Après avoir été rappelés à Narnia par le Prince Caspian, les quatres enfants Pevensie étaient désormais les leaders d'une armée de Narniens près à défendre leur liberté et leurs croyances jusqu'à la mort.
Après leur arrivée à l'antre d'Aslan, Peter – ou plutôt le Haut Roi Peter – avait pris le commandement de l'armée et avait suggéré une attaque du château de Miraz. Susan ne pouvait comprendre ce qui avait motivé son frère à prendre pareille décision. Attaquer un tel château était insensé et les risques étaient bien trop grands pour que leur armée puisse les prendre. D'après Peter, leur attaque avait de grandes chances de réussir car les soldats de Miraz ne surveillaient surement pas le château, ce qui leur donnerait l'avantage de la surprise. Mais c'était le « surement » qui posait problème à Susan. Rien de disait que le roi Miraz ne s'attendait pas à être attaqué et, dans ce cas là, ce serait un vrai massacre. Le jeune Prince Caspian avait alors protesté, affirmant que ce château n'avait jamais été pris d'assaut mais Peter avait tenu ses positions.
Susan s'était alors mêlée de l'affaire. En tant normal, lorsque nos quatre enfants régnaient sur Narnia, Susan laissait le soin de la stratégie militaire à ses deux frères, préférant de loin la douceur et la négociation pour régler les conflits. Mais, ici, elle ne pouvait ne pas intervenir, trop de vies en dépendaient. Elle s'était alors mise du coté du jeune Prince, assurant que le dôme pouvait tenir un siège pendant quelques temps mais le regard noir que lui lança son frère la dissuada d'aller plus loin.
Lorsque, finalement, Peter eut ordonné que l'attaque soit menée à la nuit tombée, Susan sorti du dôme sans un mot, un lourd pressentiment lui pesant sur le cœur. Elle s'éloigna alors de l'antre et marcha un moment sur l'herbe verte autour du dôme construit au dessus de la grande table de pierre sur laquelle la Sorcière Blanche avait sacrifié Aslan en échange de la vie d'Edmund. Elle n'oublierait jamais la douleur et la tristesse que lui avait causée la mort du grand lion et, maintenant, elle doutait de le revoir à nouveau. Seule Lucy avait eu la chance de l'apercevoir… mais peut être n'était-ce que son imagination ?
Lorsque Susan fut assez loin du quartier général Narnien, elle sorti son arc, pris une flèche de son carquois et visa un tronc d'arbre à une cent-cinquantaine de pieds. Elle tira et sa flèche se planta exactement là ou elle l'avait prévu. Ses talents ne s'étaient pas perdus en un an, elle en était heureuse.
A vrai dire, elle aurait bien aimé continuer à s'entrainer au tir à l'arc en Angleterre mais aucun des professeurs n'aurait pris une fille comme élève et elle aurait bien eu du mal à expliquer comment lui étaient venus de tels talents.
Une branche craqua soudain derrière elle. Elle ne se retourna pas, pensant que l'un de ses frères l'avaient suivi, ou même sa sœur, et pris un seconde flèche. Elle visa un autre arbre un peu plus loin et sa flèche se planta parfaitement au milieu.
- Vos talents d'archet son légendaires, reine Susan, retentit une voix suave derrière elle.
Elle sursauta, ayant reconnue la voix, devenue si familière, du jeune Prince Caspian, et se tourna vers lui. Elle lui sourit et ils se regardèrent un moment. Depuis la première fois qu'elle l'avait vu, elle avait vraiment été séduite par le jeune homme. Il était vraiment beau et ses yeux noirs lui donnaient un charme particulier. Mais sa voix était ce qui l'avait fasciné le plus : son accent telmarin faisait battre son cœur à chaque fois qu'elle entendait sa voix. C'était à en devenir folle.
Elle remarqua alors que Caspian tenait une arbalète dans sa main droite et fronça les sourcils.
Sentant le regard de la jeune reine dévier sur son arme, Caspian sourit et reprit :
- Oh, heu… Nikabrick m'a prêté son arbalète. Je voulais m'entrainer à m'en servir... mais, peut être pourriez vous m'aider ? demanda-t-il dans un sourire.
Il espérait au plus profond de lui-même que la jeune reine accepterait, ne serait-ce que pour passer un peu plus de temps avec elle. La décision du roi Peter l'avait emplit de colère mais la voir se dresser contre son frère à ses cotés lui avait apporté un bonheur immense. Dès qu'il l'avait aperçu dans la forêt, Caspian était immédiatement tombé amoureux d'elle. Ses magnifiques yeux bleus, sa peau blanche et ses longs cheveux bruns l'avaient captivé mais il imaginait bien que les sentiments de la jeune reine n'étaient pas réciproques.
Sa voix le sortit de ses réflexions et lui procura un intense sentiment de bien-être.
- Oui, pourquoi pas, lui répondit-elle en souriant.
Caspian prit alors son arbalète à deux main, inséra un carreau, visa la première cible de Susan et tira. Malheureusement, le carreau ne se planta pas dans l'arbre mais se fracassa contre le rocher juste à coté. Susan se mit alors derrière lui et plaça ses bras de telle sorte qu'il puisse mieux viser. Le contact du corps de la jeune reine derrière lui, lui fit l'effet d'un coup de poignard. Jamais il n'aurait pensé éprouver de tels sentiments pour une femme mais il devait se rendre à l'évidence, il était réellement tombé amoureux de la jeune fille et le seul fait de sa présence l'emplissait de bonheur. Il n'osa pas se retourner, de peur qu'elle ne s'éloigne, et répéta alors l'expérience. Et il réussit à planter le carreau dans l'arbre.
Soudain, une souris apparut devant eux.
- Vos Majestés, s'inclina Reepicheep.
Il s'arrêta soudainement, les regardant avec un sourire à peine perceptible (un sourire de souris). Susan lâcha les bras de Caspian et revint à ses cotés en inclinant la tête devant Reepicheep.
- Vos Majestés, continua-t-il, le roi Peter vous fait quérir afin de mettre en place l'attaque de ce soir.
Le sourire de Susan s'évanouit aussitôt et le regard de Caspian se fit plus sombre. Malgré cela, ils remercièrent la souris qui parle et reprirent le chemin du dôme sans un mot. Lorsqu'ils arrivèrent à l'intérieur de l'antre, tout le monde les fixèrent et Susan se prit à rougir. Elle se claqua mentalement et chercha le regard de son frère.
Celui-ci était debout, près le la table cassée, et jetait un regard noir au jeune Prince. Lucy et Edmund, quand à eux, sourirent imperceptiblement. Le malaise parut durer des heures mais grâce à l'intervention de notre chère petite souris, les discutions commencèrent enfin et le plan de l'attaque fut monté.
