Titre : Tu brilles, je me consume

Auteur : Deep Silent

Disclaimer : Regulus ne m'appartient pas. Mais je l'aime quand même. :)

Rating : K

Notes : Voici le deuxième OS de cette série. Il se place du point de vue de Regulus, encore une fois. Il se penche encore sur sa relation avec Sirius. J'avais trouvé le premier trop doux pour être suffisamment réaliste, je dois donc avouer que je suis déjà plus satisfaite de celui-ci, même s'il ne doit pas être bien plus long. Mais ça n'engage que moi ! Quoiqu'il en soit, merci pour ceux ou celles qui ont laissé des reviews, et j'espère que ce texte vous plaira également. :) Enjoy !


Tu brilles, je me consume.

Tu ne me vois pas. Quoi que je fasse, quoi que je dise, quelle que soit la haine que je te crache au visage et qui luit dangereusement dans mes yeux, tu ne me vois pas. Tu es là, ta personne attire les regards, les conversations tournent autour de toi, et tu masques ma présence, perpétuellement. Et je ne fais que m'effacer sur ton passage, parce que je ne suis pas assez fort pour briller avec plus d'intensité que toi.

Je crie, je te lance des regards suintants de fiel, je t'insulte tant que je le peux, je m'attire les bonnes grâces de notre famille, et la seule chose que tu me témoignes en retour est une indifférence révoltante. J'en viendrais souvent à te frapper pour que tu me frappes à ton tour, pour te montrer que je suis là, pour me prouver que je suis encore capable de faire naître des sentiments chez toi, même les plus violents. Je voudrais qu'ils te voient tous tels que tu es, un Black, avec une âme aussi sombre que ce nom que tu hais, et que tous leurs regards de mépris te fassent descendre de ton piédestal rouge et or. Pour qu'enfin, tu reviennes au même niveau que moi et que tu redeviennes mon frère.

Tu brilles, tu brilles si fort que tu m'attires continuellement, comme la flamme d'une bougie qui fascine le papillon, et j'essaie de t'atteindre. Mais à mon contact, tu t'éteins toujours, alors je me demande si ce n'est pas moi qui bat trop fort des ailes en essayant. Tu ris, tu ris toujours en regardant à notre table, de ces blagues et ces moqueries qui font rire tout le monde sauf moi, parce qu'elles sont souvent à mes dépends et à ceux de mes amis. Ce n'est pas cette marque d'attention que j'attends de toi, alors je gronde en silence, comme un animal blessé qui ne veut pas qu'on s'occupe de lui. J'élabore les pires vengeances, les plus terribles plans pour te rabaisser encore plus bas que terre, plus bas que je ne le suis déjà par ta faute, mais je suis trop faible alors je reste là, et je t'observe.

Oui, je t'observe. Quand tu brilles par ton intelligence, quand tu joues au Quidditch, quand tu parles avec tes amis. Et quand je te hais d'être si apprécié et si bien entouré, si populaire quand tu renies tout ton sang, je me hais encore plus de ressentir cette pointe d'admiration envers toi, alors que tu ne le mérites pas. Je me hais de penser à toi, de me demander ce que tu fais, ce que tu penses, ce que tu projettes de faire le lendemain, quand je ne dois être qu'un vague souvenir rangé au fond de son esprit, une pensée dont la simple mention t'ennuie et que tu chasses d'un geste nonchalant de la main. Comme si tout ça n'avait jamais eu d'importance. Comme si je n'étais plus ton cadet, que nous ne partagions plus le même sang et que nous n'ayons jamais vécu toutes ces choses propres aux frères. Alors que ce serait à moi de faire tout ça. Ce serait à moi de t'ignorer, te mépriser, te faire souffrir pour finalement te laisser sur le côté et t'oublier. Parce que ce n'est pas mon nom qui a été enlevé de notre arbre généalogique, mais le tien.

Je revois nos parties d'échecs, tous nos hivers passés à attendre la venue de Noël pour avoir nos cadeaux, et même la fois où l'on avait ramené un chiot à la maison. On l'avait caché dans notre chambre et nos parents avaient mis une semaine à s'en rendre compte. Ils nous avaient obligé à nous en séparer, et tu t'étais débrouillé pour prendre l'entière responsabilité de cet acte pour être le seul à être puni. Pourquoi m'avoir protégé à cette époque, et être ensuite devenu la source de tous mes problèmes? Tu m'agaces, tu te moques de moi, tu me prends pour cible lors de tes stupides blagues et tu me fais douter, aussi bien de moi que de tout ce qu'on m'a appris depuis que je suis né.

A ton contact, tous mes principes s'effondrent comme un château de cartes. Et même si je suis devenu assez doué pour tout reconstruire, je hais cette sensation. Celle de perdre tout le fil de mes pensées et de ne rien pouvoir faire, à part regarder et attendre que tout soit fini pour tout rebâtir. Tu le sais, tu le vois dans mes yeux, dans mon regard identique au tien, et ça t'amuse de voir ce trouble m'envahir. Tu dois te dire que nos parents préfèreraient me voir mort plutôt que lancé sur tes traces, et je dois dire que je partage aussi cette pensée, mais je ne te donnerais jamais la satisfaction d'assister à ma chute. A notre chute, celle de cette famille que tu détestes. Ou alors, je ferais en sorte que tu tombes avec moi.

Tu brilles, je me consume. Un peu comme le jeu de la lune et du soleil, on ne parvient pas à s'atteindre mais quoiqu'il arrive, je ne sais que renvoyer ta lumière pour luire à mon tour. Ta clarté est présente chaque jour que Merlin fait, et moi, j'attends la nuit pour retrouver un peu d'éclat et tenter de me rappeler qui je suis. Ou peut-être l'oublier.

Oublier que je suis ton frère, oublier toutes les attentes qu'ils ont envers moi, oublier que je n'ai pas le droit de faire un faux pas. Ils ont beau avoir supporté – que dis-je, toléré - les tiens, ils ne souffriront pas que je commette des erreurs, parce qu'ils n'ont pas d'autre fils. J'attise cette haine envers toi avec tout et n'importe quoi, pour ne pas douter et continuer à être le fils obéissant dont ils rêvent tant. J'alimente je ne sais comment ce désir que j'ai d'être enfin reconnu par eux, tout en apaisant cette crainte de ne jamais y parvenir et ne rien devenir du tout. Je fixe un point loin devant moi, un objectif pas encore vraiment défini, en essayant de ne pas me laisser distraire par ce qu'il se passe tout autour de moi. Mais quoiqu'il arrive, j'en reviens toujours à toi.

Nos chemins se sont séparés, je ne sais plus vraiment quand. Mais je sais que depuis ce jour, mes genoux ont été bien plus souvent écorchés par toutes ces chutes qu'auparavant. Mes pas étaient encore trop hésitants, il faut croire, et tu ne m'as probablement pas lâché la main avec suffisamment de douceur. Au fond, tu n'as même pas chercher à savoir si je pouvais marcher sans toi, et tu as pris une autre direction sans même me demander mon avis. J'ai souvent entendu dire qu'entre l'amour et la haine, il n'y a qu'un pas, et j'ai beau me dire que nous ne sommes pas mis à nous détester du jour au lendemain, je n'ai aucun souvenir de la transition qu'il y a pourtant dû y avoir et qui a creusé ce gouffre entre nous. J'ai toujours cette impression étrange et déplacée de m'être couché un soir en me disant que tu étais mon modèle, celui à qui je devais absolument ressembler plus tard, et de m'être réveillé en ayant réalisé que tu représentais tout ce que je ne devais pas devenir. Tout ce que je devais haïr.

Nous avons changé brusquement. Notre relation en est devenue chaotique, et parfois, la tension qui règne entre nous est si forte que l'image de deux chiens qui se sautent à la gorge s'impose à moi. Je me souviens avoir fait part de cette pensée à Bellatrix, un jour. Elle a ri, de ce rire où perce toujours une note de folie, et m'a regardé intensément en acquiesçant. Après, elle m'a dit qu'elle, ça ne la dérangerait pas d'enfoncer ses crocs et ses griffes dans ta gorge et de regarder le sang couler. Quand j'y repense, ça m'avait fait peur, et ça m'effraie toujours aujourd'hui. Je n'ai jamais aimé la folie qui l'habite, j'ai toujours peur qu'elle la submerge d'un coup et lui fasse perdre contrôle. Bella a toujours été capable des pires choses, et même si je ne l'avouerai jamais, j'ai toujours souhaité en silence que tu aies le dessus sur elle lors de vos affrontements. Ca me rassure plus qu'autre chose de savoir que tu peux la contenir, même si cela ne me sera sûrement d'aucune utilité.

Parfois, j'aimerais te demander ce que je suis. Par rapport à toi, j'entends. Savoir si une part de toi me considère encore comme un membre de la famille, comme un frère, ou si je ne suis devenu qu'un être que tu méprises au plus haut point. Je sais que si je te posais la question, tu mentirais. Dans tous les cas, tes lèvres ne formeraient qu'un tissu de mensonges destiné à recouvrir les derniers lambeaux de ce qu'à été notre relation, un jour. Tu mentirais, soit pour affirmer le contraire de ce que tu ressens réellement, soit pour piétiner avec encore plus d'intensité les restes de ce «nous» qui a existé il y a longtemps. Je le sais, parce que je te connais et que je suis pareil. J'aime à penser que moi, je dirais la vérité, t'avouerais que tu restes mon frère malgré tout, mais c'est quelque chose que je n'aurais jamais ni le courage ni l'audace de faire.

Chacun de nous cherche à faire souffrir l'autre, par tous les moyens, quitte à se détruire lui-même aussi.

C'est quelque chose que j'ai compris il y a peu de temps. La spirale dans laquelle nous sommes entraînés, de notre plein gré ou non, nous attire toujours plus profondément mais ne nous permet jamais de nous attraper par la main. Il m'est arrivé quelques fois, dans mon dortoir, caché derrières les rideaux de mon lit, de tendre la main dans le vide en espérant que toi, tu en ferais de même dans le dortoir des Gryffondors. Je me disais que si on y croyait assez fort, ça marcherait et qu'on serait de nouveau réunis, comme avant. Pour ma défense, je dirai que j'étais en première année. Mais ça n'excuse probablement pas la naïveté dont je faisais preuve à cette époque. Mes rêves d'enfant me faisaient croire qu'un jour, tu t'ennuierais de moi et reviendrais à mes côtés. L'humidité des cachots avait dû me monter à la tête. Sûrement.

J'essaie de te renvoyer chaque sort que tu me lances, chaque regard distant que tu me jettes, chaque mot empli de haine que tu m'adresses. Et tu en fais de même à ton tour. On se renvoie éternellement ce souaffle rempli de toute notre rancœur, et ce jeu n'aura de cesse de continuer tant que l'un de nous n'aura pas laissé tomber. Et Merlin seul sait à quel point nous sommes bien trop fiers et bornés dans notre mépris pour laisser une telle chose arriver.

D'ailleurs, je crois que c'est à moi de jouer, là. Encore un coup dans notre partie éternelle. Et même si c'est un jeu qui finira sûrement mal, je me dis qu'au moins, on y aura joué ensemble.