorpius n'a pas hérité, car cela au moins il l'a pris de sa mère et il me dit : « Sortez. »

C'est un ordre direct, et même si je pourrais le discuter, je n'en vois pas l'intérêt. Et puis Neville va finir par vraiment s'énerver si j'arrive beaucoup plus en retard. Je me contente de demander : « Est-ce que je suis en retenue ce soir ? »

Il me regarde avec cette intensité unique qu'il n'accorde qu'à moi, et comme souvent, je me demande ce qu'il voit en me regardant. La vérité, c'est que je le sais parfaitement, et que même si c'est que je veux, j'en crève un peu plus chaque jour.

« Non, » répond-t-il simplement, puis il répète : « Sortez. »

J'avais beau connaître d'avance sa réponse, c'est comme un coup, et je me promets de déclencher l'enfer au prochain cours de Métamorphose. J'en aurai pour une semaine de retenue, au moins. Et puis, parce que je refuse d'être une petite fille qui explose de colère, je souris et en sortant de son bureau, je referme doucement la porte derrière moi.

Neville m'enlève dix points pour mon retard, mais je les récupère quelques minutes plus tard avec des questions exagérément faciles (il se sent coupable) et nous finissons le cours dans un joyeux chahut où deux élèves manquent de finir étouffés dans un Filet du Diable pour ne pas avoir correctement identifié le Voltiflor inoffensif de son cousin à tendance nettement plus meurtrière.

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Au déjeuner, j'évite Clara en rejoignant la table des Serdaigles. Je veux tout savoir, et je ne suis pas la seule vu la petite foule féminine et gloussante qui se presse autour de Mila. À quatorze ans, mes parents s'inquiétaient de savoir si leur meilleur ami finirait l'année en vie. Nos sujets de préoccupations sont autrement plus importants, à savoir qui accompagnera qui au bal et surtout qui n'accompagnera pas qui au bal. D'ailleurs, à moins d'une monstrueuse erreur d'organisation, cela ne devrait finir par la résurrection d'aucun mage noir.

« Vous aurez des tenues coordonnées ? » demande avidement India Mellow et je pouffe à la seule idée mais India me lance un regard supérieur et plein de dédain. C'est l'amie de Mila, pas la mienne.

« Ça t'emmerde, hein, Weasley, que ce ne soit pas à toi qu'il ait demandé…

─ J'en crève de rage, je réponds tranquillement, alors que Mila explique à India que c'est moi qui ait organisé la rencontre.

─ Je n'y crois pas une seule seconde, dit India. Elle est amoureuse de Scorpius, ça se voit comme le nez au milieu de la figure.

─ Il faut dire que vu la gueule de ton nez, India, ça n'a rien de très étonnant. »

C'est méchant parce qu'India, redoutable batteuse, a eu un accident de cognard l'année dernière et malgré les efforts de Madame Pomfresh, son nez est resté légèrement tordu, mais je n'aime pas India, et j'aime encore moins ce qu'elle insinue sur Scorpius et moi.

Mila me jette un regard de reproche, et se tourne vers India qui fulmine d'autant mieux. Entourée de Serdaigles plutôt hostiles, je choisis une retraite stratégique, et après avoir cherché un instant Scorpius des yeux sans l'apercevoir, je me résous à retourner à ma place, à la table des Serpentards.

Je n'ai pas beaucoup d'amis à Serpentard. Je n'y ai pas vraiment d'ennemis non plus (on ne devient pas impunément l'adversaire de la fille ainée de Ronald Weasley et d'Hermione Granger, et encore moins de la nièce de George Weasley, propriétaire du plus grand magasin de farces et attrapes d'Angleterre et probablement d'Europe), j'y suis juste… une étrangère. J'apprécie la plupart de mes camarades de maison, et jusqu'à l'année dernière quand elle a commencé à s'en prendre à Clara, je m'entendais même plutôt bien avec Melanie, mais j'ai beau être fière de ma maison, de ses couleurs, de son équipe de Quidditch (un rien minable, dernièrement, ne dépassant Serdaigle que d'une pauvre victoire), j'ai souvent l'impression d'être une intruse. Mes racines sont ailleurs, dans les autres maisons où sont regroupés mes cousins et tous les enfants des amis de mes parents.

Peut-être que de l'extérieur, nous apparaissons comme une maison soudée, et gare à celui de nos membres qui prétendra le contraire, mais nous manquons de cohésion, de confiance les uns envers les autres.

Ou c'est peut-être juste moi, et le professeur Malfoy auquel je n'ai pas envie de penser mais sur la silhouette duquel je ne cesse de poser les yeux, sur l'estrade au bout de la salle, ou la lettre bimensuelle que je dois écrire à la maison et que je repousse depuis plusieurs jours comme si c'était une dissertation de Potions.

Je lance un regard à la table de Gryffondor où Hugo a rejoint ses amis et discute avec animation. C'est curieux, nous sommes dans la même école, mais nous nous parlons si rarement. Est-ce qu'il va bien ? Il en a l'air en tout cas. Il sourit et rit, et si je tendais l'oreille, je suis sûre que malgré la distance et le bruit ambiant, je pourrais en distinguer les éclats. Et puis s'il avait un problème, je finirais forcément par en entendre parler, même si ce ne serait sans doute pas par lui.

Je me souviens d'une époque, il y a longtemps, Poudlard n'était qu'une idée lointaine et confuse, où nous étions inséparables malgré nos deux ans de différence, où pas un de nos cousins ou cousines ne pouvaient se glisser dans le duo que nous formions.

À présent, c'est presque un inconnu. Oh bien sûr que je le connais, c'est mon frère après tout, mais il y a ce fossé maintenant, ce fossé dont aucun de nous ne parle et qui est pourtant obstinément là.

À nouveau, mes yeux se posent sur le professeur Malfoy, qui discute calmement avec Vector, le professeur d'Arithmancie. Il y a aussi le professeur Malfoy dans ce fossé. C'est une bonne partie du trou à lui tout seul, d'ailleurs. Est-ce qu'un jour, je pourrais en parler à Hugo ?

Il n'a que douze ans et pourtant, je crois que lui comprendrait. Lui seul comprendrait. Je veux penser que la merveilleuse complicité des jours enfuis renaîtrait.

« Dis, j'ai emprunté le livre sur les créatures dangereuses où il parle des doxys, mais je n'ai pas encore eu le temps de le lire. »

La petite voix de Clara me sort de mes pensées, et elle me montre, à moitié sorti de sa sacoche de cours un énorme livre intitulé Pestes ordinaires et extraordinaires de nos maisons, les connaître et s'en prémunir. Je me demande combien de cauchemars cette lecture lui occasionnera à l'avenir, mais au moins elle saura de quoi elle aura peur.

Il reste presque trois quarts d'heure avant le cours de Soins de l'après-midi. Je pourrais mettre ce temps à profit pour écrire cette fameuse lettre.

« Finis de manger et nous irons nous occuper de tes affaires, » je déclare en repoussant mon assiette à laquelle j'ai à peine touché. De toutes manières, j'ai toujours détesté le poisson, même quand il se présente sous la trompeuse forme d'une tourte.

En face de moi, Melanie se plaint à Desdemona, plus couramment appelée Desde, qu'elle a sûrement pris froid cette nuit et qu'elle va devoir aller demander une dose de Pimentine à Madame Pomfresh, ce qui ne manque pas de me faire sourire et de me remonter le moral.

Oh, il faudra pourtant que je m'y mette à cette satanée missive, Papa serait capable de débarquer pour vérifier que tout va bien, mais pour l'instant, je préfère encore nettoyer des crottes de souris.

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Pensez au guide ! (Il a besoin de gagner des reviews pour nourrir sa nombreuse famille...)